CHAPITRE II
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Dès les premières années de la Révolution, petites écoles, Collèges, Universités avaient également souffert de la crise politique. La plupart des établissements d'instruction publique avaient sombré dans la tourmente ; quelques-uns à peine traînaient misérablement une mourante vie. Néanmoins la suppression des Collèges, votée le 15 Septembre 1793 par la Convention, fui une mesure profondément regrettable ; car on donnait dans ces maisons une instruction solide, jointe à une éducation sérieuse, et le vide produit par leur disparition parut d'autant plus grand que la Révolution ne parvint pas à le combler. Si les Collèges avaient été maintenus, il est certain que leur relèvement se ftfcl progressivement accompli.
Au Havre, le décret de la Convention ne fut pas immédiatement mis en vigueur. Le Corps de ville, il faut lui en savoir gpé, recula le plus possible, et au prix d'énormes sacrifices, la fermeture de son Collège. Le Principal, qui était toujours Tabbé Tnipel, professait seul les humanités, Delisle enseignait les Mathématiques, et Le Tellier tenait une classe d'écriture. Le Col-
R'ge, qui autrefois avait oompté jusqu'à cent cinquante élèves, les perdit peu à peu, et, en 1794, il n'en restait plus que six ou sept.
Trupel, ce prêtre si bizarre et, par certains côtés, si intéressant, avait prêté tous les serments exigés des ecclésiastiques, et s'était garanti, il faut bien le dire aussi, par certaines excentricités de conduite et de langage. Arrêté cependant comme suspect le 1" Germinal an II (21 Mars 1794), le Collège disparut avec lui.
A partir de ce jour, il n'y a plus d'humanités. Mais comment reconnaître l'enseignement qui en tiendra lieu ? Les programmes nouveaux ressembleront si peu aux anciens 1 Chaque maître, communal ou libre, enseignera dans sa maison et proportionnera son enseignement aux connaissances déjà acquises par ses élèves; par conséquent, l'instruction purement primaire et les études un peu plus relevées seront assez souvent confondues. Pour mettre un peu d'ordre et de clarté dans tout ce chaos, nous croyons nécessaire d'encadrer, dans un exposé sommaire de l'histoire de rinstruction au Havre depuis le décret de fermeture des Collèges, toutes les questions qui sembleront se rapporter au second degré d'enseignement. Nous aurons ainsi le plaisir de retrouver, dans la liste des maîtres d'école, des noms bien connus, noms d'anciens professeurs du Collège qu'il eût été fâcheux de passer sous silence.
Après avoir renversé tout ce qui, sous l'ancien régime, louchait à l'instruction publique, les Assemblées qui se succédèrent de 1793 à 1804, c'est-à-dire la Convention, le Directoire et le Consulat, entreprirent d'élever un nouvel édifice sur ces ruines ; mais leurs efforts demeurèrent à peu près stériles. On fit d'abord une série d'expériences, puis vint un essai d'organisation (loi du 3 Brumaire an IV) qui fut assez important et qui donna quelques bons résultats. Au total, les éludes subirent un profond abaissement. C'est là un fait indéniable, d'ailleurs attesté par tous les documents. Gardons-nous bien, cependant, même de toute apparence d'exagération ; la vérité tient un juste milieu entre les deux extrêmes. Assurer, par exemple, que la Convention n'a rien édifié serait affirmer une erreur et commettre une injustice ; garantir qu'elle a restauré l'enseignement national et qu'elle l'a organisé sur des bases rationnelles, ce serait la louer de ce qu'elle n'a pas réa- Usé. Daunou disait : « Dans ces années de périls et de combats, les Français ne pouvaient guère étudier qu'un seul art, l'art de vaincre, et Ton doit convenir qu'ils y ont fait d'assez vastes et
LA GÛNVfiNTION 83
rapides progrès. » Ne reprochons donc pas à la Révolution d'avoir produit plus de généraux que de pédagogues»
Le premier acte législatif sérieux, qui soit émané d'une assemblée révolutionnaire sur la grande question de rinstruction publique et qui ait reçu un commencement d'exécution, fut le projet de loi présenté à la Convention le 22 Primaire an II par Bouquier et voté le 29 suivant (19 Décembre 1793) (1).
Ce décret consacrait le principe de la liberté, de Tobligation, et de la gratuité de l'enseignement. Aucune condition de capacité n^était exigée des citoyens et citoyennes qui se destinaient à rinstruction ; la carrière était ouverte à tous. Il n'y avait qu'à passer une déclaration et présenter un certificat de civisme et de bonnes mœurs à la Municipalité. Cette liberté avait l'avantage de stimuler les maîtres par l'émulation qui naît de la concurrence, et en même temps elle rendait implicitement aux prêtres le droit de tenir école. Les maîtres nouveaux devaient être désormais désignés sous le nom d'instituteurs. Tous étaient salariés par la République, et recevaient annuellement, pour chacun de leurs élèves, les instituteurs 20 livres et les institutrices 15 livres. Le paiement se faisait par trimestre d'après un relevé mensuel contrôlé par la Municipalité.
L'Etat se réservait le droit de surveillance ; l'exercice de ce dioit était confié aux administrateurs municipaux et aux pères de famille. Des peines étaient édictées contre les instituteurs et les institutrices qui enseigneraient des préceptes ou maximes contraires à la morale et aux lois républicaines, et aussi contre les parents qui ne se conformeraient pas aux dispositions du décret.
Mais pour propager les principes républicains, il fallait mettre, entre les mains des jeunes citoyens, des livres élémentaires non imprégnés de l'esprit de Tancien régime. Les livres, autrefois en usage, étaient peu faits^ il faut l'avouer, pour donner aux enfants « la haine des rois, des nobles et des prêtres. »
Le 4 Pluviôse an II, Grégoire, au nom du Comité d'Instruction publique, saisit l'Assemblée de cette question. Trois jours après, la Convention ordonna la confection de ces livres. « Il faut, disait Grégoire dans son rapport, que Yéducation nationale s'empare de la génération qui naît, qu'elle aille trouver l'enfant sur le sein de sa mère, dans les bras de son père... » Un des ouvrages deman-
(1) Dictionnaire de Pédagogie, de M. Buisson, 1" partie, p. 552. T. I
dés devait tracer des règles de conduite, môme pour les derniers mois qui précédaient la naissance de Tenfant (1). Impassible de prendre l'éducation de plus loin.
On mit au concours (2) la composition de ces livres, mais les résultats ne furent guère satisfaisants. Ici^ il nous faut mentionner un détail curieux pour nous Havrais. Un décret spécial avait conflé la rédaction des éléments de morale républicaine à un ancien étève de notre Collège, Bernardin de Saint-Pierre. « Il faut un génie particulier pour écrire des traités de morale à Tusage de Tenfance ; la simplicité des formes et la grâce naïve du style doivent s'y mêler à la justesse des idées. L'art de raisonner n'y doit jamais être séparé de celui d'intéresser l'imagination. Un tel ouvrage doit être conçu par un logicien profond et exécuté par un homme sensible. On voudrait y trouver en quelque sorte l'esprit analytique de Condillac et l'âme de Fénelon (3). » Bernardin de Saint-Pierre avait semblé réunir seul tant de qualités diverses, et on attendait son travail avec impatience. Mal disposé, sans doute, à ce moment, notre concitoyen ne jugea pas à propos de traiter le sujet. Quelques mois plus tard, il fut nommé professeur de morale h l'Ecole Normale ; mais, préférant ses aises aux honneurs, il ne parut qu'une fois dans sa chaire, et encore fallut-il l'envoyer chercher par les gendarmes.
