CHAPITRE XV1L
De la paix intérieure, et comment l’aimable coeur de Jésus est le principe et le modèle de cette paix.
la pace ia idipsnm dormlam, et reqniescam.
(Pi. it. s.)
Je me reposerai, et je dormirai en paix dam le sein de mon Dieu,
La paix est cette tranquillité dont jouit l'âme qui n'est pas attachée aux choses extérieures; elle e3t fondée sur le renoncement intérieur aux objets créés , et particulièrement sur l'humilité et la douceur : « Apprenez de moi, dit notre divin Maître, que je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos de vos âmes; discite a me quia mitis mm et humilit
corde, et invenietis requiem animabus vestris . (Màtth. xi. 29.) De là vient que , selon la parole de Notre-Seigneur, le monde ne saurait donner cette paix , puisque le monde est tout absorbé dans les rêves de l'orgueil et dans la recherche des jouissances périssables.
La paix dont Jésus-Christ fit don à ses apôtres, et qu’il accorde tous les jours encore à ses serviteurs, ne saurait être bien comprise que par ceux qui ont le bonheur d’en goûter les douceurs ineffables; ce qu’on en peut dire avec saint Paul, c’est qu’elle surpasse en délicieuses jouissances tout autre sentiment; pax Dei quœ exsuperat omnem sensum. (Phil. iv. 7.) C’est un repos de l’âme sur le sein de son Dieu bien-aimé, \m abandon total de tout soi-même à son divin cœur, un délectable et ravissant sommeil entre les bras du céleste Époux; in pace in idipsum dormiam. L’âme se trouve alors supérieure à tous les événements de la terre; les vaines et bruyantes agitations des hommes ne sauraient altérer le calme et la tranquillité dont elle jouit. Cette âme ne vit donc plus de cette vie terrestre, et sa condition a quelque chose, dès ici-bas, de la vie bienheureuse du ciel.
Le sacré cœur de Jésus a été le siège de la paix la plus inaltérable. Comme la paix de l’âme ne peut être troublée que par le tumulte de quelque passion désordonnée, il est aisé de concevoir de quelle parfaite paix dut jouir le cœur de notre aimable Maitre, dont tous les mouvements étaient réglés par l’éternelle sagesse à laquelle il était substantiellement uni. Cette paix intérieure était la source de ce calme admirable qu’il montra au milieu des plus calomnieuses contradictions; les sarcasmes des pharisiens, les mépris des grands de la nation, les insultes des scribes, les cruautés de ses bourreaux ne purent jamais troubler la sérénité de son âme. La douceur