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LES NOMS DES MONNAIES

Parmi les innombrables mots qui servent à désigner les monnaies, les uns ont une origine officielle, scientifique ou technique; les autres, une origine populaire, usuelle, et qu'on a souvent de la peine à expliquer. Pourquoi une pièce porte-t-elle son nom, pourquoi celui-là plutôt que tel autre ? Comment est-on arrivé à la baptiser ainsi ? Toutes questions auxquelles il est parfois très difficile de répondre, d'autant qu'en bien des cas nous ne trouvons aucune corrélation entre l'origine du nom et la nature, ou la valeur d'une monnaie, ou entre la forme de la monnaie et la signification du nom. Le mot « solidus », par exemple, désigne au IV* siècle après J.-C. une pièce d'or, plus tard une pièce d'argent, et le mot qui en provient : « Soldo » ou « Sou » désigne aujourd'hui une pièce de cuivre ! De même pour le mot « Gulden » (le florin), qui, en dépit de sa signification première « Gulden, » c'est-à-dire d'or, a désigné une pièce d'argent, si bien que — ô ironie ! — il a tallu créer un pléonasme, « le goldgulden », pour désigner un florin d'or ! L'étymologie même des noms est parfois hérissée de difficuhés, ou impossible à préciser. Ainsi le mot « batz »

proviendrait, selon les uns, de Biir ( = ours), selon les autres, de « pezzo » (= pièce), alors que d'autres encore le font •dériver de « batze, » soit : masse, glèbe, bloc, et l'expliquent comme un objet ayant passé de l'état mou à l'état solide. Un mot change d'orthographe avec le temps, ce qui complique le travail de synthèse ; d'autres noms enfin sont autant de corruptions de noms anciens, de noms étrangers, ou de la forme étrangère d'un même nom. La « pite, » petite monnaie de cuivre des anciens comtes de Poitou, s'appelait jadis « picte >> diminutif de pictavina = poitevine. Le « patar, » l'équivalent d'un sou, qui avait jadis cours dans les Pa3's-Bas et en Flandre, s'employait familièrement comme synonyme d'obole, pour désigner une monnaie sans valeur ; mais pourquoi ? N'est-il pas très admissible, ainsi qu'on l'a fait, de voir dans ce nom la cormption de « Peter, » nom allemand de Pierre, et cela parce que le patar de Flandre a sur le droit l'image de ce saint ? Le « Besant, » « Bezant » ou « Byzant » tire son nom évidemment de celui de « Byzantium » ( = Byzance) d'où provenait cette monnaie qui se répandit en France, sous le nom aussi de « Sou d'or, » aux XIF et XIIF siècles. Les dénominations mêmes ont varié suivant les époques. Les monnaies ont pris le nom des personnages qui les faisaient Irapper, ou le nom de la localité où l'on battait monnaie, ou bien où elles étaient émises ; le nom provient aussi du type monétaire lui-même, ou des titres, charges, attributs appartenant à celui qui usait de son droit de frappe ; il a trait à la valeur nominale, à ce que la monnaie représente, etc. Beaucoup de noms échappent à l'analyse.

On consultera avec fruit la nomenclature alphabétique des monnaies, dans A. Blanchet (voir Bibliographie) tome I, pages i8 et suivantes.

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S'inspirant d'un autre point de vue, Sti'iekelberg a proposéune classification s'appuyant sur nos connaissances en numismatique et en philologie, et qui implique les groupements suivants :

Monnaies avant tiré leur nom (sous-entendu pour chaque

groupe) :

1° Du nom du Souverain effectif.

Les Gygadas, d'après le roi Gygcs.

Le Kroiseios, d'après le roi Crésus.

Le Dareikos, d'après le roi Darius P^

Le Philippeios (ou Philippeus), d'après le roi Philippe III de Macédoine.

Le Constantinatus, d'après l'empereur Constantin \\ de Byzancc.

Le Carolicus, d'après l'empereur Charlemagne.

