‹ Le cœur solitaireChapitre 1 sur 13 · M DCCC XCVIII · texte numérisé non relu

M DCCC XCVIII

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PQ

O mon ami, mon vieil ami, mon seul ami, Rappelle-toi nos soirs de tristesse parmi L'ombre tiède et Todeur des roses du Muse'e. Nous allions là, le cœur défait et Tàme use'e, Trop amers pour prier, trop lâches pour saisir Le phalène invisible et frôleur du désir Qui rôdait dans Tazur profond de la nuit claire. Il faut croire, être bon, sourire, admirer, plaire. Aimer, soupiraient Tombre et Teau, toutes les voix Nocturnes qui parlaient et chantaient à la fois.

11 faut aimer, venez, nous avons d'enlaçantes Caresses, murmuraient à mourir les passantes, Et la brise à travers les fleurs et les rameaux Faiblement expirait encor les mêmes mots.

11 faut aimer, disaient les bouches sur les bouches.

Et nous restions toujours plus sombres, plus farouches.

L'esprit hanté d'un rêve orgueilleux et pervers.

Un air léger glissait sur nos yeux entr'ouverts,

La lune bleuissait les bosquets immobiles,

Et dans l'obscurité des berceaux les idylles

Chuchotaient.

O railleur, nous aurions dû pleurer, Nous laisser vivre enfin, être ivres, respirer L'arôme sensuel du foin coupé, des roses, Etreindre dans nos bras fiévreux toutes ces choses. Et retrouver la chair qui nous cherchait ce soir. Mais les cœurs trop subtils savent mal s'émouvoir. Devant ce clair jardin défaillant jusqu'à Tàme Qui se fondait dans un frisson d'épithalame. Nous doutions, nous doutions de Dieu devant le ciel; Je tendais à ta soif une éponge de fiel, Et mon orgueil m'était acre comme la cendre. Et les arbres penchés sur nous croyaient entendre Rire Faust accoudé sur Méphostophilis.

O MOiN AMI, MON VIEIL AMI, MON SEUL AMI

Tristesse de l'esprit qui dissèque les lys,

Qui jette à son étroit creuset Tàme el le monde

Et dans l'être infini laisse tomber la sonde

Nous ne pouvions donc pas être hommes simplement,

Jouir du ciel, souffrir d'une femme qui ment,

Et vibrer sous l'afflux vital comme l'amphore

En s'emplissant d'eau monte une gamme sonore?

Hélas ! dans la langueur de ces longs soirs d'été

Où tant d'amants depuis l'Eden ont sangloté.

Nous demeurions toujours révoltés et farouches ;

Un dur orgueil scellait le baiser sur nos bouches

Et dissipait l'émoi qui nous troublait les yeux.

De faibles souffles d'air flottaient, mystérieux

Lied nuptial, la nuit pudique sous ses voiles

Foulait à pas plus lents le gravier des étoiles,

Et toute âme épousait l'universel Péché.

Et mon cœur solitaire et ton cœur desséché

Cherchaient sans les trouver, dans leur stérile peine,

Les mots, les pauvres mots de l'élégie humaine.

Juillet 1897.

Souffrir infiniment, souffrir, souffrir assez

Pour que le soc puissant et net de la douleur

Ouvre à fond ce coteau de vigne desséché.

Et qu'au prochain automne on vendange mon cœur !

Souffrir ? Je ne sais plus souffrir, j'ai trop pensé. Et j'envie en mon dur sépulcre intérieur, O lamentable Dieu des croix, ton front penché Où Tagonie expire en gouttes de fraîcheur.

J'implore un coup de lance au flanc, j'ai soif de fiel. Qu'une femme implacable entre toutes les femmes Me tende sa chair froide et sa bouche où je puisse

Me blesser d'un atroce amour!... L'étoile au ciel

Palpite d'un éclat plus vif après la pluie,

L'âme humaine renaît en clarté dans les larmes.

23 Août 1897.

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