PREMIÈRE PARTIE
de ses discours, l'aménité avec laquelle il répond aux outrages de la jalousie révèlent la paix dont son cœur est rempli. 11 la possède dans une telle plénitude, qu'il en communique à son Église les célestes attraits dans la personne de ses apôtres : Je vous donne ma paix ; pacem meam do vobis. (Joann. xiv. 27.) Le trouble vient ordinairement d'une lutte entre les dispositions éternelles et notre volonté propre, nos inclinations ou nos goûts. Or, le cœur de Jésus s'étant dévoué, dès le premier instant de son existence, au plus héroïque accomplissement des volontés de son Père, ne connût jamais le désordre qui produit le trouble, et il se maintint dans une paix inaltérable.
Tous les hommes travaillent pour la paix. Pourquoi le négociant se donne-t-il tant de sollicitudes? c'est afin de couler une vieillesse paisible. Pourquoi le guerrier s'élance-t-il de combats en combats , sinon pour jouir des douceurs de sa retraite ? Consultons notre cœur, et nous verrons que le ressort qui nous fait agir, c'est l'espérance d'obtenir la paix. Mais d'où vient donc que tous les hommes , étant à la poursuite de ce bien inestimable, il y en ait si peu qui en savourent les bienfaits? c'est que la plupart des hommes cherchent la paix où elle ne se peut trouver : celui-ci la cherche dans les richesses, celui-là dans les plaisirs, un autre dans les bras du repos ou dans les jouissances du savoir. Ah! n'oublions pas le grand mot qu'une triste expérience arrachait à saint Augustin. Longtemps il avait demandé la paix aux objets créés ; mais lorsqu'il eut tourné toutes ses affections vers Dieu, il obtint au service du Très-Haut ce que vainement il avait sollicité ailleurs. «Vous nous avez fait pour vous, Seigneur, disait-il, et notre cœur est dans l'inquiétude jusqu'à ce qu'il vienne se reposer en vous ; » fecisti nos ad te , Domine , et irrequietwn est cor nostrum donec requiescat in te. C'est donc dans la
recherche de Dieu en toute chose, dans le service du Seigneur généreusement et loyalement accepté , que l'homme goûtera cette paix que le monde ne saurait donner, et qui surpasse toute conception et tout sentiment.
Approchons-nous du cœur sacré de notre bon Sauveur, et prions-le instamment de prononcer sur nous cette douce parole qui remplissait de consolation ses apôtres : Pax vobis ( Joann. xx. 21) ; que la paix soit avec vous ! Conjurons-le de détacher nos cœurs de la terre , de rompre les liens de cet amour terrestre qui, enchaînant notre cœur, nous met en guerre avec Dieu, et par suite nous prive de cette paix intime qui ne peut se trouver que dans l'harmonie de nos volontés, de nos goûts, de nos désirs et de nos actions avec l'adorable volonté du Très-Haut.
FLEURS SPIRITUELLES
« Le plus haut point de la sagesse consiste à se conserver dans une tranquillité continuelle et dans un inaltérable repos d'esprit. » (S. Ambroise, sur le Ps. 118.)
<r Ceux qui ont l'àme paisible et tranquille goûtent bien plus délicieusement, et voient avec beaucoup plus de perfection les choses divines, a
(S. Bernard, Serm . des dons du Saint-Esprit .)
« Que voire désir soit de voir Dieu, votre crainte de le perdre, votre douleur de ce que vous n'en jouissez pas, et votre joie d'embrasser les choses qui peuvent vous y conduire; vous vivrez alors en grande paix et tranquillité. »
(Ste Térèse, Avis, 6.)
« Loi’sque nous conversons avec les hommes, prenons exemple des saints anges qui, tout en quittant les cieux pour