L'Edoardin, d'après le roi Edouard d'Angleterre.

L'Arnaudin, d'après l'évêque Arnaud, d'Agen, XII"^ siècle.

L'Hélien, d'après le comte Hclie II du Périgord (denier du Périgord).

Le Raimondin, d'après le comte Raimon de Toulouse.

Le Jules, d'après le pape Jules II (frappé à Avignon).

Le Caroleus, d'après Charles VIII de France (valait 10 deniers).

Le Henri d'or, d'après le roi Henri II de France.

Le Louis d'or, d'après le roi Louis XIII (= 20 livres) et ses successeurs.

Le Napoléon d'or, d'après l'empereur Napoléon \" .

Le Noble Henri, d'après Henri VII (?) d'Angleterre.

Le Marabotin Alplionsin, d'ajjrès Alphonse VIII de Castille.

L'Alphonse d'or, d'après Alphonse XII d'Espagne.

2° D'après le titre du Souverain.

L'Augustalis , d'après Frcdericus Augustus (em])ercur Frédéric II).

COLLECT. MONNAIES lO

Fig. 115. Augustalis. Pièce d'or de Frédéric II.

Le Royal, d'après le Roy de France.

Le Real, d'après le roi d'Espagne.

Le Sovereign, d'après le souverain (Sovereign) d'Angleterre,

L'Impérial, d'après 1' « Imperator :> de Russie.

3° D'après la dynastie du Souverain.

Le Maravcdi , d'après les Almoravides (dynastie Arabe en Espagne).

4° D'après le nom du monnayeur.

Les Poillevilains, monnaies du monnayeur parisien Jean Poille-

vilain. (XIV^ siècle.) Le Hanon, le Coquibus : monnaie de Cambrai, frappée par De

Haen (= Le Coq).

Le Gringalet, pièce de 3 deniers de Genève, frappe par Jean

Gringalet. (XVI= s.)

5° D'après le nom de la ville ou du pays oi< l'on monnayait.

Les Tournois, Turnoses, Thurnis, Torncsi, TorncscUi, d'après la ville de Tours.

Fig. 114. Gros tournois.

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Le Roumois, iraprès la ville de Rouen.

I/An>,ferin, d'après la ville d'Angers.

Le Maurincr, ou denier maurit;ois, d'après l'abbaye de Saint- Maurice. (Xll^ s.)

Le Hallensis, le Haller, le Heller, d'après la ville de Hall.

Le Herner (denarius parvulus veronensis), pièce d'argent de Vérone. (XII^ s.)

L'Annaberger Tlialcr, d'après la localité d'A. en Saxe. (X\'h" s.)

Le Grossus charentanus, Carentano, pièce d'argent de C'arinthie. (XIII- s.)

Le Parisis d'argent = 1 2 deniers ou un sou parisis, Paris (1330-

Le Parisis d'or = 1 livre parisis, Paris (1330-1336). Le denier Lausannois, d'après l'évêciue de Lausanne. (XIII- s.) Le denier de Savoie, d'après les comtes de Savoie. (XIV- s.)

etc., etc.

Le Etschkreuzer, d'après les comtes du Tirol (Etschland).

Fig. 113. Etsch Kreuzer.

Le Portugu'-z. le Portugaloser = 10 cruzados du Portugal.

Fig. 116. Portuguez, du Portugal (or), Emmanuel, 1493-1521.

6° D'après l'atelier de tfwfwayage, ou l'hôtel de la monnaie.

IsloneV^ {Monnaie, franc. = Afoney,a.ng\.=zAfunze,a\\.), d'après

le temple de Juno Moneta à Rome.

Le Zecchino, Zecchine = le Scquin, d'après la Zeccba = la

Monnaie de Venise.

Le Gros de Nesle, d'après l'atelier pour le billon créé par

Henri II dans l'hôtel de Neslc (un gros blanc = 2 sous

6 deniers).

7° D'après l'effigie ou le portrait de la monnaie.

