‹ Le collége de mon filsChapitre 34 sur 34 · CONSEIL XVII · texte numérisé non relu

CONSEIL XVII

On indique aux jésuites quelques moyens de se débarrasser de l'argument qui est le plus en cre'dit contre eux.

Le règne des idées nouçelles , mes révérends Pères , est ce qu'on oppose le plus communément à voire mission; car du moins on est de bonne foi là-dessus : c'est comme représentans de l'ancienne sagesse qu'on vous repousse ; et la raison qu'on en donne, c'est que la sagesse nouvelle est meilleure sans comparaison. Je le désire pour elle et pour nous; mais en attendant que le fait se vérifie, et que le temps à venir décide la question , le temps passé la décide provisoirement en votre faveur. A la vérité , nous ne comptons encore que trente-huit années dans le règne des idées nouvelles; mais comme la religion et la monarchie ne sont point en état d'en supporter trente-huit autres pareilles, on n'aura sûrement pas besoin d'aller jusque-là pour savoir H quoi s'en tenir.

Les écrivains révolutionnaires nous parlent toujours comme si la création du monde ne datait que de 1789, et qu'il n'y eût aucune expérience derrière cette époque; rien n'obscurcit à leurs yeux le riant avenir qu'ils nous promettent; rien ne les désenchante sur le compte des idées nouvelles. Si vous leur dites le mal qu'elles ont fait, ils vous disent le bien qu'elles feront; si vous leur parlez du passé, ils vous parlent de l'avenir; en un mot, ils sont dans l'admiration de ce qui arrivera, et tout à fait consolés de ce qui est arrivé.

Dans tout cela cependant , mes révérends Pères, je ne vois point encore de quoi établir le règne des idées nouvelles sans dispute et sans contestation. C'est bien peu de chose, en effet, pour justifier leurs hautes prétentions et leur tyrannie; c'est bien peu de chose pour nous prouver qu'il ne doit plus y avoir, dans le monde, ni place, ni crédit, ni passages libres que pour elles. Je ne connais qu'un trait d'exigence aussi ridicule; et à cause de l'analogie, je vous demande la permission de le citer.

Un homme de robe, hautain comme il n'y en a plus, passait auprès d'un campagnard qui , dans ce moment , usait du droit de rire :

w Pourquoi riez- vous quand je passe? lui de- Tmanda-l-il brusquement. — Et pourquoi « passez.- vous quand je ris? » lui répliqua le paysan. Les querelles que la sagesse moderne cherche à l'ancienne, sont à peu près aussi bien fondées; et quand la première demande à l'autre pourquoi elle est si vieille, celle ci ne pourrait-elle pas lui demander à son tour pourqsuoielle est si jeune? Pour moi , je trouve que les idées nouvelles sont fort insolentes de s'en venir décider que c'est à elles seules qu'il appartient de dominer, et que ce sont les autres qui sont obligées de se retirer. Qu'elles commencent donc du moins par faire leurs preuves, et surtout par produire en leur faveur d'autres témoignages que ceux de la révolution. Car de deux choses l'une : ou elles sont purement et simplement révolutionnaires, telles qu<! nous les connaissons, et dans ce cas nous ne voulons point convenir de leur supériorité; ou bien elles sont bonnes à quelque autre chose que nous ne connaissons point, et dans ce cas il faut qu'elles nous apprennent ce que c'est. Jusque-là elles pourront avoir beaucoup de mérite sans doute j mais on sera pourtant dispensé de se prosterner devant elles pour les adorer, et chacun

i88 restera maître de dire comme Montaigne : Mon cathédrant, c'est l'autorité dwine, qui nous règle sans contredit, et qui a son rang au-dessus de ces humaines et vaines contestations.

Le calhcdrant de Moniaii^ne pourrait bien avoir raison, mes révérends Pères; et je le crois d'autant plus volontiers, que nous sommes, Dieu merci, en fonds pour le prouver, sans sortir de la révolution française. Comme cependant les œuvres des idées nouvelles sont très - connues dans notre pays , tant par la ruine des mœurs et de la religion, que par les flots de larmes et de sang qu'elles y ont fait couler, il vaut mieux nous transporter ailleurs pour observer leurs bons effets.

