Le Collége des médecins de Rouen, ou documents pour servir à l'histoire des institutions médicales en Normandie
La traduction du Manuscrit que nous publions n'offre un véritable intérêt que pour les Médecins ou les Savants qui s'occupent plus spécialement de l’histoire locale.
Ce manuscrit, dont nous devons la communication à la bienveillance de M. Dupont-Delporte , toujours empressé de prêter son appui-à ce qui porte un cachet d'utilité publique , et la connaissance à M. Barabé , notre laborieux conservateur des Archives départementales, ce manuscrit, disons-nous , est un volume Im-folio , portant le sceau du Cotlége des Médecins de Rouen , le seul qui nous soit parvenu , et que nous avons cru devoir faire reproduire 1e1.
L'étude des anciennes chroniques offre , à celui qui les explore, un charme facile à expliquer par la nouveauté des révélations , par le contraste des idées , des goûts, des habitudes, des mœurs de l’époque qu’on étudie , comparée à celle dans la-
quelle on vit. Aussi, malgré la spécialité de ce hvre, existe-t-il une foule de faits, de renseionements, d'événements qui se rattachent nonseulement à l’histoire de la localité , Mais encore à l’histoire générale de la province et du pays. L’enregistrement fréquent , presqu'hebdomadaire , des faits, des noms et des dates, peut offrir aux Savants des points de repères qu'ils trouveraient difficilement à d’autres sources. Au point de vue de la science, de la philosophie , de l’histoire , de la législation, de l’économie politique, des mœurs contemporaines , la lecture de ces chroniques peu explorées est digne d'intérêt, et nous nous serions reproché d’avoir profité seul des documents qu’elle peut renfermer.
Nous avons cru devoir tracer, d’une manière senérale, la physionomie de l’institution du Collège des Médecins de Rouen , désirant laisser intacte la série non interrompue d'actes ou de travaux dont le principal mérite est dans la continuité, et qui, d’ailleurs, pour les recherches qu’elle pourrait provoquer , exige la conservation des dates.
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Pour servir à L Histoire des Institutions médicales en Normandie.
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Fondée pour remédier aux abus qui s'étaient glissés dans la réception des médecins, l'institution du Collége des médecins de Rouen remonte à une époque assez reculée, qui , sans être déterminée d’une manière absolue, peut être approximativement indiquée.
Le 23 août 1605, le Parlement de Rouen enregistrait les Statuts du Collége des médecins. Des difficultés s’élevant quelquefois entr’eux relativement à la préséance , le Parlement ne vit d’autre moyen d'y mettre un terme que d’ordonner (le 19 février 1605), « qu'il serait fait et dressé ung livre et registre, lequel serait intitulé : Registre et Matricule du Collège des Médecins de Rouen; » qu'au commencement de ce registre, serait inséré
en premier lieu le serment d’Hippocrate, et secondement les Statuts des médecins, lesquels seraient arrêtés par les six plus anciens; les médecins de Rouen seraient tenus à garder ces Statuts ; tous seraient inscrits aux registre et matricule dans l’ordre de leur réception , avec leurs qualités et degrés de bachelier, licencié, ou docteur en la faculté de médecine. — M. de Montagu , conseiller, et un autre membre du Parlement furent chargés d’assister à la rédaction de ces Statuts et à la formation de ce registre ou matricule *.
Les médecins assemblés donnèrent pouvoir, le 3 août 1605 , à quelques-uns d’entr’eux, pour requérir le Parlement de les dispenser d’insérer au livre ou registre le serment d'Hippocrate. Ils exposaient leurs raisons dans une requête visée dans l'arrêt , mais qui ne nous est pas parvenue. Enfin , le 23 août, même année , les Statuts que venaient d’arrêter les 4nciens du Collége , furent présentés au Parlement, qui les approuva et les fit transcrire *. Le Parlement fit aussi insérer, dans ses registres , la liste des médecins exerçant alors à Rouen. Ils étaient au nombre de 16; c’étaient : Lepigny, Boëtius, Bras de Fer, Dewandes, Duval, Lormier, Groult, Jagauld, Basire, Yvelin, Bance, Viel, Bernard, Faulcon , de Lampérière, Jouyse.
! Registre 430, rapports, 19 février 1605.
? Rapports n° 434.
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À leur tête figure Marin ZLepigny, chanoine de la cathédrale de Rouen et prédicateur du roi, reçu médecin en 1583 ; homme considérable, en faveur duquel une médaille fut frappée ( elle existe à la Bibliothèque royale , cabinet des Médailles , et à la Bibliothèque de Rouen.) On remarque encore sur cette liste Jean de Lampéritre, qui, dans la suite , devint l’un des médecins de la reine Marie de Médicis , et Jagauld, qui, sur la matricule, prend la qualification de médecin ordinaire du prince de Condé.
Tels sont les documents certains que nous devons à l’inépuisable bienveillance de M. Floquet, et qui démontrent l'existence du Collége en 1605. Mais il en est d’autres qui, pour n’avoir pas de dates précises, ont toute l'authenticité désirable ; les lettres patentes de Louis XIII, qui confirmèrent, en 1640, les droits et priviléges du Collége , et qui furent enregistrées au Parlement de Normandie le 9 août 16571, disent textuellement :
« Les’ présentes confirment les droits et priviléges accordés au Collége des médecins de Rouen, par les rois nos prédécesseurs.» Il'est donc évident que, bien avant 1605, le Collégeexistait. Ces mots, nos prédécesseurs, indiquent au moins les deux derniers rèones , ceux de Henri IIT et de Henri IV; or, l'avénement de Henri II date de 1574; on
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peut donc affirmer , sans crainte d'erreur , que la fondation du Collége remontait, au moins, au dernier quart du xvi‘ siècle.
