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CHAPITRE VI

Direction Danto (1848-1861) Et transformation du CoMige en Lycée (1861^1M5>

I>antUt Sauvion e^t Matinée. — Dantu (FéMx-Baptiste-François- Alexis), né à Vannes le 23 Juin 1815, était licencié es lettres et en droit, et bachelier es sciences. Il débuta à vingt ans dans la carrière de renseignement par remploi bien modeste de maître d'études au Collège royal de Rennes (!•' Octobre 1835), et fut ensuite censeur suppléant au Collège royal de Pontlvy (5 Décembre 1837), Tégeni de mathématiques au Collège de Lesneven (13 Oc* tobre 1838), en oongé (7 Novembre 1838), maître surveillant à TEcole Normale (28 Janvier 1841), censeur aux Collèges royaux de Clcrmont, Saint^mer et Vendôme (22 Septembre 1845—15 Décembre 1847). Après un congé de plusieuns mois, on le nomma censeur au Lycée de MouUns (6 Septembre 1848), puis, cinq jours après, Principal au Collège du Havre le il Septembre 1848.

Dantu s'installa dans son nouveau poste le 20 Septembre ; mais auparavant il avait eu la précaution de s'enquérir des intentions de la Municipalité havraise à l'égard de son Collège (i). A la vue de l'état déplorable dans lequel on lui livrait cet établissement,

(1) Archives municipales. — DélibéraUons, reg. XIII, fol. 22Q.

il oomprit parfaitement Timportance de la réforme qui lui incombait. Dès le premier instant, il se mit de tout oœur et donna tous ses soins à cette œuvre de régénération. Âu-dedans, le bon état matériel et moral régna bientôt ; au dehors, la méflance du public s'atténua, les préjugés tombèrent et la sympathie des familles fut assurée à la nouvelle direction. Aussi le Collège du Havre, collège de première classe et de plein exercice qui distribuait renseignement complet des Lycées depuis la classe élémentaire jusqu'à la philosophie inclusivement, pritril dès lors une extension considérable.

On ne saurait démontrer plus éloquemment que par des chiffres la rapidité avec laquelle se développa le Collège. Voici donc le tableau de la population scolaire sous Fadministration de Dantu :

Années Pensioiuiures Demi-PenaioMMirM EiteiuM T<M«1

Lie bruit de la démission de Dantu éloigna du Collège une quarantaine d'élèves au début de Tannée scolaire 1880-1861 ; mais cette crise ne fut que passagère et les vides furent vite comblés quand on constata qu'il était toujours k la tête du Collège.

Tous ces chiffres, inférieurs à l'effectif réel, puisqu'ils correspondent au nombre des élèves présents en Octobre et qu'à cette date toutes les rentrées ne sont pas encore effectuées, ces chiffres, rapprochés des soixante-quinze écoliers que Dantu compta à son arrivée au Collège, valent mieux que tout éloge pour apprécier la haute compétence de ce Principal en matière d'administration.

La bonne réputation du Collège s'établit si promptement et si solidement qu'en moins de trois ans, il fut classé au premier rang des maisons de ce genre ; il put dès lors soutenir toute comparaison sans redouter aucune concurrence.

DANTU 200

Dantu élargit ses cadres, développa ses programmes. Son ambition était de faire du Collège « le gymnase de la jeunesse havraise », une grande éoole municipale où tous les enfants de la cité recueilleraient les meilleurs fruits de l'éducation et de Tinstraction qui leur convenaient, et cela sans s'éloigner de la famille et des salutaires influences du sol natal.

Un fait qu'il importe de consigner ici, ce fut le nombre toujours croissant d'élèves étrangers qu'attira le Collège du Havre. De 1848 à 1853, le chiffre s'en éleva de 2 à 32 (10 anglais, 7 des Etats-Unis, 6 de Haïti, 3 du Brésil, 2 de la Havane, 1 de Cuba, 1 de la Côte d'Afrique, 1 allemand, 1 espagnol), et en 1855, on en inscrivit 40. A leur entrée au Collège, bon nombre de ces enfants ne savaient pas un mot de français. Pour les mettre à même de suivre les cours ,soit de latin, soit de commerce, il était de toute néces^ site qu'un maître, exclusivement attaché à eux, les initiât aux éléments de notre langue. Ce maître ne fut désigné qu'en 1855.

On était fier au Havre du bon renom du Collège auprès des étrangers. Les journaux de la localité vantaient, à plaisir, cette « petite colonie accidentellement importée sur notre sol ». Leur enthousiasme leur faisait écrire et croire que les moyens rapides de communication avaient transformé, grâce à l'océan et à la vapeur, les parties les plus éloignées du globe en des « espèces de banlieues havraises. » (1)

fï) Vofci les noms des élèves étrangers qui, de 1819 h 1855, figurèrent an Palmarès du CoUège :

Allemagne. — ■ Ollo Schwindt et Charles Dolletscheek, de Carisnihe ; Aug. Hetzel, de Bingen ; Wilhelm de Scbwartz, de Hambourg.

Angleterre. — John Austen et Edward Seyler, de Londres ; Edward Cuming, William et Georges Battams, John Rice, de Liverpooî ; G. Long, de Portsmouth : Benjamin Sproule, de Birkenhead ; James Bishop, et William Marsh, de Crewkerne ; Edmund King. de Bridgewater ; John Killingby, de Stonehouse : William Carr, de Newcaslte-on-Tyne ; RouUey Richarcfcs, de Devonport ; Thomas Rue, de Clifton ; Donald Anderson, de Greenock (Ecosse).

AniiUes, — Léonce Ernest, de Poinle-à-Pitre ; Aug. Souty, de Porto-Rico ; William Himely et Alf. Carricaburu, de la Havane ; Santiago et Emilien Danger, de Santiago-de-Cuba ; Alcée Hachard, de Saint-Pierre-Martinique.

Belgique. — Georges Gevers, d'Anvers.

Brésil. — De Carvalho Paes de Andrade ; Juan, Bernard et Raymond Lasserre, de Pemambuco ; Richard Casbley Amadie, de Bahia.

Chili. — Richard Sproule, de Valparaiso.

Côte d'Afrique. — Raphael-José Martins {i\\s d'un prince nègre de la C5led' Afrique), de Lagos.

Espagne. — José Boza, de Cadix.

Etats-Unis d'Amérique. — Thomas Bartholomew, JamcB et Jacob Wotton (fils des capitaines qui amenèrent au Havre les premiers transatlantiques) ;

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ht Collège dtt Havre^ prospérant de ptas en plus, fut officieliMMnt mis à la tète des collèges commuinaux de TEmpire. Aussi llBEQ^éralrice, voulant en 1869 donner au premier coUège de Franee un souvenir de la naissance du Prince Impérial (i), offrit une Médaille comméiBorative à rélève le plus méritant du^ CoUëge du Havre. Ce fut le jeune Jacques Courant, alors élève de rhétorique, qui obtint cette faveur unique.

En cette même année 1858, le maréchal Magnan, de passage au Havre, vint visiler le CoUège. Les élèves, rangés dajas la cour, raccu^Uérent aus cris répétés de : Vive FEmpereur ! Vive ricapéralrice ! Vive te Prince Impérial 1 Vive le Maréchal Magnan 1 Un des meilleurs collégiens; Emile HauviUe, lui lut un eompliment fort bien tourné. Après un éloge aussi pompeux que possible de* lat faoûlle impériale, il ajouta ; « Aujourd'hui qu'un soldat du Premier Empire, un héros de l'Algérie, un illustre maréchal viefit, au nom de Napoléon UI, nous honorer de sa visite, enjcoiu*ager nos efforts, nous sommes heureux d'assurer Son Excellence de notre vive admiration pour une carrière si noblement parcourue ». Le maréchal, avec une brusquerie toute militaire, interrompit celui qui le complimentait si bien, par cette exclan^.itioa : « Pas d'éloges en face I » En réponse à ce petit discours, le njaréchal adressa aux collégiens quelques bon« conseils qui furent suivis d'applaudissements enthousiastes ; puis tous, professeurs, élèves et assistants, crièrent avec le maréchal : « Vive l'Empereur ! Vive l'Impératrice I Vive le Prince Impéitial f »

Le mot de la fin n'était pas dit ; les collégiens ne l'attendirent pas longtemps. « Je suis autorisé par Monsieur le Ministre de l'Instruction publique à demander un congé de vingt-quatre heures que je prie Monsieur le Principal de vous accorder ». Après cette si éloquente péroraison, le maréchal pouvait partir. Les cris redoublèrent, et la reconnaissance mit sur les lèvres des collégiens celui de : Vive le Maréchal Magnan ! Celfe dernière acclamation- l'arrêta.

Robert Afac-Cerren (fils d*un milliardaire américain), de New-York : Albert Alling, John Hunt, Thomas Giveen, Georges Green, Henri et Charles Ringgo]d, de New-Orléans.

Haïti. — Antonin Dufour, Robert et William Scribner, Raphaël Afaugendre, Camille Verna, de Port-au-Prince ; Henry Bertrand, du Cap-Ha!tien ; James et Allrod Gardère, Nemours Saint- Amand, des Gonaïves ; Cyprien et Lucien Large, de Santiago ; Philoclès Thebaud, de Jacmel.

flollande. — Jan et Fop Smlt, de Ridderkerck ; Ed. de Jonge, de Groés.

