CHAPITRE XVIII
De U modestie chrétienne, et comment l’aimable cœur de Jésui est le principe et le modèle de cette vertu.
Modestia vestra nota sit omnibus boni»
fiibüs. (Phil. iv. 5.)
Que votre air modeste soit coûta de toas les hommes.
La modestie est une vertu qui règle l’homme extérieur; elle en modère avec une sage économie tous les mouvements, tous les airs, toutes les démarches, selon les lois sévères de la convenance évangélique. Cette vertu a sa source dans un intérieur bien ordonné, qui, par son entière soumission aux inspirations divines et aux conseils de la raison, a su acquérir un empire absolu sur toutes les puissances de son être. La
modestie est donc la conséquence, et, si Ton peut s'exprimer ainsi, la splendeur de Tordre intime qui règne dans une âme. Il suit de là que la modestie est ordinairement Tindice d'une âme forte et victorieuse d'elle-même. En effet, le péché, en viciant nos facultés, les a inclinées vers le désordre; de sorte que nous ne pouvons, sans lutter continuellement contre nousmêmes, nous établir dans Tordre et nous y maintenir. Or, la modestie , c’est-à-dire cette modération, ce sage tempérament dans notre extérieur, révélant en nous le règne de cet ordre , qui n’est autre chose que la vertu , est le signe du triomphe remporté sur nos inclinations naturelles. Cela explique la vive et puissante impression que fait sur nous la vue d’une personne modeste ; il y a sur son front quelque chose de grand, je dirais presque de céleste, qui faisait dire à saint Ambroise que la modestie est un rayon de la divinité. La modestie, indice de la vertu, en est aussi la sauvegarde; car, en plaçant une sentinelle sur chacun de nos sens , elle ferme au péché la porte d’entrée du sanctuaire de notre âme.
Jésus a été le modèle de la plus admirable modestie. Quelle idée, en effet, nous faisons-nous du Sauveur ? Nous aimons à nous le représenter aimable sans trop de familiarité, doux dans ses paroles, mais sans flatteries; nous nous plaisons à le contempler parfaitement réglé dans tous ses mouvements; s’il sourit par bienveillance, on ne l’entend jamais faire éclater une joie immodérée ; s'il est triste , il ne se laisse pas aller à l'abattement; ses traits toujours sereins sont le reflet du calme de son âme; son regard doux et affectueux n’a jamais rien d'égaré, de hautain ni de dissipé. Le prophète Isaïe a tracé en quelques mots le portrait de notre divin Sauveur : « 11 ne parlera point avec bruit, dit-il, ses discours seront calmes et tranquilles, et sa voix ne sera pas entendue au dehors ; il ne passera