La loi du 29 Frimaire an II ne tarda pas à être appliquée dans la commune du Havre. Fortement stimulé par le Directoire du district de Montivilliers, qui, dans une circulaire du 8 Ventôse (26 Février 1794), rappelait la nécessité d'une prompte organisation de l'Instruction publique, le Corps de ville se mit à l'œuvre avec ardeur. Au bout d'un mois, le 15 Germinal (4 Avril 1794), le maire informa le District que dix-huit instituteurs et institutrices s'étaient inscrits à la Municipalité, comme ayant l'intention d'ouvrir une école.
Malheureusement, un local convenable manquait à beaucoup d'entre eux. L'administration songea alors à mettre à la disposition de ces instituteurs les chapelles du Temple de la Raison (4),
(1) Celte opinion avait déjà été exposée par Petit (Afoniteur du 20 Décembre 1702) et par Rahaut-Saint-Etienne {Moniteur du U Décembre 1792).
(2) Décret du 9 Pluviôse an H.
(3) Paroles de Lakanal dans son Rapport sur los résultais du Concours ou- \x)rl par la Convention (14 Urumaire an IV).
(4) Le 20 Brumaire an H (10 Novembre 1793), la Convention avait décrété l'abolition du culte catholique, et lui avait substitué dans toutes les églises celui do la Haison.
LA CONVENTION o5
mais les inconvénients, qu'offrait la ci-devant église Notre-Dame, ne compensaient pas les avantages qu'on en aurait retirés, et on renonça à ce projet^
Enfin, la Commission chargée d'organiser Tlnstruction publique présenta au Conseil général le résultat de ses travaux dans la séance du 16 Floréal, et l'Assemblée, sur la requête de l'agent national, adopta, le jour même, le règlement qu'elle avait préparé pour les écoles primaires de la Ville. Nous détachons de C3 règlement, rédigé en quatorze articles, les prescriptions communes à toutes les écoles, primaires et autres.
Les classes oommencerant et Uniront aux cris de : « Vive la République I » Des chants civiques en marqueront le début et la fin ; la durée de ces chants ne devra pas dépasser un quart d'heure. Les instituteurs seront tenus de se conformer dans leur enseignement aux livres élémentaires approuvés et publiés à cet effet par la représentation nationale. Les premiers de ces livres sont les Droits de l'Homme, la Constitution, le Tableau des actions héroïques et vertueuses. Le nouveau calendrier républicain sera expliqué aux élèves. Les instituteurs, qui donneront un enseignement contraire à la niorale et aux lois républicaines, seront déférés au tribunal compétent pour y être jugés suivant la loi. On se tutoiera dans les écoles ; les élèves tutoieront môme leurs maîtres ou maîtresses. Les écoles seront fermées les quintidi et décadi.
Le 23 Floréal (11 Mai 1794), le maire prévenait le District quf l'ouverture des écoles était retardée jusqu'au 1*' du mois suivan; pour permettre aux instituteurs d'obtenir, pour cette date, les pièces exigées par la loi. Les certificats de civisme, et ceux de bonnes vie et mœurs, ne se délivraient, en effet, qu'à bon escient. A cette époque, dix-sept instituteurs et trois institutrices avaient rempli les formalités requises.
Tout ce personnel enseignant fut installé le 1*' Prairial (20 Mai 1794), et les classes commencèrent le même jour. L'instituteur Paget ne put entrer en fonctions que le 1*' Messidor.
Les écoles furent fréquentées par plus de 3,000 enfants ; elles étaient mixtes, et recevaient des garçons et des flUes de six à dixhuit ans.
Quoique l'instruction fût obligatoire, certains parents étaient assez insouciants pour ne pas envoyer leurs enfants à l'école. Pour réprimer cette négligence, Tagent national pria, le 9 Thermidor (27 Juillet 1794), les bons citoyens de seconder sa surveillance et
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de lui dénoncer les délinquants. Il était déeidé à les poursuivre judiciairement.
Les maîtres et maîtresses enseignaient généralement la lecture, l'écriture, le calcul, les comptes et changes étrangers. Quelques-uns, en passant leur déclaration à la Municipalité, avaient présenté un programme d'enseignement plus étendu que renseignement primaire (i). C'est surtout le nom et le programme de ces instituteurs qu'il nous importe de connaître.
Claude Choinet, qui habitait lettre B, n** 76, se proposait d'enseigner la langue française, la géographie, et la physique expérimentale. On lui fit observer que, pour être nommé instituteur, il devait insérer dans son programme la lecture, l'écriture, et les éléments d'arithmétique.
Amand Lange, G, 6 (2), indiqua la lecture, récriture, l'arithmétique, la grammaire française et la géographie.
Etienne Dousseau, E, 24 voulait tenir classe chez lui pour y enseigner les mathématiques, les changes étrangers, l'art de lever des plans et de les dessiner. Il se réservait aussi de donner des leçons en ville.
Certains, comme Caron et J.-B. Levée, sollicitèrent des autorisations exceptionnelles.
Jean-Georges'Nicolas Caron, G, 81, ne pouvant garder des écoliers chez lui à cause de sa mauvaise santé, désirait aller à domicile et y enseigner le français, le latin, la géographie et les mathématiques.
Jcrôme-Balihasar Levée, E, 86, n'avait l'intention que de donner, inais en ville, des leçons de grammaire française, de géographie et d'histoire. Il ajoutait qu'il se destinait à l'enseignement secondaire pour le temps où il serait rétabli.
Delisle, G, 130, continuait à enseigner les mathématiques, mais d'après un programme d'études assez développé.
(1) Archives municipales.
{2) Dans le quartier Jean- Jacqu(?s- Rousseau, Lange comptait une centaine
Pelhaste restait chargé du Cours de mathématiques et d'hydrographie.
Des professeurs quo nous venons de nommer, Choinet et Lange furent seuls admis en qualité d'instituteurs primaires.
Ce n'est donc pas les maîtres et surtout les maîtres habiles, qui manquèrent alors à la jeunesse havraîse. Reconnaissons toutefois que tous n'avaient pas la valeur de ceux que nous venons de désigner.
Conformément à la section II de la loi du 29 Primaire, qui confiait aux Municipalités la sui*veillance de l'enseignement, le Conseil du Havre créa le 9 Thennidor (27 Juillet 1794) un Bureau dlnstruction publique qu'il chargea de « veiller sur les écoles pri'j maires et autres degrés d'instruction », et en même temps de s'occuper « de l\)rganisation des fêtes décadaires et des fêles publiques ». Ce Comité remplit avec exactitude, et même avec dévouement, la mission délicate qui avait été confiée à ses soins. En reconnaissance de ses services, l'administration départementale lui adressa, à plusieurs reprises, ses fraternelles félicitations.
La loi du 29 Frimaire an II reçut son exécution au Havre jusqu'au 30 Ventôse an III (20 Mars 1795). Cette loi n'avait pas produit les résultats qu'on en attendait. Dans un rapport lu à la Convention, le 13 Prairial an II (1" Juin 1794), au nom du Comité du Salut public, Barrère disait : « Il y a quatre ans que les législateurs tourmentent leur génie pour fonder une éducation nationale, pour ouvrir des écoles primaires, pour instituer divers degrés d'instruction, pour raviver les sciences, pour encourager les lettres, et pour élever en républicains la nombreuse génération qui s'élève. Qu'ont-ils obtenu ? Qu'ont-ils établi ? Rien encore. Les Collèges sont heureusement fermés ; mais aucun établissement ne les a remplacés. »
Quelques semaines après (14 Fructidor an II), Grégoire s'écriait à la tribune : « L'éducation nationale n'offre plus que des décombres : il nous reste vingt Collèges agonisants ; sur près de six cents districts^ soixante-sept ont quelques écoles primaires. » El Fourcroy dans la même séance : « Sachez, citoyens, que rien n*est plus instant que de nous occuper de l'instruction publique. On a paralysé l'éducation. Faut-il vous dire qu'à la porte même de nos séances on met des fautes d'orthographe 7 On n'apprend plus à lire et à écrire. »
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En comparant ces témoignages officiels aux progrès réalisés par les instituteurs et les institutrices de notre ville, les administrateurs municipaux auraient eu le droit de s'enorgueillir d'un succès, qui était dû en partie à leur zèle pour Tinstructifon des jeunes Havrais.
