‹ Le coiffeur et le perruquierChapitre 10 sur 21 · SCÈNE Xô · texte numérisé non relu

SCÈNE Xô

POUDRET, JUSTINE.

POUDRET.

Un perruquier ! . . . ô grand Ignace ! mon patron , vous 1 entendez ! il blasphème ! . . . Ma nièce , je vous défends de jamais lui parler. . . et si vous transgressez mes ordres. . . il suffit. . . taisez- vous , voici mademoiselle !

Les Précédera , Mlle DESROCHES.

Mlle DESROCHES ? tenant à la main une guirlande de fleurs.

J'ai fini toutes mes emplettes, et j'espère que, sur ma tête, cette guirlande de roses mousses sera de fort bon goût.

JUSTINE

Eh ! mon Dieu , mademoiselle. . . pourquoi donc tous ces apprêts !

Mlle DESROCHES, avec expansion.

Tu ne sais donc pas , ma chère Justine. . . Je l'ai revu. . . je l'ai rencontré.

JUSTINE

Qui?... le jeune homme dont vous me parliez ce matin ?. . .

MU* DESROCHES

Tantôt , à sept heures , sans que personne le sache , il viendra nous prendre toutes deux , nous conduire en voiture au spectafle. . .

JUSTINE

Àh ! que vous êtes heuretise !

poudret, qui pendant ce tems a serré la serviette et les affaires à barbe dans une petite armoire.

C'est ça. . . pendant que M. Desroches joue chez le voisin la partie de Boston.

Mlle DESROCHES.

Va vite t* occuper de ma toilette. . . Mais le plus important y ce serait cl abord la coiffure. . . il faudrait avoir quelqu'un.

poudret , s' avançant*

Yoici ; mademoiselle.

Mtle DESROCHES.

Comment , mon cher Poudret ?

poudret , retroussant ses manches.

Je dis que je suis à la disposition de roadem ois elle. . . et si elle veut bien se confier à moi... je vais lui faire rai tapé et un pouf , dont elle me dira des nouvelles. . . vous verrez si tantôt au spectacle vous ne fixez pas te us les regards.

M,,e DESROCHES. /

Je vous remercie , mon cher Poudret. . . . dans la semaine , dans les jours ordinaires, je ne dis pas... maïs dans une occasion comme celle-ci. . .

POUDRET.

Comment , mademoiselle , moi qui vous coiffe depuis vingt-cinq ans!... moi, qui vous ai crêpée dès 1 âge le plus tendre ! . . .

Air de Turenne.

Pxappelez-vous combien , par ma science , Vous e'tiez jolie... autrefois.

( à Justine , montrant mademoiselle Desroches ) Je crois la voir au tems de son enfance, Le premier jour où, soumis à mes lois, Son jeune front se courba sous mes doigts : Quelle coiffure à la Fontangel Trente e'pingles dans le chignon!...

Elle souffrait comme un de'mon; Elle e'tait belle comme un ange.

Mlle DESROCHES.

Vous avez raison, Poudret... c'était bon autrefois... Mais je vous demande si une dame à la mode peut maintenant se faire coiffer par vous ! . . . regardez seulement votre boutique et votre enseigne. . .

POUDRET.

Qu'est-ce quelle a donc, mon enseigne?... Depuis

frente ans elle est toujours la même c< Poudret , perruquier. . — Ici on fait la queue aux idées des personnes. » Ce qui veut dire ad libitum , à volonté ! J'irais à l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres ? qu'on ne m'en ferait pas une plus claire ? quand même elle serait en latin.

Mlle DESROCHES.

Il suffit, Poudret 5 je refuse vos services.. . vous pouvez vous retirer.

POUDRET ? tremblant de colère.

Me retirer ! . . . Elle saura de quoi est capable un perruquier irrité ! . . .

AlR de Nicaise.

Sortons, Dissimulons , Mais à son frère, Avec mystère , Courons dire à l'instant Que madame attend Un amant.

Vous le voulez , mademoiselle , Je ne suis plus votre coiffeur ; Mais, au respect toujours fidèle , Je suis votre humble serviteur.

Sortons , etc. , etc.

'{ Il entre dans l'appartement de M. Desroches. )

Page 1