‹ Le Colleg̀e du HavreChapitre 11 sur 54 · DB 1791 A · texte numérisé non relu

DB 1791 A

Et puis quel est le travail que ce moribond, venant de faire son testament, envoyait ainsi par Tentremise de Talleyrand k TAssemblée Nationale ? C'était précisément un écrit contre les testaments (1). Mirabeau y désapprouvait, dans un langage exalté, « que rhomme, sortant pour ainsi dire des bornes de la nature, voulût laisser une volonté lorsqu'il n'en avait plus, exister lorsqu'il n'était plus qu un vain nom, et transmettre au néant les droits de l'existence. » Mais Trupel se garde bien de nous signaler cette inconséquence. Il se h&te de faire un récit émouvant des derniers moments de Mirabeau.

Trupel interrompt sa péroraison pour lire publiquement un écrit auquel, deux fois dans le cours de son discours, il avait déjà fait allusion ; c'est l'adresse de Mirabeau au roi pour le renvoi des troupes campées à Versailles, adresse remise le 10 Juillet 1789. « En l'écoutant, dit Trupel, vous assisterez presque à 9on dernier soupir. » Les dernières pensées politiques de Mirabeau furent imprimées le jour de son convoi ; on ne pouvait mieux imiter, selon Trupel, « ceux qui, en accompagnant Ârchimède à son tombeau, placèrent sur son cercueil les figures en relief des derniers problèmes que ce grand homme venait de résoudre. »

L'orateur termine en souhaitant à Mirabeau, qui a « tant de droits à l'immortalité du temps », une immortalité heureuse dans l'éternité (2).

Mais, malgré ses succès oratoires, Trupel fut moins prédicateur que professeur, et nous reconnaissons volontiers qu'il dut

(1) a. Moniteur du 5 avrO 1791.

(2) Les Principaux de notre Collège furent plusieurs fois les orateurs des glandes oircon^tances. On se souvient qu(3 Tabbé Taveau avait inrononoé Toraîsou funèbre du duc de Saint-Aignan, gouverneur du Havre. Avant lui, Tabbé Nollent, nous avons omis de le mentionner, avait fait dans la chaire de Notre- Dame du Havfe, a l'issue d'un service solennel célébré le 28 Janvier 1735, l'éloge de ia ducbesse de Saint-Aignan, qui était morte à Rome le 15 octobre précédent. Les détails de cette cérémonie ont été consignés dans le Mercure de France. (Nfars 1735, p. 601 et suiv.). Nous y relevons cetta phrase à l'adresse de Tabbé NoUent : « Après l'Evangile, M. l'abbé Nollent, Principal du Collège, prononça Toraison funèbre avec beaucoup d'éloquence ; il avait pris pour texte ces paroles du VHP chap. du Livre de Judith, dont l'application ne pouvait être plus juste : Erat hase in omnibus famosissima, qnoniam timebai Dominum valde ; nec eral qui loquereiur de ea Verbum malum. » Cette femme était très estimée de tous, parce qu'elle avait une grande crainte du Seigneur ; et !1 n'y avait perscmne qui prononç&t contre elle la moindre parole désobl^ géante. (Chap. VIUI, vers. 8.)

être un pédagogue remarquable. Son tempérament bouillant, seâ connaissances aussi étendues que variées, son activité prodigieuse, les écarts mêmes de son imagination, le charme et la clarté de son enseignement, son habileté à « semer de fleurs », comme Ta dit un de ses élèves, « un chemin ordinairement hérissé d*épines », il n*en fallait pas tant pour séduire et entraîner la jeunesse. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que Trupel emportât du premier coup les sympathies et Taffection de ses écoliers.

On a dit que ce prêtre avait prêté le serment à la Constitution civile du clergé par attachement à ses élèves. La seule pensée de les quitter Taurait, paraît-il, porté à se séparer de ses confrères dans le sacerdoce. Juger ainsi Trupel, c'est, à notre sens, lui faire peu d'honneur ; et nous ne partageons pas ce sentiment. C'était un caractère original avec des singularités difficiles à expliquer, nous l'admettons volontiers ; mais c'était un cœur loyal, et il était prêtre avant d'être éducateur. D'ailleurs^ les événements dispersèrent bientôt ses élèves. Après la chute de Robespierre, il tint une petite école, mais tout simplement pour gagner sa vie. Et la preuve, c'est qu'il ne l'ouvrit qu'après avoir essayé d'entrer comme commis à la Bibliothèque qu'on installait en ville avec les ouvrages enlevés aux abbayes de Fécamp, de Monlivilliers, etc. C'est tout simplement à défaut d'autre carrière que, pendant toute la Révolution, Trupel se livra à l'enseignement.

Vers l'époque de la suppression des Collèges, la Convention complétait la législation révolutionnaire contre les prêtres. Les articles XII et XIII de la loi des 29 et 30 vendémiaire an II (20 et 21 Octobre 1793) portaient 1* que les ecclésiastiques (même ceux qui avaient prêté les serments prescrits par les lois précédentes), « qui seraient dénoncés pour cause d'incivisme, seraient embarqués sans délai et transférés à la côte de l'ouest de l'Afrique depuis le 23* degré jusqu'au 28* », et 2* que « la dénonciation pour cause d'incivisme serait fait« seulement par six citoyens du canton, et jugée par le directoire de l'administration du département sur ravis de celle du district. »

Partout, on déclarait inciviques et fanatiques tous les prêtres qui n'avaient pas « renoncé, abdiqué et reconnu comme fausseté, illusion et imposture, tout prétendu caractère et fonctions de prêtrise, et déposé sur le bureau de leur municipalité leurs brevets, titres et lettres. »

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