Les Chelonai (Tortues), d'après les armes de la ville d'Egine. Les Glaukes (chouettes) » » » d'Athènes.

Les Korai (jeunes filles), d'après la tête juvénile de Pallas

Athéné.

Les Parthenoi (vierges), d'après la tête de la déesse Pallas. Les Pallades (Pallades), d'après la déesse de la cité : Pallas. Le Polos (poulain), d'après le cheval ailé de Corinthc.

Fig. 117. Polos. Pièce d'argent de Corinthe.

Les Archincs, d'après l'image des rois Perses tirant de l'arc.

Les Bigati, d'après la Biga, attelage figurant sur les deniers romains.

Le Victoriatus, d'après la Victoire (sur la monnaie d'argent).

Le Cistophorus, d'après la Cista mystica sur des monnaies d'Asie-Mineure (67 avant J.-C).

Le Pfcnning (penny), d'après Penn, mot Celtique pour tête.

Le Florin, d'après flos = la Heur (le lys) des armes de Florence.

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La Florottc, d'après la fleur de lys = le Ivs français.

Le Gigliato, d'après le lys de Florence.

Le Kreuzcr, de l'allemand Krcuz = croix (le '/^q du florin).

Le Ryder, d'après rimajiîc éciucstre des monnaies d'argent et

d'or de Hollande.

Le Delphinalis, d'après le dauphin, dans les armes duDauphiné. Le Teston (portugais), d'après Tostâo, tête. De testa = tête en

Italie au XV= s., en France dès 1513 (= 20 sous). Le Solidus protestate, d'après Testa = Tête; en Italie. Le Kopfchen, d'après la petite tête du comte Florens 1\" de

Hollande (i 223-1 234).

Le -Mouton, le demi-mouton, f d'après l'agneau qui figurait sur L'Agnel, l'aignel, l'agnelet, [ les M. d'or en France, au XIV'^ s. Le Haudequin, d'après la figure représentant le roi de France

assis sous son baldaquin. (XIII^ s.) (= 6 deniers.) Le Papilio, le papillon d'or, même origine. La Chaise, d'après le trône de l'effigie royale, sous Phil. le l^e]. Le Franc à cheval, d'après l'image du roi de France, à cheval.

(XIV«=s.) Le Franc à pied, d'après l'image du roi de France, à pied.

(XIV= s.) La Couronne, d'après la Couronne sur les M. de Philippe de

Valois.

Le Lion d'or, d'après le lion sur l'or de Bourgogne, dès 1338. Le Rôssler, d'après S' Martin à Cheval (Uri-Unterwaldcn). Le Cavalotte, d'après S' Georges à cheval (J. J. Trivulzio)

= 1/2 teston.

Les Pettine (^L lombardes), d'après Napoléon coiffé de la couronne radiée, ressemblant à un peigne.

Les Pegione (M. milanaises), où figure un aigle pris à tort pour

un pigeon.

Le Salvatorthaler, d'après l'image du Sauveur. Suède XVlI'^s.

Etats de l'Eglise (1581).

L'Angelot, d'après l'image de l'archange (1340). Le Salut, d'après la Salutation angélique (Charles VI).

Le INIorizpfcnnig'. d'après l'image de S^ ^Maurice (Bractcatc de

Magdebourg).

Le Messthaler, d'après l'image de S' Théodulesur les thalers de

■ l'Evêché de Sion. (XVI«= s.) Le Georgsthalcr, d'après l'image de S' Georges (^Nlansfeld =

Krcmnitz).

Le Marien Groschen, d'après l'image de la S'^ Vierge : West-

phalie. (XVI= et XVII^ s.) Le ^larien Gulden, d'après l'image de la S'^ Vierge. Bavière,

^layence, Wurzburg.

Le ^larien Thaler, d'après l'image de la S'^ Vierge. Goslar. Le Matthier, d'après l'image de S' [Matthieu. Goslar (1400). Le Rosennobel, d'après l'image en forme de rose sur l'or anglais. (XIV^ s.) Le Schiffnobel, d'après l'image du vaisseau sur l'or anglais.