Suisse. — Charles, Joachim et Francis Hoffmann, de Genève.

(1) Le Prince Impérial était né le 16 Mars 1856.

luifru %l

et se retournant vers les collégiens : « Mes enfants », leur dii-il, « ne criez pas Vive le Maréchal I il ne doit y avoir en France qu'un seul cri : Vive l'Empereur I »

En Mai 1860, le bruit, et il n'était que trop fondé, se répandit en ville 4|ue Dantu avait l'intention de quitter la direction du r40llège. Des devoirs impérieux et sacrés, des intérêts de famille rarracliaient à l'oeuvre à laquelle, depuis douze ans, il avait en toute vérité consacré ses forces, son cœur et sa vie. Il convient de résumer les résultats acquis par Dantu pendant la durée de son principalat.

Soixante-douae élèves furent présentés à divers examens el concours. L'un d'eux est entré à l'Ecole polytechnique avec un très bon numéro, et deux ont été admis à l'Ecole centrale dans un rang très hoaorable, soixante-deux ont conquis le diplôme de bachelier, et la plupart avec une remarquable distinction. En 1859, rélève Hippolyle Fénoux a été honoré au baccalauréat es jsciences de la mention Très-Bien, mention qui depuis plus de quinze ans n'avail pas été décernée dans le ressort académique de Caen. Ces brillants succès, en faisant honneur au zèle et au talent des professeurs, n'attestaient pas moins les bienfaits d'une direction ferme et éclairée.

Danlu avait trouvé dans rétablissement un personnel de quatoi-ze ou quinze fonctionnaires, il en porta le nombre à trentesept. Da là nécessairement une amélioration sensible des difTérents services, une surveillance plus active exercée sur le travail et sur les mœurs, un enseignement plus complet et mieux réparti. Ou doit signaler tout particulièrement Textension qu'il donna à renseignement commercial.

Malgré le surcroît de dépenses nécessitées par ces diverses transformations, le Collège atteignit un développement dont la Ville fut la première à bénéficier. La subvention municipale, qui s'était élevée antérieurement jusqu'à 32,000 francs, se trouva réduite à 22,000 francs.

La réputation du Collège du Havre s'était propagée jusqu'aux contrées les plus éloignées. Témoin le nombre de jeunes étrangers venus de tous les pays pour y recevoir les bieniaits de l'éducation, en même temps que des soins affectueux rappelant ceux de la famille.

Ce simple coup d'œil jeté sur l'administration de Dantu, explique suffisamment les regrets unanimes qu'éveilla la nouvelle

dûÊ LE COLLEGE DU HAVRE

inattendue de son départ, et les appréhensions que l'avenir de rétablissement inspira au Bureau et aux familles.

Pendant tout le séjour de Dantu au Havre, le Conseil municipal et le Bureau d'administration, à la séance où était discutée le budget du Collège, votèrent chaque anyiée les plus chaleureuses félicitations au Principal. Plusieurs fois même, la copie certifiée de ces félicitations fut adressée à TAdministration supérieure de rUniversité, et revint à Dantu chargée d'annotations bienveillantes. On vantait à la fois ou tour à tour la prospérité croissante du Collège, le maintien constant et ferme de la discipline dans la maison, puis Tadministration vigilante et éclairée, la direction habile, Tactivité constante, le zèle à toute épreuve, Tesprit d'ordre, la sagesse et l'habileté du Principal Dantu.

On conçoit donc que le maire du Havre et son Conseil, le Bureau d'administratmn du Collège, le Recteur de l'Académie, et le Ministre lui-même, aient, d'un commun accord, prié Dantu de ne pas abandonner son poste. Ebranlé par d'aussi considérables autorités, il accepta de rester encore au Collège, mais seulement pendant une année.

Dans sa séance du 25 Juillet, le Conseil municipal témoigna à Dantu toute sa satisfaction pour la détermination quMl avait prise de continuer à administrer le Collège pendant la prochaine ' année scolaire. « J'ai été heureux », écrivait le maire au Principal en lui communiquant un extrait de la délibération du Conseil, « de voir le corps municipal rendre justice au zèle et au dévouement dont vous n'avez cessé de faire preuve et qui ont si puissamment contribué à la prospérité de cet établissement. En ce qui me concerne particulièrement, je joins bien sincèrement mes félicitations et mes remerciements à ceux qu'il vous exprime ».

Vers le même temps, le Bureau d'administration souhaita à Dantu « l'une de ces hautes distinctions réservées aux existences de dévouement qui n'ont jamais reculé devant l'accomplissement du devoir, devant ces difOcultés de toutes sortes qu'entraîne l'éducation de la jeunesse ». Sans doute, le Bureau n'avait pas mission pour provoquer cette distinction honorifique, mais il considéi comme «. une obligation de conscience, un acte de justice, d'exprimer ses sentiments sous la forme d'un vœu »• Le Recteur s'associa pleinement à cette manifestation et à l'espérance que les services éminents, rendus au Collège par le Principal, recevraient prochainement la récompense que le Bureau avait été unanime

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à solliciter en sa faveur. Nous ne doutons pas que le Recteur ait efflcacement travaillé à donner satisfaction au vœu légitime du Bureau du CoUègo, car le mois suivant Dantu fut nommé chevalier de la Lfégion d'honneur à Toccasion de la fête de TEmpereur.

Obligé de se tenir presque constamment éloigné du Havre, Dantu ne fit que quelques apparitions au Collège pendant Tannée scolaire 1860-1861. Il obtint le 1" Août 1861 un congé d'inactivité, et sa retraite le 1*' Avril 1872. Nous ignorons ce qu'il devint ensuite, nous savons seulement qu'il mourut au Mont-Dore.

Ce fut le sous-principal Matinée qui, pendant les absences de Dantu, dirigea le Collège. Matinée était bien l'administrateur qu'il fallait pour suppléer Dantu. Attaché au Collège depuis plusieurs années, il avait gagné les sympathies du personnel et la confiance des enfants et des parents.

Né le 20 Janvier 1829 à Saint-LÔ (Manche), Alexandre Matinée était entré dans l'Université à 21 ans. Il avait fait ses débuts au Havre avec le titre de maître d'études (12 Avril 1850), avait été ensuite secrétaire de l'Académie de la Manche (1*' Avril 1853), sousprincipal du collège d'Avranches (19 Octobre 1854), suppléant de Logique au dit Collège (22 Septembre 1855), inspecteur primaire à Vire (28 Février 1857), régent de Logique au Collège d'Avranches (24 Mars 1857), régent des Cours spéciaux et sous-principal au Collège du Havre (7 Février 1859) et enfin suppléant de Logique au même Collège (4 Octobre 1860).

L'habileté de Matinée conjura la crise qu'on redoutait si fort pour le Collège au départ de Dantu, et prépara ainsi les voies à la prochaine transformation de l'établissement en Lycée.

Depuis plusieurs années, le Collège avait à souffrir de sa prospérité même ; les bâtiments trop exigus opposaient un obstacle insurmontable à son développement. En 1858, le Conseil d'arrondissement du Havre, envisageant cette difficulté, se demanda si le moment n'était pas venu pour le Conseil municipal d'examiner le projet d'érection du Collège en Lycée. Cette création aurait pour effet de dégrever le budget municipal et de favoriser le Collège en le plaçant sous la dépendance plus directe et l'action plus régulière du Ministère de l'Instruction publique. Mais en attendant l'installation définitive de ce Lycée, un régime transitoire allait s'imposer et on sait tous les inconvénients attachés au provisoire.

VcHCi sous quels aspects se présentait la situation. Le Collège

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ne pouvai<-il pas, par une faveur spéciale, être translonaié imraédlatement en Lycée, au moyen de rengageaient que la Vilie c<mtracterait d'édider un Lycée selon les réglemente universitaires T Le Ministre consulté répondit qu'une teiie comlMnaison était radicalement impoesible et qu'il fallait la rejeter. On n'autorisait alors la créalion d'un Lycée que dans les villes disposant de tocaux tout construits.

Cette première scriution écartée, une autre s'offrait tout naturellement, c'était de substituer à Daniu un Principal chargé oomme lui, et aux mêmes conditions» de la régie du Collège. Mais où trouver un Principal assez riche pour administrer le Collège à son compte, et surtout assez téméraire pour en accepter les chances pendant le laps de temps relativement trèe court de la transformation ? Ce fonctionnaire ne recueillerait pas, dans une gestion de trois ou quatre ans au plus, la juste rémunération des sacrifices qu'il se serait imposés pour l'achat d'un mobilier et pour l'entretien des services. Ses inquiétudes pereonnelles l'entraîneraient en outre à agir dans un sens peu favorable aux destinées du Collège, lequel subirait nécessairement le contre-coup des mécomptes réservés au nouveau Principal. Il n'y avait donc pas lieu de s'arrêter à cet expédient.

Restait un moyen terme, c'était la régie du Collège au compte de la Ville. Ce système apparaissait comme le mode de gestion le plus praticable à tous égards et n^éme le seul possible. Il avait l'avantage de garantir l'établissement contre toute mauvaise éventualité. Tel fut l'avis du Conseil municipal, qui, le 17 Juillet 1861, accepta de prendre la direction spéciale de sou Collège à partir du f Août.