Vous savez qu'après de longues prospérités, l'ancienne Rome eut aussi ses idées nouvelles. A la vérité, elles ne pouvaient lui enlever que des faux dieux et un culte d'idolâtrie; mais enfin c'étaient les seuls liens qui rattachassent alors au Ciel les pensées et les besoins de la terre; et quand c'est là tout ce qu'on possède , il ne saurait être indifférent de le perdre. Aussi, les idées nouvelles n'eurent pas plutôt entrepris de ravir ce peu de biens au grand peuple, qu'il tomba tout à coup, du

haut de sa puissance, dans un état de honte et d'abaissement qui le rendit méconnaissable. Je ne sais quelle justice humaine se chargea de châtier une philosophie désastreuse qui n'était pourtant venue détrôner que l'ombre de la divinité. Celte ombre ayant disparu, tous les freins se rompirent et dans l'ordre moral et dans l'ordre politique. Alors on ne sut plus comment s'y prendre pour les remplacer. 11 fallut recourir au joug de fer des Néron , des Tibère , des Caligula ; et malgré toute la vigueur de celte sanglante tyrannie , Rome ne retrouva jamais l'équivalent des images de Jupiter, ni rien qui approchât de l'influence de ses dieux de marbre. Qu'on juge de notre sort, à nous, par la difTérence des biens dont les idées nouvelles nous demandent le sacrifice.

En supposant, mes révérends Pères, que cet exemple ne soit pas assez effravant, en voici un autre qui appartient de plus près à notre époque.

Dans le courant de l'année 1812, les libraires de Vienne et de Francfort ont expédié, pour les îles de la Grèce et les Echelles du Levant, une quantité prodigieuse d'idées nouvelles tirées de nos auteurs français , sous

le tiire tX Abrégé substantiel des œuvres de Voltaire, de J. J. Rousseau, etc. Elles élaient traduites en grec moderne, et réduites à quatre volumes, qui furent répandus au nombre de soixante mille exemplaires. Quelques années après, les malheureux Grecs ont demandé le baptême de la régénération , et vous savez quel baptême ils ont reçu !

Tous les entrepreneurs de révolutions sont d'accord sur ce point, que c'est par les mauvais livres qu'il faut commencer. 11 est singulier pourtant que le berceau de l'imprimerie, que le pays de Guttenberg se trouve en retard sur les autres. Mais il ne perdra rien pour attendre. Quoique l'esprit germanique soit paresseux et tardif, je sais de science certaine que les idées nouvelles cherchent à s'y enfoncer comme ailleurs, et qu'on ne néglige rien pour y établir leur règne (i). Mais lorsque des

(i) Il ^ a, dans ce pays-là comme dans le nôtre , des sociétés anonymes qui se chargent de diriger l'esprit public à leurs frais et dépens. Voici un des moyens qu'elles emploient pour propager les lumières irreligieuses et révolutionnaires. Quand les paysans de l'Allemagne vont aux marche's dans les grandes villes telles que Vienne , ils de'posent leurs mulets et charriots en dehors des barrières , dans des endroits nommes hah-

'9' évènemens accomplis, lorsque des malheurs consommés sous nos yeux ne guérissent ni ne dégoûtent pas même la génération qui les a supportés, il n'y a pas grand espoir que des malheurs non réalisés encore puissent lui faire une grande impression.