Des résultats aussi satisfaisants furent-ils, toutes proportions gardées, obtenus dans beaucoup de localités ? Nous ne le croyons pas.
La crise, constatée par Barrère, Grégoire, Fourcroy et autres, avait plusieurs causes. Une des principales fut le manque de personnel enseignant. Déjà, dans les dernières années de la Monarchie, le recrutement des maîtres d'école s'était fait bien péniblement ; mais maintenant l'émigration, la terreur, la guerre, l'incertitude du lendemain, avaient éloigné les sujets capables de donner renseignement. Pour comble de malheur, il n'existait pas d'établissement scolaire spécialement destiné à former les futurs instituteurs de la jeunesse. Sans doute, un essai semblait avoir été tenté, d'abord par un arrêt du 7 Septembre 1762, arrêt réunissant au Collège Louis-le-Grand tous les boursiers qui aspiraient à l'enseignement et qui étaient répandus dans les divers Collèges de l'Université, puis par le règlement du 4 Septembre 1770 qui avait organisé le concours pour les bourses d'aspirants aux trois agrégations de grammaire, de rhétorique et de philosophie, instituées par lettres-patentes du 3 Mai 1766 ; mais, pratiquement, ces tentatives n'avaient pas réussi. On ne put bien mesurer la grandeur du mal que lorsqu'on voulut appliquer le décret du 29 Frimaire. Faute d'instituteurs et d'institutrices, beaucoup de communes durent, en effet, fermer leurs maisons d'école.
Pour remédier à cette disette d'instituteurs, la Convention décréta, le 9 Brumaire an III (30 Octobre 1794), sur la proposition de Lakanal, « qu'il serait établi à Paris une Ecole normale où seraient appelés, de toutes les parties de la République, des citoyens, déjà instruits dans les sciences utiles, pour apprendre, sous les professeurs les plus habiles dans tous les genres, l'art d'enseigner. »
Aux termes de la loi, les élèves de TEcole devaient être choisis dans toute la France, à raison de un élève par vingt mille habitants. De plus, ils n'étaient admis que sur la présentation de certiflcat^ constatant qu'ils étaient âgés de vingt et un ans au moins, qu'ils avaient une instruction suffisante, et qu'ils unissaient à des
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mœurs pures un patriotisme éprouvé et les dispositions nécessaîreâ pour reeovoir aussi bien que pour répandre l'instruction. La Convention demandait qu'on leur apprit & appliquer à Fen-^ seignement de la lecture, de l'écriture, des premiers éléments de calcul, de la géofnétrie pratique, de Thistoire et de la grammaire française, les méthodes tracées dans les livres élémentaires qu'elle avait adoptés. Rentrés dans leurs districts respectifs, ces citoyens travailleraient & y établir d'autres écoles normales pour transmettre aux futurs instituteurs la méthode de l'Ecole normale de Paris»
Les administrations de districts furent chargées d'exécuter le décret. Le district de Montivilliers, dont dépendait le Havre, présenta et fit agréer cinq élèves. Trois d'entre eux sortaient d'écoles havraises ; voici leurs noms (1) :
Marc-Antoine Sagot, né à Gournay-en-Bray, le 30 Juillet 1T70, ancien élève de Deliste et de Pelhaste.
Jean-^Baptisie BazirCy âgé de vingt-quatre ans, né à Rouen et demeurant à Harfleur.
Pierre-Prançois-Augustin Lelièvre, âgé de vingt-quatre ans, employé dans les ateliers de sculpture de la marine du Havre.
Stanislas Beauvoisin, ancien élève de Pelhaste.
Paul Bellet, de Gonneville, âgé de vingWrois ans, et résidant au Havre, rue des Viviers, ancien élève de Delisle.
Quatorze cents apprentis-instituteurs arrivèrent bientôt à Paris aux frais de la République, et avec la promesse d'une rétribution avantageuse, 1,200 livres par an.
L'ouverture des Cours eut lieu le 1" Pluviôse an HI (20 Janvier 1795). Les sciences furent professées par Laplace, Lagrange^ Haûy, Monge, BerthoUet, Daubenton, Halle et les lettres de La Harpe, Volney, Garât, Bernardin de Saint-Pierre, etc.
L'Ecole normale avait à peine trois mois d'existence que déjà plusieurs représentants demandaient sa suppression à la tribune. L'un d'eux, Daunou, membre du Comité d'Instruction publique, fut obligé d'avouer que « les leçons, plus dirigées vers les hauteurs
(1) Archives départementales. — L. — District de Montivilliers.
40 LE COLLÈOË DU liAVHfi
des sciences que vers Tart d'enseigner les éléments, n'ont pis ea un caractère vraiment normal », et puis, autre inconvénient, les étudiants étaient abandonnés à eux-mêmes et libr^ de suivre les Cours.
La Convention fixa alors la clôture des Oours au 30 Floréal (1). On renonça aussi « au difficile et dispendieux projet » d'établir dans les départements les Ecoles normales secondes qu'avait prévues l'article il du décret du 9 Brumaire.
Trois mois avaient suffi pour voir l'Ecole normale naître et mourir. Napoléon la releva en 1808, mais sur d*autres bases.
En tenant compte des causes multiples qui, comme nous ravons fait remarquer, s'opposèrent à Tapplioation efflcaee du décret du 29 Frimaire, on trouve que ce décret fut observé autant qu'il pouvait l'être. Lakanal le reconnaissait lorsqu'il disait, dans son Rapport du 7 Brumaire an IIl, que les vices de ce décret « démontrés déjà par la discussion le sont désormais far Texpérience, »
A la chute de Robespierre (9 Thermidor an II), le Comité d'Instruction publique, convaincu déjà que le décret du 29 Frimaire était défectueux et qu'il devait être abrogé, songeait à donner aux écoles primaires une organisation nouvelle, et son président, Lakanal, préparait un travail où il développait son plan de réforme.
Discuté à la Convention, ce Rapport fut voté et devint le décret du 27 Brumaire an III. Voici les principales dispositions de cette nouvelle loi scolaire (2) :
Chaque école primaire sera pourvue d'un instituteur et d'une institutrice, et divisée en deux sections, l'une pour les garçons et l'autre pour les filles. Il sera établi une école par mille habitants. On modifia bientôt cet article du décret en réglant que les arrondissements des écoles primaires s'étendraient non plus à mille. mais à dix-huit cents individus au moins. Le salaire des mattres devait être uniforme sur toute la surface de la République. Au Havre, à cause du chiffre de la population, le traitement de l'instituteur fut fixé à 1,500 livres et celui de Tinstitu triée à 1,200. Alin d'entretenir la santé et d'accpo<tre la force et l'agilité du oorps, la loi recommandait pour les garçons les exercices militaires. Le mode de nomination des instituteurs était changé. Un jury d'instruction, composé de trois membres désignés par Tadministratiou
(1) Dictionnaire de Pédagogie, de M. Buisson» !'• partie, p. 767.
(2) Bulletin dee lois.
LA COKvfewtlOW 4i
du district et prte parmi les pè^ de temille, devait Maminer, élire et surveiller les divers membres de renseignement. C'était h radmimskation du district qu'il appartenait de confirmer la nomination de ces maîtres.
