PROMENADE SYLVESTRE
Mais pourquoi, certain soir de grave poësie,
Que l'air saturé d'herbe et de lilas en fleurs Verse à nos cœurs grisés une chaude ambroisie, Qu'aux roses nous disons extatiques : « Mes sœurs!» Aux lys mystérieux : € O substance divine ! »
Un beau platane clair de lune submergé,
Avec sa feuille jaune en son sommeil plongé,
Semble un dieu naturel qui rêve et s'illumine.
A M. Oliar Asselin.
F village s'éloigne au tournant de là route L Qui me guida par le bois sombre au fond du val. Seul, dans l'ombre que font les arbres, haute voûte, J'admirai l'éternel règne du Végétal. C'était bien la forêt, le peuple des érables, Des frènes et des pins. Les sèves du printemps Baignaient l'écorce rude aux tiges innombrables Que l'hiver encercla de givres craquetants.
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J'examinai les füts où pleuraient les entiulles Et le jet dénudé des branchages noueux.
Vainement je cherchais, parmi les nids de pailles,
Une jeune couvée, un petit chaume heureux.
Superbes végétaux ! Vous épandrez vos feuilles Que frolera le vol estival des oiseaux. Arbres silencieux dont l'âme se recueille
Aux secrètes fraicheurs des vaporeux ruisseaux !
Mais en quel tra ail sourd s'absorbent vos silences”? Vos sommets qu'on voit poindre à l’aube des matins, Vos rameaux dégarnis, tendus comme des lances,
Accusent l'attitude et les gestes hautains.
Qu’attendez-vous ainsi? Craignez-vous la cognée Dramatisant au bois la chute des géants Ou la vrille d'acier, en spirale tournée,
Dont la morsure vive a fait saigner vos flancs ?
Les érables, les pins, les bouleaux et les frènes, Inclinant jusqu'à moi leurs longs bras assouplis, Semblaient me confier leurs douleurs anciennes, Leur prestige, leur gloire et leur culte abolis.
Notre frère!.….aime-nous!.. suggérait leur mensonge Et je bus à plein cœur l'étrange illusion, Et longtemps je songeai — toute la forêt songe —
Dans le ravissement de l'incantation.
Penseurs mystérieux, hôtes du val déchive . ? , Vous qui saurez la Joie et la maturité, C'est vers v S a s'e nent £ rre À » chétiv d'est vers vous que s’en vient ma pauvre âme € étivo,
Consciente de sa douce ingénuité.
A vous tous, mes Ainés, mon désir se révèle, Je rève parmi vous un exil triste et beau...
Et j'évoque à vous voir une forme nouvelle,
Érable vigoureux ou frène ou blanc bouleau.
0 piles végétaux ! Si vous étiez mes frères, £ Je serais le martyr des changeantes saisons, Quand l'automne gémit ses hymnes funéraires,
J'exhalerais ma plante avec mes oraisons.
L'âpre nuit gercerait ma chair nue et sensible A peine réchauffée aux tiédeurs des midis, Et les glaives du froid, me choisissant pour cible,
Cribleraient de leurs coups mes membres engourdis.
Dès l'avril prometteur, en moi la sève neuve Monterait rafraîchir mon sang vivilié, Circuler, généreuse, en un COUTS lent de fleuve,
Par veines et canaux de monfaite à mon pied.
Quand juillet alourdit la vigne adolescente, La brise des étés d'un invisible archet Ferait vibrer le chœur des feuilles bruissantes
Si légères dans leur gracile menuet.
A mon front lumineux chanterait la cigale Célébrant la chaleur et le blé d’or müri, Et je dispenserais mon ombre végétale
Au voyageur laissé qui se cherche un abri.
Et quand mon cœur trop lourd n’en pourra plus de sèves, D'élans accumulés, le Bücheron mettra La blessure mortelle — et le sonie s'achève —
En globules ardents mon Sang s’écoulera.
e—2te——<#}
Au Poële Paul Morin.
Laus Solis
imoxs le chaud coleil en son incandescence, i Aimons-le savamment dans la belle croissance
Des blés fléchis. tendus vers sa munificence,
Aimons dans la ferveur hâtive des moissons, Dans le parfum mouillé de la ronce aux buissons.
Celui qui donne l'âme aux germinations.
Humblement bénissons le jour qu’il renouvelle, Alors qu'au matin clair le monde se révele,
Que l’homme reconnaît sa tâche habituelle.
Puis en tout ce qui nous enchante le chercher, Dans l’éclat des miels roux amassés aux ruchers, Dans la fête des soirs où flambent des bûchers,
Dans le goût de la figue et de la pêche müre, La saveur du fruit blond juteux sous sa pelure, Dans les raisins trop lourds qui mêlent leur coulure.
Car il est la gaîté, la couleur, le décor, L’éternelle jeunesse et l'éternel effort, L’Astre adoré poussant l'être vers son essor.
Aimons qu'il soit un Dieu prodigue de lumière, Auteur béni de la certitude première, Sur le Globe formé de l’aveugle matière.
Aimons que dans le cycle immuable des jours, Insinuant dans nos veines des ferments sourds,
Il active l’ardeur des humaines amours,
Qu'il nous donne la force et la douceur de vivre,
Et que dans sa bonté chaque aurore il nous livre
Cette nature offerte à nos yeux comme un livre.
DEMENTIA SOLIS
DEMENTIA SOLIS
| Été soumis acclame
i Tonjoug royal, ô blond Soleil! Commeun brasier
Midi flambe. Le bois somnole extasié
Sous la blessure d’or de tes vibrantes lames.
Les maïs dans les champs, ux jaunis, comme une onde ruissellent, nté de fines étincelles
dansants.
Sur les cotea L'air tremble tourme Qui font un rideau bleu de petits ronds
Soleil en gloire ! O force Universelle ! Vois la feuille qui se tord Sous le pourpre baiser d’une brülante mort,
Vois s'effriter l'argile et se rompre l'écuree.
Ta blonde succion Chauffe la roche unie et les herbes avares, Iume le suc des fleurs et dessèche les mares
Où, gras et poussiéreux, se pourrissent les joncs.
La bête limoneuse, Le serpent, rétrécit l'iris fin et cruel De ses yeux verts trempés de rayons et de fiel
Et cuit les anneaux froids de sa courbe fuyeuse,
C'est l'empire brutal De Celui quipour vie a le feu dans ses veines, Et c’est un verbe lier que souffle son haleine. Et le soleil a dit son œuvre triomphal :
Mes midis de vertige Font éclater la rage et l’insolation ; Grisé de ma victoire et d’exaltation,
L'Orgueil comme un enfer dans mon cerveau s’érige.
an
DEMENTIA SOLIS 171
Je répands la sueur De ceux qui vont fauchant une avoine aoûtée, Je gonfle l’étamine et les graines jetées
Par le geste augural et rude du semeur.
Fiévreux, dans ma démence, J'évoque le carnage et les lâches combats, Les blessés que dévore un tragique trépas, Les fastes déroulés sous ma lumière immense.
Car je suis le Flambeau De l'épopée humaine et des luttes de races.
Je guide, ivre du sang qui me souille la face, Le Vainqueur, glorieux, vers les règnes nouveaux.
vox SOLIS 173