‹ Le Colleg̀e du HavreChapitre 48 sur 54 · LB8 GOIXÉ0IEN6 CÉLÈBRES · texte numérisé non relu

LB8 GOIXÉ0IEN6 CÉLÈBRES

jeunes travailleurs. C'est lui qui, pour les entraîner à Tétade de rhistoire locale, a écrit cette phrase : « La terre natale, quand on ignore les scènes dont elle a été le thé&tre, n'est que le pays ; avec le souvenir des générations passées, c'est la Patrie, n (i)

Bailliard, qui était officier de l'Instruction publique depuis 1885, fut frappé au milieu de ses livres, le 14 Mai 1895, par l'apoplexie qui l'emporta en quelques heures.

Notre concitoyen a publié d'importants travaux dans le Recueil des publications de la Société havraise d'Etudes diverses^ dans le Bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine-Intérieure, dans La Normandie littéraire^ archéologique, historique, etc., et un grand nombre de notices dans La Normandie monumentale et pittoresque.

BarUn (Charles-Henri), né au Havre le 18 Mars 1847, était fils d'un quincailher de la rue Royale. Ses succès furent plus grands fi la fin qu'au début de ses études. Reçu bachelier es lettres en 1863 et bachelier es sciences en 1864, il se prépara rapidement à l'Ecole polytechnique. A la sortie de TEcole, il fut promu sous lieutenant d'artillerie ; mais il quitta bieniôt l'armée pour entrer en quahté d'ingénieur dans une us'ine du Nord. Quand éclata la guerre de 1870, il offrit ses services à sa patrie. Réintégré à son poste d'officier d'artillerie, il se couvrit de gloire au siège d'Orléans. Dès le commencement de l'action, il reçut de graves blessures et eut deux chevaux tués sous lui. Intrépide jusqu'au bout, il ne voulut pas abandonner le champ de bataille ; mais ses forces épuisées trahirent enfin sont courage et il tomba. Il ne fut relevé qu'après cinq heures passées dans d'horribles souffrances. La conduite de ce brillant officier de vingt-trois ans fut jugée si héroïque qu'immédiatement le général Aurelles de Paladine le proposa pour la croix de la Légion d'honneur. Quand cette croix lui fut remise, il était encore très malade. Il ne se guérit que très lentement et très imparfaitement de ses blessures. Il reprit néanmoins ses travaux d'ingénieur civil, mais ses forces diminuèrent sans cesse, et, le 9 Juin 1876, H. Barbin mourait à Paris victime de son patriotisme. Quel malheur qu'il n'ait pas succombé au champ d'honneur, lui qui avait tant désiré et si bien mérité cette gloire !

(1) Résumé analytique des Travaux de la Société havraiçe d'Etudes diverses, année 1865.

Baun (Charles), né à Fécamp le 22 Décembre 1833, était flls de Constantin Bazan et de Hélène Souque. Son père (1), dont une rue du Havre porte le nom, fut successivement agréé au Tribunal de Commerce de Fécamp, suppléant du juge de paix en la même ville (1834-1841), avoué au Havre (1843-1866), conseiller municipal à partir de 1865, conseiller général en 1870, chevalier (1879) et officier (1885) de la Légion d'honneur, membre du bureau d'administration des deux Lycées (garçons et filles). Charles Bazan passa au moins trois années au Collège. En février 1865, il succéda, comme avoué, à son père. En 1875, il eut l'honneur d'être élu préaident de la Chambre des avoués, et membre du Comité d'administration de l'Association des Anciens Elèves du Collège et du Lycée du Havre.

Atteint bien jeune encore par un mal implacable, il alla, sur le conseil des médecins, demander à un climat plus doux la prolongation de ses jours. Ce fut en vain; il mourut à Schœnbrunn (Suisse) le 10 Septembre 1877, et son corps fut ramené au Havre cinq jours après.

Les amis de Charles Bazan ont gardé le meilleur souvenir de la bonté de son cœur, de la droiture et de la vivacité de son esprit.

Beauregard (François-Victor), né à Fécamp le 9 Mars 1821 et mort au Havre le 16 Septembre 1877. était un docteur en médecine qui habitait rue de Normandie (section de Graville). H eut trois flls qui firent leurs études au Collège, Gustave, Henri et PauL et qui s'illustrèrent dans la carrière qu'ils embrassèrent.

Gustave naquit à Graville le 18 Septembre 1850. Bachelier es lettres au mois d'Août 1868, il alla à Paris faire ses études de médecine. De retour au Havre, en Septembre 1875, il se livra immédiatement à l'exercice de son art. Il fut pendant quelque temps médecin titulaire et chirurgien-adjoint de l'Hôpital. A la mort de son père, il recueillit une partie de sa clientèle dans le quartier de Graville, où il avait conquis une grande popularité. Gustave Beauregard publia divers travaux, mais l'œuvre la plus importante, à laquelle il consacra plusieurs années d'études, fut l'ostéotomie. Il est mort laissant presque achevé un ouvrage sur ce sujet. Les qua-

(1) Né h Qicrbourg le 16 Août 1806, et mort au Havre le 11 Décembre 1800.