Le décret du 27 Brumaire ne contenait aucune disposition obligeant les parents à faire instruire leurs enfants ; il portait seulement a que les jeunes citoyens qui n'auraient pas fréquenté les écoles seraient examinés, en présence du peuple, k la Fête de la Jeunesse, et, s'il était reconnu qu'ils n'avaient pas les connaissances nécessaires à des citoyens français, ils seraient écartés, jus* qu'à ce qu'ils les eussent acquises, de toutes les fonctions publiques. »
Enfin, Tailiole 15 du chapitre LV consacrait pleinement la liberté de l'enseignement : « La loi ne peut porter aucune atteinte au droit qu'ont les citoyens d'ouvrir des Ecoles particulières et libres^ sous la surveillance des autorités constituées. »
Le 24 Oerminal, le CcHnité d'Instruction publique promulgua un règlement en six articles pour la police interne des écoles. Deux articles sont à signaler, ce sont ceux qui rappellent que les classer de chaque sexe doivent être tenues dans des salles distinctes, et que toute punition corporelle est bannie des écoles primaires.
L'administration du district travailla activement à l'exécution de la nouvelle loi. Dès le 29 Frimsdre (19 Décembre 1794), elle chargea la Municipalité du Havre de partager la ville en arrondissements pour l'instrucUon publique, de déterminer le nombre de ces arrondissements, de fixer les points centraux où il serait expédient de mettre des écoles, et enfin de désigner quels locaux pourraient convenir à ces établissements.
Après un examen sérieux de la question, on s'arrêta au chiffre de neuf arrondissements, dans chacun desquels on placerait un instituteur et une institutrice, et cette décision fut ratifiée par le district le 23 Pluviôse (11 Février 1795).
Les arrondissements délimités, le Jury d'instruction s'occupa de la réception des instituteurs et institutrices ; dans cette circonstance, le nombre et la valeur des sujets semblèrent faire défaut. Ainsi, le 12 Ventôse (2 Mars 1795), treize hommes et cinq femmes furent examinés et acceptés par le Jury ; mais le lendemain, en confirmant leur nomination, l'administration du district avait bien soin d'observer qu'ils étaient reçus, « non pas qu'ils aient toute la capacité voulue par la loi du 27 Brumaire, mais parce
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qu'il ne s'en est pas préaraté de pl^s propres à la chose (1). » Cet aveu ne manquait pas d^éloquenee.
Au Havre, on se Mta de proeéder à rinstallation des maîtres, et à Touverture des écoles ; ce qui fut fait le l* Prairial (20 Mai 1795).
Désormais, la Commune du Havre comptera plus d'instituteurs particuliers que d'instituteurs communaux.
Les nouveaux instituteurs et institutrices furent Brunet et sa fille, Oueroult et sa femme, Lange et sa femme, puis Aubri et Lechevallier. Celui-ci, malgré une nomination en règle, ne put exercer ses fonctions d'instituteur, faute d'emplacement ; et l'adm'inistration municipale, jugeant qu'il y avait en ville assez d'instituteurs à sa charge, le remercia tout simplement^ après lui avoir offert une indemnité. Le Marchand et sa femme tinrent une école pendant quelque temps, mais le Jury d'instruction les ayant déclarés « insuffisants » à la suite d'un examen qu'ils subirent le 23 Messidor an III (il Juillet 1795), leur destitution fut prononcée le 11 Thermidor suivant (29 Juillet).
Les instituteurs communaux donnaient à leurs élèves un enseignement tout à fait élémentaire, au lieu que certains instituteurs particuliers suivaient un programme un peu plus élevé. C'est là seulement que nous retrouvons quelque chose de l'ancien enseignement secondaire.
La vérité nous fait un devoir de déclarer que, sous la loi de Brumaire an III, renseignement fut moins prospère au Havre que sous la loi précédente. Il ne faut pas s'en étonner, parce que, l'obligation n'existant plus, l'incurie des parents laissait les enfants déserter les écoles, malgré la gratuité de Finstruction. Dans un rapport daté de Messidor an IV, le ministre de l'Intérieur, Benezech, constatait en propres termes que « le plan Lakanal n'eut aucun succès. »
Lakanal, croyant cependant avoir mené à bonne fin la réorganisation des études primaires, employa toute son activité et tout son talent à la création du second degré d'instruction ; mais il rencontra tout d'abord, au sein de la Convention, une assez décourageante hostilité. Ses propositions, quand parfois il parvenait à en
(1) Archives départemenlales. — Section N. — Registre des an'èls el délibérations du district de Brutus-Villiers. (La Municipalité de Monlivilliers, par une délibération du 11 Décembre 1793, changea le nom de la ville en celui de BrutUB-ViUiers.)
obtenir la discussion, étaient ou ajournées ou même repoussées par les votes de TAssemblée. Sa ténacité finit par triompher de tous les obstacles. « Citoyens, s'écria-t-il un jour, si vous n^étiez pas convaincus que la République française ne peut se maintenir el prospérer que par Tin^truction, et que la liberté sans les lumières ne fut jamais qu'une Bacchante effrénée, je vous dirais qu'un grand nombre de départements réclament les établissements que nous proposons, que Tunité de la République appelle Tunité de l'enseignement... Il vous reste un pas à faire pour monter tout le système de Tinstruction nationale. » Ce pas fut bientôt franchi par rétablissement des Ecoles centrales pour renseignement des Sciences, des Lettres et des Arts.
Du reste, la Convention Nationale, en créant ces Ecoles pour le second degré d'instruction, ne faisait que reprendre Tidée émise er 1792 par le girondin Bancal des Issarts. Le décret fut rendu le 7 VenlAse an II (25 Février 1705) (1).
Il y aura une école centrale pour trois cent mille habitants. Dans chacune d'elles, quatorze professeurs enseigneront les Mathématiques, la Physique et la Chimie expérimentales, l'Histoire naturelle, l'Agriculture et le Commerce, la Méthode des Sciences ou la Logique et l'Analyse des sensations et des idées, l'Economie politique et la Législation, THistoire philosophique des peuples, THygiène, les Arts et Métiers, la Grammaire générale, les Belles- Lettres, les Langues anciennes, les Langues vivantes les plus appropriées aux localités, les Arts du dessin.
Les leçons seront données en français, d'après les livres que le Comité d'Instruction publique était chargé de faire composi:i.
Le décret du 7 Ventôse fut complété, le 11 Ventôse, par la création de cinq écoles centrales à Paris, le 18 du même mois par un règlement de police pour toutes les écoles centrales, et le iS Germinal par rinstitulion de quatre-vingt-seize écoles centrales dans les départementij. Eu égard à sa population, le dépaj-tement de la Seine-Inférieure devait avoir deux écoles centrales, dont le siège fut fixé à Rouen et à Fécamp.
La création et l'organisation des Ecoles centrales étaient décrétées ; mais de sérieuses difficultés en retardèrent l'ouverture.
Dans l'intervalle, une nouvelle Constitution fut donnée à la France, la Constitution du 5 Fructidor an III (22 Août 1795). De
(1) Bulletin des lois.
notables changements étaient apportés dans les services publics : ainsi les districts étaient supprimés et la direction du département était confiée à cinq membres élus qui réunissaient les pouvoirs de Tancicn Cofiseil du département et ceux du Directoire, et qui, par suite, étaient chargés de délibérer et d'agir. Ce nouveau Conseil, connu sous le nom d'Administration centrale du Département, subsista jusqu'à la loi du 28 Pluviôse an VllI qui le remplaça par un Préfet assisté d'un Conseil général (i).
Le titre X de cette Constitution élait tout entier consacré à rinstruction publique. Nous y relevons, parmi d autres dispositions, les deux suivantes : « Les divers établissements d'instruction publique n'ont entre eux aucun rapport de subordination, ni de correspondance administrative », et « les citoyens ont le droit de former des établissements particuliers d'éducation et d'instruction. »
L'Etat offrait donc l'instruction à tous ; mais il laissait aux familles la liberté de faire instruire les enfants à leur gré.
Au nom de la Commission des Onze, qui avait rédigé la Constitution, et aussi au nom du Comité d'Instruction publique, Daunou proposa de compléter les dispositions constitutionnelles relatives à l'instruction publique. A cet effet, il présenta à la Convention un Rapport qui fut accepté sans discussion, et qui devint la loi du 3 Brumaire an IV (25 Octobre 1795).