Le ministre Rouland s'était montré favorable à la transformation désirée. « La création d'un Lycée au Havre », avait-il écrit au maire le 5 Juillet précédent, « répond à une nécessité évidente. Une ville qui s'est acquis une situation commerciale de premier ordre se doit à elle-même d'assurer à sa population des avantages intellectuels dignes de sa fortune. »

Enfin, s'appuyant sur le vœu fcHmulé par le Conseil municipal, les 25 Juillet 1860 et 3 Juillet 1861, de convertir le Collège communal en Lycée, et sur l'engagement pris par la Ville i* de fournir tes bâtiments conformes aux plans approuvés par le Ministre de l'Instruction publique, et garnis du mobilier usuel et scientifique déterminé par le pèglemeut du 21 Avril 1860, 2<' de saUs-

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faire aux obligations imposées par Tariieie 73 de la loi du i5 Mats 18B0 (i), rEinlf)ereuT signa à Viotiy, le 22 Juillet 4861, le décret érigeant le Collège du Havre en Lycée impérial, mais avec cette clause (|ue le Lycée ne serait organisé que lorsque les b&timents seraient Gomplètemei>t achevés.

Le Ministre, en vue de donner toute sécurité à la Ville du Havre, et d'accorder au Collège^ qu*il prenait sous sa protection, une< marque particulière de sa haute trienveillance, plaça immédiatement à la tête du Collège une administration de Lycée, qui pût puiser dans une expéfionce reopnnuei la considération nécessaire pou^ traverser sOrement la période traniùtoire et préparer Torganisation définitive. Un Proviseur, choisi parmi lea fonctionnaires les plus distingués de; cet ordre, |jOuis SoiM^km, né le 1*' Août 1815 à Marennes (Charente-Inférieure) et licencié es sciences, fut appelé à prendre la direction du Collège dès les premiers jours du mois d'Août. Il était alors Proviseur du Lycée de Brest. Le sous-principal, Matinée, déjà bien connu des familles, et des enfants qui ravaient vu allier si habilement à la science du professeur la fermeté et le tact de Tadministrateur, fut désigné, sur la demande du Bureau d'administration, pour seconder le nouveau chef avec le titre de censeur. Un agent comptable, qui remplit au Collège les mêmes fonctions que les économes dans, les Lycées impériaux, fut chargé, à partir du 1" Août, des détails de la gestion financière. Il s'appelait Charles Biot, né à Joigny (Yonne) le 8 Septembre 1831. Attaché au Collège du Havre depuis 1852 en qualité de maîtres d'études, il y était surveillant général depuis le 15 Février 1858. Ses comptes de gestion furent mal tenus, et, sur l'invitatio*! des Inspecteurs généraux, il démissionna en Mai 1864. U fut remplacé par un économe nommé Delzons.

Sauvion, dès son arrivée au Havre yer? l,e 17 Août 1861, promit au maire de faire tous ses efforts pour justifier la confiance d^t le Ministre l'honorait en lui donnant la mission d^organiser un Lycée. Il garda le personnel des professeurs, connu par de longs services et par un mérite éprouvé, et maintint la division des études en deux branches, études secondaires <et études comaier*ciales. L'enseignement secondaire fut conforme au Plan d'études

(1) Les obligations imposées aux Villes par l'art. 7a sçnt le» dépoiaes : 1« de construction et d*appropriation ; 29 de mobilier et de collections nécessaires & rensciffiiement ; 3* d'entretien ei de néperaftion des bâtiments ; 4^ de locaux et de mobilier nécessaires au pensionnât ; 5» enfin de bourses k fceder pour dU amié«B en nombre flxé de gré à gré avec le Ministre,

des Lycées, et Tensei^ement oommereiai eoatinua d'être Tobjet d'une attention «péciale. La classe primaire préparatoire, annexé^ à. rétablissaient, avait pour principal avantage d'accoutumer les enfants aux ipmcédés et aux jaaéthodes d'enseignement (pi'ils auraient plus tard à suivre dans un ordre d'études plus élevé.

Le Collège fut administré pendant quoire ans au nom de la ViUe à datéf du Id Août 1861, et la «urv^llance de la régie fut confiée pendant ce temps à une Commission du Conseil munioipaL .

L>org^msation définitive n'eut lieu qtu'après l'achèvement des nouveaux bâtiments, rue Ancelot, dans lesquels le Lycée ftit transféré te !•• Octobre 48œ. *

Le Ministre procéda alors à une nominatiori 'spéciale pour chaçlue fonctionnaire dix Lycée. Le 22 Octobre 1865, Sauvion fut officiellement nommé Proviseur, et Matinée, Censeur du Lycée.

Sauvion reçut l'année suivante la croix de la Légion d'honneur. Il quitta le Havre le 21 Septembre 1868 pour prendre la direction du Lycée d'Angers, où il mourut le 5 Mai 1871 dans l'exercice de ses fonctions.

Matinée fut nommé Proviseur suppléant du Lycée de Coutances le 23 Février 1869, puis Proviseur des Lycées de Rennes (11 Août 1869) et de Rouen (5 Décembre 1874). Ayant pris sa retraité le 12 Août 1881, il alla finir ses jours dans son pays natal. Il mourut vers 1895. . ^

Rétribution collégiale. — A partir de 1848, eu égard aux malheurs des temps, la rétribuli6n collégiale fut abaissée de 120 h iOO fr. pour* les externes, et de 60 à 50 fr. pour les pensionnaires et demi-pensionnaires.

Cettb' différence entre la rétribution payée par les externes et ceHe payée par les pensionnaires et demi-pensionnaires était une exception unique en France ; partout cette rétribution était la même pour les internes que pour les externes. En consentant à un tel sacrifice, la Ville du Havre s'était flattée de contribuer au relèvement de son Collège. Cette remise d'une portion de la rétribution était faite an profit des familfeé ; elle était comme une prime accordée à l'internat, puisqu'ainsi le prix de la pension se trouvait diminué d'autant.

En 1856, la Commission municipale du budget déclara que la marche processive du Collège était une excellente occasion pour

l'enseignement au collège 307

imposer, à tous, les élèves, internes*, et externes, une rétribution uoiformede 100 fr. Aucune décision ne fut prise alors.

L'année, suivajitBY om crut le moment venu de trancher définitivement la question dans le sens de la Commission municipale. Mais le maire, Laru^, soutint que, pour exiger une plus forte rétribution collégiale, il convenait d'attendre Tépoque où la Ville serait en mesuxe d'agrandir les locaux c|u Collège. Après avoir reconnu que cet accroissement du taux de la rétribution collégiale allait nécessairement élever d'autant les prix fixés, depuis bon nombre d'années, pour la pension et la demi-pensioni, et, qu'en outre, dans des temps encore difficiles, cette mesure porterait atteinte à la prospérité du Collège, on ajourna le vote de cette motion.

La question fut encore et enfin agitée en 1858. Le Bureau d'administration proposa, au mois de Mai, d'accroître de 50 francs, à partir 4u 1" Janvier 1859, la rétribution réclamée jusqu'à ce jour de toutes les catégories d'élèves. Le Principal, pour se dédonunager des pertes résultant de la nouvelle rétribution, sera autorisé à augmenter de 50 francs le prix de la pension et celui de la demi-pension. La rétribution devait donc être d^ 150 francs pour les élèves externes et de 100 fr. pour les élèves internes. On demanda dans rintérètdu Cellège.le maintien. du taux actuel en faveur des élèves de l'école préparatoire. Cette petite école était une pépinière fort importante de jeunes élèves, âgés de 7 à 8 ans, bien préparés pour les classes de grammaire et Ifr seotion» commerciale ; il semblait avantageux pour l'établissement de rendre l'entrée de cette école plu^ accessible aux jeunes enfants que, par économie et pour un temps, les familles plaçaient d'ordinaire dans les petites écoles de la ville:

Bref, nous n'avonô vu nulle part qUe cette rétribution ait été augmentée.

L'ENSEIGNEMENT AU COLLÈGE (Septembre 1848^ Août 1865)

Le programme d'études adopté ,paf Dantu fut, à quelques modifications près, celui de son prédécesseur. Les améjioratiop^, qu'il y introduisit, ne portèrent que sur des questions de détail. Soumis aux lois scolaires le plus possible, il sut cependant s'affranchir de quelques réformes qu'il ne jugea pas nécessaires à un fonctionnement meilleur de sa maison. II. usait d'un. droit que lui

conféra la loi du 15 Mars 1850. En vertu de TarUcle 75 (1), les Collèges pouvaient, à certaines conditions, proportionner leur développement aux ressources des villes, étendre ou varier leui* p'"'^ giumme dans la mesure des nécessités locales, et respecter les habitudes et les traditions qui tiennent au caractère et à la physionomie propres à chaque cité.

La loi du 14 juin 1854 plaça les Collèges sous la direction des Recteurs et leur confia lé soin d'y provoquer toutes les transformations utiles. Bien des fois, la question des programmes d'études fut soulevée. Convenait-il de soumettre tous les Collèges à un plan uniforme ? Après enquête, on jugea qu'il serait dangereux de prescrire à cet égard une mesure absolue, et qu'il valait mieux ne pas aller à rencontre des usages établis.

Le Bureau d'administration, consulté sur l'opportunité lîun changement de régime au Collège, se prononça toujours contre toute innovation. En maintes circonstances, il réclama la jouissance du plein exercice pour les études classiques et le maintien de l'enseignement commercial ou professionnel avec son organisation primitive.