LES COLLÉÛIENS CÉLÈBRES 381

lités caractéristiques de notre savant concitoyen furent un ardent amour pour le travail et une vraie passion pour la chirurgie militante. Le docteur Gibert a éloquemment développé ces deux pensées sur la tombe de Gustave Beauregard, décédé au Havi'e, le 3 Mai 1884, avant d'avoir atteint trente^quatre ans.

Henri Beauregard, né le 6 Décembre 1851, fit ses études dans la même classe que son frère Gustave, et fut reçu bachelier la même année* mais au mois de Novembre. Il devint docteur en médecine, docteur es sciences naturelles et agrégé des Ecoles supérieures de pharmacie.

A l'Ecole supérieure de pharmacie de l'Université de Paris, il fut successivement préparateur des travaux pratiques de botanique (15 Mai 1877), maître de conférences de botanique micrographique (1879), professeur d'histoire naturelle (1889). et professeur de cryptogamie (30 Juillet 1898). Au Muséum d'Histoire naturelle, il fut aide-naturaliste (1882), puis assistant (1891) du célèbre docteur Georges Pouchet dans la direction du service de TAnatomie comparée. Il entra à l'Ecole des hautes études, le 19 Octobre 1894, comme sous-directeur du laboratoire d'Anatomie comparée.

Il fut trésorier de la Société de Biologie à Paris (1884-1897), membre de la Société Entomologique de Paris^ secrétaire général de V Association philotechnique, et chevalier de la Légion d'honneur (31 Décembre 1895).

Henri Beauregard possédait toutes les qualités distinctives du professeur de haute marque : une vaste érudition» une extrême puissance d'assimilation, une parole chaude et entraînante, et une grande affabilité.

Il étudia la vie dans les organismes unicellulaires aussi bien que dans les cétacés. Il publia des notes importantes sur la morphologie, le parasitisme, le développement et les mœurs des insectes vésicants. Il reçut pour ces travaux les plus flatteurs encouragements de l'Institut, qui constata qu'il avait « très notablement étendu nos connaissances sur le développement, les particularités caractéristiques, les habitudes des Cantharidies d'Europe ». Il se voua aussi avec une grande ardeur à l'étude des cétacés. Ses recherches furent l'objet de nombreux Mémoires cétologiques. Il fit connaître d'intéressants détails anatomiques inédits, la description de l'articulation temporo-maxillaire, la

démonstration de la véritable nature de Tambre gris (1), etc. De ses innombrables dissections, il établit un rapprochement entre les Baleinides et les Equidés (2).

En 1894, il adressa à l'Académie des Sciences un Mémoire sur Tappareil auditif chez les mammifères. La Commission, « en raison des notions d'une valeur incontestable qu'il renfermait », lui décerna le prix Bordin. Dans ce beau travail, Henri Beauregard faisait de savantes remarques sur la physiologie de Toreille, sur le rôle de la fenêtre ronde et sur celui de Tappareil de Corti.

Ses principales productions parurent dans le Journal de VAruitomie et de la Physiologie, dans les Comptes-rendus de la Société de Biologie, et dans les Annales des Sciences naturelles. Parmi les ouvrages imprimés à part, on distingue un Guide des travaux pratiques de micrographie (Paris, 1880, in-8*, en collaboration avec le D' Galippe), et Nos Bétes, Animaux utiles, Animaux nuisibles, (Paris, A Colin, 2 vol. in-4'*.) Henri Beauregard esl mort au mois de Mars 1900» à Grasse (Alpes-Maritimes).

Paul Beauregard

Paul Beauregard naquit au Havre le 13 Octobre 1853. Elève du Collège, puis du Lycée, il remporta en 1870 le prix d'honneur de philosophie (dissertation française). S'étant adonné à l'étude

(1) Vambre gris est une substance solide, de couleur grisâtre, qui exhale une odeur analogue à celle du musc. On le regarde aujourd'hui comme une sorte de concrétion morbide (calcul intestinal), formée dans les intestins d'une espèce de Cachalot.

(2) FamUle des mammifères pachydermes, ayant pour type le genre cheval.

LES COLLÉGIENS CÉLÈBRES âS3

du Droit, il devint docteur en droit et agrégé. Il fut chargé, le 13 Novembre 1876, du cours de Droit commercial à la Faculté de Douai. De 1882 à 1887, il fut agrégé à la Faculté de Droit de Paris ; il y est professeur d'Economie politique depuis le 23 décembre 1887.

Paul Beauregard a édité plusieurs ouvrages :

Du paiement avec subrogation^ ses origines en droit romain^ sa nature et ses effets en droit français. (Paris, 1876, in-8*).

Essai sur la théorie du salaire, la main-d'œuvre et son prix (Paris, 1887, in-8» de 414 p.).

