L INQUIÉTUDE DE DIEU I4I
Et mon esprit, coteau pierreux et désolé, Ne rendra pas l'écho des paroles divines.
C'est que dans l'ivre et large émoi des belles nuits
Où tout bruit, palpite et soupire à la fois.
Où le silence même a sa rumeur, les voix
Couvrent la mélodie absolue ; et l'esprit
Qu'on a tenu penché trop longtemps sur la foi
S'y trouble comme un clair visage au fond d'un puits.
Celui qui frappe au seuil et prie avec des larmes
Se voit un étranger qu'aucun hôte n'accueille ;
On se sent faible ; on tremble, on doute que son âme
Dans la création pèse plus que la feuille ;
On craint que la clarté divine ne soit plus
Qu'une dernière étoile au cœur des hommes purs.
Le monde est triste et vieux et les nouveaux venus
Pour qui le ciel est vain comme un mot inconnu
Ont recouché le Christ dans son sépulcre obscur.
Mais Je veux, ô mon Dieu, malgré tout, croire en toi.
Prête-moi la candeur de la vierge et la foi
De l'enfant. Que je sois vigilant, bon et simple.
Accorde-moi sur tous les dons l'humilité,
Afin que j'offre au vent de ta volonté sainte
Le docile et profond émoi d'un champ de blé.
Permets-moi d'oublier qu'un soir des temps anciens
Le doute déborda du calice divin.
Enfin rends à mon cœur la jeunesse d'aimer ;
Que le grain germe encor dans ce jardin fermé !
Je cherche en égaré ta croix au carrefour,
Je t'appelle à travers la nature vivante :
Il est temps de m'entendrc, ô Dieu, ne sois pas sourd ;
Réconforte mon âme obscure, ta servante,
Car, pareille à l'abîme étoile de l'amour,
L'immensité des cieux nocturnes m'épouvante.
TqA'BLE
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