Le manuscrit latin dont nous allons parler n’est que la suite des procès-verbaux de chaque séance. Malheureusement , la première partie de ces précieuses archives nous manque absolument ; ainsi qu’il est constaté dans ce manuscrit , trois registres ont existé , qui contenaient toute l’histoire du Collége depuis sa fondation.
Toutefois, des termes employés dans la rédaction de la première séance, il semble qu'il dut y avoir une interruption dans l’histoire du Collége.
Ce manuscrit, appartenant aux Archives départementales, commence en décembre 1669, et se compose de 312 pages in-folio, se terminant à la date de 1791. La révolution de 1789, en abolissant tous les priviléges et détruisant toutes les corporations , a mis fin à l'existence du Collége des médecins de Rouen , qui, pendant plus de deux siècles, avait brillé d’un vif éclat. Toujours est-il qu’à l'exception de seize années consécutives, pendant lesquelles les événements ou la négligence des rédacteurs ont arrêté la tenue du registre, nous possédons la série des actes des médecins de Rouen, pendant une période de cent vingt-trois ans.
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Tout docteur en médecine, recu dans une faculté en France, ne pouvait exercer à Rouen ni dans l’étendue de la juridiction du Collége , sans demander l’agrégation au Collése de médecins. Les limites de cette juridiction étaient : La ville, les faubourgs, la banlieue etle bailliage de Rouen; mais, en 1792, l'autorité du médecin du roi s’étendait à la province tout entière.
Voici les formalités auxquelles était assujetti le postulant : il adressait une demande à laquelle étaient jointes les pièces suivantes, aux termes des statuts : une autorisation royale, un certificat constatant le nombre d’années d’études dans la faculté où le candidatavait pris ses grades, (et cette faculté ne pouvait être autre que celle de Paris, de Caen ou de Montpellier }, un certificat de philosophie, les diplômes de bachelier es-lettres, de licencié, de docteur , un certificat de religion (pour justifier que le candidat n’appartenait pas au culte de la religion réformée), un certificat d'exercice de la médecine pendant deux années au moins, ailleurs qu’à Rouen; et, si lune de ces pièces indispensables venait à manquer, il était défendu au candidat, bien qu’il fût légalement pourvu du titre de docteur, d'exercer, même provisoirement, la médecine à Rouen, ni dans l'étendue de la juridiction du Collége , sous peine de poursuites exercées en son
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nom, et de 1000 liv. d'amende, poursuites auxquelles les tribunaux donnaient leur sanction souvent avec rigueur. Pour l'obtention des grades dans les Universités, il devait y avoir, entre chaque grade, des intervalles requis et nécessaires. Quelques candidats obtenaient souvent par faveur le droit de les rapprocher; dans ce cas, le Collége refusait positivement son suffrage à ces degrés obtenus per saltum, comme il le disait, et adressait aux Universités coupables de les avoir accordés, des remontrances à ce sujet.
Cette première difficulté, qui consistait dans la production de titres nombreux parfaitement réguliers et indiquant des connaissances étendues, se compliquait encore dela difficulté même des réceptions.
Une Commission était nommée pour faire connaître au Collége les titres du candidat. S'il était reconnu qu'il y eüt le moindre doute, soit sur sa valeur scientifique , soit sur l'authenticité de ses actes probatoires, il était impitoyablement refusé, et, maintes fois, ces refus entrainèrent, pour le Collége, des procès dont l’'amour-propre blessé des candidats ne devait pas rendre la terminaison facile. Toutefois, ces actes de sévérité n'étaient pas, comme on pourrait le supposer, le résultat d’une basse jalousie. Nous avons dit que
le but de l'institution reposait sur la nécessité de
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remédier aux abus des réceptions, et les lettrespatentes étaient expresses à cet égard : Les candidats devaient faire preuve de suffisance , capacité et expérience.
Si, au contraire, la Commission concluait à l'admission , le Collége se réunissait pour faire choix d’une question désignée sous le nom de Point de Thèse, que le candidat devait traiter par écrit, et soumettre au Collége après trois mois, aux termes des statuts, et qui,souvent, devenait beaucoup plus long, suivant l'importance que présentait le sujet ou le degré d’empressement des candidats. Ces sujets étaient toujours de pratique, et généralement bien choisis pour développer le mérite du récipiendaire.
Lorsque le Collége avait donné son approbation à la thèse, elle était livrée à l'impression, et, d’après les statuts, le candidat devait en porter lui-même un exemplaire chez chacun des membres, 2n habitu decenti, c'est-à-dire en robe.
Le Collége se réunissait alors pour désigner les deux jours où le candidat devait se présenter pour soutenir sa thèse. Ces jours, dont le premier était destiné à l'exposition, et, le lendemain, à l'argumentation, à laquelle prenaient part tous les membres du Collége, ces jours, dis-je, étaient indiqués une semaine à l'avance, par des affiches placardées à tous les carrefours de la ville.
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