Impôt sur le revenu. (Conférence faite à Lyon en 1899, in-8'* de 30 p.)

Sur la défense du commerce français d'exportation (Conférence faite au Havre em 1899, in-8* de 48 p.).

P. Beauregard, tout en professant avec éclat l'Economie politique, est député de Paris.

Blanchard (Emile), né au Havre le 1"' Avril 1829, fit avec succès au Collège les classes de Septième, Sixième et Cinquième. En Octobre 1841» il alla à Paris pour y achever ses éludes. De retour au Havre, il choisit la carrière commerciale. Avec son ami d'enfance, Léon Brindeau, il fonda Timportante maison Brindeau et Blanchard pour le commerce des cotons. Ses aptitudes pour les affaires, en même temps que sa droiture et son afTabilité, ne tardèrent pas à lui attirer la confiance de ses concitoyens, qui l'envoyèrent siéger au Tribunal de Commerce en 1865 comme juge suppléant, et de 1866 à 1883 comme juge titulaire. Pendant une période de trois années (1889-1892)» Blanchard fut président de ce même Tribunal. Nommé le 28 Décembre 1876 membre de la Chambre de Commerce, ses électeurs lui renouvelèrent constamment son mandat. La dignité et la fermeté de son caractère, la rectitude de son jugement et l'étendue de ses connaissances juridiques donnèrent à ses décisions une autorité exceptionnelle. Les innombrables marques de sympathie, qu'il reçut au jour où il fut fait chevalier de la Légion d'honneur, prouvèrent suffisamment la considération dont il jouissait dans notre cité. Blanchard est mort au Havre le 11 Février 1904.

Brien. Deux frères, portant ce nom, furent élèves au Collège. Gustave Brien naquit au Havre le 30 Mars 1817, et son frère Emile le 3 Mai 1819.

Après la mort de F. Brunet-Debaines, en 1862* Gustave Brian, qui était architecte, fut chargé de la construction du Lycée actuel.

Brindeau (Alphée), né au Havre le 4 juin 1826, fit de solides études au Collège qu'il quitta le 1* Juin 1843 à la fin de la Rhétorique. Il est le fils de Henri Brindeau, qui, en 1843, se mit à la tête de la Société à laquelle l'éditeur Stanislas Paure céda sa maison de commerce, et qui continua à imprimer le Journal du Havre, A la mort de Henri Brindeau, la direciion de ce joumil passa d'abord au rédacteur en chef, Gustave Gaza van (1861-1870), puis à Alphée Brindeau (1870-1893)i lequel ne fit jamais de politique militante, tout en restant fidèle aux traditions républicaines de la famille.

Brindeau (Paul), neveu du précédent, né au Havre le lu Décembre 1852 fut négociant et conseiller municipal. 11 est mort le 4 Octobre 1896. Quelques semaines après, M. A. Herrenschmidt fit, en fort bons termes, Téloge du défunt dans le Rapport annuel qu'il présenta, le 6 Novembre, à l'assemblée générale des anciens élèves du Collège et du Lycée.

Brostrom (Jons-Auguste) naquit à Paris le 16 Thermidor an XI (4 Août 1803) d un père suédois, Charles-Nicolas, et d'une mère française, Marie d'Origny. En 1814, son père fut envoyé au Havre en qualité de consul général de Suède. Auguste fut mis aussitôt au Collège de notre ville et à douze ans il entrait en Cinquième. Marié au Havre le 3 Mars 1836 à Ernestine-Stéphanie Laiter, il n'obtint sa naturalisation qu'en Janvier 1840. Attaché de vieille date aux idées républicaines, Brostrom appartint pendant de nombreuses années au Conseil municipal ; il fut même adjoint au maire en 1848, et premier adjoint du 10 Août au 24 Septembre 1870.

Grâce à sa parfaite honorabilité, il rencontra en tout temps les plus vives sympathies dans toutes les clasrses de la société havraise. Pendant les troubles de 1848, sa pc^ularilé et son litre d'adjoint au maire lui facilitèrent le maintien de l'ordre dans notre cité. Un jour môme, les ouvriers des ateliers nationaux, qui travaillaient à la fameuse roule d'Or (1), s'étant révoltés, on fil appel

(1) Afln de procurer du travail aux nombreux ouvriers (près de 4.000) qui chômaient alors, on entreprit de combler le troisième fossé de ]'enceinte de la Ville, et d'ouvrir, sur l'emplacement des limites des forliflcations, une rue allant de la « Chausséi» d'Ingouville au débarcadère -. Les dépenses s élevèrent à un tel chiffre que cette rue s'appela tout d'abord la « roule d*Or » ; c'est aujourd hui la rue Jules-Lccesne.

LES COLLÉGIENS CëlÈBRES 3^5

à la Garde nationale, laquelle demeura à peu près impuissante à réprimer l'insurrection. Brostrom s'aboucha alors avec les ouvriers et les amena par de salutaires remontrances à reprendre leurs travaux.

