‹ Le collectivisme et l'evolution industrielleChapitre 12 sur 47 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

1X8 PBOOEÂS DE Ll RBOPHIÂTé CA.PITALI818

•'«Dfl» toujours, juiijn'4 e« qBlI flni«a< par ciaTtr. i

Aux premières phases de la concentratidn des capitaux — expropriation des producteurs indépendants, transformation des métiers en fabriques, collectives ou centralisées, remplacement de la manufacture par la mackinofacture — succède une phase nouvelle, caractérisée par la lutte des grands capitalistes cctjitre les petits.

Dans les branches les plus développées de l'industrie et du commerce, le nombre des entreprises diminue, à mesure que s'accroît rimportance.de celles qui survivent. La production collective remplace la production individuelle ; l'association des capitaux succède aux capitalistes isolés: c'est le règne des sociétés par actions et des unions de aociétés, des syndicats industriels — cartels, pools, trusts — aboutissant k la constitution de gigantesques monopoles, nationaux ou internationaux.

9 1. Lm Mdétés par ftfstilM*

On trouve aujourd'hui des sociétés par actions dans presque toutes les branches d'industrie et cependant, à la fin du xviii* siècle, Adam Smith, en un texte célèbre, tenait à leur égard le même, langage que l'on tient aujourd'hui à ceux qui prédisent la socialisation des grandes industries : « Les seuls genres d'affaires, disait* il, quHl parait possible pour une compagnie par actions de suivre avec succès, sans privilège exclusif, ce sont celles dont toutes les opérations peuvent être réduites à ce qu'on appelle une routine ou à une telle uniformité de méthode qu'elle n'admette que peu ou point de variation. De ce genre sont : 1^ le commerce de la banque ; 2* celui des'^assurances contre les incendies et contre les risques de la mer...; 3* l'entreprise de la construction et de l'entretien d'un canal navigable, et 4* une entreprise qui est du même genre, celle d'amener de l'eau pour la provision d'une grande ville ^ »

Banque, assurances, exploitation des voies navigables, entreprise de canalisation des eaux potables, autant d'industries qui sont déjà transformées ou ne tarderont pas à être transformées en se'rvices publics, tandis que le domaine des sociétés par actions s'étend bien au-delà des

1. Recherches sur la nature et les causes dé la richesse des nations. Trad. Ganûer. Lirre Y, obap. I, p. 133. (Paoris. 1802).

limitê^ <étroites que lai assignait Adam Smith. Tant il est vrai qu^ l'utopie d'aujourd'hui devient souvent la t>éaUté de demain* Aussi n'est^il pas inutile de rappeler que les arguments que l'on dirige contre le collectivisme sont exactement ceux que l'on opposait jadis aux «c compagnie^ en société de fonds. ;»

À Tépoque où an certain nombre de banques par actions (Joint Stock Banks) se consti* tuaient ein Angleterre^ un Anglais d'expérience, banquier lui-même, lord Overstone, émettait dee doutes sur leur succès, pour des motife qui rappellent, d'une manière frappante, les objections actuelles contre les banques d'Etat : « Je crois — disait-il -^ que tout ce qui e^t néceseaire à la conduite des affaires de banque, sauf une responsabilité plus divisée, fait défaut aux banques par actions.^ Les affaires de banque exigent la présence constante, quotidienne de pereonnes particulièrement attentives à tous les détails et qui veillent avec soin, heure par heure, sur toutes les aflFaires, ce que n'exige aucun autre commerce. Il faut aussi des décisions promptes, immédiates, quelles que soient les circonstances qui se présentent, et, dans bien des cas, ces décisions sont de nature si pressée, qu'il est presque impossible de les remettre pour se consulter ; en outre, chaque circonstance pcfrticulière exige un traitement diflFérent. Les banques^par actions seront obligées de confier leurs intérêts à des agents qu*il faudra lier par certaines règles générales ; ces agents n^auront oas, comme le banquier particulier» le pouvoir

d'agir suivant les degrés insensibles que présentent le caractère et la responsabilité des parties ; ils ne pourront pas non plus prendre sur eux de régler le crédit qu'il est bon d'accorder aux maisons temporairement embarrassées, parce qu'ils n'auront pas les moyens de s'assurer avec autant de certitude des conditions favorables ou défavorables que présente chaque affaire ^ »

En dépit de ces observations, si démonstratives à première vue, les banques par actions — grâce à la supériorité que leur donne un très gros capital — Femporteift de. plus en plus sur les maisons individuelles plus modestes: en 1896, il y avait en Angleterre 102 Joint Stock Banks avec 2.695 succursales et agences, 455 millions de livras en dépôts et un capital global de plus de 43 inillions de livres. Par contre, les banqucr:^ privées étaient tombées dé 201 en 1844, à 38, :^v^ec 70 millions de livres en dépots et un capital inférieur à 12 millions de livres 2.

