‹ Le Collége des médecins de Rouen, ou documents pour servir à l'histoire des institutions médicales en NormandieChapitre 39 sur 61 · NOVEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE

Le président donne lecture d’une lettre de M° Pistalozzi, premier syndic procureur du Collége médical de Lyon, à l’occasion du procès contre Degouey, qui demande une copie des Statuts de 1692, attendu que la cause du Collége de Rouen est celle de tous les Colléges de médecins du royaume.

Il donne ensuite lecture d’une autre lettre de Boisduval actuellement à Paris, qui se propose officieusement pour gérer assiduement la procédure contre Degouey. Sa proposition est acceptée à l’unanimité. ( DE ra Rocue. )

13 FÉvVRIER 1734.

On décrète la présentation d’une requête au chancelier de France. M. Marie, avocat du Col-

' On recevait les candidats plus promptement qu’autrefois, en raison des besoins du trésor.

mue. COR ve

lége au grand Conseil du Roi, est prié de la rédiger. Cette requête recue', approuvée, discutée, est renvoyée sur-le-champ.

13 Aour 1734.

Par une autre décision, M° Duchauffour de Boisduval , élu agrégé du Collége à l'unanimité, soutient sa thèse et traite la question, les 2 et 3 août. Le sujet indiqué était : l’Aydropisie du péricarde avec les polypes du cœur. (nr ra Rock.)

15 Noveugre 1734.

Deslongchamps est élu Conseiller-médecin du Roi.

92 Aout 1735.

Le Collége assemblé à 4 heures après midi, pour délibérer sur une ordonnance de M. le lieutenant-général de police , signifiée le 22 août sur les 9 heures du matin audit médecin du Roi, aux fins de se transporter et se trouver, heure présente, au Vieux-Palais, pour être présent à la composition des drogues qu’un nommé Ferrand, opérateur, arrivé en cette ville depuis quelques jours, doit faire tant en la présence de M. le lieutenant-général de police et de M.le procureur du

Roi audit siége, que du sieur Jamet et d’un des gardes apothicaires de cette ville, et du sieur Deslongchamps , médecin ordinaire du Roi.

Le Collége ayant mürement délibéré sur le rapport qui lui a été fait, tant de la teneur de ladite ordonnance, que de ce qui s’est passé dans une des salles du Vieux-Palais , toutes les voix alternativement prises, a été d’avis que, sans s’arrêter à la démarche faite ce matin, il représenterait à tel Juge qu’il appartiendra les justes motifs d'opposition et de protestation de nullité de tout ce qui a été fait et pourra être fait et signifié par la suite audit médecin du Roi. En conséquence ont signé tous les membres.

23 Aout 1735.

Séance extraordinaire sur la communication d’une deuxième sommation en forme de contrainte, de la part de M. le procureur du Roi, de police et ordonnance; en conséquence de ladite ordonnance de M. le lieutenant de police, en date du 22 août et signifiée le 23 août après midi, est d'avis unanime d’autoriser le sieur Deslongchamps d’interjeter appel de ladite ordonnance et contrainte, et pour ce, de consulter M. Perchel, avocat au Parlement, pour diriger la forme dudit appel devant tel juge qu’il appartiendra.

26 Aout 1735.

En conséquence d’un exploit ou sommation du 22 août 1735, d’une contrainte de 500 liv.en forme d'amende du 23 août par rapport au défaut ; le tout signifié au sieur Deslongchamps, et d’une saisie de meubles faite le 24 dudit chez ledit sieur, est comparu sieur Deslongchamps en hôtel de M. le lieutenant de police, lequel a dit qu'il a comparu pour obéir à justice, ainsi qu'il avait fait le 22 août , sans que cela puisse préjudicier à ses droits ni à ceux du Collége ; qu'au moyen de la présente comparution, a déclaré qu'il se désistait de l'appel et du haro par lui interjeté devant M. d'Esneval , pour lors président en charge, même nous priait de lui donner aussi acte des raisons et soutiens qu’il entend donner au Collége , savoir : que l’on ne peut être présent à la visite des drogues et à la composition de l’orviétan du sieur Ferrand, opérateur, attendu que le brevet dont le sieur Ferrand se prétend porteur, n'est point connu dudit sieur Deslongchamps , ni du Collége, et qu'un double imprimé d’icelui n’a point été envoyé par M. le premier médecin du Roi audit Collége, en vertu de l’arrèt du Conseil du mois de mars i7931, portant établissement d’une commission , que ledit sieur