A la fln d'Août 1870, il fut délégué par le Conseil municipal auprès du Ministre de la Guerre, le général de Palikao, pour obtenir son concours en faveur de l'organisation de la défense du Havre, et sa démarche eut un plein succès.

Bien des fois, Brostrom demanda avec instance la transformation du Perrey à l'aide d'une Société qui eût démoli la Ville en Bois pour la remplacer par des habitations confortables. W publia sur cette question une brochure intitulée : Les {ronts Ouest du Havre et leur translormalion (1).

A. Brostrom, qui fut aussi négociant-armateur, directeur des paquebots du Finistère, et agent de la Compagnie transatlantique hambourgeoise-américaine, mourut au Havre le 11 Septembre 1801, à r&g^ de quatre-vingtrhuit ans.

Son fils Georges, né au Havre le 26 Janvier 1838, passa plusieurs années au Collège, et devint plus tard agent général au Havre de la Compagnie américaine-hambourgeoise, consul général de Suède et de Norwège à Paris, et officier de la Légion d'honneur.

Bnmet-Debaines (Alfred-Louis), peintre-graveur, naquit au Havre le 5 Novembre 1845 (2). 11 fit ses études au Collège, et y apprit le dessin sous la direction de l'excellent professeur Ocbard. Brunet-Debaines, qui devint élève de C. Normand, de Maxime Lalanne et de Pils, entra le 18 Décembre 1863 à l'Ecole des Beaux-Arts. Sa première aquarelle date de 1866 ; elle est intitulée : Etude de hêtres sur la côte de Grâce. Ses premières gravures à l'eau-forle, notamment le Château de Tancarville^ furent très appréciées du m.onde artistique. 11 aborda aussi la peinture et se distingua dans cet art avec ses tableaux Un chemin creux et Une inondation.

(1) Le Havre, imp. G. Cazavan, 1866, 1 vol. in-8* de 15 p.; 2 plans.

(2) Le père d* Alfred Brunet-Dcbaines, né à Vannes en 1801, fut architecte de la Ville et de l'Arrondissement du Havre de 1839 à 1858. U éleva au Havre plusieurs constructions importantes, et en particulier l'Hôtel de Ville actuel. Le 1" Janvier 1860, il fut nommé architecte en chef de l'Hôtel des Invalides. Ce fut lui qui plaça les cendres de Napoléon dans le tombeau préparé aux Invalfdes. l\ mourut le 25 Avril 1862 H Paris (Hôtel des Invalides). A ce moment, il était chargé de construire au Havre un Lycée dont les plans lui avaient mérité les plus grands éloges du Ministère de llnstruction publique.

Notre ancien collégien a obtenu de nombreuses médailles comme dessinateur et comme graveur, et a rempoilé le prix Bouctot ; il a illustré plusieurs ouvrages sur le Havre et publié de nombreuses planches (1).

Hôtel de Ville actuel

Le Musée du Havre possède d'Alfred Brunet-Debaines : Entrée du port du Havre (dessin), Tancarville (fusain), Tancar' ville (eau-forte reproduisant le fusain de Tauteur).

Nous offrons ci-oontre une reproduction d'un dessin à la pjumo et à Tencre de Chine, ayant pour titre : Hôtel-Dieu de Paris, derniers vestiges du pont Sainl-Charles. Ce dessin a été acquis par la Ville de Rouen ; il donne une idée bien exacte de la manière de Brunet-Debaines.

Brunet-Debaines a hcibité assez longtemps Rouen, où il avait installé son atelier à la Villa des PomeroUes, dans le quartier Saint-Gervais. Depuis, il s'est retiré à la Malgue, près Toulon.

Buquei (Charles-Pascal), né au Havre le 8 Floréal an HI (27 Avril 1795), était fils de Joseph-Nicolas Buquet^ « maître de passager » du Havre à Ronfleur, et de Marie Le Rat. Il commença ses humanités à l'Ecole Secondaire du Havre, et alla à Caen se préparer à l'Ecole polytechnique, où il fut admis en 1814 ou 18Î5. Les Bourbons ayant licencié cette Ecole, Ch.-P. Buquei se rendit

(1) Cf. Vapereau. Dictionnaire des Contemporains. — De la Chavignerie et ^uvray. Dictionnaire des Artistes de VEcole {rançaise.

LES COLLÉGIENS céLÊBRËS 38*7

en Angleterre et étudia tout d'abord le Commerce ; mais se sentant plus de goût pour la littérature que pour les affaires, il se fit bientôt professeur et enseigna le français succe>S6ivement à Londres, à Dublin et à Edimbourg. Il eut Tbonneur d'occuper, et de conserver pendant une vingtaine d'années, la première chaire de langue et de littérature française, créée par les chefs de TUniver*^ silé d'Edimbourg, Walter Scott et Mackensie. Le choix du professeur était excellent, car son enseignement fut très brillant.