Cours d'humanités et Cours de Commerce, telle sera jusqu'au bout la division des éludée au Collège.

Enaeionemeni classique. — Les familles étaient très favorables à renseigneiaent classique, d'ailleurs professé et étudié avec grand succès .au Collège. Chaque année, plusieurs coUégiene affrontaient les épreuves du baccalauréat es lettres et celles du baccalauréat es sciences, et les promus à ces grades se montraient dignes de la bonne et solide renonunée de leur maison.

Le plan d'études du 10 Avril 1852 vint jeter le trouble dans beaucoup de Collèges, qui, voulant conserver leur autonomie, l'adoptèrent bon gré mal gré pour la préparation aux deux baccalauréats. Ce plan, signé du Ministre Portoul, établissait dans les Lycées et les Collèges de plein ex^it^ioe trois divisions : la Division élémentaire^ la Division de grammaire et la Division supérieure.

Les Classes élémentaires mettaient l'écolier au seuil de la Sixième. L'arrêté tlu 27 Mars 1810, qui les avait instituées, n'en

(1) « LV>bjH et rétendue de renseignement dans chaque Collège communal seront délerminés, eu égard aux besoins de la localité, par le Mipistna de rinslruction publique, en Conseil supérieur, sur la proposition du Conseil munieif>al et Tavia du Conseil académique » (Art. 75).

L*ESr6B10NEWNT CU$S1QUE 300

déterminait. pas le iKombre. Plus tard, le Statut du 4 Septembre i821 en reecHiiHit 6Xi>c«68ément deux ; mais le tablea,u de la répartitjpon des études azmesé k rarrèté du 25 aaût 1840 n'en mentionnait qu'une, laSeptiièmô. C'est dans ce cadre assez vague que Ten* seignement élémentaire: s'était développé,

' Le nouveau programme attribuait à* la Huitième la langue française et les^ parties les plus faciles de sa grammaire* On consi^ dérait alors l'analyse de la langue maleraelle comme une introduction nécessaire à l'étude ésa latin.

Initié aux principes dd la grammaire par l'étude du français, Tenfant passait en Septième^ classe dont l'objet spécial était le rudiment de la langue laline.

Il était recommande aux professeurs ded deux classes élémentaires de s'attacher plus au génie môme de la langue, soit française, sbit latine, qu'aux fortnes technit^ues de la grammaire. On leur" conseilldit de faciliter leur enseignement par l'explication et la récitation des textes prescrits poiir les leçons, textes se rattachant plus iiitifnem^nt aux études grammaticales. Des exercices variés de lecture' et de calcul, puis renseignement de l'histoire sainte et de la gèogttiphie, devttieht développer chez l'enfant la réflexion, la mémoire et le raisonnement.

La Division de grammaire était commune à tous les élèves ; elle comprenait lès trois années de Sixième, de Cinquième et de Quatrième. L'enseignement de ces classes de grammaire, à quelques eibep tiens près, restait le même, toujours fbhdé comme p?rr le passé sur l'étude sinlnl*anée du français et des langues anciennes.

Dans la Ditision supérieure, les lettres et les sciences formaient ïa base de deux enseignements distincts. Les études littéraires et historiques embrassaient la troisième, la Seconde et la Rhétorique ; les éludés scientifiques avaient trois années correspondantes. Des dix Classes qui remplissaient la semaine, cinq étaient communes aux deux sections littéraire et scientifique, et au programme de ces classes figurait l'étude du français, du latin, des langues vivantes, de rhistoire et de la géographie.

Une dernière année, dite de Logique (c'était le nouveau nom donné à la Philosophie), obligatoire pour les deux catégories d'élèves, avait particulièrement pour objet « l'expositicm des opérations de l'entendement et l'application des principes généraux de l'art de penser à l'élude des sciences et des lettres ». Le Ministre

310 LE COLLÈGE DU fiAVRÊ

Forloul disait que « lés discussions historiques et philoso|>hîques conviennent peu à des enfants. Lorsque rintelligence n'est pas formée, ces recherches intempestives ne produisent que la vanité et le doute ; il est temps de couper dans sa racine un mal qui a compromis renseignement public et excité les justes aliarmes des familles ». C'^t en conséquence de ces principes qu'on retrancha de la philosophie les parties les plus noMes pour Tâme du jeune homme, la morale et la théodicée. Cette classe de Loffique conduisait aux deux baccalauréats es lettres et es sciences.

La loi de 1882 avait bien des défauts. Un des principaux était la nécessité imposée à Télëve de Quatrième de faire son ehoix^ entre les lettres et les sciences, à un ftge où il peut à peine se rendre comfyte de ses aptitudes. Cette loi ne fut d'ailleurs pds appliquée sans difliculté« En 1866, une circulaire ministérielle dut recom* mander r^beervation exacte et rigoureuse des nouveaux programmas d'enseignement. Les élèves. ocMitînuaient en eflel à se préoccuper dos anciens programmes. Le Ministre prétendait en.avoûr pour preuve la médiocrité des nésultate obtenus- aux derniers e^x^mens. Ili eat grand temps, ajoutait-il^ de combattre énergiquemenl cette fâcheuse dispo^sitloo des esprits, .qui substituerait les abus de la routine aux améliorations fécondes du régime> nouveau. Les Principaux de. Collège furent donc prié^ de bs^nir les anciens programmiez et les .manuels, de- se bien pénétrer de Tidée qui avait présidé aux réformes opérées en 1852, et de veiller. £ivec un soin scrupuleux ài la mise en pratique des méthodes et des procédés indiquas par Tinstruction générale du 16 Novembre 1854.

Une réaction ne tarda pas à se manifester contre le plan de 1852. Dè^ son arrivée au minrislère de rinstruction publique, Rouland s'efforça d'agir sur les n^éthodes. On n'a, pour s'qn convaincre, qu'à parcourir ses instructions relatives à la grammaire^ à rhisf-oire et à la géographie (1), aux langues vivantes (2) et aux sciences, (3). Puis le mouvement s'accentua, encore avec Victor Duruy, son successeur.

Six jours après sa nomination, Duruy redonna à la classe de Logique son nom de philosophie (4), en attendant l'époque très proche (5) où il reprit l'ancien programme de cette classe avec

(1) CIrculairo dos 7 Août, 3 et ti Octobre 1857, 18 Mai et 5 Octobi^ 1859.

(2) Ciroolaire du 13 Décembre 1858.

(3) Circulaire du 5 Octobre 1859.

(fl Décret du 29 Juin 1863.

(5) Arrêté du 14 Juillet 1863.

L'ENSfil<»4EMENT RELIQIBUX 811

lefif divisions : Psychologie,- logh]ue, morale et théodieée. PouTsm-^ vatïl sa réforme, Duruy décréta, le 2 Septembre 1863, que T^nsei* gherment' commun au)c classes de Sixième, Ginquiënle et Quatrième comprendrait désormais la classe de Troisième. De ce fait, la bifurcation, instittiée par 1-article 3 du décret du 10 Avril 1852, commença à partir de la classe de Seconde. Le partage mêmâ des élères des classes d'bumaftités en é&ax sections, Fone d'enseignement littéraire^ l'autre d'eneeigi^ement soientiflque, ne subsiata pas longtemps ; il fut aboli par le décret du 4 Décembre 1864.. Conr formément à ce décret, les programmes des enseignecoents litté-^ raire et scientiflque furent modiflésv Ces dispositiol»,. qui cosnpléh taient celles dé ranfiée préoédente^t se réduâsaient pour les tprogi^mmes à la simplificaticn du plan d'études de 1852;

En résumé, lès mesures apportées par Buruy constituèrent le cours normal des humanités. Les éttides scientifiques furerit ptas développées . que dans le passée On voulait que r^sprit dés élèves fût fortifté par les méthodes scientifiques en même temps qu'étendu par les enseignements littéraires. Au bout <le la pbiiosopbie« le ba^^ralauréat es lettres ; après le cour< île mathématitlues élé-» mentaires, doublé au besoin d'une classe préparatoire (1), le bacH calâuréat es sciences ; enfin les mathématiques spéciales pour les hautes études et pour les grandes écoles scientifiques : telle fut réconomie des nouveaux programmes. Aucun enfant n'eut donc plus à opter, à point nommé, entre les sciences et les lettres, et renseignement classique ne fut plus scindé. 'Wus- les 'esprits furent appelés à recevoir la même culture^ les uns jusqu'au bout défi études classiques, les autres jusqu'au mœnent où, de ttouveiles aptitudes se révélant sous llnfluence des> le^Hs scientifiques données dans les classes^ d'humanités, ils pouvaient choisir, sans 'contrainte comme. sans regret, l'étude exotusive des scianoes. . .

L'enseignement reUgLeiix.i— Pendant longtemps, l'enseignement de la religion ne fit point partie intégrante du plan d'étydes. Réservé aux seuls élèves internesi, a^çun : encouragement i;égulier ne venait le soutenir et l'animer.. C'est l'arrêté du 29. Août 1S52 qui donna à l'élude de la religion les développements jnéqessaires. Chaque année, les parents des externes furent priés de déclarer si

et). La ol^sde de matkânaatiques élémentaires ei la classe préparatoire étaient pourvues Tune et l'autre d'un enseignement littéraire au profit de ceux qui abandonnaient les études clasfiiques en Troisième et en Seconde.