Deslongchamps nous supplie aussi de faire atten-

6 lue À = =

tion que xdans la signification à lui faite le 22 août, il est sommé de se trouver, heure présente, au Vieux-Palais, à la composition de l’orviétan du sieur Ferrand , ce qui gêne et peut préjudicier Ja liberté dudit Collége et dudit sieur Deslongchamps pour visiter des malades pressés à voir ; que, dans de pareilles circonstances, s’il n’avait pas la liberté d'aller à ses malades, il serait exposé à des contraintes onéreuses ; qu’enfin la signification qui lui a été faite, ne lui laisse la liberté ou l'alternative d’y aller ou non; soutient, par ces raisons, qu’il doit être déchargé de ladite contrainte de 500 liv. et saisie de ses meubles, en conséquence, et nous prie de trouver bon qu'il n’assiste pas à la composition de l’orviétan du sieur Ferrand , tant que le double de son brevet ne sera point arrivé; qu'alors qu'après qu’il aura reçu le double du brevet, il indiquera le lieu où il jugera à propos d'examiner les drogues dudit orviétan, et donnera son rapport de la composition d’icelui, ce qu'il a signé du consentement du Collége , sur la plumitive du grefte de police, ce 26 août 1735. (DesconccHawps. )

28 AouT 1735.

Sur la remontrance faite audit Collége, que le docteur médecin du Roïi et ses confrères avaient

été convoqués par des billets de convocation ordinaire apportés par les sieurs Chandelier , apothicaire - conducteur , et Lecointe, aspirant à la pharmacie, et Le Clerc de la communauté des gardes apothicaires, aux fins de se trouver le dixième jour d'août sur les deux heures après midi au bureau des gardes apothicaires, pour y présider à l'examen du chef-d'œuvre dudit sieur Lecointe, aspirant, il serait arrivé que, par un qui pro quo desdits gardes et conducteur, lesdits gardes ne se seraient pas trouvés à l'heure marquée audit bureau ; sur quoi le médecin du Roi et ses confrères, surpris d’avoir été convoqués et de ne pouvoir présider à ladite assemblée, l'absence desdits gardes examinateurs y faisant obstacle, envoyèrent, sur les quatre heures apres midi , le sieur Lecointe, aspirant, chez lesdits gardes , aux fins qu’ils eussent à se rendre à ladite assemblée pour procéder à l’acte dudit aspirant, et qu'ayant refusé, le Collége délibéra que lesdits gardes et conducteur seraient Zenus d'en faire satisfaction audit médecin du Roi et audit Collége, faute de quoi ledit sieur Deslongchamps, tant en son nom qu’en celui de ses confrères, ferait opposition à l'examen du chef-d'œuvre futur du sieur Lecointe et protesterait de nullité contre les actes futurs dudit aspirant , jusqu’à ce que justice en eût ordonné. A quoi lesdits gardes

et conducteur ont depuis satisfait ; lesdits gardes ayant dit pour raisons que ladite convocation avait été faite par le sieur Lechandelier, sans leur ordre et contre la coutume ordinaire ; pourquoi ledit sieur Chandelier et ledit sieur Lecointe, aspirant, sont venus chez le sieur Deslongchamps, Jaire leurs excuses, et ont été ensuite chez tous ses confrères en faire autant , après quoi les apothicaires sont convenus avec ledit médecin du Roi et le Collége, que, pour éviter dorénavant les qui pro quo qui pourraient encore arriver , les billets de convocation seraient signés d’un des gardes apothicaires; à quoi on s’est arrêté. ( Drs- LONGGHAMPS. )

4 OcroBre 1735.

Me de Laroche est chargé de remettre la somme de 4o liv. aux mains de Deslongchamps, laquelle jointe à 20 liv., formerait 60 liv. pour payer une partie de rente de 60 liv. due par le Collége à l'Hôtel-Dieu. ( Desconccnamps.)

4 Ocro8re 1735, Boisdu val est élu médecin du roi.

6 Juin 1736.

On agira, conformément à l'avis de M. Perchel, dans les affaires présentes qui regardent

les droits de la charge de médecin du roi, lors de l'installation des trois chirurgiens recus par arrêt du Conseil , savoir : Toussaint , Beaumont et Dourignac. ( Borspuvar. )

15 Ocrogre 1736.

Election de Néel, médecin du roi.