Ch.-P. Buquet publia, soit en français, soit en anglais, différents ouvrages de vulgarisation littéraire, des extraits de nos grands écrivains à Tusage des étudiants anglais, et aussi ses leçons spéciales. Citons notamment :

Nouveau cours de littérature^ ou Répertoire des chels-d'œuvre de Corneilley Racine^ Voltaire^ Molière, La Fontaine^ etc,^ suivi des ccmmentaires de La Harpe et précédé d'un choix des plus beaux morceaux en vers et en prose des plus célèbres écrivains français. (Edimbourg, 1826, 1 vol. in-S*» de 482 p.).

The litterary miscellany conlaining memoirs and illustrations ol British and Foreign Authors. (Le Havre, Lemale, 1830, 1 vol. in-8*» de 326 p.) (i).

Buquet (Léon) était frère du précédent. Il naquiit au Havre le 12 Mai 1808 (2). Une seule pièce le mentionne comme « élève du Collège », c'est le procès-verbal de la séance dans laquelle la Commission royale de l'Instruction publique, présidée par Cuvier, le nomma, le 30 Septembre 1820, boursier de la Ville du Havre au Collège royal de Rouen (3). Nous croyons que, si Léon Buquet passa par notre Collège, il n'y resta que peu de temps. Il fit à Rouen ses classes de Septième et de Sixième. Après un an et demi de présence au Collège royal,, on l'envoya dans une pension à Vernon ; mais ce ne fut pour lui qu'une courte halte. Le joug de la discipline pesait trop à celle nature indépendante et enthou siaste pour lui permettre de demeurer longtemps sous le même toit. Il entra dans plusieurs établissen>ents, • mais ne séjourna nulle part. Léon Buquet fut enfin placé au Havre comme commis à l'administration de la Marine, et conserva ces fonctions pendant trois ou quatre ans. A coup sûr, ce n'était pas là la carrière qui

(1) Collection E. Seguin.

[i] Archives de TEtat civil.

(3) Archives municipales .— Délibérations, reg. IV, fol. 70.

âSd LE COLLÈGE DU HAVRE

lui convenait. II se rendit à Paris, où, pendant sept ans, il (ut tour à tour poète, journaliste, auteur dramatique.

Parmi ses pièces dramatiques, on distingue La MoriCy Davi4 Rizzio, le Cadet de Gascogne.

Comme journaliste, il écrivit Histoire des débuts de 1827 ou Bévue des acteurs engagés pour cette année au théâtre du Havre, (Le Havre, 1827, 1 vol. in-8* de 31 p., anonyme). Il fut ensuite à Paris rédacteur du Monde dranuitique, de la Gazette des Théâtres, et à Bruxelles rédacteur en chef de VEmancipation. En 1837, il travailla dans la Nouvelle Minerve ; et à la fin de sa vie, rentré dans sa ville natale, il fonda le Courrier du Havre en Décembre 1839.

Outre la presse et le thé&tre, L. Buquet cultiva les muses et publia quelques recueils de poésies : Inspirations fugitives ou hommages poétiques, (Le Havre, 1828, 1 vol. in-8* de 16 p.), les Miscellanées (Paris, 1833, 1 vol. in-8* de 261 p.), et Le Voyage sur la Seine (Le Havre 1840, 1 vol. in-18* de 112 p.), qui est un chapitre d'une Normandie poétique qu'il se proposait de continuer plus tard pour Dieppe, Etretat, Saint- Valéry, Pécamp, et toute la Basse- Normandie.

Le Voyage sur la Seine est une œuvre charmante, une description poétique et vraie des bords de ce fleuve que Napoléon Bonaparte, dans une visite faite au Havre le 7 Novembre 1802, appela « la grand*rue » de Paris, Rouen et le Havre. Léon Buquet chante avec amour les gloires de la Normandie, il admire le coin de terre où il est né, il chérit son berceau. Son salut à sa ville natale est Tune de ses meilleures pages.

Voici le Havre, enfîn I dominateur des eaux

Gr&ce À François premier qui la fondait hier Entre les eaux d'un fleuve et les eaux de la mer. Et de la capitale ft peine séparée, Pour qu'ea elle plus tard Paris eût son Pirôe.

Que de nos autres ports, avec orgueil cités, La fortune pâlit, moins vaste et moins féconde I Bayonne a le Midi qui tremble h ses côtés ; Marseille a l'Orient, et le Havre a le monde I

Les sujets familiers et touchants étalent ceux que L. Buquet traitait le mieux. Romantique, mais sans exagération, il ne s'écarta jamais de la vérité ni de la nature.

LB8 axxÊsasafs célèbres 38d

Notre concitoyen est mort à QraviUe le 26 Mai 1840. Une rue du Havre porte son nom. (1).