318 l& COLLÈGE DU HAVRE

lewrs emfaats devaient ê4re inscnts aux cours religieux ; la même invitation fut faite aux mattres de pension, . considérés comme représentante des familles. Il y eut dès lors des eompositio&s obligatoires SUIS les matières de cet enseignement : \me composition par trimertres, la dernière ayant une valeur triple.

Les efforts des aumôniers devaient tendre non-seulement à donner aux enfants une conaasssance de la religion aussi solide, aussi exacte, aussi complète que le comporte leur âge, mais encore & leur faire contracter de bonne heure et d^ine manière durable les habitudes qu'elle commande, et. à les pénétrer profondément de tons les sentiments qu'elle inspire.

Les enfants appartenant aux cultes reconnus par les lois du pays eurent tous droit à la mèt»e vigilance, aux mêmes conseils, sous rotttorité soit dee évéques pour les oatholiquest soit de leurs consistoires pour les proteatajots.

Au Havtie, on n'avait pas attendu l'arrêté de 18B2 pour donner satisfaction aux familles qui réclamaient l'éducation religieuse pour leurs enfants. Avec les abbés Pain, Herval etFavarel, et le pasteur Poulain, les collégiens eurent des aumôniers aussi instruits que- zélés4

Les. Prix d'instruction reUgieuse figurèrent en tête du Palmarès, à partir de 1838 p^Hir les catholiques et de i84& pour les protestants.

Bi9lotare et GtograpUe. — Nous empruntons au programme des études historiques et géographiques le titre seul des matières enseignées dans chaqu/e classe :

En Huitième, l'Histoire Sainte et la Géographie élémentaire.

En Septième, l'Histoire Sainte et la Géographie de la France.

En Sixième, notions d'Histoire et de Géographie anciennes, et l'Histoire de France (première race).

En Cinquième, l'Histoire de Fronce (cofllinu«libn jiïsqu'à François V) et la Géographie physique de la France.

En Quatrième, l'Histoire de France (continuation jusqu'en 18iS), la Géographie administrative de la France.

En Troisième, l'Histoire ancienne et la Géographie générale.

En Seconde, l'Histoire du Moyen-Age, et la Géographie de l'Europe.

En Rhétorique, l'Histoire des temps modernes, et la Géographie de la France.

BCffîNOSS 313

En Logique^ résumé de. llHistoùre de Ffa»^ .et 4ç ,i^, géographie.

— Le bagage scientifique des collégiens du XIX^ siècle n'était pas bien lourd. Ainsi le Statut du 5 Mars 1847 ne leur presormi que le calcul pratique dane les bassee classes, Tarithmétique et le système métrique en Quatrième, Tarithmétique, le système métrique et la géométi-ie plane en^ Troisième, la géométrie et Talgèbre en Seconde, et enfin en Rbétorique la cosmographie.

L'arrêté du 30 Août 1852 releva un peu le niveau des éludas scientifiques. Les programmes furent: plus chargjés, au moins |k partir de la bifurcation, Exercicei^ de calcul en Huitième, Septième, Sixième et Cinquième, avec rarithmétique et la géométrie Cjn Quatrième. L'enseignement particulier à la section des lettres comprit en Troisième la géométrie et la physique, en Seconde la chimie et la cosmographie, en Rhétorique rhistoire naturelle, et en Logique rarithmétique, la géométrie et la physique. Dans chacune des trois classes de la section scientifique, on étudia la physique, la chimie, l'histoire naturelle, le dessin linéaire et d'imita^ tion ; puis spécialement, en troisième rarithiiiétique, la géo.métrie et le lever des plans, en Seconde l'algèbre, la géométrie et la trigonométrie, en Première l'arithmétique, l'algèbre, la géométrie, les courbes usuelles, le nivellement, la trigonométrie, la cosmographie et la mécanique, en Logique les mathématiques spéciales.

Le Ministre Duruy, pour restreindre le plus possible les difficultés et les anomalies du plati d'études de 1852, réforma aussi le programme scientifique. Son but (1) était de fortifier par un enseignement des sciences mieux coordomié et plus solide M culture intellectuelle des élèves de la section des lettres. D'après son programme, qui ne fut pubhé que le 24 Mars 1866, l'élève étudia en Cinquième et dans les classes inférieures le caicti! et le système métrique, en Quatrième et eh Troisième l'arithmétique et là géométrie, en Seconde l'algèbre, la géométrie et l'histoire naturelle (2* semestre), en Rhétorique la géofrnétrie et la cosmographie, et en Philosophie l'algèbre, la géométrie, la cosmographie, la physiqtre et la chimie.

Le Ministre élabora aussi avec le plus grand soin le pi'o-^ gramme destiné aux classes de mathématiques préparatoires, de mathématiques élémentaires et de mathématiques spéciales.

(1) Décret du Z Septembre et arrêté du 12 Septembre 1863.

Langues vivantes. — Danta nf^aintint t*eiiseignemetit des langues vivantes, tel que l'avaient organisé ses prédécesseurs. Ce fui seulement en novembre 1859 que, pour se conformer à une circulaire hiinidtérielle, il établit sur un plan nouveau renseignement de l'anglais au Collège ; car, en égard au petit nombre de collégiens (|ui étudiaient Tallemand, il n'y eut pas lieu d'améliorer l'enseignement de cette langue.

L'étude de l'anglais ne fut pas imposée aux élèves de la division supérieure ; le Principal se coirtenta d'insister auprès des familles sur la grande utilité pour leurs enfants dé suivre les cours d'anglais ou même d'allemand.

Les élèves de Troisième, Seconde, Rhétorique et Logique furent partagés en trois séries distinctes, d'après leur degré dMnstmction. De cette façon les classes offrirent plus d'homogénéité, renseignement fut plus profitable aux élèves et la discipline présenta moins de difficultés.

Deux heures, prises en dehors du temps consacré aux classes littéraires, furent réservées par semaine à chacun de ces cours. Puis, en raison des besoins qu'on éprouvait au Havre de familiariser de bonne heure les enfants avec la pratique de la langue anglaise, une leçon de deux heures fut concédée chaque semaine aux élèves de Quatrième.

. Dans les cours de commerce, le professeur conserva, comme par le passé, trois classes destinées aux élèves de Deuxième, Troisième et Quatrième années.

. On en^ei^nait l'italien au Collège}, maiis, quelques élèves étrangers Proliant seuls des avantages de ce cours, on le. supprima en 1850..

La. langue espi^nole convenait, sans contredit, beaucoup mieux à la oarâèxe qu'embrassait la grande majorité de la population havraisa, et cest l'utilité qu'il faut. surtout rechercher dans L'étude des langues vivantes. Déjà, dans sa séance du 5 Août 1332, le Bureau d'administration du Collège avait affirmé ses préférences pour la langue espagnole! .à cause des relations commerciales du Havre avec les anciennes possessions espagnoles d'outremer ; mais le Conseil mumcipal s'était ref usf, vu ses charges, à la création d'une chaire de cette langue.

Dans son plaa d'études, Perrus faisait grand éloge de « la langue espagnole qu'on perle au Mexique et dans la plus grande partie de l'Amérique du Sud ». Ne serait-il pas utile, aîoutail-il,

EN8SIQNSMBNT COMMBRGIAL 315

de la faire «nrtr^ dans m>fa*e système d<études 7 ir fia littérature dramatique peut, à bon droit, revendiquer Tbooneur dlavoir jadis servi de modèle à la ndire ». La Municipalité, loin de oembattre l'idée de Perrus, se déclara, en Janvier 1830, disposée à f (xiéer au Collège une cHati^ d'Espagnol ou de toute autre langue, « dès que le besoin s'en fera séHeuseinent sentir m. il est probable qu'il n'y avait pas péril en la demeure, car la chaire d'Espagnol ne fut inaugurée qu'en 1851.

Lés langues vivantes ne furent pas apprises au point de mi^ exclusivemont littéraire; comme les langues mortes, qui, ne devant point servir à réchange habituel des idées, au commerce de tous les jours, étaient surtout étudiées pour former le goét' et l'esprit des élèves. Ici l'enseignement pratique prenait la place de l'ensei» gnemont théorique, TappHcaUon orale et immédiate des rè^le&' était substituée aux exercices systémaliquemefrt calqués sur les prch cédés abstraits de la grammaim. C'était bien la pensée du Ministre Duruy, qui écrivait : <c Dans l'économie de nos études scolaires, nous enseignons à noe enfants les langues mortes pour leur apprendre & penser, les langues vivantes pour leitfr apprendre à les parler »(i). '

Enseignement commercial. — Le Ministre de Salvandy- créa, en 1847, dans les Collèges royaux et communaux un enseignement dit c< spécial », distinct de renseignement liftéraine et parallèle k cet enseignement. Les élèves furent admis à commencer ces études spéciales au sortir delà ola.^^e de Quatrième. Après la troisième et dernière année de cet enseignements le collégien poutaât sliivne, soit le cours de Mathématiques élémentaires; soit celui de Mathr'*^ matiqûes supérieures <2). Le Statut- du 5 Mars 184T précisait la na*ture, le but et les«lrmîtes de renseignement spécial. 11 était destiné à cette catégorie assei nombreuse d'enfants, qui/ aspirant* aux professions industrielles et» commerciales, n'ont pas besoiil d^achcver leurs études classiques et doivent acquérir proroptement des con»naissances pratiques qu'ils auront bientôt à applique!*. On sait que des cours spéciaux avaient' été ouverts dans plusieurs eoUèges de l'Université et étaient en pleine activité ; il ne s'agissait don^ que dô les régulariser et d'en bien déterminer renseignement.