Cette loi, il importe de le remarquer, ne concernait absolument que les écoles établies et salariées par TEtat ; elle se tenait « dans les limites naturelles tracées par les droits individuels que la Constitution ordonnait de respecter. » Animé des meilleures intentions, Daunou ajoutait : « Pour nous, nous nous sommes dit : Liberté de l'éducation domestique, liberté des établissements particuliers d'éducation ; nous avons ajouta : Liberté des méthodes instructives (2). »
La Constitution de l'an III avait été le testament politique de la Convention Nationale ; la loi du 3 Brumaire an IV fut, dit Albert
(1) La loi du 22 Décembre 1789 avait mis & la tôtc de chaque département un Conseil du Département composé de trente-six membres. Huit de ces membres, nommés au scrutin par le Conseil, formaient le Directoire, à qui reveoail l'expédition des affaires. Le décret du 14 Frimaii-e an II détruisit le Conseil du Département et maintint le Directoire. Ce fut ce Directoire qui, en gardant ses attributions administratives, hérita du pouvoir délibérant possédé par le Conseil du Département. Cet état de choses dura jusqu'ft la Constitution de Fan III.
jn Moniteur des 2, 3, et 11 Brumaire an IV.
Duruy (1), « son testament scolaire, son œuvre capitale, la synthèse de tous ses travaux et projets antérieurs en fait (instruction ». .
Cette loi (2J, qui organisait les écoles primaires, les Ecoles centrales, les Ecoles spéciales, llnstitut national des Sciences et des Arts, les Récompenses et les Fêtes nationales, (ut comme la Charte de l'enseignement public en France pendant près de sept années ; elle resta en vigueur jusqu'au 11 Floréal an X.
Les administrations centrales de département eurent à pourvoir à Tapplication de la loi du 3 Brumaire. Les Municipalités, à qui la loi du 27 Brumaire an III avait laissé le soin de Torganisation et de la surveillance des écoles, avaient généralement fait preuve d'impuissance, sinon d'inertie. Aussi la nouvelle loi centralisa Faction entre les mains de Tadministration départementale, et chargea celle-ci de donner l'impulsion nécessaire au développement de l'Instruction publique, en ne laissant aux Municipalités qu'un droit d'avis, la surveillance inunédiate des Ecoles primaires, et le soin d'assurer l'exécution des lois et des décisions prises par les administrations supérieures (3). Quant au Directoire exécutif, il devait se borner à approuver les règlements arrêtés par les autorités départementales (4).
La loi édictait encore quelques prescriptions particulières. Ainsi les instituteurs devaient être logés aux frais de l'Etat et payés par leurs élèves ; mais l'administration municipale pouvait pour cause d'indigence exempter de la rétribution scolaire un quart des élèves de chaque école primaire;.
Les Ecoles centrales, à peine instituées, avaient déjà besoin d'être réformées. Daunou essaya de mettre un peu d'ordre dans le plan primitif, qui chargeait trop le programme de ces Ecoles et présentait Taspect d'un véritable chaios. Ce plan, revu et corrigé, forme la matière du titre II de la loi du 3 Brumaire. On y remarque les modifications suivantes : 11 ne sera établi qu'une seule Ecole centrale dans chaque département, et renseignement y sera divisé en trois section?*. La première section comprendra le Dessin, l'Histoire naturelle, les Langues anciennes et les Langues vivantes ; la deuxième section, les Mathématiques, la Physique et la Chimie expérimentales ; la troisième, la Grammaire générale, les Belles-
(î) LInstruciion publique et la Révolutioriy ch. Il, p. 137.
(2) Lois de la République française, n* 2Ô3.
(3) Art. ni, IX et XI de la loi du 3 Brumaire an IV. 14) Art. X de la loi du 3 Brumaire,
Lettrés, THistoire, ]a Législation. Les élèves ne pourront suivre les Cours de la première section qu'à l'âge de douze ans accomplis, les Cours de la seoonde qu'à quatorze ans, et les Cours de la troisième qu'à seize ans ; l'âge sera la seule condition d'admission.
Les professeurs des Ecoles centrales seront examinés et élus •par un jury d'instruction avec la sanction de l'autorité départementale. Ils jouiront d'un traitement fixe, et d'un traitement éventuel provenant de la rétribution scolaire, fixé à 25 francs par an et par élève ; mais la pauvreté pourra faire dispenser de la rétribution un quart des écoliers inscrits.
Trois eu-ticles du titre II (i) méritent de fixer tout particulièrement notre attention, parce qu'ils indiquent à quelles conditions on pourra créer dans notre Ville un enseignement se rapprochant tant soit peu de celui des Ecoles centrales ; en voici la substance :
« Les communes, qui possédaient autrefois des Collèges et qui ne seront pas désignées pour avoir une Ecole centrale, sont autorisées à en conserver les locaux pour y établir à leurs frais une Ecole centrale supplémentaire. Mais l'organisation de cette Ecole centrale supplémentaire ne pourra être décrétée que par le Corps k^gislatif sur la demande des citoyens de la Commune, d'après les plans proposés par les administrations municipales et approuvés par les administrateurs du Département. Autant que possible, l'organisation des Ecoles centrales supplémentaires sera rapprochée du plan oommun des Ecoles centrales. »
Le vote de la loi du 3 Brumaire an IV fut le dernier acte de la Convention ; elle se sépara le lendemain.
Avant de suivre l'application, plus ou moins heureuse, de celte loi sous le Corps législatif et sous le Directoire, nous devons, en toute justice, louer les fondations utiles et durables de la Convention, comme aussi regretter les mesures qu'elle prit contre les pi^ôtres, môme les constitutionnels.
Il est incontestable que, durant une session effroyablement agitée et signalée par des événements inouïs, la Convention s'est constamment préoccupée des choses de l'enseignement. Oui, aux heures les plus critiques, les intérêts de Tinstruction publique ont ét(f discutés dans les comités et à la tribune.
Sans doute, depuis quelques années, un puissant mouvement d'opinion s'était produit en faveur des réformes scolaires ; mais les Assemblées pi-écédentes n'ayant rien réformé, la Convention
(1) Les articles X, XI et XII.
di des lois et elle eul raison d'en faire. S'il est certain qu'elle a éehsué dans Torganisation des deux premiers degrés d'instruction, il n'en est pas moins vrai qu'elle a pleinement réussi dans rorganisation de quelques établissements destinés à dispenser le haut enseignement seientiflque et à assurer le fonctionnement des services publics. Citons en particulier la réorganisation des Ecoles de Santé (1), du Muséum d'Histoire naturelle (2), du Oonservatoire des Arts et Métiers (3), de l'Ecole des Langues orientales vivantes (4), du Bureau des Longitudes (5), de l'Institut (6), de rétablissement de l'Unité des poids et mesures (7), et surtout la fondation de l'Ecole Polytechnique (8).
Pour ces institutions, la Convention évita, et avec raison, de
(1) Pendant la Révolution, les Ecoles de Saniô militaires furent un moment fermées, mais bientôt la Convention, par une loi du 14 Frimaire an HI, fonda des Ecoles de Santé À Paris, Montpellier et Strasbourg dans le but de former des officiers de santé pour le service des hôpitaux militaires, maritimes et autres.
(t) La Convention ne créa pas, mais réorganisa le Muséum d'Histoire naturelle (décret du 10 Juin 1793).
(3) Descartes au XVH* siècle et Vaucanson au XVUr avaient conçu l'idée de faire construire un dépôt public de modèles des machines principalement employées dans tes arts et l'industrie. Ce fut la Convention qui, par décret du 19 Vendémiaire an IV, donna h l'idée toute son extensioa par la création du Conservatoire des Arts et Métiers.
(4) Cette Ecole fut créée par décret du 10 Germinal an !II.