A cause des lecteurs qui n'entendent pas la question aussi bien que vous, mes révérends Pères, je vais l'éclaircir en peu de mots, par un exemple connu de tout le monde :

Dans le langage religieux , on emploie ordinairement les mots de bonnes œut^res et de charité, pour exprimer les actes qui s'y rattachent. Dans le langage révolutionnaire , ils sont remplacés par les mots de bienfaisance et à' humanité . On évite avec un scrupule extrême de parler jamais d'une personne charitable; on lui donne le nom Aq philanthrope , Quand un journal se trouve condamné à par-

gards publics. Quand ils les reprennent pour retourner chez eux, ils trouvent dans leurs voitures des paquets de gravures et de mauvais livres , que des mains officieuses y ont de'pose's gratis pour l'instruction du peuple dont les ide'es nouvelles veulent s'emparer. Jusqu'à nos jours , on n'avait connu que l'enfer qui eût assez de zèle et de de'sinle'ressement pour onlreprendie ainsi la corruption du genre humain.

ier d'un bon chrétien, il le désigne sous le nom de bon citoyen. Enfin, c'est uniquement de la philanthropie qu'on veut tenir maintenant ce qu'on tenait autrefois de la religion. Ce n'est point là, du reste, ce que j'entends par les idées nouvelles, qui font ouvertement la guerre à l'Eglise et à la monarchie; mais je choisis cet exemple pour faire remarquer qu'à l'égard même des idées anciennes qu'on est forcé de conserver, on a soin d'y faire entrer des modifications telles , que les traces de la religion en soient à peu près effacées.

Il suffit, je pense, mes révérends Pères, d'avoir appelé votre attention sur le dangereux caractère et la tendance des idées nouvelles, pour vous faire sentir la nécessité de les combattre par tous les moyens qui sont en votre pouvoir. Un chapitre de raisonnement, que j'ai préparé pour la troisième édition de mes TROIS PROCÈS DJNS UN, expliquera sur quoi je me fonde pour faire partager au public la confiance que vous m'inspirez; mais , en attendant , je suis bien aise de lui en dire ici un mot : elle repose principalement sur le choix des vertus et des talens qui a dû être fait dans la Société des jésuites, pour les besoins d'une Province aussi malade que

celle de France. Voire général ne serait pas un homme aussi supérieur qu'on le dit en lumières et en sagesse, s'il nous eût envoyé des médecins médiocres.

CONSEIL XVlll ET DEKNIEH.

Circonstances particulières qui doivent inspirer de la confiance aux jésuites, soutenir leur patience, et les engager à redoubler d'efforts pour remplir leur courageuse mission.

On ne voit point deux fois le rivage des moris. (Hacine.)

Mes révérends Pères , il en est des maladies de l'esprit comme de celles du corps : plus on en voit, plus on apprend à les guérir. Ce qui se passe de nos jours n'est point nouveau ; ce n'est qu'une répétition des grands accidens de l'histoire. Par conséquent, le monde s'enrichit de plus en plus d'expérience et de leçons qui lui servent à déterminer les chances de son avenir et à régler les calculs qui l'Intéressent.

Il n'est pas jusqu'aux voies delà Providence où l'on ne finisse par découvrir quelques clartés, à force d'étudier et d'observer l'espèce d'uniformité qui règne dans ses décrets envers • les nations, soit qu'elle veuille les abaisser ou

les élever, les punir ou leur faire grâce. C'est ainsi qu'on est parvenu à reconnaître qu'elle ne manque jamais d'aveugler ceux qu'elle veut perdre , ni de châtier l'orgueil et la révolte par d'éclatantes sévérités. En cela , sa marche n'a point cessé d'être régulière depuis le commencement du monde jusqu'aux jours de la rédemption. Toute l'histoire du peuple de Dieu est là pour en faire foi. Toujours c'est par des plaies et des fléaux qu'elle le ramène aux devoirs de la soumission et à la sagesse. A chaque page de l'Ecriture , o» retrouve des arrêts plus ou moins terribles contre les esprits rebelles, des jugemens motivés sur les résistances de l'orgueil et sur la continuelle tendance des impies à secouer le joug de l'autorité divine.

