‹ Le collége de mon filsChapitre 7 sur 34 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

En quoi la position des nouveaux jesyites ressemble à celle des anciens, et sur quoi elle en •diffère.

Vous SEREZ EN BUTTE A TOUTES LES HAINES, A CAUSE DE MON NOM. Ce peu de

mots exprime très -exactement la destinéç de tous les jésuites ; c'est le résumé' de leur histoire passée, présente et à venir. Là dessus, elle n'offrira point de variations, et les jésuites du vinglième siècle ressembreront à ceux du seizième.

Continuateurs des premiers apôtres, ils ont été principalement établis contre l'orgueil philosophique. Leur mission est de combattre le mensonge et les révoltes de l'esprit humain contre la science divine.

Quand ces orgueils seront nombreux et entreprenons, qu^and ce3 révoltes «eront communes et violentes, les jésuites auront beaucoup à souffrir : c'est ce qui arrive dans la persécution actuelle. Aussi, supposez un gouvernement téméraire et imprévoyant, comme le fut celui de Louis XV en 1762, fît vous aurez, non plus des exils de jésuites et des confiscations de biens, mais des exécutions révolutionnaires et des proscriptions qui s'étendront à toute l'Eglise; car observez^ bien que la philosophie, qui vous tourmente depuis si long-temps pour vous forcer de lui abandonner Rome, n'entend pas vous en tenir quittes pour quelques fantômes dont elle fait semblant d'avoir peur. Elle vous le répète assez souvent : c'est de l'autorité de saint Pierre ; c'est de la juridiction ullramontaine qu'elle vous demande le sacrifice,; c'est la réforme de Calvin, et peut-être quelque chose de pire, qu'elle invoque hautement.

Que tout le clergé catholique, que tous les ' cœurs, (J'oits jet purs de la communion romaine s^e, réjouissent donc de ce qu'il y a des jésuites ; sans eux, la guerre serait plus directrî et plus imminente contre le corps en-

tierdes fidèles : c'est du 4110108 Un <Jegré (de plus qui recule la chute d« cbristianisrae., ep retardant la marche de ses ennemis.

C'est par de simples mpprochemens, c'est par des faits connus de tout le monde que nous entreprenons de révéler la conjuration générale qui se cache dans le procès des^jé- «uites. Si celte conjuration ne menaçait qu'eux, elle serait absurde, et rien de plus ridicule ne se serait jamais vu : la moratagne «n travail d'une souris paraîtrait plus vraisemblable. Non, ce n'est pas scTieusçmëiajt, ce ne saurait être qu'au prix du boh sejus qu'on propose à une nation ^éclaiFée de se faire une cause d'alarme, d'agitation et de rumeur universelle, de la seule apparition de quelques jésuites dont rexislence demeure inaperçue, et qui ne répondent a«)X cris de guerre proféré? cotntre eux que par le calme d'une vie inoffensive.

Heureux pays que le nôtre, si en effet :$es plus grands dangers et ses plus grandes terr reurs ne lui viennent que de ce côté-là! Deux cents jésuites! voilà, dit-on, ce que l'on connaît maintenant de plus propre- à remuer le royaume et à causer des apprér hensions î O trois fois heureux siècle 1 peiipjje

trois fois heureux! Cependant, ne nous fions pas trop anx discours révolutionnaires, que ce beau texle alimente depuis si longtemps ; raisonnons d'abord, et tâchons de découvrir ce qu'il y a de carhé dans les manifestes lancés contre les jésuites.

