‹ Le Collège d'Auxerre en 1792Chapitre 2 sur 2 · PIÈCE JUSTIFICATIVE · texte numérisé non relu

PIÈCE JUSTIFICATIVE

30 octobre malin 1702. — Rnprtort de rex.uiien du collège fiiit par Paradis l'un des cooimissaires, en l'absence de Peletier, député à Ùl Convention nationale.

« Citoyens administrateurs,

« Vous avez confié au citoyen Le Peletier et à moi le soin d'examiner les élèves du collège et école militaire d'Auxerre. Nous y avons procédé et voilà le résultat de notre exaiMcn étales observations auxquelles il a donné lieu : elles ont été concertées entre nous et notre accord à cet égard a été parfait.

« Nous avons pensé qu'il fallait diviser notre examen en deux parties : la première concerne la tenue phpique du collège, la deuxieioe concerne l'éducation. Lun et l'autre de ces deux objets a dû fixer notre attention.

« Il est essentiel d'abord que les enfants retjoivent les soins qui doivent favoriser le développement de leurs facultés physiques; une nourriture sobre mais saine et suffisamment abondante, un air pur et salubre, des lieux de nécessité où règne la propreté» un traitement doux,

des punitions qui consistent plutôt en privations qu'en corrections dures qui iuiniilient l'enfanl en lui faisant contracter l'habitude d'une crainte servile, doivent remplir ce premier objet. — Nous avons parcouru successivement les salles d'études, la cuisine, le réfectoire, les dortoirs, les cour» ou les enfants se réunissent pour les moments de récréation, la lingerie, le dépôt des vestiaires, l'infirmerie et partout nous avons rencontré la propreté et la bonne tenue, si essentielles à un établissement où se forment des hommes qui sont l'espoir de la République. Les enfants en général sont forts et vigoureux ; nous en avons remarqué dont les forces étaient au-dessus de leur âge ; un seul était à l'infirmerie par un accident particulier qui ne l'a pas même dispensé de l'examen. Nous avons attribué la bonne santé dont jouissent les élèves autant à la bonne nourriture qu'à la salubrité de Tair el à l'ensemble des soins qui leur sont donnrs ; 1 honnêteté! et l'urbanité y régnent, ce qui nous a donné lieu de penser que les mœurs des instituteurs étaierU pures, qu'ils ne se permettaient pas de conduire les enfants couliés à leur vigilance par l'ascendant d'une crainte servile, mais qu'ils cherchaient à saisir le germe du sentimentdans ces jeunes âmes, pour les convaincre que la sévérité des principes n'exclut pas 1 aménité et cette douceur de caractère qui a toujours distingué la nation française.

« En ce qui concerne la tenue physique nous avons été complètement satisfaits. De ces observations générales nous avons passé aux détails de l'Institution. Nous avons visité chaque classe en particulier et interrogé individuellement la grande majorité des élèves internes et externes. Nous avons pris les noms de chacun d'eux et nous y avons joint les notes analogues à la manière dont ils ont répondu et à la conduite qu'ils ont tenue pendant le cours de l'année. Ces tableaux seront déposés en votre secrétariat pour servir de rpnsei^npments im\ commissaires qui seront nommés raniiée prochaine pour faire rinspeclion, et suivant cette forme dans les examens ce sern les mri} eus de connaître les progrès des entants et d excilei' en eux une juste émulation. iNous leur avons annoncé que nous vous proposerions cette méthode que nous espérions qui seiail bien accueillie. Elle mellia les commissaires qui se

feront représenter ces tableaux à portée de s*as8ttrer do travail des enfaots» de leur assiduité et de comparer leur zèle daos les différentes années. Ce moyen sera utile pour les élèves de la nation particulièrement qui ne doivent user des bienfaits qu'autant qu'ils s'en rendent dignes par leurs efforts et leur diligence. Celui, en effet, qui consommerai i în pension sans se mettre en état de rendre, par des services futurs, le prix de la bienfaisance nationale serait un parasite qu'il faudrait écarier pour lui substituer i élèv e qui, par ses efforts, assurerait à la patrie le juste retour de ses largesses.

H Les ( lasses de septième, sixième, cinquième et quatrième i^oiii les plus nombreuses; la majorité des enfants qui les composent ont fait preuve de talent et de travail. Généralement ils ont bien répondu aux difiëreates questions qui leur ont été posées sur les principes delà langue latine» l'explication des auteurs et les matières de leur institution. Dans toutes les classes les professeurs se sont occupés du soin de faire connattre à leurs élèves les bases du gouvernement qui doit assurer la prospérité des Fran* çais. La Déclaration des Droits de l'homme est gravée dans la mémoire des enfants, et nous avons vu avec plaisir qu'en rhf^torique on avait irailé du genre d'éloquence qui convient aux peuples libres, et que des matières prises dans la Révolution avaient été proposées aux élèves et par eux traitées avec succès.