Le programme complet des Cours spéciaux Tut fixé paf les

(1) Circulaire du 29 Septembre 1863.

(2) Slalul du 5 Mars 1847 sur Tenseignemenl des Collèges, art. VU, VÛI et X.

316 IX oouJxm m baviub

arréftés des 7 Octobre iMft et 17 Septembre 1849. Juâque^là^ le plan seulde la première année avait été publié (i).

La toi du 16 Mars 1850 considéra eei ordre d'études comme faisant si bien partie de notre système d'éducation qu'elle se contenta d'imposer au Kfinistre, par l'articie 62, robligatôon de constituer des Jury» spéciaux pour renseignement prof eesionneU Mais la même loi ayant supprimé renseignement primaire supérieur, il ne restait plus, pour représenter l'enseignement « professioanel », que l'ënseignennent appelé « commercial » dans certaines villes, et a spécial » dans rUnivermté. Le 4 Juin 1850» une CommissicMi fut instituée, sous la présidenoe de Thénard, dans le but de préparer roiiganisMioii de l'enseignement m spécial ou professioiinel », mais aucun projet ne. sortit de ses délibérations.

Au Havre, malgré le sucoéa incontestable de la seclieii comroeroiale établie au Collège, on reconnaissait qu'entre l'école primaire et rinstruotîon secondaire distribuée dans les Cc^lèges, il existait une Classe intermédiaire d'enfants pour lesquels on n'avait à peu près rien fait. Quelques hommes en France avaient bien essayé de comUeo* cette lacune^ mais soit qu'ils aient dépassé ic but, soit qu'ils ne l'aient pas atteint, tous avaient échoué ou obtenu de faiblee résultats. C'est ainsi qu'on avait vu s'élever de nombreuses ff Ecoles d'applicaiion », qui avaient dispan^eu avaient dû être supiHimées. On pensait qu'un enseignement véritablement eommeroial et industriel apporterait à cette situation un remède efficace. Pour mieux s'éclairer sur cette grave question, le Ministre de rinsbniction publique réunit les Inspecteurs généraux avant leur défjart, et, après leur avoir rappelé Pexistence du mai, il insistsa sur la néeessité de le combattre immédiatement. Faisant alhision à la suppression récente des dernières Ecoles d'application, il fit entendre que, dans l'esprit du gouvernement, 1^ Collèges devaient les remplacer et il recommanda qu'on lui signalât ceux dont la position semblerait la plus propice au développement de cette instrudion. Parmi les villes qui jouissaient' d'une population essentiellement commeroiafle et industrielle, le Havre figurait naturellement au premier rang. Les Inspecteurs généraux sonr gèoent donc à provoquer dans notre Collège la création de plusieurs chaires • d'instruction commerciale.

lie Principal Dantu, entièrement gagné à cette cause, mit tout en œuvre pour le succès de cet enseignement. Aussi le maire put-il

{!) ArréH du 21^ Septembre 1847.

ËN8t:iGl4EMENT COMMERCIAL 317

dans le disconrs qu'il prononça le 8 Août ISSO, à Tocoasion de la distribution des Prix aux Collégiens, annoncer aux famillee que TenseiguMoent professionnel allait être organisé, à la rentrée prochaine, sur une base nouvelle. Le Havre, ajoutart-il, est placé dans les cmiditions tes phis favorables pour avoir une excellente école commerciale, laqueUe pourra même devenir une « école-modèle )». Les? classete de commerce embrassèrent' quatre années au lieu de trois, qui existaient partout. Pour être admis dans la « première annëe », Tenfant devait posséder les connaissances que Ton acquiert dans les écoles primaires ou encore dans Técole préparatoire du Collège, c*est-à-dire la lecture et récriture, puis les premières notions de français, de calcul, d'histoire, de géographie e) de musique vocale. Les élèves n'entraient dans le cours immédiatement supérieur qu'après un sérieux examen de passage.

Il fut réglé qu'à l'expiration des quatre années d'étades^ les élèves seraient interrogés devant un jury composé des principalee autorités de la Ville, de négociants et de professeurs du Collège, et, s'ils étaient jugés dignes, le Ministre déUvrerait à chacun un diplôme de capacité, sorte de bax^calauréat des classes eommei^ ciales ; mais cette disposition demeura sans effet.

Les Cours commerciaux du Havre ne furent dot^s, pendant plusieurs années, que de deux chaires spéciales. Tune de langue fi-ançaise et l'autre de comptabilité et calcul. Pour satisfaire aux besoins indispensables du service, et distr^uer dans les quatre années l'enseignement prescrit par les programmes, le Principal fit appel au dévouement des professeurs de lettres, et les chargea d'une partie de l'enseignement dans ces classes.

Pour mieux assurer le succès des Cours commerciaux, le Principal Dantu, sur l'invitation des Inspecteurs généraux, demanda la création de deux chaires nouvelles, une de mathématiques appliquées et utie de français. L'enseignement professionnel, pensait-on, devait rendre plus de services au Havre qu'ailleurs. 11 était probable qu^vec des études plus fortes, plus complètes, plus pratiques, le nombre des élèves qui atteignait la centaine, augmen^ terait sensiblement. Le personnel des professeurs devenu' alors insulfîMnts l'adjonction de deux chaires donnerait à l'instruction commerciale pUis d'unité et plus de suite, conditions indispensables du succès. Après un examen approfondi de la question, on résolut de ne pas la trancher pour le moment ; on se contenta d'u^r, dans une iplus laiige mesure qu'on ne se l'était proposé

aiS LE GOUiÈGE DU HAVRE

d'abord, du concours des régents acUiellement en exercice au GQllègB.

. L^eneeignement 8>pécial eut exclusivement pour btttd'iaîUer les jeunes havrais aux diffépentes sortes d'affaines qui se traitaient dans leur cité. Bn faisant G(Hinaltre parlaiteaient la pratique des bureaux, il procura aux élèves Tavantage de les dispenser d'un stage toujours trop long dans tes maisons de commerce ou de banque.

Ainsi, le professeur de comptabilité avait à exercer ses élèves au dév6l(H>pement de toutes les phases de chaque opération commerciale : marchés pour vente et acbat de mar^andisee^ achat pour'Com|>te de commettants, réception et réalisation des coasignatione, armements, lettres de voiture, connaiss^nents, manifestes, chartes-parties, polices d'assurances, contrats & la grosse, compromis, comptes de revient des diverses marchandises ; il Ic^r expliquait aussi les changes éiriangers, les arbitrages, les opérations de banque, de ■ bourse, les bordereaux d'agents de change, le rapport de nos monnaies et, de nos poids et mesures avcQ ceux des divers pays, etc.

D'autres notions étaient encore inscrites au programme des études, soit sur le Code de Commerce et la Correspondance Commerciale Irançaise, anglaise, .allemande, espagnole, soit sur le Drpit commercial et même sur l'Economie politique.

Les études historiques et géographiques étaient exclusivement oommereiales, à partir de la deuxième année. Le professeur i^ait connaître les productions de chaque pays susceptibles d'être échangées, leur importance, leur histoire na^turelle, te moment de leur récolle, etc.

En chimie, renseignement était tout expérimental : mode d'action» des corps;, caractères qui, les distinguant eptre eux, manipulations ^ faire pour les reconnaître ou pour peser les quantités de chacun d'eux. La Ville du Havre étant le port de France où abordent le plus de matière^ .première^ de l'industrie ; potasses, salpêtres, minerais de chrome, etc., indigos, bojs de teinture, etc., on eniBeigi^aât les divers moyens de les apprécier..

Inaugurés en 1860, les Cours de Commerce offraient déjà, au bout de six mois, d'excellentâ résultats. Les aombreiix sacritifios que s'était limposés la Ville, portaient leurs fruits. .1

: Cet enseignemeftt conserva toujours son arganisatioa . pri^ mitive. Le Recteur en avait revu les prog^fw^mes avec le plus

ENSEIOlSjBM^^T COMMERCIAL 319

grand soiii av|Bint.(l6 les soumeltre définitivement à la sanction de rA^ministration ,SMpérieure. . ,

, .Un grand nombi^e d'élèyes. commerciaux, ne disposant pa^ 4j'an6 grosse ^omme de temps f^V d'argent, n'ayaient pas. la facilité d'acJjUi^er Iwrs Coujrs. Da^s. l'intérêt da ces enfants, les matières d'^nseÂg^en^ent furent distribuées de telle sort^. que chaque année d'étude formât un tout complet en soi. Si les exigences de la vie forçaient un élève à q^itter prématurément le Collège spécial, il éjta^ ainsi assuré d'en emporter, à quelque époque qu'il en sortit^ u«ç connaissances immédjatemefit utiles^ Le Principal, Dantu conseillait fortement à ses Collégiens de n'entrer diç^s les Cours spéciaux qu'au sortir des classes de grammaire, parce que c'est dans ces classes que l'esprit se pré'pàre aux autres études.

