‹ Le coiffeur et le perruquierChapitre 8 sur 21 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ALCïBIADE , JUSTINE.

JUSTINE

Est-ce possible ! . . . c'est lui ,' . . c'est Alcibiade ... Ah ! que je suis contente de vous voir.

ALCIBIADE

Et moi aussi . . . chère Justine ... {à part ) Dieu ! la fâcheuse rencontre !

JUSTINE

Comment vous trouvez-vous ici 1 vous qui ne venez jamais dans le quartier.

alcibiade , troublé.

Mais ... je ne sais pas trop ... je venais . . . j'arrivais . . . c'est une dame que j'avais à coiffer dans cette maison . . . madame de Murval.

C'est ci-dessus, au second!... Une jeune élégante de la rue du Helder , qui a épousé un riche rentier de la place Royale : c'est le jour et la nuit j elle met tout sens dessus dessous dans la maison f . . Mais , qu'avez-vous donc , monsieur ? . . . vous n'avez pas l'air d'avoir du plaisir à me voir ?

ALCIBIADE

Si , vraiment . . . mais c'est que je crains que votre oncle. . . Dites-moi , Justine , comment vous trouvez-vous ici ?

JUSTINE

Je venais le chercher , parce qu'il y a du monde dans la boutique, qui le demande. . . Il est vrai que vous ne savez pas... mon oncle a loué une boutique qni dépend de cette maison.

ALCIBIADE -, à part.

Ah! mon Dieu!... il faut que je tienne le plus strict incognito... dorénavant je m'envelopperait dans mon Çuiroga.

JUSTINE

Mais , que je vous regarde, M. Alcibiade ! que vous voilà donc beau et bien mis ! quelle différence quand vous étiez apprenti chez mon oncle , et que vous n'aviez qu'un habit gris , qui était toujours tout blanc.

alcibiade , lui faisant signe de se. taire.

Justine , de grâce . . .

JUSTINE

Et cette chaîne en or , et ce beau lorgnon ! . . . est- ce que maintenant vous avez la vue basse?... vous, qui autrefois m'aperceviez toujours du bout de la rue ; vous aviez pourtant de bons yeux dans ce tems-là.

ALCIBIADE

Oui, c'était bon quand j'habitais le Marais... mais maintenant . . .

JUSTINE

Et qu'est-ce que je viens donc de voir par la fenêtre ?

Air : De la robe et des bottes.

Cette voiture élégante et légère, Ce Leau carrîck > ce joli crie val bai...

( iô)

ALCIBIADE

Dans notre état, c'est de rigueur , ma chère ; Tout est à moi , jusqu'au petit jockei. Fut-il jamais condition plus douce î Sur le pavé, que l'on me voit raser, Mon char s1 élance , et gaiment j'e'clabousse Le plébéien que je viens de friser.

JUSTINE

Vous êtes donc riche et heureux ! ... ah ! que je suis contente î . . . mais vous m'aimez toujours , n' est-il pas vrai , Monsieur Alcibiacle ? vous ne m'avez pas oubliée l

ALCIBIADE y à part.

Cette pauvre fille!... elle m'attendrit malgré moi... ( haut ) Oui , Justine , j'ignore ce qui m'arrivera. . . ( à part) J'en épouserai peut-être une autre.. . ( haut ) mais tu peux être sûre que je n'en aimerai jamais d'autre que toi.

JUSTINE

A la bonne heure : au moins , voilà qui est parler.... ( voyant qu'il fait un geste pour partir ) Eh bien ! est-ce que vous me quittez déjà ?

ALCIBIADE

Mais sans doute , il le faut. . . je t'ai dit qu'on m'attendait.

JUSTINE

Dieu! que ces grandes dames-là sont heureuses d'être coiffées par vous. . . Eh bien ! à moi , que vous aimez P ce bonheur n'arrivera pas ?

ALCIBIADE

Justine, y penses- tu?

JUSTINE

J'en ai pourtant bien envie... car je dois aller tantôt

dans une belle assemblée , où il y aura bien du monde

mon oncle a promis de me crêper à l'ancienne manière } mais de votre main, ça serait bien mieux, et je suis sûre que je serais bien plus jolie.

Un autre jour , je ne demande pas mieux ; mais dans ce moment, je suis trop pressé.

JUSTINE

Eh bien! monsieur, rien qu'un petit crochet.,, j'espère que vous ne pouvez pas me refuser cela 1

ALCIBIADE , à part.

Au tait ? puisque uiademoiselle Desroches est sortie. (haut) Allons ? dépêchons-nous j je vais vons feire une petite coiffure a la neige, dans le genre de Nardin.

JUSTINE , allant -prendre un fauteuil.

Ah ! quel bonheur !

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