*(li) Le Bureau des Longitudes fut créé, par la loi du 24 Juin 1795, en vue du perfectionnement des diverses branches de la science astronomique et de leurs applications & la géographie, & la navigation et et la physique du globe.
(Jl) La Convention, qui avait supprimé les Académies de Tancien régime, créa (art. 298 de la Constitution de Tan III} un « Institut national chargé de recueillir les découvertes, de perfectionner les sciences et les arts ». Ce corps fut organisé par deux lois, la loi du 3 Brumaire an IV et celle du 15 Germinal an IV (4 ovril 17%). La loi du 3^ Brumaire fixa trois classes : celle des Sciences physiques et mathématiques, celle des Sciences morales et politiques, celle de Ja Littérature et des Beaux-Arts. L'arrêté du 3 Pluviôse an XI, rendu sur un rapport de Chap. tal, ministre de l'Intérieur, établit quatre classes : 1* Sciences physiques et mathématiques ; 2* Langue et Littérature françaises ; 3* Histoire et Littérature anciennes ; 4* Beaux*Arts. L'ordonnance royale du 21 Mars 1816 a restitué aux quatre classes de l'Institut impérial les anciens noms d'Académie Française, d'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, d'Académie des Sciences, d'Académie des Beaux-Arts. En 1832, sur la proposition de Guizot, Louis-Philippe rétablit la classe des Sciences morales et politiques sous le titre d'Académie des Sciences morales et politiques.
|7) lin décret du 18 Germinal an III fixa les diverses parties du système métrique ; elles n'ont depuis lors subi aucune modification. « L'unité de monnaie, est-il écrit, prendra le nom de /ranc pour remplacer celui de livre usité jusqu'à aujourd'hui ». Cependant le même décret ordonnait la continuation des opérations relatives & la détermination des unités. Ce ne fut, en effet, que la loi du 19 Frimitire an Vlil (10 Décembre 1799) qui établit définitivement le mèti'e et le gifunme.
(8) Nous aurons plus loin l'occasion de donner quelques détails «u^ TEçol^ Polytechnique.
48 LE COLLèOE DU HAVRE
iaire table rase du passé. Loin de dédaigner les éléments antérieu* remenl organisés, rile les conserva, sauf à leur donner une disposition meilleure et à les diriger plus scientifiquement vers la fin pratique et immédiate qu*on voulait atteindre. Malheureusement ces établissements ne pouvaient avoir pour clientèle que Télite intellectuelle de la société.
Mais à côté de Téloge, la critique. Nous reprochons à la Convention d'avoir appliqué, sans pitié comme sans mesure, la terrible loi du Salut public. Deux causes, selon nous, dépeuplèrent alors le? écoles : Tapplication de la loi du 28 Octobre 1703, qui chassait de renseignement les ministres a d^un- culte quelconque », et les attentats commis contre le culte lui-même. Sous le régime de la Terreur, on ne s'inquiéta même plus de savoir si les prêtres, que Ton persécutait, avaient prêté ou non les serments révolutionnaires ; pour arriver plus sûrement à Tanéantissement du christianisme, on les suspecta tous.
Au Havre, Tesprit révolutionnaire fut moins impie qu'ailleurs ; on n'alla pas jusqu'aux dernières violences contre les prêtres. Plusieurs néanmoins eurent à subir un long et douloureux emprisonnement. Parmi eux, nous ccmiptons des régents, anciens ou futurs, du Collège, dont nous devons dire loyalement, soit le courage, 9oit la faiblesse en face de TéiMreuve.
La Convention avait décrété, les 22 et 23 Brumaire an II (12 et 13 Novembre 1793), que tous les ecclésiastiques abdiqueraient leur qualité devant les autorités constituées. Le 18 Germinal (7 Avril l';94), qui était le dernier délai accordé aux prêtres pour remettre leurs lettres de prêtrise, Siblot^ représentant du peuple près les départements de la Seine-Inférieure et de TEure, prit un arrêté aux termes duquel les insoumis devaient, dans les vingt-quatre heures, Si» rendre au chef-lieu de leur district pour y déclarer leur nom, leur âge et le lieu de leur domicile, puis se constituer prisonniers. Mais avant même la décision de Siblot, plusieurs prêtres avaient été incarcérés au Havre comme suspects, les uns par le Comité de surveillance, d'autres par un nommé Briquet, délégué du Comité de Sûreté générale. Trupel, par exemple, avait été arrêté le 1" Germinal, Aubin le 4 du même mois, et, à peu près à la même date, un nommé Rousset, futur professeur au Collège.
Les prisons du Havre regorgèrent bientôt des détenus qu'on y entassait. L'administration du district de Montivilliers songea alors à séparer les ecclésiastiques des autres prisonniers, la
LA GORVKfnON 49
27 GerminaU elle déeida que (1) « le cy-devani château du Bec est destiné pour naiscm de détention aux prêtres qui n'ont pas abdiqué leurs fonctions en déposant leurs lettres de prêtrise (2). » Mais, avant de transCmmer le ohftteau en prison, il fallait en déloger le bataillon de Montargis qui y était alors cantonné (3). La Municipalité de Dampierre-la-Source (4), chargée d exécuter Tordre du District, dépensa quatre-vingt-cinq livres à celte transformation. Un concierge, du nom de Flambarl, y fut installé au plus l^t (5).
Le lendemain 2S Germinal, la Municipalité du Havre recevait Tautorisation de faire conduire à cette prison de Dampierre-la- Source tous les prêtres qui se trouvaient dans les diverses maisons d^arrét de la Ville. Les détenus devaient avoir la facilité de communiquer entre eux, mais il leur était interdit de le faire avec des étrangers. Le commandant du bataillon de Montargis eut la responsabilité de la surveillance du château. La Municipalité de Damp;erre-la-Source lui vint en aide en prenant (i*' Floréal) d'abord « dans le cy-devanl château du Bec le bois nécessaire & la confection d'un lit pour la garde des détenus », puis dans les églises voisines « deux confessionnaux pour servir de guérites (6). » Cette garde, composée de trente hommes qui se relayaient toutes les vingt-quatre heures, fut logée sous la remise (7).
Chaque prêtre reçut de Tadministration du District un billet spécial lui notifiant de se rendre à la prison de Dampierre^la- Source ; ce billet fut adressé, du 6 au 9 Floréal, aux prêtres Trupel, Enouf-dil-Marais, Roussel, Grisel et Aubin (8).
On envoya du Havre, le l*' Prairial, deux pièces de can<m qui furent braquées contre le château du Bec dans les champs d'un cultivateur nommé Tirard (9). C'était là un luxe de précautions
(1) Archives déparlemenlales. — Section X. — Registre des arrêtés et délib6raUons du districi de Brulus-Villiers.
(2) On peut consulter sur cet intéressant château : Promenade dans quatre châteaux hUtoriques aux environs du Havre, par L.-A. Janvrain, 18tO, 1 vol. in-8'.
(S) On donna le nom de Montargis & une bande de soldats, qui, « dunmt la
Terreur, dévasta plus d'églises à elle seule que tous les Cauchois ensemble. > (l'abbé Codiet.)
(4) Nom porté, pendant la Terreur, par la commune de Saint-Martin-du-Bec.
(5) Archives départementales. — Section N. ® Ihid.
(7) Cf. Janvrain, p. 50 et 51.
(8) Archives départementales. ~ Section N. — District de Montivilliers. — Culte.
(9) Archives départementales. — Section N.
Bû LE COtLàOB Du HAVRE
bien inutiles pour prévenir l'insurrection de cinquante-six infortunés qui ne songeaient nullement à s'évader et que personne, par ce temps de terreur, n'aurait osé délivrer. On logea cinq de ces prêtres dans la poterne, et les autres dans le principal corps de logis. Plusieurs étaient âgés et infirmes ; Tun d*eux, le curé de Raimberiot (i), était un vieillard de quatre-vingt-six ans que Ton avait amené dans un banneau et qui était incapable de s*habiUer seul (2).