Les Cours commerciaux attiraient de tous les points du mondç une jeunesse avide de s'instruire dans nos arts, nos sciences et dans ces connaissances pratiques qu'elle ne saurait trouver ailleurs mieux que « dans une localité où tout est si propre à ouvrir l'esprit aux choses de l'industrie et du commerce ».

En Novembre 1858, la situation prospère du Collège rendit nécessaire la création d'aune chaire de rhétorique française dans les classes commerciales. Ces cours annexes étaient alors fréquentés par cent à cent vingt élèves, c'est-à-dire par plus du tiers des Collégiens. Le professeur de Logique, Béziers, avait jusque-là enseigné le Droit commercial en Quatrième année et la Rhétorique française en Troisième année ; mais, malgré une bonne volonté à toute épreuve, ce surcroît de travail lui devenait désormais impossible. Le Bureau d'administration pria la Municipalité d^ pourvoir au remplacement de Béziers par la création d'une nouvelle chaire.

Le plan d'études de 1868 n'avait pas sati^fSeiit les familles, qui désiraient toujours à côté des études classiques un nouveau régime d'enseignement. Aussi, malgré la bifurcation artificielle exigée par la loi, la bifurcation naturelle se rétaMIsdait ^ eUe-méme p6fftout par l'enseignement professionnel. Les Inspecteurs généraux, constatant l'augmentation progressive de cette partie de la population scol^re, écrivaient en iSdl au Ministre de l'Instruction publique : « C'est une marée montante, à laquelle il faut ouvrir un large lit >i. Avouons cependant que, par la timidité des essais, cet enseignement ne doona pas dans tous les établissements d'instruction secondaire les m0mes résultats satisfaisants qu'au Havre.

En Juin 1882, le ministre Rouland constitua, sous la présidence de DuB^as, une commission nombreuse et active, dont les

320 LE COLLÈGE DU ttAVRB

conclusions furent soumises à l'examen du Comité des Inspecteurs généraux et du Conseil impérial. Dès son arrivée au MSnîstère, V. Duruy reprit et continua ce travail, tl fll rédiger par les' maîtres les plus halJîles des programmes détaillés qu'il mît à l'essai à ïfartir du 2 Octobre 1868. Le Ministre attendit, pour imposer partout son plan d'études, que le Corps législatif eût accordé les ci^dits nécessaires à la transformation tant désirée. La loi et ces crédits furent votés le 21 Juin 1886, en ijiéme temps que slachevait la revision des programmes. Chaque chef de maison réglant hii-méme l'organisation des cours annexés fut prié de s'inspirer de ce prt>gramme pour mieux ordonner ses cours commerciaux.

Le nouvel enseignement professionnel, dont la durée devait être de quatre années, embrassait les facultés suivantes : Tinstruction religieuse, la langue et la littérature françaises, les langues vivantes, l'histoire et la géographie, des notions élémentaires de morale privée et publique, de législation à l'usage des agriculteurs, des conimerçants et des industriels, et d'économie industrielle et rurale, la comptabilité, la tenue^ des livres, les mathématiques appliquées, la physique, la chimie et l'histoire naturelle avec leurs applications & l'agriculture et à l'industrie, le dessin linéaire, le dessin d'ornement et le dessin d'imitation, la gymnastique el le chant. L'uniformité des nouveaux programmes ne devait pas faire obstacle aux études particulières que réclamaient les industries locales.

Notons que le programme de Duruy reproduisait textuellement celui de notre Collège. C'était le professeur Charlee Vallin qui atvait rédigé ce programnote et c'était le Proviseur Sauvion, qui l'avait présmté au Ministre,. jLe Collège du Havre ne pouvait ambitionner die plus grand honneur.

RicomiMi«€8 M punittoiift. — En dehors des Prix^ les récompeases étaient peu nombreuses. Les exemptions p^rdirrat beaucoup de l^ur crédit, le iour où les professeurs refusèrent de les accepter pour la levée des punitions. Le tableau d'honneur, placé au parloir, contenait les noms des élèves classés premiers dans les compositions. En certaines circonstances, 1^ mieux notés étaient admis à la table du Principal. En somme, les récompenses se ramenaient) pour la plupart des élèves^ à de simples compliments décernés p^r les maîtres. Gomme moyen d'action sur l'esprit des enfants, c'était maigre, parce que tout supérieur n'a pas l'adeendant

MUSIQUE VOCAI.Ë 321

moral sufflsaut pour donner un grand prix à l'éloge comme au blânœ.

L*arsenal des punitions était beaucoup mieux fourni. La puni* lion, infligée ordinairement par les maîtres d'études, était subie pendant les récréations et s'appelait Varrét ou le piquet. On vit parfois des élèves mis aux arrêta jusqu'à nomoel ardre. Une aggravation à cette peine si bizarre fut imaginée à une certaine époque ; Tenfant puni était tourné du côté du mur, avec défense expresse de regarder ses camarades jouant dans la cour.

Les professeurs employaient de préférence le pensum (verbei^ ou vers à copier, passages d'auteur à traduire) et la reienue. Ce mode de répression ne valait guère mieux que le piquet*. La petite retenue avait heu pendant la récréation de midi, et la grande retenue pendant la promenade. Le temps de )a retenue se passait à écrire sous la dictée d'un surveillant.

Ajoutons à ces punitions la veillée et la privation de sortie. Les demi-pensionnaires punis restaient le soir en étude jusqu'à huit heures, et les pensionnaires jusqu'à dix heures. Il y avait la grande et la petite sortie. La grande sortie était accordée, un Dimanche sur deux, après la Messe, et la petite sortie l'autre Dimanche après les Vêpres.

Mentionnons enfin le cachot, petit local où l'élève, enfermé un ou plusieurs jours, faisait une tâche extraordinaire, ^souvent sans profit pour son instruction. Le pain sec n'était pas non plus une chose inconnue à certains pensionnaires.

De nos jours, toutes ces punitions sont sévèrement jugées par les hygiénistes et par les pédagogues. On ne doit, d'après eux,, priver les élèves que d'une partie des récréations et encore à la condition d'y apporter une extrême rései-ve. Us proclament qu'il est absurde de réduire, pour quelque étourderie ou légèreté, un malheureux enfant à ne jamais sOjTlir ni jouer avec aes condisciples. Kn outre, la copie machinale ou la dictée monotone est un supplé* nient de travail fastidieux et inutile.

Musique vocale et inatrumeolale. — Le premier arrêté, rendant l'enseignen^ent du chant obligatoire dans les Collèges royaux, porte la date du 5 Octobre 1838. Cet enseignement devait être dqnné deux fois par semaine, le dimanche et le jeudi matin, aux élèves des premières classes jusqu'à la Cinquième inclusive ment« Chaque leçon durait une heure •

â22 LE COLLÈGE DU HAVRE

Sous Fancien régime, la musique était diversement appréciée. Luther, par exemple, la recommandait fortement aux éducateurs de son temps ; il disait : « Après l'étude de la théologie doit venir celle de la musique... Il faut qu'un maître d'école sache chanter, sans quoi je ne le regarde pas même. » Pénelon, au contraire, la condamnait sévèrement. Selon lui la musique donne lieu à « des divertissements empoisonnés ».

Au commencement du XIX* siècle, on croyait à Tefflcacité de la musique dans Téducation. La propagation de renseignement du chant dans les écoles publdques, écrivait le Ministre en Mai 1845, a surtout pour but de contribuer à Tamélioration morale et intellectuelle des jeunes générations.

Au. Collège du Havre, on apprit le chant aux élèves dès 1835. Le professeur s'appelait Buziau. En 1838, Buziaufut remplacé par Lambert-Joseph Donnay, né à Sprimant (province de Liège) le 26 Avril 1801. Donnay, qui habitait le Havre depuis 1828, fut, au Collège, professeur de musique vocale et de piano, et en même temps maître de chapelle et organiste. Il trouva parmi les collégiens tous les éléments nécessaires à la formation d'un,e bonne maîtrise, qui, dans plusieurs solennités, chanta des messes en musique avec accompagnement d'orchestre.

Professeur dans les écoles communales de la Ville, organiste et maître de chapelle dans plusieurs églises, notamment à Sainte- Marie et à Notre-Dame, Donnay s'appliqua plus particulièrement à faire goûter la science musicale aux collégiens, puis aux lycéens. Il y avait quarante-huit ans qu'il s'acquittait, dans notre établissement secondaire, de ces honorables fonctions, lorsqu'il mourut, quelques instants seulement après avoir quitté sa classe au Lycée. C'était le 23 Novembre 1886.

Les Havrais proclamaient, à Tenvi, le zèle, le savoir et le désintéressement de Donnay, et le nombreux cortège, qui accompagna son convoi, rendit un hommage public aux éminentes qualités du défunt.

En 1855, en raison de la grande quantité de Collégiens qui réclamaient l'enseignement musical, Donnay s'était adjoint son ftls Anihime, qui n'avait pas encore quinze ans, mais dont le talent précoce laissait déjà deviner l'artiste que tout le Havre admire aujourd'hui.

Né à Ingouville le 28 Février 1841, Anthime Donnay est le titulaire actuel du grand-orgue de l'église Notre-Dame. Organiste distingué et compositeur de grande valeur, notre concitoyen et ancien

MUSIQUE INStRUMfeNTALÈ 323

collégien est une des gloires artistiques de sa ville natale ; il a écrit de remarquables pages de musique religieuse.

Antlîime Donnay est officier d'Académie et chevalier de rOrdre royal dlsabelle la Catholique.

