LA GARDE NATIONALE ET L'AMOUR
Ca <Ë*arîif nationale rt l’Tlnuuir.
Pour bien dîner chez le père Lathuile, il faut préalablement revêtir le costume de garde national ; en effet, le dîneur en uniforme a droit dans cet aimable endroit à tous les honneurs et à tous les beefsteaks dus à son rang dans la garde civique.
Le filet Chateaubriand , vu son importance , ne se délivre qu’à partir du grade de sergentmajor.
Un jour donc que, fatigués d’une longue veille des armes (c’était en 1847, passée au corps-de-garde de leur mairie respective, deux simples gardes nationaux des o* et 7e arrondissements s’étaient rendus aux BatignoUes, chez le père Lathuile, — il y eut ripailles et goguettes.
Or, voici en quoi consistait sous le dernier l'ègne, règne bourgeois, comme on sait, une ripaille de gardes nationaux
1" Un potage purée Créc\ :
2° Un turbot demi-sauce hollandaise ce turbot était un peu fanéi :
3° Un filet de bœuf émaillé de larges piqûres d’un beau lard bien jaune:
4° Une sole normande pour trois;
5° Une compote de trois pigeons venant de Monceaux) :
6° Une jolie salade de chicorée avec un cha-
pon;
7u Un gâteau de riz à l’orange ;
8° Desserts variés (quatre mendiants, etc.).
A la fin de ce gigantesque repas, les deux gardes nationaux, qui s’étaient adjoint deux jolies demoiselles exerçant la profession de piqueuses de bottines, sablèrent une bouteille d’aï non frappé, et chantèrent à tue-tête, avec ces deux petites personnes :
Ah ! si nos femmes nous voyaient !..
Et, ne connaissant plus de bornes, lâchant toutes les écluses de la générosité, ils se mirent encore en dépense d’un flacon de malaga pour le beau sexe. Ici, une autre chanson :
Sexe charmant, sexe volage !...
Les hausse-col jonchaient le parquet, la tunique appendue à une patère de cuivre estampé frémissait d’horreur, le coq gaulois collé sur le
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