LES ATELIERS DE MONNAYAGE. OFFICINES ROMAINES. HOTELS DES MONNAIES
Premiers ateliers. — C'est très probablement dans les temples, ou dans leurs dépendances, que les premières monnaies auront été frappées ; en effet, les chambres où l'on enfermait le trésor national se trouvaient, chez les Grecs, dans l'enclos du temple, et tout porte à croire que de l'ate- Her à ces chambres il n'y avait pas loin : ensuite, les types monétaires primitifs revêtent tous des symboles ou attributs religieux ; enfin, raison majeure en faveur de l'opinion émise, sur une pièce du IV^ siècle avant Jésus-Christ, on peut lire le nom du lieu de la provenance : le sanctuaire de Didvme près de iMilet. Le temple de la Junon « Moneta, » à Rome, était ou contenait, sans doute aussi, un atelier de monnayage, le premier, peut-on supposer, qui frappa de la monnaie romaine. Par la suite, les ateliers relèveront de plus en plus de l'autorité civile ou militaire et constitueront, à l'instar des casernes, des instituts nationaux, à la garde desquels des cohortes impériales étaient préposées. A en juger d'après le nombre des officines qu'ils contenaient, ces ateliers devaient être vastes et d'une architecture imposante.
Au mo3'ea âge, les éJitices où on loge « la Monnaie » sont très modestes, en corrélation d'ailleurs avec la pénurie générale du numéraire à cette époque. La centralisation du service s'accentuant de plus en plus comme une nécessité et un avantage, on en vint à construire dans presque toutes les capitales modernes les classiques hôtels des monnaies que tout le monde connait.
Multiplicité des ateliers des anciens. — Dans l'antiquité première, chaque état, royaume, ville ou république, faisait frapper suivant ses besoins dans le seul et unique atelier que possédait la ville principale de l'Etat. Par le tait des conquêtes ou de l'expansion de l'influence exercée par la métropole, le nombre des ateliers s'accrut avec le temps, notamment au cours de guerres victorieuses, ou de troubles civiques pendant lesquels les différentes régions d'un pays se trouvaient isolées les unes des autres. Sous l'empereur Claude II, on comptait 5 ateliers de monnayage, sous Dioclctien 18, sous Constantin I"'' 17, etc.
Les Vandales monnayaient dans le seul atelier (romain) de Carthage. Les Wisigoths possédaient 5 ateliers : Rome, Ravenne, Milan (tous romains), Bologne et Pavie (nouveaux); les Burgondes monnayaient à Lyon; les Lombards, à Milan (romain, puis ostrogoth), à Pavie (ostrogoth), à Lucques, à Plaisance, à Sutrie et à Pise (nouveaux). En Espagne, sous les Wisigoths on comptait 6 1 ateliers, entre autres celui de Tarragone (jadis romain), ceux de Narbonne (romain?), de Saragosse, de Mérida, de Séville et de Tolède. Pendant la période mérovingienne existaient 11 00 ateliers, nombre considérable qui s'explique par le fait que, des mains des monnayeurs proprement dits et serfs jusqu'alors, mais qui depuis s'étaient libérés, la fabrication avait passé
LES ATELIHRS DE MC^WAVAGE I09
dans les mains des orfèvres qui monnayaient pour le compte des rois, ducs, évèques, abbés, etc., ceux-ci taisant battre monnaie où cela leur était le plus commode.
Charlemagne réforma, centralisa ce qui concernait la monnaie et groupa les monnayeurs en une corporation qui suivait le souverain, et qui, sous la surveillance d'un comte, ne pouvait travailler que dans la cité même ou dans les lieux officiellement désignés. Des peines sévères furent édictées contre tout individu qui fabriquait de la monnaie; d'autre part, les monnayeurs furent astreints à des serments, des « jurées » qui garantissaient l'exécution stricte de ce qui leur était imposé. Le nombre des ateliers n'en demeura pas moins grand : 27 pour la France, 5 pour l'Aquitaine et la Germanie, 5 en Italie et 3 en Espagne. Sous Charles le Gros on en trouve 79 en activité. Plus tard, Cliarles le Chauve confia la surveillance du monnayage à une section de la Cour des comptes (Chambre des monnaies) composée de 3 membres (les généraux des monnaies); en 1358. Charles V porta ce nombre à 8, et nomma un gouverneur des monnaies du royaume. Cette chambre devint, en 1551, la cour des monnaies avec juridiction supérieure pour tout ce qui concernait le numéraire; elle dura jusqu'à la Révolution. En 1790, fut créée la commission des monnaies. Napoléon réduisit le nombre des hôtels des monnaies à 7; avant la Révolution on en comptait 30. La IIP République ne frappe plus qu'à Paris et à Bordeaux. En Allemagne la centrahsation définitive s'opéra en 1871 ; en Suisse, elle était faite dès 1848.