Buys (Henri), né à Ingouville le 23 Décembre 1844, est le fils de Tancien professeur de mathématiques du Collège. Bachelier es lettres en 1863 et bachelier es sciences en 1864, il resta au Collège comme maître d'études (24 Décembre 1864). Il fut ensuite aspirantrépétiteur au Lycée Napoléon (17 Novembre 1865X maltre-répôtiteur au Lycée de Douai (18 Décembre 1867), aspirant-répétiteur au Lycée Saint-Louis (1" Mars 1869), mattre-répétiteur au dit Lycée (13 Mai 1870), surveillant général au dit Lycée (7 Novembre 1878), censeur aux Lycées de Tarbes (12 Août 1881), de Belfort (15 Mars 1883) et de Rouen (3 Août 1886), proviseur à Alençon (27 Juillet 1880), et à Chaumont (20 Août 1896).

H. Buys, qui est licencié es sciences, a pris sa retraite au mois d^Octobre 1904.

Gaumont (Pierre-Florentin) naquit à Oommerville, canton de Saint-Romain-de-Golbosc, le 24 Septembre 1795. Il passa son enfance et sa jeunesse au Havre sur la paroisse Saint-François, et commença ses études au Collège. Il alla les achever à Rouen, où, suivant Fusage du temps, il suivit en qualité d'externe du séminaire les cours du Lycée. Prêtre en 1820, il fut vicaire à Yvetot (1820-1824), doyen de Forges-les-Eaux (1824-1838) et de la Trinité de Fécamp (1838-1840). En 1840, le cardinal prince de Croy, archevêque de Rouen, se l'attacha comme vicaire général. Mgr de Bonnechose le proposa h l'Empereur pour la croix de la Légion d'honneur, et ce fut le maréchal Vaillant qui le décora au jour de l'inauguration de la statue de Napoléon V sur la place de l'Hôtel-de- Ville, à Rouen. L'abbé Caumont remplit les fonctions de vicaire général pendant trente-trois ans et sous l'administration de trois archevêques. 11 est mort à Rouen le 4 Août 1873, après avoir été quinze ans doyen du Chapitre métropolitain!.

Sa vie se passa sans bruit et sans éclat. Rien d'extraordinaire n'attira sur lui l'attention. On a dit que « son âme ressemblait à ces fleurs qui se ferment au grand jour et à l'éclat d'un soleil trop vif, et qui ne donnent qu'à l'ombre discrète leur grâce et leurs parfums ».

(1) La Biographie de L. Buquet par Félix Ribeyre, insérée dans la Revue de Normandie (années 1867 et 1868), contient plusieurs erreurs que nous avons rectifiées dans cette notice.

Ghttel (Georges-Louis-Félix), né au Havre le 6 Juillet 1850. commença de très solides études au Collège, et les termina au Lycée. En 1864, il remporta tous les prix de deuxième année des Cours spéciaux. Bachelier es sciences (mention Assez Bien) en Août 1867, Georges Châtel se mit immédiaiemont au service de T Université. Le 1* Octobre 1867, il fut aspirant-répétiteur au Lycée du Havre, mais sans nomination officielle. Elève de TEcole normale de Cluny en Décembre 1868, il fut^ à sa sortie de TEcole, nommé maître-répétiteur au Lycée du Havre (i*' Octobre 1870). G. Châtel est un des rares universitaires qui ont la joie de passer toute leur carrière dans leur ville natale et dans rétablissement qui les a élevés. Chargé du Cours de Mathématiques dans TEnseignement Spécial (arrêté du 8 Novembre 1872), il devint professeur agrégé en 1881.

Notre modeste et sympathique collègue continue à former de bons mathématiciens. Ses anciens camarades du Collège et ses anciens élèves du Lycée lui ont fait Thonneur de Télire, de 1896 à 1898, président de leur Association amicale.

CherlUs (Désiré-Abraham), né à Bolbec le 8 Mai 1835, fit toutes ses classes au Collège, et il les fit brillamment. Dans la suite* il fut à la fois publiciste, auteur dramatique et inventeur.

Il collabora au Courrier du Havre de 1869 à 1871, et m Journal du Havre depuis 1871 jusqu'à la fin de Tannée 1896, époque à laquelle son état de santé Tobligea à renoncer au journalisme quotidien. Il fut aussi rédacteur en chef de la Chronique Normande (1880-1884).

Désiré Cherflls a donné au théâtre, sous son nom ou sous le preudonyme d'Essai, les pièces suivantes :

Les Quand et les Siy réponse à la lettre de M. Alexandre Dumas fils (Paris, 1872, in-8*^) ;

Deux diplomates, comédie en un acte en prose (plusieurs éditions, dont la première en 1874, 1 vol in-8") ;

Paul Durand, comédie en trois actes en prose (première édition en 1874, 1 vol. in-8*) ;

La dernière idée de Richelieu, comédie en un acte en prose (Paris, 1878, in-8») ;

Au galop, comédie en un acte en prose. (Le Havre, 1889, in-8" ,de 23 p.)

