‹ Le coffret de SantalChapitre 105 sur 107 · LE VAISSEAU-PIANO · texte numérisé non relu

LE VAISSEAU-PIANO

Le vaisseau file avec une vitesse éblouissante sur l'océan de la fantaisie,

Entraîné par les vigoureux efforts des rameurs, esclaves de diverses races imaginaires.

Imaginaires, puisque leurs profils sont tous inattendus, puisque leurs torses nus sont de coideurs rares ou impossibles chez les races réelles.

Il y en a de verts, de bleus, de rouge-carmin, d'orangés, de jaunes, de vermillons, comme sur les peintures murales égyptiennes.

Au milieu du vaisseau est une estrade surélevée et sur l'estrade un très long piano à queue.

Une femme, la Reine des fictions, est assise de-

vant le clavier. Sous ses doigts roses, rinstrument rend des sons veloutés et puissants qui couvrent le chuchotement des vagues et les soupirs de force des rameurs.

L'océan de la fantaisie est dompté, aucune vague nen sera assez audacieuse pour gâter le dehors du piano, chef-d'œuvre d' ébénisterie en palissamb^e miroitant, ni pour mouiller le feutre des marteaux et rouiller l'acier des cordes.

La symphonie dit la route aux rameurs et au timonier.

Quelle route? et à quel port conduit-elle? Les rameurs n'en savent trop rien, ni le timonier. Mais ils vont, sur l'océan de la fantaisie, toujours en avant, toujours plus courageux.

Voguer, en avant, en avant f la Reine de la fiction le dit en sa symphonie sans fin. Chaqtie mille parcouru est du bonheur conquis, puisque c'est s'approcher du but supjrême et ineffable, fût-il à l'infini inaccessible.

En avant, en avant, en avant!

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