Dislocation des ateliers. — En temps de guerre ou de troubles civiques il pouvait devenir urgent de transférer un atelier de monnayage en un endroit plus calme et à l'abri d'un
coup de main. C'est ainsi que Honorius déménagea les officmes impériales d'Aquilée à Ravenne. De pareilles dislocations eurent lieu sous Claude II, Constantin I", etc. La chose se reproduisit souvent à l'époque du moyen âge; vers 1386 « la Monnaie » fut transférée de Tournon à Crémieu, en 1406 de Crémieu à Mirebeau, en 1426 de cet endroit à Montélimar. En 141 2 transfert de Sainte-Menehould à Châlons-sur-Marne ; en 1509 de Bàle à Augsbourg; en 1593 de Paris à Melun, etc., sans parler de l'époque mouvementée de la Fronde : de Paris à Corbeil, de Rouen à Dieppe, de Saint-Lô à Caen, de Lyon à Vienne, de Tours à Meung sur Loire, de Villeneuve à Nîmes, etc.
Officines. — Dans l'enceinte d'un atelier de monnayage, à plus forte raison d'un hôtel des monnaies, se trouvaient de nombreuses officines ou laboratoires spéciaux ; chacune de ces subdivisions avait son organisation, son travail, ses attributs propres et formait ainsi une petite boite dans la grande. En examinant attentivement les monnaies du Bas-Empire on arrive à saisir la répartition et tout à la fois l'ensemble de ces dicastères différents; on apprendra, par l'étude des marques de ces officines, que l'atelier de Rome, sous Philippe l", se subdivisait en 6, sous Valérien l", en 5, sous Gallien et Claude II, en 12 officines. Rome était le grand-hôtel des monnaies de l'Occident; elle signait ses produits en les marquant du chiffre romain correspondant à l'officine d'où sortait le produit: I, II, III, IV, V, VI, sous Philippe ; P. ~ prima, S. = secunda, T. = tertia (officina) etc., jusqu'à XII = duodecima, sous Gallien. En Orient, le plus grand atelier était celui d'Antioche; il renfermait 8 officines; Antioche, et avec elle les autres ateliers de la moitié orientale (précédemment grecque) de l'Empire,
LES ATKLIERS OH MONXAYACiH
signait les produits de ses ottîcines avec les lettres grecques : A = v% B — 2'"% r = 3'"^' othcine, etc., etc.
Le mot « officina » ne se trouve pour ainsi dire jamais sur une monnaie ; on ne reconnaît l'officine qu'à sa lettre ou à son chiffre particulier ; une pièce de julien III, de Lvon, avec l'inscription LN'GD (unensis) OF1-" (icina) S (ecunda) fait exception à la règle. Les officines de l'Occident, de 12 qu'elles étaient, furent réduites en 330 à 6, dont 2 pour Arles, 2 pour Lyon, i pour Troyes et i autre pour un autre atelier.
Les membres d'une famille impériale auxquels l'usage ou le droit accordait la faculté de battre monnaie à leur effigie, répartissaient entre eux les différentes officines de façon à ce que le travail fait pour l'un n'empiétât pas sur celui tait pour un autre ; chacun avait son domaine séparé. En 248, par ex., Philippe l" répartit entre lui, son fils Philippe II et sa femme Otacilia, les 6 officines de la manière suivante :
L'officine prima
(I ou A)
frappe pour Philippe \" .
Fig. loi. Philippus I. Ofticina I.
L'officine secunda
(II ou B)
frappe pour Philippe I^'.
Fig. 102. Philippus I. Officina II.
L'officine tei'tia
(III ou r)
frappe pour Philippe 11
L'officine quarta
(IIII ou A)
frappe pour Otacilia.
L'officine qtiinta
{y ou E)
frappe pour Philiiipc I".
Fig. 103. Philippus IL Officina IIL
Fig. 104. Otacilia. Officina IIH.
Fig. 10^. Philippus L Officina V,
L'officine sexta
(VI ou ç)
frappe pour Philippe \" .
Fig. 106. Philippus L O fficina VI.
Li:S ATHLIHKS HK MONNAYAGE