Il a écrit aussi le livret de Fanlik, drame lyrique du compositeur Frédéric Le Rey, créé au Casino Prascati.

D. Cherfils s'intéressait vivement aux questions scientifiques. 11 étudia notamment un projet de substitution de l'essence minérale au charbon dans Talimentation des machines, et, à l'Exposition internationale du Havre en 1868, il obtint une médaille d'or pour son projet d'emploi du pétrole vaporisé au chauffage des steamers. 11 imagina précisément un système de chaudière pour ce mode de chauffage, invention pour laquelle il reçut une médaille de bronze. Cherfils avait donc prévu, trente ans à l'avance, l'avenir du moteur à pétrole, qui, à l'heure actuelle, tient une place si importante dans l'industrie. On lui doit enfln une applique de sauvetage, un étançon métallique, un moteur électro-magnétique.

Quand mourut Désiré Cherfils le 25 Avril 1903 sa mauvaise santé le tenait, depuis déjà longtemps, éloigné de la vie active.

Chouquet (Gustave), né au Havre le 16 Avril 1819, devint un célèbre musicographe. On a dit que son père fut banquier et perdit sa fortune en cherchant à créer le chemin de fer de Paris à la mer. En 1840, G. Chouquet alla à New-York, où il enseigna la littérature française et fit paraître quelques ouvrages d'éduca-

Gustave Chouquet

tion. Sa santé l'ayant obligé, au bout de vingt ans, à rentrer en France, il se fixa à Paris et écrivit les paroles d'un grand nombre de romances. En même temps, il collabora activement à la France musicale, à VArt musical, au Dictionary of music and musicians (London, 1878 et suiv.), et fut attaché à la rédaction du Dictionnaire des Beaux-Arts, publié par l'Institut.

En 1864 et 1868, G. Chouquet obtint de TAcadéroie des Beaux- Arts le prix Bordin pour son Histoire de la musique depuis le XIV* siècle jusqu'à la fin du XVII\ et pour son Histoire de la musique dram^aiique en France. Ces deux sujets avaient été mis au concours. G. Chouquet réunit plus tard ces travaux sous le titre : Histoire de la musique dramMique en France, depuis ses origines jusqu'à nos jours, (Paris, Firmin Didot, 1873, 1 vol. in-8*.'

Notre compatriote était connu comme un des plus élégants auteurs de la poésie de^ cantates du prix de Rome, et comme lo premier de nos poètes orphéoniques. On appréciait dans la presse musicale son talent de critique aussi éclairé qu'indépendant et impartial, et d'écrivain plein de distinction. Son Hymne à la Paix remporta, en 1867, te prix de poésie au concours de l'Exposition universelle.

Comme conservateur du musée instrumental du Conservatoire, il publia ces deux ouvrages :

Le Musée du Conservatoire national de musique, catalogue descriptif et raisonné, (Paris 1875 et 1884, 1 vol in-8') ;

Les instruments de musique et les éditions musicales. (Paris, 1880, 1 vol. in^«.)

G. Chouquet, qui était décoré de la Légion d'honneur, est mort à Paris le 30 Janvier 1886.

Ciochel (Jean-Benoît-Désiré), né à Sanvic le 7 Mars 1812 (1), fut un des plus remarquables archéologues du XIX* siècle. Son père, Jean Marie Cochet, gardien de la batterie de la Briqueterie (ou des Huguenots), était un brave artilleur qui avait tiré le premier coup de canon au siège de Toulon, et qui avait été décoré pour sa belle conduite à ce siège. Sa mère s'appelait Victoire- Pélagie Poidevîw. ,

En Janvier 1814, Jean Cochet fut envoyé à Etretat pour surveiller les trois batteries de ce pays. C'est là que s'écoula l'enfance de son fils. A quatorze ans, le jeun^ Cochet revint au Havre et trouva dans l'abbé Robin, curé de Notre-Dame et futur évoque de Bayeux, un protecteur éclairé et généreux. Ce prêtre le mit en Cinquième au Collège. Le régent de cette classe était alors Langlois, un excellent humaniste. De 1827 à 1831, Cochet acheva ses études au petit sémi-

(1) Il ne reste de la maison, où est né Tabbé Cochet, qu'une très petite partie. rtP« T.Hi^S^'^'/*^^,^*® lYS *^ territoire annexé depuis au Havre, était située ru<î des Tuileries (aujourd'hui rue Guillemaid), n" 3 et 5.

naiire du Mont-aux-Malades^ près Rouen. Il alla ensuite au Grand Séminaire faire sa théologie et se préparer aux Ordres. Prêtre le 28 Mai 1836, il fut vicaire à Saint-François du Havre (28 Mai 1836- 24 Octobre 1840), premier vicaire à Sarint-Remi de Dieppe (1840- 1842), aumônier du Collège royal de Rouen (1* Avril 1842l*' Février 1846), et enfin prêtre habitué à Saint-Jacques de Dieppe pendant vingt-neuf ans. Chevalier de la Légion d'honneur (1855), Tabbé Cochet est mort à Rouen le 1" Juin 1875. On sait qu'il avait été question de lui confier Taumônerie du Collège du Havre.