1°" OCToBRE 1737.

Election d’Estard , médecin du roi. ( NéeL)

Liste des Médecins du Coilége à cette époque.

1° François Duvivier , doyen.

2° Jean Nez fils.

3° Michel Esranrp.

4° Jean-Baptiste De HÉNAULT.

5° Jean ROQUETTE.

6° Adrien LARCHEVESQUE.

7° Jacques LANGE.

8° Guillaume THIPHAIGNE DE LA Rocne.

Nicolas-Gervais DEsSLONGCcHAMPS.

10° Pierre DUCHAUFFOUR DE BOISDUVAL.

( Intervalle de deux ans , pendant lesquels on ne trouve pas de traces de procès-verbaux La

cause en est ignorée. )

2% Janvier 1739.

Le doyen, le médecin du roi et M° de Ta Roche ont été consulter M. Perchel, célèbre avocat! au Parlement de Normandie, sur les moyens de réprimer l’audace incroyable et impunie d’un chirurgien de Rouen, qui, ces jours derniers, dans des affiches placardées dans les carrefours de la ville, prend le titre de docteur et professeur, Sans que les titres lui en aient été conférés par le Collége?,

4 Février 1739.

Convocation pour délibérer sur le procédé du sieur Lecat, Me chirurgien à Rouen, qui continue de faire les leçons et démonstrations de chirurgie, avec les ornements et les titres de docteur et professeur ; le Collége arrête qu’on le poursuivra Judiciairement, que le médecin du Roi écrira aux Facultés de médecine de Paris et de Caen , au nom du Collége, pour leur exposer les procédés dudit sieur Lecat, et leur faire savoir et tenir une copie de la réponse du Conseil , dont ledit sieur Lecat se prétend autorisé, ensemble des affiches qu'il a fait mettre dans les carrefours

1 Il est nommé tantôt Percelle, tantôt Perchel.

2 Ce chirurgien était Lecat.

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de cette ville. ( Néez, Roquerre, Borspuvac, Lance, DE La ROCHE.)

23 Mars 1739.

Réunion pour délibérer sur le procédé du sieur Lecat, Me chirurgien , qui prend, dans des affiches , les titres de docteur et de professeur ; a délibéré que le sieur De Hénaut, médecin du Roi, poursuivrait ledit sieur Lecat pardevant MM. les juges du Bailliage de Rouen, pour lui faire défenses de prendre lesdites qualités, et d’exercer aucunes fonctions des médecins.

22 Avril 1739.

Au sujet du procès intenté au sieur Lecat, lequel aurait donné communication du projet qu’il avait pour ses défenses dans ladite instance, on ne croit devoir faire attention à ce projet d’écrit, lequel contenait des puérilités, où du moins des raisons faibles et imaginaires, et on remet à M° Lange ledit projet, ainsi qu'il l’a communiqué.

On délibère sur le contenu de deux lettres écrites de Pavilly à M. le lieutenant-général de police de Rouen, concernant les maladies de ce bourg et des environs, et il est résolu que le : médecin du Roi mettrait entre les mains de M. le

me ANR —

lieutenant de” police un état de ce qu’on doit penser de ces maladies, joint aux moyens de les traiter, ce qui est fait en la manière suivante :

« Le Collége des médecins, assemblé le 29 avril 1739 , ayant conféré sur le contenu de deux lettres en date des 17 et 20 du présent mois, envoyées du bourg de Pavilly, et qui ont été remises audit Collége de la part de M. le lieutenantgénéral de police au Bailliage de Rouen , à l'instant de ladite assemblée, aux fins de remédier aux maladies épidémiques dont plusieurs personnes sont décédées dans ledit bourg, et en d’aucunes paroisses circonvoisines; après avoir mürement réfléchi sur toutes les circonstances spécifiées dans ces deux lettres, et après en avoir fait la combinaison avec les accidents des maladies qui règnent en cette ville et dans ses environs , on est convenu :

« Que le grand nombre de maladies régnantes ne peut être attribué qu’à l’intempérie singulière qu’on remarque depuis long-temps dans les saisons, et surtout depuis quatre mois. Les mois de janvier et février derniers plus "rorfondants et pluvieux que rigoureux par de fortes gelées, ont été suivis au commencement de mars d’une douceur, et même d’une chaleur prématurée approchant de celles qni accompagnaient la plupart des printemps; depuis la mi-mars, des vents

de Nord et Nord-Ouest très forts ont dominé : le pays a été souvent couvert de brouillards de mauvaise odeur, sur la fin de mars et au commencement d'avril, la terre a été couverte de neiges, il est tombé aussi beaucoup de grêle; il ya eu dans les intervalles des pluies abandantes, très froides, presque continuelles.