« Les classes de troisième el deuxième rhétorique sont moins nombreuses que celles inicrieures. Les élèves y sont bien instruits ; nous avons seulement observé qu'ils n'étaient pas aussi forts qu'ils pourraient l'être sur l'explication des auteurs. Nous en avons demandé la raison aux professeurs qui nous ont répondu que la plupart de leurs élèves étaient pressés par leurs parents de se livrer particulièrement à l'étude des mathématiques, et qu'à raison de cette invitation ils s'y livraient presqu 'exclusivement. Nous leur avons représenté que de telle utilité quefûtcelte science, i! ne fallait cependant pas négliger les autres objets de leur institution ; que l'élude des modèles de la latinité n'était pas moins essentielle, et qu'elle le devenait plus aue jamais dans une république où tous les citoyens appelés à concourir aux places de-

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vaienl, avec de bonnes vues el des iiilenlions droites, y porter autan l que possible des connaissances de tout genre el le talent, siirloul de développer leurs idées avec netteté el de convaincre les citoyens témoins de leurs discussions.

« La physique a excité noire attention particulière. Cinq élèves seulement nous ont entretenus pendant une matinée entière des différents objets souniisà leur élude. Nous avons été frappés de la justesse de leurs principes, de la force de leurs raisonnements et de la pureté du style qui en faisait Tornement; ils ont répandu le plus grand intérêt sur tous les développements auxquels ont donné lieu les questions variées qui leur ont été posées. Nous le disons avec vérité, nous nous trouvions plutôt dans une séance académique qu au scm d une école. La méthode adoplée par l'insiiluteur, de livrer tout au raisonnement el à l'intelligence en les affranf hissant de la servitude de la leçon écrite, lui fait infiniment d hunnour et les succès des disciples en établissent la supérioriiésur toutes celles qui avaient été adoptées jusqu ici.

« Les mathématiques y sont enseignées avec fruit, on voit avec plaisir 1 enfant en bas âge posséder parfiaitement les premières notions du calcul et exécuter les problèmes avec rapidité et justesse ; les connaissances en cette partie suivent la progression des classes, ei on peut dire à la louange des maîtres de l'école que leurs soins sont complélemenl payés par les sucrée des élèves. Nous no nous sommes pas bornés à des iriler ioi^alions, nous avons invité les pi otcs^curs à nous comtiiuniqiicr les composiiions pour les prix, nou^ les avuns lues avec allenlion, nuus avons Irouvé des malières bien remplies, et dans les hautes classes nous avons reconnu le développemem du talent.

« La mission que vous nous avez donnée, citoyens administrateurs, a été vraiment agréable, et il est bien satisfaisant pour nous d*avoir à vous rendre un compte favorable de la tenue d'un établissement qui intéresse si particulièrement les pères de famille de notre département et la République entière, qui fait des sacrifices pour faire succéder d'âge eu âge les talents, les lumières et le civisme.

« Le ciloyen principal esl continuel lemeot occupé de la surveillance sur toutes les parties de l'éducation : fidèle à remplir ses devoirs, il est toujours à son poste ; son œil est toujours ouvert pour maintenir l'ordre et la bonoe discipline, puissamment secondé par les instituteurs. L*élaDlisscmenl du collège et école militaire d'Auxerre n'a souffert aucune atteinte, lorsque clans beaucoup de parties de la France l'éducation a été négligée et même abandonnée. »

Lecture faite du rapport des administrateurs commissaires à l'inspection et examen des élèves du collège et école militaire d'Auxerre, le Conseil général du département, après avoir entendu le procureur général syndic :

Arrête, en donnant au principal et aux instituteurs du

collège et école militaire a Auxerre les justes éloges que mérite le zèle qu'ils apportent à l'exercice de leurs honorables fondions ;

Que le rapport des citoyens adioinistratt^nrs commissaires à l'inspection et examen sera consigné dans ses registres; que les lableaiiv ronipr^nant les noms des élèves des diflereLile^ classes el les observations des commissaires sur chacun d eux, seront déposés aux archives pour être remis lors du procliain examen aux commissaires qui seront nommés ; que les élèves du collège et école mililaire sont invités à répondre de plus en plus aux soins paternels du principal et de leurs instituteurs ; qu'ils sont avertis de ne jamais perdre de vue qu'une des dispositions fondamentales de notre gouvernement est que tous les citoyens soient admissibles aux places et emplois sans autre distinction que celle des vertus et des talents, que le citoyen utile sera désormais le seul honoré el que riiomme sans talents sera condamné au mépris flénéral el deviendra un fardeau pour la société qui ne Te verra qu'à regret exister dans son sein;

Qu'il est particulièi'emcnl r(^présenté aux élèves de la nalion qu'ils doivent, par un travail assidu, <e rendre dif,aies de ses bienfaits: que celui irenlre «mi\ <iui, rebelle aux avertissements salutaires de sesinsUluleurselàleurs

leçons, se livrerait à une honteuse paresse et ne ferait aucun progrès, n aurdit plus droit à la bieot'aiâaQce nationale et serait ren(îu à sa famille.

Arrête en outre qu expédition du présent sera a(i^e^sée au principal du collège pour en donner communicatioo aux professeurs et en faire lecture en présence de tous les élèves.

Leciurefaite, la séance est levée.

Signé : Megnier» président d'âge, el Foacier» secrétaire général.

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Educ 1018.179

L« CoU«ga d'Auxarra an 1792 / WktoTMT Ubranr 006S43055

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