‹ Le coffret de SantalChapitre 44 sur 107 · A UNE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE FILLE

Pourquoi^ tout à coup, quand tu joues f Ces airs émus et soucieux?

Qui te met cette fièvre aux yeux, Ce rose marbré sur les joues?

Ta vie était, jusqu'au moment Ou ces vagues langueurs t'ont prise^ Un ruisseau que frôlait la brise^ Un matinal gazouillement.

Comme ta beauté se révèle Au-dessus de toute beauté , Comme ton cœur semble emporté Vers une existence nouvelle,

Comme en de mystiques ardeurs Tu laisses planer haut ton âme, Comme tu te sens naître femme A ces printanières odeurs,

Peut-être, que la destinée Te montre un glorieux chemin; Peut-être ta nerveuse main Mènera la terre enchaînée.

A coup sûr, tu ne seras pas Epouse heureuse, douce mère; Aucun attachement vulgaire Ne peut te retenir en bas.

As-tu des influx de victoire

Dans tes beaux yeux clairs, pleins d'orgueil,

Comme en son virginal coup d'œil Jeanne d'Arc, de haute mémoire?

Dois-tu fonder des ordres saints, Etre martyre ou prophétesse?

Ou bien écouter l'acre ivresse Du sang vif qui gonfle tes seins?

Dois-tu, reine, bâtir des villes Aux inoubliables splendeurs, Et pour ces vagues airs boudeurs Faire trembler les foules viles?

Va donc! tout ploiera sous tes pas.

Que tu sois la vierge idéale Ou la courtisane fatale...

Si la mort ne t'arrête pas.

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