« Cette variation si grande et peu ordinaire de la température de l’air n’a pu arriver sans occasionner un dérangement manifeste dans la plupart des tempéraments des personnes faibles qui s'y sont le plus exposées.

« Les parties constitutives du sang plus condensées par le froid humide du commencement de l’année, ont conçu une prompte raréfaction par la douceur et cette chaleur avancée du mois de mars. Les pores de la peau et les poumons plus ouverts ont donné plus de facilité à l’insinuation des parties nitreuses et corrosives , de différentes natures, dont air a été chargé par les brouillards épais et froids, et dans les temps de neige et de grêle, ainsi que par les vents du Nord et de Nord-Ouest dont on a fait mention ‘. Les parties étrangères et mordicantes transmises par ces moyens dans le sang, en ont changé la consistance , désuni les parties, et altéré différemment

‘ L'autorité était vraiment bien heureuse de comprendre ces explications.

sa fluidité" suivant la constitution particulière des sujets par rapport à la différence d'âge, de sexe, de leurs occupations et de leur régime de vivre, lequel, dans les campagnes principalement, a dû être peu convenable, à raison de la mauvaise qualité de beaucoup de blés, et de la rareté des cidres nouveaux qui a mis la province dans la nécessité de recourir aux anciens cidres, dont peu se trouvent de bonne qualité, parce que les fruits n’ont acquis qu’une maturité imparfaite par la quantité de pluies du commencement de l'automne de 17937. On ne doit donc pas étre surpris du nombre de maladies répandues en différents endroits de la province, m de leurs différentes espèces. Pour nous borner aux maladies de notre contrée, nos citoyens ont souffert beaucoup de rhumes, différents catarrhes , des maux de bouche; les gencives, le palais, la langue et même la gorge de plusieurs personnes se sont trouvés remplis d’aphtes avec des accidents scorbutiques ; il y a eu beaucoup de feux sauvages (zona probablement), et d’érysipèles ; diverses personnes ont été attaquées de petites véroles, de rougeoles, de fièvres d’écarlate (scarlatines), de fièvres catarrheuses assez longues , beaucoup ont été accompagnées de symptômes

* Déjà on attribuait à la viciation des éléments du sang les fièvres graves,

de malignité; les unes ont été suivies de différents abces; d’aucuns, de tumeurs carbonculeuses : on a remarqué en la plus grande partie des éruptions miliaires; le plus grand nombre des malades attaqué de fluxions de poitrine et de péripneumonies dont on a dü reconnaître différentes espèces : quelques-unes ne sont que des fièvres malignes masquées, puisqu'en peu de Jours leur siége primitif change, et, paraissant abandonner la poitrine, va se fixer au cerveau, et y cause des dépôts inflammatoires. En d’autres malades, /e levain se porte à la circonférence de leur corps sous l’apparence d’éruptions miliaires salutaires ou mortelles, suivant qu’elle estcopieuse et critique, où qu'elle se fait imparfaitement, ou qu'elle est la suite d’une corruption excessive, ou d'une disposition gangreneuse des parties internes.

« On a remarqué touchant les fluxions de poitrine, que ‘celles qui se sont terminées heureusement, ont été accompagnées de sueurs ou de cours de ventre bilieux modérés, tels qu’il en survient assez communément aux pneumonies bilieuses; celles qui ont paru les plus mauvaises ont été sèches, leur douleur était sourde, et descendait vers l’hypocondre droit , ce qui doit faire conclure que le foie était, dès le commencement de ces maladies, la partie la plus'souffrante.

« Il est important, d’ailleurs, de s’attacher aux caractères du pouls et du sang, à la facilité ou à la difficulté ainsi qu’à la couleur et consistance des crachats, aux forces et au genre de vie ordinaire des malades, soit pour fonder son pronostic, soit pour se déterminer avec plus de sécurité sur le choix des secours qu’on a coutume d'employer dans ces maladies dont peu de personnes avancées en âge ont échappé.