(XIV'=s.) Le Carlin, d'après l'image de Charlemagne sur les Thalers de

Sion. (XV= s.) Le Stebler, d'après le bâton épiscopal des armoiries de Bâle. Le Handel, d'après la petite main, armoiries de Hall. Le Riibenthalcr, d'après la carotte sur l'ccu de l'archevêque de

Salzbour;/.

Fig. 118. Rubenthaler de l'arclievcque Leonhard de Salzbourg (1504).

LES NOMS Di:S MOXXAIl-S

lïl

Le Glockcnthalcr. (Taprcs la cloclu" sur l'arm'iit de lirunswick

= WoUïcnbuttcl.

Le Laubthalcr, iraprès lo feuillage de Francfort, 1726-1790. Le Fcdcrnthalcr, d'après la palme, armoiries de Zurich. Le Rappen. il'après la tête de corbeau (Rabe) des M. de Fri-

bours^ i H.

L'.\bu-Tera. dénomination égyptienne pour Theresientlialer

(Tera = Tercsia).

LWbu-Matfa, dénomination égyptienne pour Thalers d'Espagne

(les armes d'Espagne ont 2 colonnes, que les Egyptiens

prenaient pour des Canons (Matfa = Canon).

L'Eagle, d'après l'aigle sur l'or américain.

Le Condor, d'après le Condor sur l'or du Chili.

Le Schwenken (cygne), d'après le cygne des INL de Clèvcs.

Le Seuerken, d'après l'image des M. de Jeanne de Brabant.

Le Sâo Vincente, pièce portugaise avec l'image de S' Vincent.

(XVI= s.) L'Espadim, pièce portugaise avec une épée (espada). (XV= s.) L'Ecu, d'après l'écu (escudo = italien). Le Petermannchen, pièce d'argent de Trêves avec l'image de

S' Pierre. (XVII<= s.) Le Barbudo, ou Celada, pièce portugaise ])nrtant un casque

à visière baissée. (Celada = visière baissée). Frappée par

Fernando l".

Fig. 119. Barbudo (celada) du roi Ferdinand I" du Portugal. (1567-IÎ83).

Iy2 LE COLLECTIONNEUR DE MONNAIES

8° D'après la légende ou les inscriptions.

Le Ducatus (ducat), d'après le mot de la tin de la légende des

M. iTor de Sicile.

Le Justus, d'après le premier mot de la légende des ^I. d'or de

Jean II de Portugal.

Le Bourgeois (burgenses), d'après le mot « burgenses » de la

légende des monnaies d'argent françaises du XII^ s.

9° D'après la contre-marque dont une monnaie est pourue .

Le Lébétes (chaudron), monnaie Cretoise contremarquce d'un

chaudron.

Le Kelchbatzen, monnaie zurichoise contremarquée d'un calice.

10° D'après la destination spéciale.

Le Drielander, pour Drei Lander (Brabant, Hainault, Hollande), monnaie frappée en 1420 par le comte Jean IV de Brabant.

Le Vierlander, le Virelans , monnaie frappée par Philippe le Bon (1430-1467) et destinée aux 4 pays (Brabant, Hainault, Hollande, Flandre).

Le Vcreinsthaler, monnaie de l'union monétaire allemande de 1857 et années suivantes.

1 1° D'après la couleur de la monnaie.

Le l'iappart, le Plcppert, Plaphart, Blaffert; en français = pâle,

blafard.

L'.Mbus, synonyme de Blanc.

Le Weisspfennig, le Wittenpfennig = denier blanc. Le (irand blanc 1 monnaie blanche de Philippe de Valois, frap- Lc Petit blanc j pée jusque sous le règne de Louis XII. Le Blancus (solidus) = Blanc d'Angleterre. Les Xigri delphinales = d'après les armoiries du Dauphiné. Les Tournois noirs = monnaie d'argent, France. (XI\'^ s.)

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