‹ Le collége de mon filsChapitre 6 sur 34 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Au seul titre de cet écrit , les bons entendeurs conçoivent de'jà que nous allons toucher la plaie , et ramener la question des jésuites à son vrai point de vue. Ceux qui mettent tant de soin et de perfidie à l'en éloigner, ont intérêt à la tenir cachée. S'ils cherchent à l'isoler et à la rendre mesquine, c'est qu'ils ont leurs raisons pour ne pas laisser découvrir ce qui s'y rattache de vues hostiles ccwitre l'Etat , et de dangers capitaux pour la religion.

Tel est le sort de cette question , qu'à toutes les époques oh elle a fait du bruit , elle n'a jamais été bien saisie que par les esprits malveillans et perturbateurs. Ceux-là comprennent à merveille où elle conduit, et quel parti on en peut tirer. C'est parce qu'ils le savent parfaitement, qu'on les a toujours vus si prompts à la soulever, si ardens à s'en emparer, et si habiles à la manier pour leuni desseins. Mais aussi, vous diriez qu'elle n'est comprise nulle part ailleurs que parmi eux. Il n'y a pas jusqu'aux écrivains fidèles à Dieu et au Roi qui ne s'y laissent tromper. Egarés par les fausses combinaisons de l'esprit de parti , ou par une folle présomption qui brave tous le» périls , 'ûs ne voient, dans une affaire .'«i grave, qu'une espèce de petit combat entre les écoliers de Jansenius et de Molina. Ce

qui étonne encore davantage, c'est de rencontrer, dans le clergé séculier, un certain Bonvbrè d'optimistes qui ont l'air de se croire désintéressés dans ce procès , tandis qu'il devrait être si évident pour eux que les jésuites ne sont que le prétexte d'une guerre dont le sacerdoce tout entier est destiné à payer les frais.

D'après cela , il doit paraître naturel que la même question soit un peu confuse pour cette classe paresseuse et insouciante de bons citoyens qui vivent sans réflexion et sans méfiance , moitié sur la foi de la bonne cause , moitié sous l'influence secrète des idées révolutionnaires. Mais ils se trompent grandement en se laissant persuader que les jésuites ne forment, dans le corps sacerdotal, qu'un petit ordre à part , sans liaison essentielle avec tout le reste ^ et dont le sacrifice pourrait être accordé au cri d'impiété qui le demande, sans que les principaux fondemens de l'Eglise en fussent ébranlés. ' ■ i ; Quant à ce bêlant troupeau d'ennemis ignorons ' qui » tête baissée et de confiance dans la parole révolutionnaire, s'en va beurtant devant lui , d'un front brutalement stu~ pide , une société' religieuse qu'il ne connaît ni par l'histoire ni par aucun point de contact, nous ne le remarquons en passant , que pour gémir sur l'efiroyable pouvoir d'un parti qui soulève et remue à son gré toutes les passions de la multitude , avec un mot qu'elle n'entend pas. Peut-être ne gagnerait-on rien à lui expliquer celui-ci , parce qu'il ne se trouve guère , dans cette classe de gens , que des enfans perdus de la philosophie révolutionnaire,

elont le cœur préfère le mensonge à la ve'rite, et qui aiment mieux s'en tenir au mal qu'ils savent , que d'aller à la recherche du bien qui leur de'plaît. Mais cet écrit ne s'adresse point à eux : notre seul but est d'e'clairer les esprits raisonnables qui se trompent de bonne foi ou par le'gùrete, sur un des plus grands inte'rêts de l'ordre social. C'est à ceux-là que nous entreprenons de prouver, jusqu'au dernier degré' d'évidence , que la religion , pour ne pas dire toute la monarchie, est le fond du procès dont les je'suites ne sont que la forme.

Nous ne voulons point être là-dessus plus rigoureux qu'il ne convient. Si les je'suites e'taient à renaître, nous nous bornerions peut-être à les regretter, à nous affliger du vide immense qu'ils ont laisse' dans l'enseignement chre'tien, dans l'éducation publique et dans nos mœurs. Nous dirions seulement : Tâchez de mettre à leur place des secours nouveaux, des garanties nouvelles, des se've'rite's religieuses et politiques e'quivalentes à celles dont ils vous tenaient lieu , des se've'rite's dont l'autel et le trône puissent être fortifies sans eux comme ils l'étaient avec eux. Mais du moment où. ils ont reparu, le point de vue change ; et ce qui n'e'tait que l'objet d'un regret , devient une ne'cessite', une condition de vie et de durée. Des cris séditieux vous révèlent les secrets de l'esprit révolutionnaire , et vous expliquent pourquoi les jésuites sont repoussés. On vous avertit qu'ils sont repoussés, parce qu'on ne veut plus des salutaires doctrines qu'ils rapportent en France ; parce qu'on ne veut plus des principes fermes et des idées

de morale que leur présence rappelle; parce qu'on ne veut plus de l'e'ducation qui fait les chre'tiens fidèles à Dieu et les sujets fidèles au Roi; en un mot, on ne veut plus d'eux, parce qu'ils incommodent la marche des révolutions nouvelles qu'on médite contre la religion et contre l'Etat.

Dès lors , faites bien attention que ce n'est pas aux jésuites que la guerre est déclarée , et qu'ils ne sont ici que pour la forme , à peu près comme les ambassadeurs auxquels on signifie de se retirer quand on se prépare à marcher contre leurs maîtres. Non, ce n'est point avec eux que la querelle est engagée : c'est avec les principes religieux et monarchiques qu'ils représentent ; c'est avec tout le sacerdoce, dont ils forment, pour ainsi dire, l'avant-garde; c'est avec l'Eglise catholique, à laquelle on veut retirer d'abord le secours de leurs lumières , de leur courage et de leur apostolat. Autrement, le cri d'alarme par lequel ou éveille toutes les passions du royaume , serait la chose du monde la plus honteuse et la plus ridicule de la part d'une gi'ande puissance factieuse qui n'en voudrait qu'à sept collèges de jésuites.

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