« Les plus fâcheuses fluxions de poitrine ont commencé par des frissons, chez plusieurs même par des froids longs, par un abattement général avec un pouls petit, fréquent, concentré; la langue y est blanche avec peu ou point de sécheresse, quelquefois on n’y remarque aucun changement dans son état naturel ; quelques malades se plaignent d’une grande douleur de téte, qui est suivie de douleurs de coté souvent gauches et passageres, ou qui, s'étendant vers le sein droit, s’y font ressentir avec plus de durée. Le deuxième jour, le pouls de quelques malades s'élève, devient plus large et moins fréquent ; on a observé en d’aucuns malades qu’il était plus mal, et qu'il était languissant. Quelquefois, on se flatte à ce moment de guérison jusqu’au soir suivant, que le pouls reprenant son irrégularité, sa concentration, et la tête s'embarrassant, on s'aperçoit qu’on a compté sur un calme trompeur ; Le délire paraît,

TE

et quoique , dans le quatrième Jour, les autres accidents semblent avoir de la diminution, le délire persévère jusqu’à la mort, qui survient le cinquième où le sixième, sans qu'aucune éruption ait précédé, ou dans les premières apparences d’une éruption superficielle de différentes natures, tantôt sous la forme d’une simple ébullition ou efflorescence, tantôt en pustules de différentes autres espèces. On a remarqué à quelquesuns le ventre large el gonflé sans évacuation, d’autres ont eu des flux séreux bruns sans avoir beaucoup d’élévation ni de tension considérable de bas-ventre.

« Le caractère du sang qu’on a tiré n’a pas été semblable ni uniforme dans ces différentes espèces de maladies, ni même dans toutes les fluxions de poitrine et les pneumonies; les uns avaient le sang dense, couvert d’une. couenne ferme, coriace et jaunâtre ; en d’aucuns malades, le corps du sang, quoique couenneux en sa surface , nage sous la figure d’un champignon dans beaucoup de sérosité olivâtre plus ou moins bilieuse; on a remarqué chez quelques-uns même, dès le commencement de leur maladie, le sang sans consistance ; ce n’était qu’une espèce de mucilage de couleur grise-verdâtre.

« Pour ce qui concerne les lettres des 17 et 20 avril, il résulte de leur examen, que trois espèces

de péripneumonies et de fluxions de poitrine règnent aux environs de Pavilly.

« La lettre en date dn 17 avril, nous dénote :

« 19 Des péripneumonies conformes en leurs accidents à celles qui arrivent le plus fréquemment en hiver, dans lesquelles des humeurs wcieuses et dégénérées et des sucs indigestes se portent des premières voies dans le confluent du sang qu'ils épaisissent ;

«2° Des péripneumonies malignes occasionnées par une sérosité plus ou moins âcre, mordicante et vitriolique.

« La plupart des malades sont pris, suivant cette lettre, par des frissons avec douleur de tête et d’épaules. Celles-ci occupent surtout le côté droit, la toux est violente avec une grande Oppression; 1l ÿY a apparence que, dans la deuxième espèce les crachats sont plus sanguinolents, que les malades de cette classe sont moins exposés à l'éruption miliaire, et que dans la première espèce, les crachats sont Jaunâtres et visqueux. |

« Cette lettre ajoute que les saignées, les sudorifiques, les topiques, les tisanes pectorales ont été employés sans fruit, et qu'il est mort plus de la moitié de ceux qui ont été frappés de ce mal, dans le terme de cinq ou de sept jours. Cependant, de ceux, remarque-t-on, qui ont été saignés

d’abord, il en guérit beaucoup plus que de ceux qui ne veulent point souffrir de saignées.

« Les accidents spécifiés dans la lettre du 20 avril, désignent dans les péripneumonies un caractère plus inflammatoire qui parait participer de l’érysipèle du poumon et du virus scorbutique. Cette maladie attaque les tempéraments forts et jeunes, elle se manifeste par une grande et vive douleur de côté, avec une oppression considérable, jointe aux crachements de sang. Cependant, le pouls est mol et languissant, la coogulation du sang est dans un plus haut degré dans cette espèce; l'ouverture des cadavres l’a justifié; on a trouvé, sur la surface du poumon, du sang extravasé et coagulé avec des ulcères ou des taches noirâtres dont on a fait couler une sérosité roussâtre; l'effet de lacrimonie de cette sérosité atteinte de levain scorbutique, devient plus sensible par des taches noires qui ontparusur la langue de quelques malades, la veille de leur mort. Hippocrate et d’autres médecins renommés ont observé des taches semblables lorsque des parties principales internes souffraient quelque suppuration , mais on ne peut conclure de ces accidents aucune preuve de contagion.

