‹ Le Collège canadien à Rome [microforme]Chapitre 9 sur 20 · ÉMINENTISSIME SEIGNEUR · texte numérisé non relu

ÉMINENTISSIME SEIGNEUR

«Votre présence à cette inauguration est pour nous plus qu'un honneur; elle est un témoignage de la plus haute signification. Elle nous manifeste ce que le Canada est pour le cœur du Saint-Père; elle nous dit la faveur particulière dorit Sa Sainteté entoure ce collège national du Canada et l'intérêt personnel que vous y portez vous-même. Aussi est-ce avec la plus vive émotion que je dépose aux pieds du Saint-Père l'hommage de mon inaltérable attachement et de ma filiale gratitude et que je vous prie, Éminence, d'agréer pour vousmême mes plus humbles remerciements.

«Monsieur l'ambassadeur, je ne saurais te la satisfaction que nous cause Votre Excellence, pour l'aimable condescendance avec laquelle il lui a plu de répondre à notre invitation. Ayez pour agréables mes devoirs les plus respectueux.

(Œn autorisant notre entreprise à Rome, le gouvernement de la province de Québec le

fit à deux conditions: que le collège fut destiné

aux sujets de la Puissance du Canada, et qu'il obtint la protection de Sa Majesté Britannique. La première de ces conditions est pour nous un devoir de loyauté. Quant à la protection, elle nous fut octroyée avec une si généreuse libéralité, que j'aime à le publier dans cette belle et noble assemblée, et que je suis heureux d’avoir l'occasion d'en offrir devant vous et par vous, Monsieur l'ambassadeur, le faible mais très sincère tribut de ma reconnaissance à Sa Majesté notre gracieuse souveraine.

«Monseigneur le secrétaire de la Propagande, ce serait un oubli que de ne pas rappeler la large part que prit Votre Excellence dans la création de ce collège. C'est vous qui avez daigné être notre intermédiaire auprès du Saint-Père, qui avez mis sous les yeux de Sa Sainteté les lettres de Nos Seigneurs les évêéques; qui avez obtenu qu'il s'inclinât vers cette œuvre, qu'il l’'approuvât et qu'il la bénît; qui n'avez cessé, depuis, de lui prodiguer votre attention et je dirai presque votre affection. Comment ne pas le faire savoir ici, et ne pas vous en remercier du fond du cœur.

«Mais à vous, Messcigneurs les évôques du Canada, que vous dirai-je ? Mes impressions ont peine à se contenir quand je considère les sacrifices que Vos Grandeurs se sont imposés pour venir, à 1500 lieues de distance, manifester leur paternelle sympathie pour notre œuvre naïssante. Depuis Saint-Boniface jusqu'à Halifax, les vœux de tous vos vénérés collègues du Dominion vous accompagnent en ce moment. Qu'il me soit permis, Messeigneurs, de le déclarer: c'est vous tous, par vos encouragements, par votre appui, par votre concours unanime, qui êtes les véritables promoteurs du Collège Canadien. Sans vous, il n'existerait pas; c'est par vous qu'il revêt son caractère national, et par vous aussi, que se sont aplanies les difficultés et que sont tombés tous les obstacles. Nous sommes heureux de nous sentir ici à votre service et de songer que travailler avec vous et pour vous, c’est travailler en même temps pour l'Évêque des évêques, le chef suprême de la hiérarchie catholique, le Pape immortel et infaillible auquel l'épis-

Copat canadien est si inviolablement uni.

Notre reconnaissance vous est plus que jamais acquise, et nous ne cesserons de vous en donner des marques surtout par la continuité de notre dévouement.

«Un mot encore; je ne puis m'en dispenser.

Illustres Seigneurs, qui présidez aux collèges nationaux, le Canada, nation toute jeune encore, vient aujourd'hui se mettre parmi vos rangs.

Il demande à s'asseoir avec vous au foyer de la lumière, à ce banquet de la vérité où votre âge plus avancé vous a déjà fait prendre place depuis longtemps peut-être. L'attittde que je découvre en vous m'assure de la bonté et des complaisances que vous aurez pour ce jeune frère. Je vous en remercie profondément. De son côté, il n'aura rien tant à cœur que de regarder sur ses aînés pour apprendre d'eux comment on profite à Rome des trésors de science, de sagesse et de bénédictions que répand si admirablement autour de lui l’incomparable Léon XIII, l'auguste et magnifique patriarche du nouveau peuple d'Israël.

«A vous tous, abbés, procureurs généraux

des ordres religieux, représentants de la magis-

trature, procureurs des communautés religieuses, dignitaires ou prêtres qui ê*:: présents pour fêter les premiers débuts du [vilège Canadien, mille et mille remerciement.

(Œt pour vous, jeunes élèves, vos devoirs vous sont tout tracés. Vous êtes l'espérance du Canada. Devenez savants et soyez vertueux; et que la science et la vertu aient pour fruit de vous rendre de plus en plus dociles à vos évêques, fidèles à votre souverain et dévoués au Saint-Siège apostolique.»