Pour arriver plus vite aux évènemens qui intéressent directement notre époque , ne prenons les choses qu'au siècle de Luther, où l'on a vu commencer, avec sa révolte, les grandes plaies dont l'irréligion philosophique a été frappée. Luther fut un des premiers chefs de révolution qui s'emparèrent de la liberté de la presse pour mettre l'Europe en soulèvement et en combustion. Il ose nous apprendre lui-même avec une joie infernale,

ig6 que sa plume a fait plus de mal à l'Eglise catholique que les armées des plus grands princes n'eussent été capables de lui en causer. Dans son histoire du. siècle de Louis XIJ^ , Voltaire vient confirmer cette assertion en disant : « Les réformateurs ayant déchiré tous « les liens par lesquels l'Eglise romaine rete- '.< nait les hommes; ayant traité d'idolâtrie ce i( quelle a^^ait de plus sacré; ayant ouvert « les portes de ses cloîtres , et remis ses tré- « sors entre les mains des séculiers, il fallait «qu'un des deux partis pérît par l'autre. Il ¥ n'y a point de pa ys, en cQ'et , où la religion « de Luther et de Calvin n'ait fait coider le w sang. » Tels sont les aveux de l'homme le moins siîspeci en fait de témoignages de cette nature.

Comme cependant le siècle de Luther ne pouvait être aussi orgueilleux que le nôtre, ni aussi fier de ses lumières , ni aussi exalté par les superbes conquêtes de la science philosophique, il n'a point éprouvé non plus de catastrophe pareille à celle qni nous était réservée. Le Ciel a proportionné ses rigueurs à l'étendue et à la gravité du mal. L'ignorance des peuples d'alors, la grossièreté des esprits, la circonstance atténuante d'une première

»97 cliuU3 , louies ces considérations durent niOn dérer la colère divine. Une perversité plus éclairée, et parlant plus coupable, une pr-einédilaiion plus longue , des fautes plus réfléchies, la rébellion aggravée par une rechute, voilà ce qui demandait moins de grâce pour les crimes de notre temps. Aussi, le châtiment a-t-il été beaucoup plus sévère j et il n'a fallu rien moins que l'éclatante catastrophe de la révolution française, renforcée par des guerres sanglantes , pour désarmer la vengeance du Ciel.

Toutefois, il reste encore bien des inquiétudes sur les suites de cette grande plaie ; et malheureusement , il est toujours permis de disputer sur sa durée. Mais pourtant l'espérance de la voir prochainement cesser est fondée sur quelques signes henreux qui semblent annoncer que le règne du désordre approche de sa fin.

Ainsi que je l'ai d'abord observé , mes révérends Pères, nous ne vivons point sans devenir, de jour en jour, plus riches de leçons et d'expérience. Or, commençons par examiner ce que peuvent nous vouloir maintenant les ennemis de la religion. Je suis forcé d'accorder qu'ils travaillent à la destruction

>9« (.le l'Eglise romaine avec aulani d'ardeur que Lulher et Calvin. Mais voyons s'ils ont les mêmes séductions à olïrir, et les mêmes facilités à semer l'erreur.

Quelles furent les circonstances qui favorisèrent ce qu'on appelle la réforme du seizième siècle? Tous les historiens nous l'ont dit j et quand ils auraient pu le cacher, la révolution française nous l'aurait appris : il s'agissait d'envahir tous les biens du clergé pour les prodiguer et en former des espèces de primes d'encouragement pour l'heureuse philosophie de cette époque. Mais comme si cette nature de biens devait toujours porter malheur aux gouvernemens qui les donnent à piller, il arriva dans ce temps - là quelque chose de fort singulier qu'on aurait peine à croire si notre grand-livre de la dette publique n'était là pour attester le même phénomène. D'après le témoignage de Luther lui-même, les spoliateurs ne firent que s'appauvrir à ce métier; et il les représente en propres termes , comme des gens réduits à la besace en très- peu de temps. Car il va jusqu'à les appeler mendicosÇi). Au premier abord, on imaginerait

(i) Comprobat experientia eos qui ecclesîastica

'f)9 que c'est une phiisanteric j mais un conseiller de l'électeur de Saxe , Jean Hmid, explique la chose très-sérieusement, et avec un accent de mauvaise humeur qui laisse entrevoir, si je ne me trompe , qu'après avoir eu sa part du butin, il avait eu de même sa part de la malédiction. Il assure donc que ces funestes biens semblent n'avoir passé dans les familles de l'ordre équestre que pour dévorer les forlunes patrimoniales qu'ils y ont trouvées , et pour disparaître ensuite avec elles (i).

