LA FABRICATION DHS MONNAIES
lange. La fonte est complète après cinq heures de chauffe (pour l'or) ; sur quoi des échantillons sont prélevés et soumis à l'examen du titri'. Si celui-ci est reconnu exact, le métal est coulé dans des liiigolières, et en lames allongées de la largeur de la pièce à obtenir. Le métal tîgé, on le passe au laminoir qui opère à froid et qui étire les lames, leur donnant une épaisseur et une ductilité égales dans toutes leurs parties. Entre-temps on recuit le métal pour lui rendre sa malléabilité diminuée par les passages au laminoir. Au décoiipoir (emporte-pièce) on détaille chaque lame en un nombre donné de flans. Un ouvrier peut découper de 15 000 à 20 000 flans en une journée. Les flans sont pesés, refondus, s'ils n'ont pas le poids, rabottés, s'ils sont trop lourds, ou travaillés ultérieurement, c'est-à-dire qu'ils passent dans une machine qui relève les bords du flan et donne aux pièces le petit renflement qui fait saillie (ou ourletj sur le bord (le rebord ) ; c'est ce qu'on appelle le conionnage. On passe ensuite au blanchiment, c'est-à-dire qu'on recuit le flan : on le plonge, rouge encore, dans un bain d'eau acidulée à
I ^/^y par de l'acide nitrique (pour l'argent : acide sulfurique), où il séjourne dix minutes. On retire du bain, on lave à l'eau pure, on sèclie au four. Le flan est prêt pour la frappe, c'est-à-dire à passer sous la presse qui le tranforme en monnaie légale. Un ouvrier suffit pour conduire une presse ; près de lui il a une corbeille remplie de rondelles en métal.
II les empile dans un étui métallique avant le même diamètre que le flan ; un appareil entraîne chaque flan à l'endroit précis où il doit être frappé. La partie supérieure de la presse contient le coin portant l'effigie (du droit) gravée en creux; le coin portant l'empreinte du revers se trouve dans la partie inférieure; le tout se rapproche, écrase le flan, qui d'un seul coup est transformé en une pièce d'or.
Un anneau circulaire, la virole briscc, et portant en creux la légende conventionnelle, — (( Dieu protège la France, » ou en Italie « Ferf, fert, fert, » — entoure la pièce au moment où la presse fonctionne. Le métal complètement aplati remplit la virole, et l'inscription se trouve reproduite en relief sur la tranche de la pièce. Avant d'être mise en circulation, chaque pièce est contrôlée au double point de vue du poids et du titre ; toute pièce qui n'est pas trouvée normale retourne à la fonte. La machine peut trapper 2400 pièces à l'heure. Un délaut d'empreinte n'est imputable qu'à la rupture d'un coin ou à la mauvaise préparation du flan.
Frappe en surcharge. — Les anciens monnayeurs se servaient souvent d'une monnaie en lieu et place d'un flan et la surchargeaient simplement de l'empreinte d'un coin nouveau. C'est ce qui arriva en Crète avec l'argent de Syrie et de la Cvrénaïque, à Métaponte avec des pièces de Corinthe, à Catane avec de l'argent de Sélinonte. Bar Kochba, chet des insurgés Israélites, surchargea ainsi les deniers deTrajan ; Régalien, l'usurpateur, et sa femme Drvantille surchargèrent l'effigie de Caracalla, de Domna, de Maesa et de Sévère Alexandre. Au moyen âge nous trouvons Richard, prince de Marcsch, procédant de la même façon avec les monnaies royales de Jérusalem, et, dans notre siècle, Ferdinand VII surchargeant les écus espagnols de Charles IV.
Modèles de monnaies. — Les anciens n'avaient sans doute pas de modèles pour l'élaboration des dessins ou gravures de leurs coins ; du moins, nous n'avons pas connaissance que des modèles de ce genre aient existé. Les anciens puisaient leurs inspirations dans la nature, surtout dans le
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spectacle des beautés plastiques que l'art statuaire leur oflVait. La fréquence sur les monnaies anciennes des figures « en face, » inciterait à voir, dans ce mode de représenter la figure humaine, une imitation des mosaïques que l'artiste devait avoir sous les yeux, tout au moins présents à b mémoire. Il en est autrement pour les médailles qu'on travaillait d'après des modèles en bois, en cire, en ivoire ; sur ces modèles on iaçcMinait un masque qui servait de moule au métal qu'on y coulait subséquemment (Albrecht Durer en 15 14 travaille la pierre à cette intention, Hans Sachs le bois en 15 18). Le contrôleur général des effigies, en France, avait entre autres attributions celle de fournir les graveurs de coins, de modèles qualifiés.
Consultez : « PortraUhildnissc der rôumcJjcn Miïn:^en. » Schweizerische Rundschau 1897, p. 347-360 et 416-428, de E.-A. Stfickelheri^.
Représentations du monnayage ancien. -- Ce qui vient d'être dit de la fabrication des monnaies dans les temps anciens et au moven âge nous est révélé par les monnaies elles-mêmes. Sur le revers d'un denier de T. Carisius de l'an 48 avant J.-C, figurent les différents instruments monnayeurs du temps; une monnaie de bronze retrouvée à Paestum représente différents moments du monnayage et la nature des outils employés. En dehors de ces témoignages nous avons ceux de la sculpture, et certaines scènes représentées sur des fresques, des vitraux, des tableaux, non seulement corroborent les détails que nous donnent les monnaies, mais nous permettent de saisir sur le vil la vie et le travail des ateliers de monnayage à différentes époques. Une fresque de Pompéi, de la maison de Vettius, et reproduite dans « Niimismalic Chrouick » 1896, pi. VI, repré-
sente une officine monétaire; un bas-relief du XI"' siècle de l'abbaye de Saint-Georges de Bocher\'ille (diocèse de Rouen), nous montre un monnayeur tenant un marteau et un trousseau devant lui, etc. Comparez aussi un des vitraux du Mans du XII'-' siècle, les deniers de Melle qui montrent le même outillage, et le curieux sceau de la Monnaie d'Orvieto, reproduit dans la Revue mimisviatique, 1894, P- 428j et dans la Revue suisse de numismatique, ^^ année, 1894, p. '^^'^. Nous apprenons à connaître l'intérieur d'un atelier suisse du XV^ siècle par une miniature de la chronique manuscrite de Diebold Schilling, exemplaire dit de Spiez, reproduite dans /. Zemp : (( Die schweiieriscbeii Bilderlro- >iiken », p. 54, et dans la Revue suisse de numismatique, t. VII, 1898, pi. XIX. Enfin, différents épisodes, différents objets ayant trait au monnayage ont été représentés sur des méréaux, sur des sculptures sur bois, notamment sur les médailles-laisserpasser que les ouvriers monnayeurs gardaient par devers eux comme pièce de légitimation et d'identité.