Trupel conserva, malgré la tristesse des temps, sa bonne humeur. Il s'amusa, paralt-il, à « dessiner tous les détenus sur les murailles de la pièce qui est aujourd'hui la salle de billard (3). »
En vertu de la loi du 17 Septembre 1793, les prisonniers furent obligés de se nourrir et de s'entretenir à leurs frais. Les indigents étaient alimentés par les riches, qui eurent encore à leur charge les dépenses, telles que le chauffage et la lumière, faites par le corps de garde. La somme nécessaire à Tentretien de chaque prisonnier fut évaluée à deux livres par jour. Trupel, Aubin et Roussel furent nourris par leurs confrères plus fortunés.
On pressait les détenus d'abdiquer, mais tous s'y refusaient. Le maire du Havre constatait è la date du 8 Messidor (4), que Trupel et Roussel n'avaient ni fait leur abdication, ni déposé leurs lettres à la Municipalité.
Malheureusement, le courage chez Trupel et Aubin ne se soutint pas jusqu'au bout. Tous deux eurent la faiblesse de fléchir, Aubin le il Messicior et Trupel le 15.
Le 14 Messidor, Trupel se plaignit aux officiers municipaux de la commune du Havre-Marat de sa longue détention. Quand il avait été incarcéré, on lui avait fait entendre qu'il serait élargi au bout de huit jours. Et voilà près de quatre mois qu'il gémissait dans une prison où on Tavait enfermé sans motif. Sa sante était très ébranlée et ses dettes s'accumulaient. Qu'attendait-on de lui pour lui rendre la liberté ? « Sa soumission à tout est invariable », et il a prouvé par sa conduite qu'il était bien loin de « soutenir le fanatisme, encore moins d'en avoir l'esprit. » Sa lettre signée, il ajouta en postrscriptum : « Si c'est l'abdication de toutes mes fonctions que l'on exige^ je déclare et promets de n'en jamais exercer
(1) Aujourd'hui, hameau de Cauvillc ; 235 habitants.
(2) a. Janvrain.
(3) Cf. Janvrain. — Récit de la femme Flambart.
(4) Archives municipales. — Copie de Lettres, registre IV.
U CONVBNtlON 51
aucune contre la volonté générale si bien exprimée, et de prendre tout autre état ; ma lettre vous servira d*acte auprès du citoyen Malandre, agent national du district de Brutus-Villiers (1). »
Le lendemain, Trupel adressait au District le texte officiel de son abdication (2) :
M Liberté, Egalité,
» Je soussigné, Jacques Trupel, citoyen du Havre-Marat, considérant que la volonté générale notoirement prononcée désapprouve et récuse Texercice des fonctions ecclésiastiques ; pour faire preuve en cette occasion, comme en toute autre, de mon respect et soumission pour l'opinion publique et ceux qui sont chargés de la soutenir et accréditer, déclare et m'engage n'exercer à l'avenir aucunes desdites fonctions, et de m'employer de tout mon pouvoir à servir dans quelque autre état la République poâr laquelle je suis pénétré du dévouement le plus étendu et le plus inviolable.
» Ce que j'ai signé le 15 Messidor (3) Tan deuxième de la République française une, indivisible et impérissable.
» J. Trupel. »
De son côté, Aubin avait déclaré que « n'ayant jamais pris pour règle de sa conduite l'esprit de corps et de parti, qu*ayant toujours été soumis aux lois de son pays, il renonçait entièrement à un état qui avait cessé d'être agréable au peuple, et il réclamait Si! liberté pour se rendre utile à la République dans la profession d'imprimeur, dans laquelle il travaillerait avec son frère au Havre- Marat. »
Trupel et Aubin avaient pensé que ces lettres leur ouvriraient les portes de la prison ; leur espoir fut déçu. Le 16 Messidor, en effet, l'agent national du District (4) prévint la Municipalité du Havre que le représentant du peuple lui avait donné la faculté de n'élargir que ceux qui avaient été incarcérés en exécution de son
(1) Archives municipales. — I«, 204.
(2; Archives départementales. ~ SecUon L. — District de MonlivlUiers. — Culte. — Abdication des fonctions ecclédiasUques.
(S) 3 Juillet 1794.
(4) Archives déparlementales. — Section N. — Registre des arrêtés et ûéiiMrations du district de Brutus-Villiers.
B& LE COLLÈOB DU IlAVRfi
arrêté du 18 Germinal. Or, Trupel et Aubin avaient été emprisonnés par ordre de Briquet (1).
Le 19 Thermidor, les détenus du château du Bec pétitionnèrent pour obtenir du District la suppression de la garde militaire, qui était (( trop dispendieuse pour eux et d'ailleurs inutile », l'autorisation de converser à part avec ceux de leurs parents ou amis qui viendraient les voir, et puis, dans l'intérêt de leur santé, de sortir « prendre le frais sous les feuillages voisins dans un espace déterminé (2). » L'administration fit droit, dans la mesure du possible, à cette requête d'ailleurs si raisonnable.
Le 5 Fructidor, Tagent national informa le Comité de Sûreté générale que presque tous les prêtres enfermés au chftteau du . Bec en vertu de Tarrêté de Siblot (18 Germinal) étaient relâchés. « à l'exception de quelques autres qui ont été arrêtés par ordre de Briquet (3). » On sait que parmi ces « quelques autres m se trouvaient Enouf-dit-Marais, Rousset et Trupel.
Huit jours après, Tadministration du district, adressant au Comité de Surveillance de Brutus-Villiers une pétition de plusieurs ecclésiastiques de Dampierre-la-Source, déclara loyalement que l'arrestation de plusieurs de ces détenus portait « à un si haut degré le caractère de Tarbitraire et de la vexation qu'elle verrait avec plaisir leur élargissement, ceux surtout arrêtés par le soidisant commissaire Briquet (4). »
Le 21 du même mois (7 Septembre 1794), le Comité de Sûreté générale ordonna la mise en liberté de a plusieurs citoyens du Havre », et suspendit Télargissement de certains autres.
Aubin et Trupel ne quittèrent la maison d'arrêt de Dampierrela-Soui*oe que le 28 Fructidor ; mais leur libération ne fut pas définitive. A partir de cette date, nous les voyons tous deux aller de prison en prison.
Le 18 Septembre, ils sont incarcérés au Havre. Ce jour-là, deuxième des sans-culottides an H, la Municipalité du Havre Infor-
(1) Briquet ét^i un membre du Comité de Sûreté générale, que ses agissemenls au Havre et aux environs rendirent universellement insupportable. Aussi le 13 Fructidor, on assurait qu'il était en état d'arrestation pour faits arbitraires. En tout cas, il (ut l'objet, en l'an III, de poursuites et d'un renvoi devant le Tribunal révolutionnaire, où il fut déféré le 28 Vendémiaire an IV. Au district, on ne l'aillait que Tarbitrairo Briquet.
(2) Archives départementales. — Section N. — Registre des arrêtés et délibérations du district de Brutus-Villiers.
(3) Archives départementales. — Ibid,
(4) !bid
maii en eflet le District que Trupel et Aubin s'étaient rej>dus c( dans la maison d'arrêt de cette Commune (1). »
La surlendemain, le. Conseil général du Havre (2) délibéra que, sur leur demande, Aubin et Trupel, ex^prètres prisonniers au Havre, serairat transférés dans leur domicile, où ils resteraient en arrestation sous la caution d'un patriote désigné par chacun d'eux, qui promettrait devant le bureau municipal « d'en faire bonne ^t sâre garde » et de le représenter à toute réquisition sous les peines au cas appartenant. Trupel et Aubin se confièrent, le premier k Jacques-François AnoQlot, greffier du Tribunal de Commerce et père du futur académicien, l'autre à André-Benjamin Aubin, son frère, imprimeur au Havre.
