Le Collège d'Auxerre en 1792
personne aujourd*hui ne s'avise de le nier, rar le temps n'est plus où' Ton croyait avoir tout dit en nrcusanl les hommes de la fin du xv!!!*" >iècle d'avoir seulement opéré des destructiuns ; s'ils onleii effet démoli les vieux édifices qu'il était nécessaire de jeter à bas, lU ont aussi fait le plan d'édifices nouveaux.
Les réformes politiques et sociales ne leur ont pas suffi et beaucoup ont compris qu'à un état nouvellement couru il fallait une école et des méthodes refaites sur nouveaux frais. Ce que Turgol avait rêvé et désiré quand il conseillait la « création d*un conseil de l'instruction nationale » qui dirigerait tout, cela fut réalisé par la Législative et la Convention. On créa, en effet, dans ces deux assemblées, des comités d'instruction publique ; chargés de Torganisation de l'enseignement.
L'impulsion qui partit de Paris se propogea en province et dans chacune des assemblées de département on s'intéressa aux écoles locales, on eut le souci de les faire visiter et surveiller par des citoyens que désij^nail leur compélence, on se préoccupa de savoir si le civisme des maîtres et des élèves était de bon aloi, si l'enseignement était donné d'une manière convenable ; bref, l'éducation et rinslruclion devinrent choses natiouaies et nul n'eut le droit de s'en désintéresser.
Il nous a paru inléresanlde publier ici le procès-verbal de la visite du collège faite le 30 octobre 179£ par un
délégué de I Assemblée du chef lieu. Ce document dont la phraséologie sentimentale et naïve indiqueraitd'ailleurs la date, présente un tableau du premier établissement d'instruction à Auxerre à la fin du xviii* siècle, (i) On y voit qu'au collcp^e « oii séjournaient les hommes qui sont l'espoir de la Hijpublique », la discipline étail palernelie, l'instruction solide, la nourriture abondante, la santé excellente. En général les professeurs suivaient exactement le programme qui leur était indiqué et les élèves, de lenrcôté, s'appliquaient à remplir leur tâche consciencieusement. Cependant, il n*esl pas sans intérêt de remarquer que le délégué de l'assemblée insista sur la nécessité qu'il y avait à ne pas négliger « l'étude des modèles de la latinité » et à ne pas se livrer exclusivement à celle des mathématiques. Il déclarait que rrttp discipline était essentielle, « surtout dans une république où tous les citoyens appelés à concourir aux places devaient, avec de bonnes vues cl des intentions droites, y porter autant que possil)le des connaissances de tout genre et le talent surtout lie développer leurs idées avec neUelé et de convaincre les i iiuvens témoins de leurs discussions La conceptiuu de la vertu éducatrice des « classiques » était peut-être étroite, car le délé^^ué de l'Assemblée songeait avant tout au « développement » et à la simple rhétorique ; néanmoins ses idées seraient encore bonnes h méditer.
Egalement intéressantes sont les méthodes pédagogiques de certains professeurs qui ont « affranchi leurs élèves de la leçon écrite (nous dirions du « cours ») et ont pour principe de tout livrer au raisonnement et à l'intelligence « en procédant à Tinterrogation habilement faite > : On avait inventé et on pratiquait il v a cent ans un système qu'à 1 heure actuelle on tend de plus en plus à introduire dans l'enseignement secondaire.
Le rapport lu à l'Assemblée produisit la meilleure impression ; avec enthousiasme on vota des félicitations au principal et aux professeurs ; de plus, on saisit l'occasion qui s'oil'rait de rappeler aux boursiers qu ils devaient
(1) Nous aurons l'-'ccMsion dans la suite, de montrerce que fut • TEcole centrale «> d Auxerre.
parleur travail mériter les « bienfaits de la Nation », et de dire, à tous en p^énéral, « qu'il ne faut jn mais perdre de vue qu'une des liispositions fondamentales de notre gouvernenienl est que tous les citoyens soient admissibles aux places et emplois sans autre distinction que celle des vertus et des talents, que le citoyen utile sera désormais le seul honoré, et que l'homme sans talents sera condamné au mépris général et deviendra un fardeau pour la société» qui ne le verra qu'à regret subsister dans son sein. »
Sous une forme un peu déclamatoire et en termes pompeux on exprimait une idée qu'il est bon de rappeler quelquefois. N est-ce pas d'ailleurs une conception devenue bien actuelle qup celle de l'hunnenr du au seul ciloven utile, de la distinction conférée aux seules vertus, et du « mépris général » auquel Toisif doit être condamné?
Charles Scumioi.