PS. L1VIII
Le zèle de votre maison m'a dévoré.
Le zèle est la perfection de Pamour; si Pamour est un feu, le zèle en est l’ardeur et la flamme; si Pamour de Dieu est de l’or, le zèle est cet or passé au feu et tout embrasé; aurum ignitum. ( Apoc. ni. 18.) Le zèle est une véritable passion qui dévore le cœur de ses flammes célestes ; quand le cœur est rempli de Pamour divin , il ne peut se défendre d’un sentiment de tristesse , en voyant que l’objet de toutes ses affections n’est pas aimé de tous; il voudrait alors être le maître des cœurs, et les consacrer à son Dieu; de là sa sollicitude à le faire connaître et à lui attirer Pamour de tous les hommes. Malheur à moi si je n’évangélise ! disait saint Paul ; vœ mihi! si non evangelizavero. (I. Cor. îx. 16.) L’indifférence des hommes pour Dieu semble retomber sur lui-même et le jette dans l'abattement. Mon zèle, s’écriait David, me met dans une Sorte de langueur; j’ai séché de tristesse à la vue de mes ennemis, Seigneur, car ils ont oublié vos salutaires ordonnances ; tabescere me fecit zelus meus , quia obliti sunt verba tua
LË OdÉtJR DË IÉ SÙS.
inimici mei. ( Ps . cxvm. 139.) Il voit ses sentiments si fort disproportionnés avec les excellences divines , qu'il cherche partout un complément à ses affections ; il voudrait agrandir sa puissance d'aimer, en appliquant à son divin objet les affeotions de tous les cœurs.
Le zèle est non-seulement la perfection de l'amour, mais il en est encore la conséquence; car il est de la nature de l'amour de communiquer ses ardeurs à ce qui l'entoure, c'est un feu qui consume non-seulement la substance qui le prouit, mais encore tout ce qui l'approche ou qui peut subir son influence. De là cette passion des apôtres et des disciples de Jésus-Christ, pour le faire connaître et pour le faire aimer.
Le cœur de Jésus est un modèle parfait de ce zèle divin. L'amour infini qu'il portait à la divinité en était la mesure. Aussi, de quelles ardeurs n'était-il pas Consumé ! C'est Jésus qui disait : le zèle de la maison de Dieu me dévore ; zelus domus tuœ comedit me. Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que désire mon cœur, sinon qu'elle en soit toute embrasée? Ignem veni mittere in terram , et quid volo nisi ut accett* datur? (Lüc. xn. 49. ) Voyez avec quelle ardeur infatigable il paroourt les villes et les bourgades pour faire connaître son Père, et attirer à son amour les cœurs de tous les hommes; j'ai manifesté votre saint nom , dit-il à Dieu, et je le manifesterai encore au genre humain; notum feei eis nomen tuum, et notum faciam . ( Joann. xvii. 26. ) Avec quelle véhémence de langage il venge le déshonneur que des Juifs orgueilleux faisaient à la majesté du Très-Haut; honorificavi patrem meum et vos inhonorastis me. Avec quelle sainte ôolèrë le plus doux des enfants des hommes châtie les vendeurs dû temple qui profanaient le lieu saint ! C'est le zèle qui lui fait multiplier les miracles, qui lui inspire de courir après les
PÜfeMlÈtlE PÀRtlfc.
pécheurs , de s’asseoir sur le bord d'un puits pour ramener îa Samaritaine,tle souffrir sa doulbureuse passion et dé mourir ignominieusement ; c'est le zèle qui , multipliant pour ainsi dire sa personne sacrée, envoie par tout l'univers des apôtres pour annoncer le royaume de Dieu ; euntes ergo docete omnes gentes. ( Maîth. *xviii. 19. )
Âimons-iious véritablement Jésus-Christ? Nous pouvons nous en assurer en sondant les dispositions de notre cœur. Souffrons-nous , lorsque nous voyons qu'on offense Dieu? Voudrions-nous le voir aimé par tous les cœurs? Ce désir nous porte-t-il à étendre son culte, à faire disparaître le péché de dessus la terre autant qu'il est en nous, à prier du moins pour l'extension du règne de Dieu sur les cœurs, si notre position ne nous permet pas d'agir d'une manière plus sensible? Ahî Si nous avions autant de zèle pour la gloire de Notre-Seigneur que les envoyés de Satan, que les partisans du siècle en montrent pour les intérêts de leur maître , que de cœurs nous attirerions à son service! Mais hélas! que de chrétiens se flattent d'aimer Dieu et qui pourtant ne voient qu’avec indifférence l'outrage fait à sa bonté par l’indifférence , l'impiété , ou le libertinage ! Ah ! que penserions-nous d’une piété filiale qui verrait sans s’émouvoir injurier le plus tendre des pères?
A fions au cœur de Jésus; prions-le de nous embraser du zèle dont il est dévoré, de nous consumer de ce feu céleste qu'il est venu apporter sur la terre et dont il désire répandre partout les ardeurs. Que ne ferions-nous pas si nous avions du zèle pour la gloire de Dieu ! Il suffit d'un seul homme enflammé de zèle, dit saint Chrysostome, pour changer un peuple tout entier.
Le zèle est si agréable à Dieu, qu'il suffit pour établir l'homme qui en est embrasé dans la possession et l’exercice d'un saoer-
doce étemel, zelando zelum Dei, accepit testamentum sacerdotii œterni (I. Mac. ii. 54); et H est regardé par l'Église comme Une marque de prédestination; écoutons en effet les consolantes paroles qu'elle adresse à Dieu en recommandant à sa miséricorde l'âme prête à paraître devant le tribunal redoutable du souverain juge : malgré les péchés de ce chrétien, dit-elle, considérez, Seigneur, qu'il n'a renié ni le Père, ni le Fils, ni le Saint-Esprit , mais qu'il vous a honoré par l'hommage de sa foi , et que son cœur a brûlé de zèle pour votre gloire ; licet enim peccaverit... credidit , et zelum Dei in se habuit.
FLEURS SPIRITUELLES
« Qui doit-on regarder comme un homme dévoré par le zèle de la maison de Dieu? c'est celai qui désire ardemment d'empêcher que Dieu ne soit offensé, qui fait réparer les offenses qu'il n'a pu prévenir et qui, lorsqu'il ne peut venir à bout de les faire pleurer à ceux qui les ont commises, pleure et gémit de voir Dieu déshonoré. » (S. Augustin.)
« Chargeons-nous des affaires de Dieu et faisons si bien que sa divine majesté se glorifie de régner en nous, car il aura soin de nous faire régner avec lui. — Pensez à moi, dit-il un jour à sainte Catherine de Sienne * et je penserai à vous. »
(Ste Térêse, Médit. 2 sur le Pater.)
« Oh! qu'un homme est ingrat s'il ne connaît pas l'obligation très-étroite de procurer de toutes ses forces la gloire de Notre-Seigneur ! » (S. Ignace de Loyola.)
« O amour! 6 amour! que vous êtes peu connu et peu aimé!... Quelle peine et quel tourment j'éprouve par la connaissance que vous me donnez du peu d'amour que l'on a