0 Quoique les hommes connus par leurs scntimens religieux et monarchiques ne soient pas toujours bien inspirés, on remarqiw 'néanmoins qu'ils s'accordent assez généralement à protéger les jésuites de leurs .suffrages et de leurs vœux; une sorte d'ins- -tmct les- avertit que les ennemis des jésuites ne se trouvent guère que parmi les ennemis (te la religion. Au moins est-il certain pour eux qu'ils ne rencontrent jamais, dans les églises ni autour des sacremcns , ceux que i'eiïriédu cation ou un reste de pudeur mondaine force encore à respecter le, matériel du culte et l'existence du sacerdoce. Ils ne sont donc pas tout à fait dupes de ces écrivains qui se présentent à eux avec les formes extérieures de la piété, pour mieux accabler les jésuites; ils se méfient naturellement de ces puristes de la catholicité, qui se dépouillent momentanément du manteau de la philosophie pour s'envelopper de peaux

d'agneaux, cl venir recommander tons les amcndemcns dont ils s'avisent en matière de foi et de religion.

De tous temps, et de nos jours bien plus que jamais, la religion et la philosophie onl vécu en méfiance l'une de l'autre ; c'est encore là tout le fond du procès des jésuites. L'esprit de la révolution est de retenir l'instruction publique sous son influence, et de . former la jeunesse à son image : les hommes de ce parti comprennent fort bien que l'irréligion seule amena leur règne , et qu'elle seule peut le rétablir. De là ce soulèvement et ce cri de mort contre les jésuites, c'est-à-dire contre l'éducation religieuse, dont ils ont le secret, et qu'ils savent rendre inséparable des connaissances profanes. De leur côté, les gens de bien se souviennent aussi des causes qui ont produit la révolution française , et ils sont payés pour désirer qu'on ne les fasse pas renaître de ge'nération en génération. Voilà pourquoi ils redemandent aux jésuites l'éducation qui porte le germe de la paix publique et les principales garanties de l'ordre social; car déjà ils s'effraient avec raison du bruit de toutes ces petites séditions qui agitent les autres établissemens

d'instruction publique, et ils craignent que, par la suite , ces coups d'essai ne deviennent des coups de maître. Au moins, avec les jésuites , est-on bien assuré que rien de parqil ne saurait arriver : eussent-ils autant de collèges en France que l'on y compte de villes, jamais on n'entendra dire qu'aucun de leurs écoliers ait songé à faire de l'anarchie.

Il est vrai que leurs ennemis trouvent cet avantage trop chèrement acheté : ils ont découvert que, dans l'ancien collège de Rhodez. les jésuites faisaient administrer la discipline par un correcteur-juré, dont le bras était plus nerveux que de raison ; et ils partent de là pour préférer de beaucoup un mode de discipline qui n'expose plus les écoliers séditieux qu'à comparaître devant les procureurs du Roi et les Cours d'assises. C'est ici une affaire de goût ; mais , nous ne craignons pas de le dire, nous préférons la férule et les brins de bouleau de l'ancien régime.

Malgré toute la bonne volonté qui les anime , nos chercheurs de griefs n'ont pu découvrir, contre les mœurs des jésuites, rien de plus sérieux que l'emploi du correc-

teur de Rhodez. Nous voudrions pouvoir leur rendre la pareille ; mais il n'y a pas moyen : nous ne connaissons aucun philosophe révolutionnaire, ni même aucun philosophe royaliste auquel, en cherchant bien, on ne trouvât quelque chose de plus grave à reprocher. Nous irions plus loin , s'il s'agissait ici d'une guerre sérieusement déclarée aux jéfiuites en particulier , d'une guerre qui ne fût pas, aussi visiblement que celle - ci , entreprise contre l'autorité de Rome et la religion de l'Etat. Nous demanderions à comparer tous les griefs réunis qu'on attribue aux membres de la Société de Jésus, avec ceux de telle autre portion du clergé qu'on voudrait nous désigner; ensuite nous examinerions sur quoi est fondé le patelinage dont on caresse les uns aux dépens des autres, pour déguiser le dessein formé contre eux tous.

Nous sommes hors d'état de vérifier les odieuses imputations que la haine, la jalousie et l'esprit de parti ont accunnilées sur les huit ou dix jésuites dont les noms vous servent à remplir tous vos actes daccusation contre les cent mille autres ; mais en revanche, nous avons vu et nous sommes en

état d'apprécier cette portion du clergé de France qui s'est retirée du sacerdoce en vomissant des blasphèmes 'et des imprécations contre le Ciel , en 'abjurant toute croyance et toute pudeur; /en se proclamant infâme et digne de tous les mépris.