Si je recueille ces remarques en passant , je prie messieurs les acquéreurs de biens nationaux de croire que ce n'est point pour les dégoûter des marchés qu'ils ont faiis. Je nie plais même à convenir qu'ils s'entendent mieux que les Allemands à garder les biens d'église. Mais je liens à ce que la remarque subsiste quant aux gouvernemens qui en permettent la confiscation. Je ne dirai pas comme Luther qu'ils s'appauvrissent jusqu'à la be-

bona ad se traxerunt, ob ea tandem depuiiperarl et mendicos Jieri.

(i) Opes nostras équestres illœ comederuiit , et consumpsenint liœ cœnobiales , ut ncque cœriohinles neifue équestres amplius habeamus.

sace ; mais je dirai qu'ils ne s'enrichissent point à ce métier; et je défie le grand-livre de me donner un démenti là-dessus.

Du reste , mes révérends Pères , ce qu'il y a de plus concluant dans la question qui nous occupe, c'est que l'Eglise n'offre plus rien à prendre. Cela fait tomber le meilleur argument que les réformateurs du seizième siècle et du nôtre aient jamais employé contre elle. Maintenant que cette cause de tentation a disparu , il me semble que la religion doit avoir moins de peine à obtenir d'eux un peu de grâce et de tolérance.

Sous ce premier rapport donc , les choses se trouvent dans une situation moins défavorable qu'en 178g, Les raisons qui étaient bonnes contre un clergé riche sont devenues mauvaises contre un clergé pauvre. Sur ce point, la logique révolutionnaire a naturellement perdu beaucoup de sa force. Ajoutez que les honnêtes gens ont appris à raisonner, et que les yeux même du commun des ignorons se sont remarquablement ouverts. De sorte que le métier de charlatan est menacé de tomber pour peu que l'on continue à se dégoûter du métier de dupe.

Une circonstance également propre à re-

froidir le zèle des ennemis de la religion, c'est de voir la qiianiiic de bons esprits qui se délacheni de Luther et de Calvin pour venir chercher dans le giron de l'Eglise romaine, des règles fixes, une sanction et une autorité qui manquent partout ailleurs. Ainsi, mes révérends Pères, tandis que les mauvais citoyens, les aventuriers de la politique, les têtes perdues du fanatisme révolutionnaire s'agitent pour nous entraîner dans l'émancipation religieuse, les gens de bien s'en retirent peu à peu pour ne point laisser leurs croyances à la merci du premier venu qui se présente pour interpréter les Ecritures et commenter la Bible. A coup sûr, tout cela n'arrive point sans une cause d'ordre qui cherche à reprendre le dessus dans le gouvernement des affaires divines et humaines.

11 est un dernier motif de sécurité plus puissant encore que tous les autres, mes révérends Pères : c'est que le Ciel paraît s'expliquer par un certain nombre d'évènemens auxquels on pourrait faire l'application de ces vers d'une tragédie religieuse :

Et quel temps fut jamais si fertile en miracles? Quand Dieu par plus d'effets monlra-t-il son pouvoir?

\ur.'»s-lu donc toujours dos joux pour ue point voir, Peuple ingrat il* quoi ! toujours les plus grandes merveilles Sans ébranler ton coeur frapperont tes oreilles!

Il esi bien vrai que la Providence se joue des mauvaises pensées et des mauvais desseins j mais elle ne se joue point de l'innocence et du malheur. Or, si les regards qu'elle laisse descendre sur nous depuis quelque temps , n'étaient pas des regards de clémence, quel serait son but en nous montrant tout ce qu'elle a fait de merveilleux en faveur de la religion et de la monarchie ? pourquoi nous aurait-elle fait revenir de si loin, s'il pouvait entrer dans ses desseins de nous replonger au fond des abîmes ?

