L INQUIETUDE DE DIEU I
Que la croupe des boucs crispés sur le portail Serve d'éternel lieu d'exil à mes péchés Et que la palme offerte aux cœurs purifiés Exalte en moi l'azur des vierges du vitrail.
Je serai digne alors de gravir, humble et pâle, Le seuil de gloire oia les rois même parlent bas, Et mon cœur et mes pieds nus ne sentiront pas Le froid de la divine espérance et des dalles.
. . . Cette prière, hélas ! n'est-ce pas seulement L'angelus qu'au passé tinte une âme trop simple A qui les yeux naïfs de ses chagrins d'enfant Ont souri tristement du plus loin de leurs limbes?
N'est-ce pas le glas lourd du vain rêve que font Dans leurs soirs douloureux les vieilles fois qui meurent Entrerai-je, nocturne et las, dans la maison Où le Maître de vie ineffable demeure ?
Février 1896.
Le sombre ciel lacté se voûte en forme d'arche. Un grand silence ému berce les choses; l'arbre Palpite au vent léger qui passe, et dans l'étable On entend remuer les bêtes dans la paille. La confuse rumeur des sèves qui travaillent Traverse le sommeil de l'homme après la tâche. Comme un laboureur las qui s'arrache à la glèbe, L'humble poète alors sort de la chair et lève "Vers la vivante nuit, radieuse et profonde, Un front qui porte aussi sa lumière et ses mondes.
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Hélas ! interroger ce qui ne peut répondre, Dit-il ! ah ! tout mon cœur débile et sa misère ! J'ai quitté la grand'chambre où dorment les aïeules, Et me voici, devant le songe de la terre. Frissonnant comme un brin de foin sec sur la meule. Le rhythme intérieur qui régit la matière Comme jadis la lyre orphique émeut les pierres, Les sèves en tumulte écartent les écorces. Autour de moi la ruche invisible bourdonne, Et, frêle comme un Jonc dans le fleuve des forces, Je doute en fléchissant de mon âme immortelle : O nuit, le temps s'écoule, et je ne suis qu'un homnie !
Plus faible et sanglotant qu'au jour de mon baptême.
Je pense à vous, qui, hauts et droits, ô mes ancêtres,
Vécûtes avec l'âme et la force des cèdres.
La voix du Créateur sur vos fibres vibrantes
Chantait comme un vent clair dans les rameaux sonores ;
Votre cœur large et plein s'ouvrait comme une grange.
Vous aimiez l'oraison du pauvre à votre porte
Et votre foi d'enfants pleurait sur l'Evangile.
Béni soit notre pain de chaque jour, bénies
La journée et la nuit, disiez-vous, et la vie
Vous était un peu d'eau limpide sur l'argile.
L'été brûlait; et vous veniez avec Tépouse Vous asseoir où je suis, aux heures où le jour S'enfuit en ne laissant au ciel que des étoiles. Alors le vieux désir humain joignait les bouches. Sans penser que la mort est au fond de l'amour, Vous laissiez puissamment tressaillir dans vos moelles La saine volupté qui fait les fortes races. Plus tard, quand, jardinier ridé, l'Automne passe, Vous voyiez à vos bras les enfants se suspendre Comme un bouquet de fruits dorés après la branche. Simples et droits, ô mes ancêtres, vous portiez Des âmes que le soir de la chair trouvait grandes.
Large ivresse ! J'entends chuchoter les halliers,
Et la terre en amour rit au céleste abîme.
Le temps plane sur moi comme un aigle immobile.
Je voudrais me confondre avec les choses, tordre
Mes bras contre la pierre et les fraîches écorces,
Etre l'arbre, le mur, le pollen et le sel,
Et me dissoudre au fond de l'être universel.
Je ne veux pas de femme en pleurs sur ma poitrine,
Toute chair à ma bouche a le goût du péché
Et mon cœur est amer comme un fruit desséché.
Que Dieu jette son nom sonore à la ravine,