‹ Le cœur solitaireChapitre 2 sur 13 · SOIRS DE STÉRILITÉ QUI FONT L AME PLUS SECHE · texte numérisé non relu

SOIRS DE STÉRILITÉ QUI FONT L AME PLUS SECHE

Soirs de stérilité qui font l'âme plus sèche Qu'une route où le vent de décembre a soufflé. Soirs où sous la douleur acre le cœur gelé Crierait comme une terre aride sous la bêche!

On se sent seul, on se sent las, on se sent vieux Avec des mains sans foi pour lever le calice; On attend vainement qu'une larme jaillisse Des paupières de plomb qui pèsent sur les yeux.

Il fait si froid vraiment, vraiment si froid dans Tâme, Si froid. On tourne en rond dans un grand pays noir. En rond, toujours en rond, et sans même l'espoir De voir, là-bas, surgir la colonne de flamme.

Il fait noir, il fait froid, car les dieux sont partis Emportant l'idéal foyer et la lumière; L'humanité s'endort en pleurant, et la terre Reste sourde aux profonds sanglots de ses petits.

Dieu qu'on a descendu des croix, dieux qu'on exile, Ignorez-vous pourquoi, d'un cœur débile, au soir, Le poète, mauvais jardinier, va s'asseoir. Et dédaigne, les bras croisés, le sol stérile?

C'est que malgré la femme, hélas! on est trop seul. Et l'orgueil souffle à l'homme écrasé qui succombe : — Prends le lit nuptial pour mesurer ta tombe, Prends le lin de l'épouse et tisse ton linceul.

Tout est vain. Laisse là le labeur et la lutte ; Rêve, épuise ta vie en baisers inféconds. Regarde sMriser le vin dans les flacons, Souris, chante ta peine en mineur sur la flûte.

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