Cette délibération, ayant été sanctionnée le 3 Vendémiaire an ni (24 Septembre 1794) (3) par Tadministration du district, aurait dû dès lors être pleinement exécutée. Ce jour là, en effet, le District informait la Commune du Havre que Trupel et Aubin avaient « rendu hommage à la saine philosophie en abjurant les principes mensongers qu'ils professaient. » Nous trouvons cependant, le 15 Vendémiaire, Aubin et Trupel dans la maison d'arrêt de Brutus-ViUiers (4).
Ils firent demander, quelques jours après, leur élargissement à Sautereau, représentant du peuple dans la Seine-Inférieure, qui était alors au Havre ; leur requête fut rejetée. Quand le District Içur communiqua, le 4 Brumaire, cette décision qu'ils avaient d'ailleurs prévue, la peur leur avait fait déclarer, depuis quelques heures, qu'ils renonçaient pour toujours à leurs fonctions ; ei, comme preuve, ils avaient remis leurs lettres de prêtrise (5).
Cette démarche hâta leur mise en liberté ; mais on les contraignit ou de sortir de la Commune du Havre-Marat, ou de justifier à la Municipalité qu'ils étaient employés dans un état utile à la République (6). .
Trupel et Aubin, toujours détenus dans leur domicile au Havre, demandèrent à la Municipalité l'autorisation de sortir et do
(1) Archives municipales. — Copie de Lettres, registre IV.
(2) Archives municipales. — Délibérations. — Registre VII.
(3) Archives départementales. — Section N. — Regislre des arrêtés et délibérations du district de Brutus-ViUlers.
(4) Archives départementales. — Ihid.
(5) Archives départementales. — Ibid,
(6) Archives départementales. ~ Ibid,
se pnomener pour rétablir leur santé altérée par leur lof^gue détention.
Le Conseil général, dans sa séance dû 3 Primaire an III (1), donna un avis favorable appuyé sur ce falit que « la permission de sortir a été accordée même à des Anglais, pour des raisons de santé » ; mais le District se montra plus sévère. Il exigea un billet de iy)fflcier dé santé, attestant que l'air était absolument nécessaire au rétablissement des malades, et qu'il y aurait danger poar eux à en être privés.
Le 16 Frimaire, sur le certificat de Tofflcier de santé Lacn>ix, Trupel et Aubin reçurent la faculté a de sortir un jour l'autre dans l'intérieur de la Commune (2) » pour prendre l'air ; mais la Municipalité et lé Comité révolutionnaire du Havre furent invités à « les surveiller dans la jouissance qui leur était accordée (3). »
Trupel logeait entre temps au Collège ; mais le 27 VentAse an III (17 mars 1795), le maire le pria d'abandonner son logement sous deux décades (4). Le 23 Germinal (12 Avril), il fut, avec Aubin et Le Roux, candidat au poste de « commissaire & la Bibliothèque » que là Ville organisait alors ; ce fut Le Roux qu'agréa le District (5).
Trupel alla s'installer Grand-Quai, lettre D, n* 220, et ouVril une école dans un modeste appartement quMl garda jusqu'après Tan VII, mais qu'il n'habita pas toujours.
Aubin suivit l'exemple de Trupel. Il loua une chambre rue Fontaine-des-Viviers (6), B, 18, et se fit instituteur.
Le détenu Rousset fut peut-être moins malmené que ses confrères Trupel et Aubin. Le 16 Vendémiaire an III, la Municip^li*'' du Havre (7) donna au District des renseignements favorables sur lui ; elle déclara en particulier qu'il pouvait être utile dans l'Imprimerie de Paure où il désirait s'employer. Le District répondit le
(1) Archives municipales. — Registre des Délibérations.
(2) Archives municipales. — Copie de Lettres, registre IV. — Délibérations, registre VIII (séances des 3 et 19 Frimaire an III).
(3) Archives départementales. — Section N. — Registre des Arrêtés et Délibérations du district de Bnitus-Villiers.
(4) Archives municipales. — Copie de Lettres, registre IV.
(5) Archives municipales. — ibui.
Archives départementales. — Section N. — District de Montivilllers. — Registre des Délibérations.
(6) Aujourd'hui, rue des Viviers.
(7) Archives municipales. — Délibérations.
28 du même mois que Télargissement définitif était prononcé en faveur de « Rousset, prêtre domicilié au Havre-Marat et non abdi* cataire de ses fonctions (1). » Mais la clause était formelle. Rousset devait se livrer « aux travaux! de l'imprimerie » ; sinon, « les autorités réunies » étaient d*avis qu'il allât résider en dehors de la Commune du Havre.
Rousset quitta donc le château du Bée, mais ce ne fut qu'une demi-libération ; il dut, en effet, se rendre à la maison d'arrêt de Brutus-Villiers.
Le maire du Havre, en apprenant l'élargissement de Rousset^ le !• Brumaire (22 Octobre 1794), déclara au District que a pour le citoyen Rousset, ex-prêtre, il n'est venu à notre connaissance aucunes actions immorales ni aucuns faits inciviques de la part do ce citoyen (2) » ; aussi, le surlendemain, le Comité de Surveillance du Havre appuya la demande de la Municipalité en faveur de Rousset « ex-vioaire du Havre-Marat^ détenu à Brutus-Villiers (3). »•
Mais Roussel étant tombé malade sur les entrefaites, le District décida qu'il serait provisoirement transféré en son domicile au Havre-Marat, et que la Municipalité havraise le prendrait sous sa caution jusqu'au complet rétablissement de sa santé (4).
Le 18 Brumaire, Rousset exprima le désir de sortir pour prendre l'air absolument indispensable à sa guérison ; mais l'offlcier de santé gardant le silence sur cette nécessité absolue et l'arrêté de la libération définitive de Rousset étant attendu de jour en jour, l'administration du district s'abstint de donner son opinion.
Trois semainevS plus tard, l'arrêté n'étant pas encore arrivé, Rousset demanda à habiter YHeure, Sur Tavis favorable de la Muniicipalité du Havre (6 Frimaire) (5) et avec l'autorisation du District (12 Primaire), la Municipalité de l'Heure reçut Rousset sous sa surveillance.
Bientôt la Convention, revenant à des idées dapaisement et
(1) Archives départementales. — Section N. — Registre des Arrêtés et Délibérations du district de Brutus-Villiers.
(2) Archives municipales. — Copie de Lettres.
(3) Archives départementales. — Section N. — District de Montlvilliers. — Police générale.
W Archives' départementales. — Délibérations du district. Archives municipales. — Délibérations du 16 Brumaire an UI. (5} Archives mimicipales. -« Registre des Déiaiérations.
désireuse de satisfaire aux vœux réitérés des populations, pjPomuK gua le 3 Ventôse an III (21 Février 1795) une loi qui reconnaissait aux citoyens le droit d*exercer leur culte et d*en user, à condition qu*il ne se ferait aucune cérémonie extérieure et que le gouvernement ne serait obligé ni de payer ni de loger les ministres. A la faveur de cette loi, « plusieurs habitants de la section de l'Est de la Commune du Havre » demandèrent et obtinrent, quelques mois après, Tautorisation de célébrer « le culte catholique, apostolique, romain » dans Téglise Saint-François ; mais comme, d'après l'article III de la loi, aucun local n'était fourni pour l'exercice du culte, les pétitionnaires eurent la charge d'entretenir l'église et de la réparer (1). Cet édiflce était alors dans le plus lamentable état. Néanmoins l'architecte reçut l'ordre d'abandonner même les travaux en cours d'exécution (2).
Rouaset devint curé constitutionnel de Saint^François, et il administra cette paroisse jusqu'à la réorganisation du culte en 1802 (3).
(1) Article II de la loi du 11 Prairial précédent.
(2) Archives départementales. — Section N. — District de Montivilliers. — Registre des Délibérations.
(3) Abbé Lecomte, Les é§li$e8 eê \e eWrgé du Havrt^ p. 234.