Son Éminence le cardinal-vicaire a répondu :

«C’est pour moi un grand bonheur d’assister à l'inauguration de votre collège national. Depuis longtemps je connaissais et j'aimais ce beau pays du Canada, ne séparant pas dans mes études littéraires et scientifiques la Nouvelle- France de la vieille France, sa mère. Mais, appelé plus tard, par le Saint-Père, à faire partie de la Congrégation de la Propagande, il me sembla que je devenais un cardinal canadien.

Je dus alors, en effet, m'occuper particulièrement de tout ce qui vous touchait, suivre le

mouvement religieux de vos diocèses et souvent

| ma pensée alla se promener sur les bords de | votre fleuve et de vos grands lacs. Mais aujourd'hui, ces considérations personnelles font place à d’autres considérations d’un ordre su-

périeur. Malgré mon indignité, c'est le Sou-

verain Pontife lui-même que je représente à cette belle et grande fête. Je viens en son nom bénir cette maison nouvelle destinée à recevoir les jeunes lévites du Canada. C'est pour moi un honneur et une consolation tout à la fois.

Léon XIII, dans sa glorieuse vieillesse, con-

temple avec bonheur cette institution naissante

Rr

si pleine de promesses pour l'avenir. J'aime

à saluer ici M. l'ambassadeur de votre Gra-

cious Queen. Sa présence nous est un gage de la protection que vous accordera toujours la couronne d'Angleterre. Mais n'est-il pas douloureux de songer qu'aujourd'hui dans Rome même, le Pape est impuissant à couvrir de sa

protection souveraine les maisons religieuses,

mettent

et qu’il faut attendre la sécurité des gouvernements étrangers ? Espérons néanmoins que

la Providence exaucera les prières que nous

lui adressons et que le collège Canadien verra

de plus beaux jours.»

Mgr l'archevêque de Montréal parla au

nom de tout l'épiscopat canadien. Avec une

délicatesse exquise, il fit ressortir la part im-

mense qui revient à Saint-Sulpice de Mont-

réal dans la fondation du nouveau séminaire.

Sa profession de foi au Saint-Siège, ses remerciements à Son Éminence le cardinal Parocchi, à Mgr Jacobini, Secrétaire de la Propagande, et au représentant de l'ambassadeur d’Angleterre, ont été admirés et applaudis de tous.

(J'aime,» a dit Sa Grandeur en s'adressant à M. Kennedy, «à proclamer la lo 1: des Canadiens catholiques envers l'au . souveraine que vous avez l'honneur de représente | parmi nous. Oui, les Canadiens, tout en restant attachés de cœur à la mère patrie la France, sont sujets loyaux et dévoués de l'Angleterre et j'en donnerai deux raisons: la première, c'est qu’ils sont catholiques, et l’Église catholique prescrit la soumission et la fidélité aux pouvoirs légitimes; la seconde, c’est que l’An-

gleterre a respecté nos croyances et nos tradi-

TR

tions religieuses à ce point, que l'on peut sans crainte proclamer le Canada, le pays où l’Église catholique jouit de la plus grande liberté.»

La réponse touchante et sympathique de M. Kennedy ne fut que la confirmation des espérances exprimées par Son Éminence le cardinal vicaire, Mgr l’Archevêque de Montréal, et M. le Supérieur de Saint-Sulpice.

Son Éminence le cardinal-vicaire et les quatre évêques du Canada ont ensuite béni le collège en charitant les belles prières du Rituel.

Le Te Deum a mis fin à la cérémonie. Toutes les âmes étaient en effet à la joie et à la reconnaissance. Messieurs Bourduas et Langevin dirigeaient le chant. Avant de partir, le cardinal Parocchi a daigné aller vers eux et leur a fait ses plus vives félicitations: «Le Canada, a dit son Éminence, nous apporte le chant grégorien.» ‘

Que de grands et chers souvenirs nous laisse cette journée du 11 novembre. La nature ellemême semblait prendre part à la fête. Il fai-

1 Paroles textuelles de son Eminence: (. Grégoire a traversé les mers pour nous réapprendre le chant grégorien» .

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TS

sait une donce température d'été et Rome, baignée dans la lumière, déployait au-dessus de ses temples et de ses palais le plus bel azur de son ciel.

Le lendemain le Moniteur de Rome publiait le compte rendu suivant de la fête:

(Hier, dimanche 11 novembre, a eu lieu l'inauguration solennelle du Collège Canadien à Rome. C’est sur l'initiative du cardinal Howari que cette œuvre a pris naissance. La “oposition en a été faite aux évêques du Casada qui, à l'unanimité, et avec un vif empressement, ont adhéré à ce noble projet. Communiquée au Saint-Père, cette idée reçut l’approbation et l'encouragement de Léon XIII.

Pour exprimer sa haute approbation, le Pape a daigné immédiatement béuir le projet. À la suite de ces préliminaires, le Séminaire de Saint- Sulpice, à Montréal, au Canada, s’est mis à l'œuvre et a fait lui-même tous les frais de la construction.

«Comme en vertu de sa charte, la compagnie de Saint-Sulpice au Canada, ne peut disposer de ses ressources que pour le pays même, elle a

dû demander l'autorisation au gouvernement canadien et même à la Couronne d'Angleterre.

Les deux autorités ont accordé l'autorisation avec la plus grande bienveillance en promettant leur aide et leur protection.»

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