Rappelez-vous l'état de veuvage où la révolution avait mis l'Eglise de France : les autels brisés j les objets du culte divin abandonnés aux profanations sacrilèges j tout le sacerdoce livré à la persécution ou dispersé dans l'exil; le blasphème et l'impiété en possession des chaires évangéliques ; Dieu et les saints détrônés partout oi!i la main de l'homme pouvait les atteindre; les effigies de la raison orgueilleusement posées sur les débris des autels; la haine et le délire occupés à effacer,

2o5 de la iriémoire du peuple , jusqu'au nom de ses patrons et de la sépulture des ses pères. Comparez ce tableau de la mort au peu de vie qui a ranimé la religion , et vous admirerez les miracles qui ont opéré un tel changement.

Serait-il possible, je le répète, que le Ciel n'eût voulu produire à nos yeux que des éclairs d'espérance et des illusions passagères, en faisant revivre d'une manière si merveilleuse ce qu'il destinerait à périr dans de nouveaux naufrages ! Pourquoi aurait-il amolli tant de cœurs de bronze, et changé des pensées révolutionnaires en exemples de conversions pareilles à celle de M. de La Harpe, s'il ne s'agissait de rien de plus dans l'ordre de ses desseins? Non, non j il ne se joue ainsi de la confiance et de la justice, ni dans la personne des simples fidèles, ni dans celles des ministres de ses autels et des courageux défenseurs de sa cause, dont vous êtes, mes révérends Pères j les chefs et les modèles.

Ce que je dis des merveilles qui s'opèrent en faveur de la religion , je le dis de celles qui s'opèrent non moins visiblement pour le salut delà monarchie. Qu'on lise seulement la iîe/ation d'un vojage ci Bruxelles et à Coblentz^

qu'une main auguste nous a laissée, et l'on y découvrira loules les sollicitudes que la Providence mettait dès lors à sauver le dépôt de la royauté. Si nous savions avec les mêmes détails ce qu'elle a dû faire pour en conserver les autres débris, avec quel soin il a fallu qu'elle veillât sur eux pour détourner les embûches , les conjurations et les périls qui les cherchaient partout , sûrement nous découvririons encore de ce côté , les traces miraculeuses que nous cherchons dans ses décrets. Au surplus, mes révérends Pères , assez d'autres miracles sont constatés pour montrer qu'à aucune époque , le Ciel n'a perdu de vue la conservation de la dynastie qui règne sur la France. Le salut de l'orpheline de Temple fut un miracle qui étonna le monde par la singularité des causes qu'on vil se réunir pour le rendre surnaturel. La restauration fut un miracle deux fois grand, parce que celui de la chute de Buonaparle en fit partie, et qu'il dut être, pour ainsi dire , commandé aux élémens du nord de TEurope. Uu autre miracle a produit ce rejeton des lys, dont la naissance, encore plus merveilleuse que celle de Louis XIV, est peut-être le signe le plus marqué des vues lointaines de la Providence et de la durée pro-

mise à l'aniique race des rois très- chrétiens. D'après toutes ces considérations, mes révérends Pères, ce serait une sorte d'aveuglement et d'impiété que de douter du succès de votre mission. Je suis convaincu que votre courage soutiendra glorieusement ce reste de révolution qui jette ses dernières flammes sur l'autel et le trône. S'il était possible que l'incendie vînt à s'y rallumer, il n'aurait point les suites que vous en pouvez craindre. Tous les gens de bien, un peu dispersés dans ce moment par la légèreté de leur esprit , se retrouveraient pour vous aider à l'éteindre. L'anarchie leur a trop envoyé de grêles et d'orales pour qu'ils ne songent point enfin à s'écrier comme Horace ; « ]N'a~i-elle pas jeté assez « d'épouvante et de terreur parmi les nations? « le monde ne s'esi-il pas revu assez près du c< siècle de Pyrrha ? »

Jam satis terruit urhem,

Terruit gentes grave ne rediret Sœculum Pjrrrhœ.

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