A côté d'elle se trouvaient dans les prisons des milliers de prélres qui se faisaient égorger pour la gloire de ce même Dieu , de cette même religion que tant d'autres reniaient avec une horrible impiété. Auxquels d'entre eux l'estime et les suffrages publics sont-ils restés? Quel est l'homme de bien qui ait retiré sa foi aux martyrs de cette époque pour la donner aux apostats? Les deux exemples étaient là, et le seul rebut de la corruption humaine s'est emparé du mauvais. A quelle classe d'honnêtes gens est-il venu dans la pensée de 1 opposer alors ou de le tourner depuis contre cette portion sainte et courageuse du sacerdoce qui n'a fait que s'épurer dans les dures épreuves de ces temps malheureux? Vous, à qui les crimes vrais ou faux de dix jésuites suffisent pour vous faire méconnaître les éclatantes vertus et les services signalés de tous les autres, accablez donc aussi tout le clergé séculier

(lu royaume de vos diffamations; il vous a fourni, dans une seule année, mille fois plus d'exemples de corruption et de perversité que toute la Société de Jésus depuis sa fondation jusqu'à nos jours. Mais, malheureusement, ce sont des exemples révolutionnaires, et ceux-là vous trouvent bien plus disposés à l'indulgence.

Si vous raisonniez avec autant de bonne foi que nous, vous diriez aussi comme nous : Les milliers de martyrs qui ont rendu témoignage à la religion contre la révolution, sont plus croyables que quelques centaines de malheureux à qui la terreur, la faiblesse humaine, ou même la corruption du cœur, ont arraché des blasphèmes. Sept mille jésuites immolés dans les missions apostoliques; quatre- vingt mille autres illustrés par l'enseignement, par la prédication, par les sciences et les lettres, demandent grâce également pour le très -petit nombre de ceux qui ont pu faillir dans leur conduite ou dans leurs doctrines. Ce raisonnement si juste préserverait le peuple des dangereuses, irritations oii l'on entrelient son esprit, et l'on n'abuserait plus aussi déloyalement de son ignorance pour le rendre fanatique d'une

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causo dans laquelle on ne lui communiqué que des pièces à charge : mais , encore une fois , ces pièces sont favorables à l'esprit révolutionnaire, et c'est là ce qui les rend précieuses pour les ennemis de la religion catholique.

Dans ce que nous venons de dire, le lecteur peut aisément distinguer ce qui est commun aux anciens et aux nouveaux jésuites; il nous reste à lui faire remarquer ce que la position de ces derniers offre de particulier.

Gomme tout ce qui renaît ou commence, ils sont faibles et peu nombreux. La longueur et la durée de leurs épreuves ne permettent pas que de long-temps leur Société soit recomposée sur le même pied que l'ancienne ; cependant elle a des ennemis plus nombreux, plus remuans et plus acharnés encore que ne furent les persécuteurs desautres jésuites. Comment donc se relevera-t-elle au milieu des obstacles qui l'assiègent, au milieu des forces révolutionnaires qui se réunissent pour l'accabler?

Elle se relèvera, parce que son sort est inséparable de celui de la religion, et que cette vérité est mieux comprise aujourd'hui qu'en 1762. Elle se relèvera, parce que l'o-

pinion publique et la saine partie de la nation ne veulent pas que la révolution se relève. Les nouveaux jésuites n'ont pour ennemis que les ennemis de l'autel et du trône, et qtjelques esprits égarés qui se fourvoient, à leur insu, dans les dangers publics. Ils en auront moins encore, à mesure que le but de l'ennemi se découvrira, et que la lumière éclairera la voie par laquelle il marche contre Rome, tout en feignant de vouloir s'arrêter à Mont-Rouge. Prouvons donc maintenant que c'est cette entreprise qui l'occupe.

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