‹ Le Colleg̀e du HavreChapitre 10 sur 54 · OB 1791 A · texte numérisé non relu

OB 1791 A

Invité, le 5 Avril au soir/ par le maire et les officiers municipaux, Trupel n'eut que deux jours pour composer ce travail qu'il divisa en deux parties : !• Mirabeau était né pour l'établissement de la Constitution française ; 2^ l'établissement de la Constitution lui devra beaucoup.

Bien des résistances se dressèrent contre la Révolution ; Trupel a le dessein, non pas de les flétrir, mais d'en faire une peinture forte et exacte. Il énumère, en les exagérant, les défauts de l'ancien régime, il insiste sur les principaux événements des dernières années, et exalte, au passage, Necker, Bailly et La Fayette. Le mal était à son comble, quand, enfin, apparut Honoré Mirabeau. Trupel glisse assez facilement sur les écarts de jeunesse de son héros. « Si, dit-il les passions chez Mirabeau, comme ces ouragans subits, terribles et courts, ont pu Tégarer dans quelque époque de sa vie, dans la plus importante de toutes, celle de la Révolution, il a eu le bonheur d'être comme enchaîné au bien par ses passions mêmes. » Tout donc, dans sa vie, ses qualités comme ses défauts, le destinait à jouer le plus grand rôle dans la Révolution française ; mais il ne fallait pas moins que ce génie pour arracher le sceptre aux tyrans et le briser d'une main hardie. Sans doute, comm.e individu, il a eu des ennemis ; mais, comme orateur, il a emporté l'admiration, le respect et l'amour. Que des nuages viennent assombrir la sérénité de celte révolution « qui nous a donné une patrie », c'est alors qu'on reconnaîtra l'heureuse influence de ce patriote énergique, souvent sublime. « On ne désire jamais plus le vif éclat de l'astre du jour que lorsque la froide saison a fait sentir ses rigueurs. »

Mirabeau est donc venu au monde pour établir la Constitution française ; aussi, et c'est la seconde division du discours, cette Constitution lui devra beaucoup.

Pour montrer Tardeur de son héros à lutter contre les tyrans de la patrie, Trupel rapporte, mais il la cite mal, la réponse si connue de Mirabeau à Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies, qui le presse, pour obéir au roi, de quitter la salle des séances de l'Assemblée Nationale : « Oui, Monsieur, nous avons entendu les

i3 Juillet 1790) et laissé gagner, ajoutail-on, par l'or de Louis XVI, la populace en fureur exhuma ses restes du Panthéon et les dispersa. La plupart de ses panégyristes, et Trupel fut de ce nombre, allèrent même jusqu'à brûler publiquement le texte de leur discours ; et la foule ayant imité les panégyristes, on conçoit que les exemplaires imprimés soient devenus fort rares.

intentions qu*o» a suggérées am roi ; et vous, qui ne sauriez être son organe auprès des Etats-Oénéraux, vous, qui n'avez ici ni place, ni droit de parler, vous n'ôtes pas fait pour nous rappeler son discours. Cependant, pour éviter toute équivoque et tout délai, je déclare que si Ton vous a chargé de nous faire sortir d'ici, vous devez demander des ordres pour employer la force ; car nous ne quitterons nos places que par la puissance des bayonnettes (1). » Rappelant ensuite la nuit du 4 Août, pendant laquelle TÂssemblée décréta l'abolition des droits féodaux, et Tégalité de tous devant la loi, Trupel s'écrie : « 0 nuit ! nuit désastreuse dans Paris : nuit où le sommeil ne s'appesantit que sur la paupière de l'enfance I » Eh bien, en cette nuit, Mirabeau s'unit à plusieurs membres de l'Assemblée pour demander une Constitution. Il la prépara^ cette Constitution, en toutes circonstances et particulièrement dans ses discours. S'il éleva la voix successivement sur la franchise des terres et le soulagement des cultivateurs, sur le veto, l'organisation de l'armée, la Constitution civile du clergé, il eut toujours en vue la Constitution. Trupel, prêtre assermenté, ne manque pas Toccasion d'approuver les idées erronées de Mirabeau sur la Constitution civile du clergé. Il ajoute, mais sa pensée est assez vague, que si Mirabeau dédaigna tant de fois de répondre aux défis de ses ennemis, ce n'était que par le désir d'achever la Constitution, a Sa grande âme est comme une flère pyramide, qui, sans autre appui que sa propre base, devient inébranlable. »

Trupel ne s'arrête pas à juger le style de Mirabeau ; il se contente de répéter après un auteur du temps : « Certaines expressions, même un peu bizarres, que le goût pouvait réprouver, ajoutaient souvent à l'effet de ses saillies, parce qu'elles semblaient une insulte de plus aux préjugés qu'il combattait. »

Mirabeau tombe malade, et, au milieu de ses douleurs, il s'occupe de la Constitution. « C'est alors que, digne confident de ses plus chères pensées, nouvel Ambroise par l'amitié qu'il lui porte, comme le Saint Pontife à son frère, l'évêque d'Autun devient dépositaire d'un travail que Mirabeau avait terminé pour le remettre à l'Assemblée. » Comparer Talleyrand à saint Ambroise, vraiment il n'y a que des Trupel pour se gêner si peu !

(1) C'est au Moniteur lui-même (séance du 23 Juin 1789). que nous empruii» Ions le texte officiel des paroles prononcées par Mirabeau.

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