‹ Le cœur et l'estomacChapitre 26 sur 28 · IH · texte numérisé non relu

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— C’est, me dit-il, le célèbre marquis Emdius Schwarzberg.

Ce nom m’était inconnu . et rua curiosité ne fut guère satisfaite.

Mon étonnement fut au comble quand je vis après le premier service, le marquis Emilius accaparer pour lui seul un salmis de bécasses qui avait, ma foi ! fort .bonne mine, et dontj aurais bien voulu prendre ma part.

— Messieurs, dit le marquis, je vous demande la permission de ne pas vous ollrir de ce plat, ‘qui est l'ouvrage de mon premier cuisinier, et que le baron , notre hôte et ami . a consenti à laisser servir sur sa table, parmi les chefs-d’œuvre de sa propre cuisine.

Messieurs , reprit en riant le 1 mron G . . c’est

• une des singularités de notre ami de manger tous les jours, à son dîner, un salmis de bécasses préparé par Jacques, son cuisinier intime Tenais ne regrettez iras de ne pouvoir toucher à ce plat . il y entre de tels condiments que vous seriez obligés de prendre demain le lit pour huit jours

HT L’ESTOMAC

Le marquis fut un moment l’objet des regards de l’assemblée qui ne savait que penser de cette incartade; et puis l’on parla d’autre chose et le marquis fut oublié.

Moi seul je remarquai qu'il ne buvait que de l’eau, et j’allais demander à cet original comment un plat si épicé pouvait se passer de l’accompagnement d’une bouteille de vin vieux, lorsque je le vis faire un signe au maître-d’liôtel qui, sur-le-champ et sans autre explication, apporta un pot de confitures de groseille.

Le marquis dévora plutôt qu’il ne mangea ces confitures de groseille , et il se remit à dépecer ses bécasses avec volupté.

Après le dîner, le café fut servi dans le jardin , sous une jolie tonnelle de clématite et de vigne vierge : le marquis , qui avait remarqué mon attention soutenue pendant tout le repas , tira de sa poche, à mon intention, un étui en paille de Panama, et m’offrit un petit cigarre venant des manufactures du sultan.

Cette offre gracieuse que j’acceptai , en lui

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glissant un compliment, nous lit faire connaissance; notre tasse décalé à la main et le cigarre aux lèvres, nous limes côte à côte quelques tours de promenade; et ce fut dans ce moment délicieux où l’estomac digère un bon dîner, où le cerveau dilaté est bercé doucement dans la vapeur d’un tabac parfumé .que le marquis Emilius me raconta ce qui suit :

— .. A vingt-deux ans, j'épousai . à Berlin, une jeune fille du nom de \\ ilhelmine, appartenant à une des premières familles ducales de l’Allemagne ; elle était belle comme le jour et je l’aimais depuis dix-huit mois. Elle avait seize ans ; elle était délicate et à peine formée : sa mère n’avait pas voulu consentir plus tôt à ce mariage; aussi vous pouvez juger de ma joie, quand je pus la prendre par la main et la conduire dans le temple protestant où le prenne! chapelain du roi bénit notre mariage.

.. Le soir des noces, j’entrai avec sa mère dans la chambre nuptiale , où Wilhelmine s était retirée depuis une heure avec ses femmes.

il nie semble la voir encore : elle était assise dans un grand fauteuil de damas violet, au coin d’un feu clair et brillant; sa toilette consistait en un peignoir de mousseline blanche brodée à l’infini , et garnie de dentelles françaises du plus grand prix.

>• Après quelques mots d'amitié échangés entre nous trois, la mère de \\ ilhelmine se retira , et je me souviens que , comme nous la reconduisions jusqu’à la porte de la chambre , elle se retourna tout-à-coup et se jeta dans les bras de sa fille , en fondant en larmes et en s’écriant :

— •< Adieu, pauvre Wilhelmine, adieu, je ne te reverrai plus !

w Wilhelmine se mit aussi à pleurer, et j’étais fort troublé entre ces deux femmes sanglotant sans motif, mais évidemment dominées par un pressentiment sinistre.

.. Je parvins pourtant à les calmer l’une et l’autre, et quand la mère de Wilhelmine nous eut quittés , je vins me mettre aux pieds de

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