‹ Le coffret ou Le trésor enfoui [microforme]Chapitre 65 sur 65 · D OURS SOI ES · texte numérisé non relu

D OURS SOI ES

È calme; il sera temps plus tard de laisser déborder votre joie. Alors sera venue l'heure des réjouissances bruyantes. Aujourd’hui, le silence et le calme.”

Et après une pause de cinq minutes durant laquelle les associés semblèrent autant de mannequins empaillés autour de la table, tant ils étaient pétrifiés d'émotion, Valdu se leva, toucha Creusot et Sabelle du doigt et lour

# dit: “Creusot et Sabelle, c'est à vous que le Destin a confié l'honorable tàche de découvrir le coffret. Passez le premier, Creusot, visitons toutes les chambres. Allons.”

Creusot obéit, suivi de Sabelle et de Valdu. Après avoir fait un inventaire minutieux de deux ou trois chambres, ils arrivèrent à un cabinet plus richenent meublé que les autres, et qui était destiné aux amis de dintinction qui, dans leurs voyages, recevalent la

.. généreuse hospitalité du Maire.

D'un coup d'œil Creusot parcourut

tous les coins et recoins de la pièce, puis, s’agenouillant près du lit, il en

. releva la soupente, et se renversant Ë tout à coup en arrière, il tomba sur le

plancher comme foudroyer d’apoplexie foudroyante. Mais pas un mot, pas un cri; les dents serrées, la poitrine haletante, il se lève, regarde Sabelle, et tombe dans ses bras, suffoqué par l’émotion.

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Valdu les toucha du doigt, leur fit signe de garder le silence et alla chercher les autres associés. Ils arrivèrent tous, effarés, et se pressèront autour du lit, en regerdant Valdu avec des yeux qui réflétaient à la fois l'admiration et l’effrol.

“Messieurs, le Grand Esprit a dit vrai, voici le coffret, Creusot et Sabelle, faites-le glisser de sa cachette jusqu'au milieu de cette chambre.”

Les deux associés s’empressèrent de mettre au jour ou plutôt à la lumière, le coffret tant cherché, tant convoité.

Ah! qui pourrait dire lés sensations tumultueuses qui soulevaient toutes ces poitrines? Nous nous arrêtons ici par égard pour nos lecteurs; nous hâtons le dénouement qu'ils attendent, sans doute, avec autant d’impatience, que nous en éprouvons à y arriver.

— “Messieurs, voici le coffret: à

* l'heure voulue, il sera ouvert, Mais pre-

nez garde, vous n'avez pas encore les trésors qu'il contient; si, dans le fond le plus secret de son cœur, l’un de vous désirait s'approprier une part plus large que celle qui lui revient ex bonne justice, l’or qu’il y a là dans cette boîte de pin vermoulu, cet or se

changera en ignobles cailloux. Prenez

garde! Que vos cœurs soient purs! —

Si vous trompez les hommes, vous ne

tromperez pas le grand Destin.

“Messieurs, le coffret ne s'ouvrira

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que vendredi, prochain, c'ost-à-dire dans trois Jours, Soyez tous ici ce jourlà à onze heures de la matinée, Vous ne mm'aurez pas avec vous dang Île cours ce cette séance, Je vous mettra, en fonctions seulement, En arrivant, vous, Creusot, vous remettrez le cof-.

fret à l'endroit même où il se: trouve en £e moment, puis vous tous, agenouillés, vous prierez, et restorea en prières jusqu'à midi, Au premier son | de l'Angelus, voug Creusot, vous enlæ | verez le couvercle du coffret; vous dannerez à Sabelle ses seize milla plastres, et vous partagerez le rostse également et justement entre vous tous. Et gi vous erayez que vous me devez quelque reconnaissance, vous mettrez pour mél de côté un petit sou.

venir, — Retireg-vous m&intenant.” Le vendredi suivant arrivé, Valdu qui s'était rendu chez Creusot, vit ar- river à onze heures précises du ma:

tin, tous les associéa qui avaient revétu jeurs meilleurs habillements pour cette circonstance sclennelle. Ils se rendirent au cabinet dont nous avons

parlé, et Creusot-ayant retiré le coffret

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de dessous le lit, et l'ayant placé au centre même de la place, Valdu commanda ls silence:

— “Messieurs, je vais vous quitter dans un instant. Ma mission touche à sa fin, ou plutôt elle est terminée puisque voiel le coffret. Je ne puis trop

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vous le répéter! que vos cœurs soient purs de toute convoitise fnjuste; ne désirez que la part qui vous revient; prenez garde encore une fois—cet or

se changerait en vils cailloux,

‘‘Maintenant, Messieurs, agenouillezvous avec recugillement — priez, priez fervemment, promettez que vous fe.

rez la part aux pauvres, à tous les in.

digents qui frapperont à votre porte.

Continuez de prier jusqu'au premier

son de la cloche de l'Angelus, alors, vous, Creusot, vous enlèverez le couvercle, De ee moment-là seulement / vous pouvez rompre le sflence, et vous { procèderez au partage, Adieu, n'oubji-

.. €ez pas que Jean-Paptiste Gabriel Valdu a été fidèle À sa promesse, et qu’il a rempli le rôle que lui avait confié le Grand Destin, Adieu!"

Et Valdu se retira, laissant ses dupes agenoufllés et priant avec fer-, veur. Nous ne jurerons pas que la vue

- du Coffret ne leur aît pas occasionné quelques distractions involontaires,

Au premier coup de la cioche de l'Angelus du midi, tous se lèvent, en oubliant de faire le signe de croix final.

Creusot, le front en sueur, tout tremblant, s'approche du coffret, en

+ fait sauter le convercle, et aux yeux ardents des associés apparaissent plusieurs rangées de sacs superposés; chacun en saisit un, et d’après l’ordre

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de Creusot, le dépose sur le plancher.

Il y en avait vingt-cinq.

Ils se mettent ensuite en train d’en ouvrir chacun un; le plus vif d’entr’eux, fut Sabelle, naturellement. Chaque sac contenait, nous n'avons pas besoin de le dire, une centaine de ces petits cailloux plats que l’on trouve sur les grèves des rivières.

Alors ce fut une scène indescriptible. Tous s’accusèrent les uns les autres d’avoir, dans leur fort intérieur, convoité une part plus large du trésor qu'il n’y avait droit, Pas un seul soupçon de la mrystification cruelle dont ils étaient les victimes, tant est enracinée dans les âmes superstitieuses cette confiance aux pouvoirs occultes.

La nouvelle de leur déconfiture fut bientôt connue, et Dieu sait les plaisanteries qu'ils durent souffrir, et les gorges chaudes dont ils furent l’objet.

Nous sommes arrivés au but de notre tâche, lecteurs, et, pour vous prouver la aute estime en laquelle nous vous tenons, nous allons couper court à toutes les réflexions philosophiques que notre sujet est éminemment propre à nous suggérer ici.

Et Valdu?

Chers lecteurs, nous soupconnons fort que Jean-Baptiste Gabriel Valdu était un immense coquin.

On ne l'a plus revu.

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