LA BALLADE DU VAGABOND [NA
J'ai peur. Qu'entends-je? Qu'est-ce? Uneombre se mouvant ?
Pourquoi faut-il que dans ce noir je me hasarde ? Qu'est-ce ? Le frolement d'une Ombre par mégarde,
L'Inconnu qui me touche ou n'est-ce que le Vent?
Les premiers feux dans les maisons ! Pres d’une grange Un homme cherche et rde aux allures etranges.
11 balance un fanal, puis ferme le loquet
De l'étable, au jardin clôt encore une porte.
Ilerre, vient et va rodant de telle sorte,
Le feu mystérieux le suit comme un follet.
Je suis le Vagabond | Pour savoir si la route
Où j'irai me sera plus déserte, j'écoute,
Lorsque monte parfois de mon àme en lambeaux L'écho retentissant d’une rumeur lointaine, Rumeur, à l'avenir, de ma vie incertaine,
Des voix prophétiser sur d'arides plateaux.
Je suis le Vagabond, je suis celui qui passe,
Je consulte la Nuit, yinterroge l’espace »J ÉA ,
Mais nulle voix à mes problèmes ne répond.
L'Ombre victorieuse étend partout ses voiles Et dérobe à mes veux ces phares, les étoiles,
Mon frère, prends pitié du pauvre Vagabond!
POËÈMES
PROMENADE SY LVESTRE
E n'ai pas, amoureux de fables ingénues, | Dans la forêt sauvage où s'égarent mes pas. Vu la naïade blonde, insoucieuse et nue, De perles en colliers rehaussant ses äppar, Qu’elle soit cette Églé que nous peignit Virgile. Rhodia, la Rapide, ou Climène, sous bois.
Parmi la mousse, qui susurre, douce voix,
Filtrer le bleu filet d'une cascade agile,
Hébé ne versa point le roux nectar des dieux
A ma soif de jeunesse et de candeur premicre, Tout au fond du lac pur qui garde une onde claire Où le saule se mure et tord de noirs cheveux, J'igsnore Le sommeil des graves Limniades,
Ai-je dans le bouleau surpris la Sémiade F'rémissante de tout le feuillage en émoi,
Me dire: « Je suis pâle et si fréle, prends-moi | » Artémis chasseresse au secret des churières,
A l'heure où Phocbé courbe une corne d'argent, D'un doigt preste n'a pas vers le cerf s'affligeant Et qui brame, tendu de flèches meurtrières.
Mon beau Rêve divin de sa splendeur déchu N'aura pas suscité sous le pin et l'veuse
La fuite vers la mer des Bètes fabuleuses,
Des centaures au torse humain, au pied fourchu. Que je blesse en un irenc d’une fine lamelle
Le chêne glorieux et la Dryade en pleurs N’exhale plus vers moi sa secrète douleur.
Écho ne redit plus le chant de Philomèle...
Hélas ! Dans la forêt aux longs enchantements Je ne vis plus parmi le peuple des déesses,
J'ai tué la légende et l'humaine vieillesse
D'un âge sans chimère est triste infiniment,