« Les indications qu’un pareil concours d’accidents présentent pour en obtenir la guérison, sont de soutenir les forces, lesquelles sont abat-

tues, de lever les obstacles qui se rencontrent toujours dans ces maladies à la circulation du sang; ces obstacles tirent leurs principes , tantôt de sucs äcres et VISqUEUX qui passent avec le sang, lesquels proviennent des premières VOLES , bn: les fonctions sont affaiblies; souvent ces obstacles ont leur source dans l’épaississement du sang; il s’agit enfin de corriger, même de PA la masse du sang d’une sérosité dcre et mordicante, mal liée avec le corps du sang, laquelle imprime un resserrement spasmodique dans le principe du genre nerveux, et \ trouble le cours des esprits à leur source, ce qui donne lieu au dérangement des principales fonctions de l’économie animale.

« Dans ces vues, lorsqu'un pouls plein et dur accompagne dans les maladies en question une fièvre vive, lorsque les crachats ne viennent qu'avec difficulté , ou sanglants, ou si l’oppression et la douleur de côté sont considérables, on ne peut se dispenser de faire la saignée du bras le plutôt qu’il est possible ; il est même nécessaire de la réitérer plusieurs fois.

« Lors, au contraire, qu'un froid vif et durable, Joint avec abattement général, sont le prélude de ces maladies , il est de la prudence de recourir d’abord à des cordiaux temperés, pour ranimer les forces vitales ; c’est dans ces cas qu’on peut

mêler un demi gros dethériaque dans quatre onces des eaux de scabieuse et de scorsonère, avec une once de sirop de capillaire et d'œillet pour en former un julep à donner par cuillerées. Aussitôt que par ces secours, les forces reviennent, le pouls se développe et s’élève Néanmoins, la respiration n’est pas moins contrainte, souvent elle ne se fait qu'avec douleur; dans cette occurrence, ce serait exposer les malades que de différer la saignée, qu’on doit réitérer suivant l'état des forces , et proportionnellement à l'oppression ou au crachement de sang, à la plénitude et à la dureté du pouls

« Lorsque le pouls conserve sa concentration, qu’il continue d'être petit et languissant, si, d’ailleurs, le malade se plaint de nausées, d'embarras à lorifice de l'estomac, si on remarque de la blancheur avec humidité à la langue, l'espérance de conserver la vie dépend du soin qu’on prendra de dégager les premières voies, ce qu'il convient de faire avec trois ou quatre grains de tartre stibié, délayé dans la décoction d’une once de pulpe de casse qu’on fait prendre en deux prises, à trois ou quatre heures l’une de l’autre, observant de faciliter l'effet de ces remèdes par des apozèmes humectants et béchiques comme la décoction du buglose et de feuilles de bourrache avec celles de chicorée commune ou sauvage, dont on doit

Le L 2 1

se servir dans le cours du mal, y joignant la racine de scorsonère lors qu'il y a de la malgré,

«On ne bläme pas l’usage des sirops pectoraux suffisamment délayés dans les tisanes; souvent

des évacuations modérées de ventre, subséquentes

de l'usage de ces remèdes, procu:eront un soulagement sensible, auquel cas il est souvent à propos d’entretenir ces évacuations par la continuation de ces apozèmes qu’on peut aiguiser de temps en temps d’un grain de kermès minéral, qui sera donné le matin, et qu'on réitérera le soir.

‘ Si, au contraire, le pouls reprend sa dureté, si l'oppression ne diminue pas, et que de plus le sang paraisse davantage dans des crachats, il est alors nécessaire de réitérer la saignée du bras, observant de soutenir les forces par les cordiaux tempérés, tel que celui indiqué cidessus, en augmentant la dose de la thériaque ou de la confection d’hyacinthe.

« Dans les occasions où la poitrine paraissant se dégager, la tête s’embarrasse avec rougeur et fixité des yeux, ou lorsque le délire se manifeste avec dureté du pouls, il faut prendre promptement Île parti de la saignée du pied, et il est nécessaire de profiter du calme prochain, en dégageant le ventre par une prise ou deux de décoc-

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