A côté de la musique vocale, on cultiva au Collège, pendant plusieurs années, la musique instrumentale (1).

De 1849 & 1855, le Collège posséda une fanfare, composée de seize à ddx-huit instruments de cuivre, sans batterie. Pendant deux ou trois ans, cette fanfare se promena à travers la Ville ; mais, dans ces sorties, la phalange musicale était renforcée par Oliviei^ fils, directeur de la fanfare, qui jouait du piston, par Olivier pèr3, qui jouait du trombone, et par Gauzieux^ le professeur de clarinette^

Toute la population havraise se pressait sur le passage des jeunes musiciens. Ils traversaient la rue de La Mailleraye, parcou raient la rue au Lard (2), la rue des Viviers, la ri^e de Paris/ ot rentraient par la rue de La Mailleraye. Cette musique prêta 3oa concours dans plusieurs fêtes célébrées à la chapelle du Collège. Elle prit part aussi h certaines cérémonies : en 1848-1849, on la vit, avec son drapeau, à un grand défilé des corporations ; elle entreprit même quelques promenades en dehors de la ville. Le^ anciens Collégiens se rappellent encore avec plaisir une excursion à Honfleur, et une autre à Graville-Sainte-IIonorine dans la propriété de Lefèvre, le père du journaliste Ernest Lefèvre.

Quand la fanfare eut supprimé ses promenades, les musiciei)^ s'exerçaient en marchant autour de la cour du Collège. Les mem* bres de la fanfare étaient pris parmi les grands élèves qui payaient leurs leçons au professeur. Ils figurèrent quelques années au Palmarès sous la rubrique Musique instrumentale.

On retrouve les noms de douze de ces musiciens dans les Palmarès de 1853 et 1854. Comme signe distinctif, les jeunes artistes portaient au collet un galon d'or, et une lyre en place de palmes.

Olivier fils fut remplacé en 1855, comme professeur de musique instrumentale, par Théodore Godding, qui avait alors trente-trois ans et qui était premier cor solo au Grand-Théâtre de notre ville.

(1) Les renseignements que nous donnons sur la musique instrumentale nous ont été fournis par d'anc^ns collégiens, MM. Eugène Baudouin, Ferdinand Savalle et Léon Vallin.

(B) Aujourd'hui rue Gruchet.

Quand il quitta le Havre, Godding alla habiter Bardeaux et devint membre du Comité de la Société Saint&^Iéeile, Tune des premières Sociétés musicales de France.

Laumonier succéda à Goddiog en 1858. 11 était encore professeur au Collège, à Tépoque de sa transformation en Lycée.

LXdijcattoB pliysique. — L'éducation physique a pour but de fcvmer des hommes solides, bien équilibrés et capables de servir tour pays. La pédagogie et Thygiène sont d'acord pour travailler, à ïaide d'un endurcissement raisonnable, au développement des facultés physiques du jeune homme. Oies rejettent les petits savants uniquement bourrés de littérature ou de science, aussi bien que les clowns ne rêvant que sports et ne reconna'r.^saJit qi«e la supériorité de Vadresse, de la force et de Tagilité.

Au Collège du Havre, sous la direction de Dantu, Téducation physique comprit Tescrime, la gymnastique, les jeux, tes promenades et les exercices militaires.

LIEtocrime. ~ LEscrime est Part de manier le fleuret et Fépée. Le fleuret est Tépée d'étude et Teserime au fleuret n'est qu'un exereiee préparatoire à Tusage de Tépée.

Les Grecs et les Romains connaissaient Tescrime. Les hommes libres se livraient surtout à Tescrime militaire. Les gladiateurs avaient de véritables maîtres d'escrime, nommés lanistes^ qui leur apt>renaient tous les secrets de leur art. Pendant tout le fcfoyen- Ag^, l'escrime se réduisit à l'exercice de Képée, arme offensive, et du bouclier, arme défensive. Avec le temps, on remplaça le boucher par la dague, pour arriver, so«s Louis XFV, à Tescrime de répée seule. Les principes de cette escrime n'ont guère varié jusque no^ jours.

Ayant pour objet la défense autant que l'attaque, l'escrime répond bien à celte définition que nous devons à la Nicole de Molière :

« Elle est l'art de donner sans jamais recevoir. »

L'escrime, disent les hygiénistes, dévek^ipe Ji h» haut degré la vigueur, l'agilité, la précision des mouvements. Dans un pays où tout le monde est soldat, n'est-il pas naturel que ceux qui seront appelés i porter une épée apprennent de boone heore à s'en servir 7

LA OYMNASTIQUB 825

Auxtlion donna des leçons d'escriine au Collège dès 1880 ; ce ne fut toutefois qu*è partir de 1838 qu'il organisa complètemenl soii enseignement.

La Oyntnaatfque.' — Lia Gymnastique, c'est-à-^dire Tart d'exercer le corps pour le fortifier, tenait une grande plaoe dans Téducation des ancîeiis. PMiion voulait, & Valde des ieux physiques, donner plus de vigueur à Tàme. « Dans les exercices du corps, disaitil, nos {eunes gens se proposeront surtout d'augmenter la force morale (1) ». Les enfapts dans les palestres, les adultes et les hommes faits dan^s les gymnases, se livraient au pentathle, qui compranait le saut, la course, la lutte, le pugilat, le jet du disque ou du javeIoL

A répoque du déclin des mœurs, la gymnastique dégénéra en Grèce comme toutes les autres institutions ; les gymnases ne furent pltts que des écoles d'athlètes. Les Romains, qui les connurent alors, les dédaignèrent, et c'est seulement sous rtmpire qu'ils ouvrirent des gymnases.

Au Moyen-Age, les exercices gymnastiques furent remplacés par l'équitaticHi. Ces exercices équestres disparurent en même temps que la chevalerie. Ce fut surtout l'usage des armes à feu qui jeta sur la gymnastique le plus complet discrédit.

Les grands pédagogues du XVP siècle, Rabelais et Montaigne, réclamèrent, mais en vain, l'intervention des jeux physiques dans l'éducation de la jeunesse.

Aux XVIP et XVIIP siècles, on négligea entièrement en France la gymnastique. Ce furent Des Essarts (2) et J.-J. Rousseau (3) qui tentèrent de remettre en honneur les exercices corporels. Précisément à cette époque les gymnases se multipliaient en Angleterre et en Allemagne.

En 1818, la, gymnastique fut popularisée dans notre pays par Amoro6. La méthode de ce colonel espagnol fut perfectionnée par Laisné,. Trial, le colonel d'Argy, etc.

Des leçons de gymnastique furent données dans quelques Lycées et Collèges, de 1820 à 1840. Le ministre de l'Instruction publique, de Salvandy, chargea en 1845 une Commission d'examiner l'importance qu'il y avait lieu d'accorder à la gymnastique

(1) République, livre III, chap. XVII.

(2) Traité sur Véducation corporelle de$ entants en bas âge, 1760.

(3) Bfnile, 1768.

dans renseignement officiel. Le gros obstacle, qui était la routine scolaire, ne fut franchi que par le décret du 13 Mars 1854, qui rendit obligatoire dans les Collèges renseignement de la gymnastique. Selon l'expression du ministre Portoul, il était temps de « développer les forces physiques de la jeunesse confiée aux Lycées, et la mettre ainsi en mesure d*acoomplir sans fatigue le travail intellectuel qui lui est demandé. » On reconnaissait de toutes parts que la gymnastique a l'avantage d'habituer le corps à des mouvements méthodiques qui lui donnent une souplesse et une agilité toutes particulières. Le ministère de l'Instruction publique n'attacha luilïiAme à cet exercice qu'une médiocre importance.

Au Collège du Havre, les élèves connurent peu la gymnastique avant 1850. A partir de 1853, elle fut enseignée par un pompier volontaire de la Ville. Considérée comme un art d'agrément et no figurant pas au palmarès, la gymnastique était absolument facultative et donnait lieu à un supplément de rétribution scolaire. Les appareils appartenaient au professeur qui les entretenait à ses frais. Quand le « père Bouquetot » entra au Collège, en 1861, en qualité de professeur de gymnastique, il apporta de nouveaux perfectionnements à la méthode alors en usage, et communiqua aux collégiens le goût des exercices physiques.

Les Jeux. — Dans le principe, les élèves jouaient beaucoup el avaient des jeux extrêmement violents, dont la course et le coup de poing constituaient les principaux éléments. La balle, le sautde-mouton, la toupie, les billes, étaient cependant bien en faveur. Parmi les jeux préférés, citons les barres, qui, comme nous récrit un des plus brillants collégiens de ce temps, « faisaient la désolalion des mères, à cause de nos genoux trop fréquemment couronnés et de nos pantalons trop souvent déchirés » ; la marelle, consistant à pousser à cloche-pied un morceau de tuile dans les divers compartiments d'une figure dessinée sur le sol ; la paume, où les joueurs, divisés en deux camps, se renvoyaient une balle avec une raquette ou une masse.

A la suite de plusieurs accidents, les jeux' violents furent interdits par le Principal, et alors les élèves, surtout les grands, prirent Thabitude de passer les récréations à se promener par petits groupée le long des cours.

Le jeu cependant a de nombreux avantages ; il est plus qu'une distraction, plus même qu'un ensemble d'exercices hygiéniques. Le

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