La même évolution se manifeste d'ailleurs dans tous les pays industriels, com^mè dans toutes les branches maltresses de la production et de l'échange. Partout l'anonymat et la grande industrie se développent aux dépens des firmes privées et de la petite production.

i. Cité par Lbrot-Bhâulibu. TVaiftf d'Économie politique, IV. p. 499. (Paris, 1896).

2. Sur les causes de la concentration capitaliste, dans l'industrie banquière, Toir Stbslb. Bank Amalgamation», (Tho Beonomie Jourrial, Deoember 1896).

^C?est ce qui résulte, à toute évidence, pour rémpire allemands de la comparaii^onv,des recensements industriels de 1882, 1895 et 1907. En Angleterre, d'après le Joint Stock Year Book^ le nombre des sociétés anonymes a presqus triplé depuis 1895. Des industries entières ont passé de la forme individuelle à la forme sociétaire. Ce fut le cas, notamment, pour la brasserie, dont la transformation presque complète s'effectua dans l'espace de trois années : 1886-1889 *.

1. Berufa^vnd Oewerbezàhlung im Deutachen Reich (5. VI. iS8a,, 14. VI. 1895, la. VI. 1907). — Sur Finterprétatlon des données statistiques de ces recensements, >i^u point de vue de la concentration industrielle,,,lire le chapitre de^ursKY, Orossbetrieb mid Kleinbetriel^^\ dans Bernstein und daa sozialdem^kratiache Programm, pp. 49 à 80. — Trad. fr., pp. 98 à i53.

2. Voir dans Tha FortnighUr Baviaiv (May 1900), Fintéressant article de John B.-C. fesasHAw :^ Joint atock enter" priae and our manufaeturing industries. — Parmi les causes de la coiiTersion d'un grand nombre de formes privées en entreprises sociétaires, Fauteur cite : 1* Tentrée en scène des lanceurs d'affaires professionnels ; 2* la décroissance des profits pendant la dépression économique : beaucoup d'industriels, constatant que Tère des gros profits était close, se Sont efforcés de mettre en sociétés les affaires

Îii'ils STaient écrémées ; 8* la puissance croissante des rades Unions; les chefs d'industrie ont compris que le meilleur moyen d'empêcher le public de se montrer trop tfaTorable aux reyendications ouvrières, c'était d'augmenter le nombre des bourgeois intéressés dans les affaires industrielles : c Une large et croissante proportion du gfos public est maintenant engagée pécuniairement dans toutes les luttes du capital et du travail, et nos manufacturiers assurent que le danger de voir les ouvriers soutenus par un mouvement solide et enthousiaste d'opinion, dans leurs réclamations pour des heures de travail plus courtes et des •alairts plus élevés, a'ezitte phis aiyourd'hoi. » (p. S21).

Aux: ÉtAts^Uab^ les Cemsus^^ pjabMés pur led dëpariemeoats du traTai) revêtent des teodancea identiques. Dans l'État de Mtssachaaetta^ par

exemple» le nombre de3 fîrra.es privé^A, dans l'ensiembie de^ induslries, n'a augmeinté qvM^ de 9,33 0/0 pendant la période décennale 4885-1895», tandis que pour les S€ieié(éa d'aictioiuEiaifea Tangmentation ^ dépassé 77 O/O-

Et dtjits les n^vtS industrie» prineipaJe^ qui représentent k elles» s^ii^les pius de 4? û/0 de la valeur totale des marchandises fabriqi»4eat ie développement de la forme sociétaire s'accompagne d'une réduction seasible du: ne^isdMr^ des firmes privées *. On en jugera par le tableavr donné ci-contre.

Il résulta deee tabdeaii mèmevqm sa va|^rte à un des états les plus industriels du gtobe^ (jue la concentration des capitaux s'opère avec une intensité fart înégsde^ dans leà diverses branebes de 1» production.

Maïs, partout où le capîtalrsme pénètre, fer lutte pour l'eisûiSîtence entre le^. entrevpi:isie& sa manifeste. '

Les moins bien outillées résistent avec Ténergi'e du désespoir. Elles; fomi des^ effoctSi suïhu^ mains pour écbapper à îa ban-querowle et, f&aw compenser leurs désavantages kechnîqtuea,.ellea économiseiat sinrla inain«*d'^oeiè¥re: el prol-enigenft au-delà des lîmiies humainement permises 1»

dui!^e} dxk tsavail.

ber f989v. WMlub^tcN^ ISâSK

s im

Ti t-N co

*# co rs

CI Oi

kO Cl

1 iïs

Cl' 2* wj *#*

•^ 00 co

•rH 1

CO rs CO

oi

kO co

00 rx ^

Ci -^

co <Ô

pin

Page 1