L'Abbé Cochet

L'abbé Cochet fit partie de plusieurs groupes d'érudits : il fut membre résidant de l'Académie de Rouen (1842), membre du Comité des travaux hisloniques et des Sociétés savantes (1843), inspecteur des monuments historiques (1849), membre de la Société des Antiquaires de France (1853), membre correspondant de l'Institut (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), nommé le 16 Décembre 1864 par 29 voix sur 30 votants.

A sa mort, les journaux, les revues, les sociétés savantes, etc., tant en France qu'à l'étranger et principalement en Angleterre, où

394 tE COUÊOE DU HAVRE

la Société des Antiquaires de Londres le proclamait a le premier des antiquaires français », ont rendu à la mémoire du célèbre archéologue Thommage qu'elle mérite.

Une souscription, ouverte pour lui élever un tombeau au Cimetière monumental à Rouen, rapporta près de 12.000 francs. Avec cette somme, le Comité d'érection du monument fit construire, sur les dessins de Tarchitecte Sauvageot, un édicule au cimetière, exécuter un» buste par Iselin et frapper une médaille par Chaplain. Cette médaille, du module de 50 millimètres, fut offerte à divers Musées, et aussi à quelques établissements qui étaient chers à Tabbé Cochet. Le Lycée du Havre ne fut pas oublié dans celte distribution. M. Brianchon, membre du Comité, en adressa une au proviseur A. Lecœur, qui l'accepta avec grande joie : « C'est un grand honneur pour le Collège du Havre et le Lycée qui lui a succédé de pouvoir compter, au nombre des anciens élèves de la maison, un homme aussi distingué que M. TAbbé Cochet. Nous recevons donc avec une pieuse reconnaissance la médaille que vous avez bien voulu nous envoyer, et je vous prie d'agréer, pour vous et le Comité que vous représentez, nos sincères et vifs remerciements. » (1)

M. Brianchon avait été bien inspiré en nous faisant hommage de cette médaille, car Cochet ne nous appartenait pas à demi. Je suis cf havrais de naissance et de cœur » avait-il écrit, le 10 Mars 1854, à Ch. Vesque.

L'œuvre de l'abbé Cochet comprend au moins 150 volumes ou brochures, et une foule d'articles de journaux et de revues. Nous saluons, sans doute, dans notre compatriote, l'historien de nos vieilles églises, mais sa gloire vient surtout de ses découvertes souterraines. Il a créé : 1* l'archéologie gallo-romaine, franque ou mérovingienne, et 2"* la science de l'archéologie sépulcrale. C'est donc un des plus illustres enfants de notre cité, et la Municipalité havraise l'a publiquement reconnu le jour où elle a donné à une de ses rues le nom de l'abbé Cochet. (2)

Courant (Jacques) naquit le 21 Novembre 1839 à Ingouville, rue de la Côte. Mis au Collège dans la classe de Septième (Octobre 1851), il remporta pendant toutes ses études de grands

(1) Lettre de M. A Lecœur, proviseur du Lycée du Havre, À M. Brianchon, en date du 12 Septembre 1878.

(2) On trouve la Bibliographie complète des travaux de Tabbé Cochet, soit dans le Polybiblion de 1875 (tome XIH), soit dans Touvrage de Marcelin Blanadet (Mai 1885, grand in-8' de XVI.208 p.)

succès. Nous avons rappelé (i) la distinction honorifique dont il fut Tobjet au commencement de Tannée 1858. Kn souvenir de la naissance du prince impérial, une médaille fut décernée au meilleur élève du Collège du Havre ; cet élève était J. Courant, alors en rhétorique. En présence des autorités constituées de notre ville, et aux applaudissements d'un nombreux public et de tous les collégiens rangés dans la cour d'honneur, le Principal remit cette médaille à J. Courant. H rappela en termes bien affectueux les mérites du lauréat, et ne craignit pas de le proposer comme modèle à tous ses condisciples.

Après être passé par l'Ecole centrale, J. Courant entra dans l'industrie et s'associa aux travaux de son père, Francis Courant, qui dirigeait la filature du quartier de Graville. Ses vastes connaissances lui permirent d'être membre de la Chambre de Commerce, de 1872 à 1879, conseiller municipal (22 Novembre 1874) et troisième adjoint au maire (26 Décembre 1874). Réélu conseiller municipal le 6 Janvier 1878, il démissionna en Avril 1879 pour se consacrer exclusivement à la filature de son père, qui était mort en 1873.

Nature éminemment artistique, J. Courant avait pour la musique une vraie passion. Il fut membre actif des sociétés Sainte-Cécile et La Lyre havraise^ et membre honoraire de plusieurs sociétés lyriques.

Très affable et très accueillant, J. Courant avait conquis de bonne heure d'unanimes sympathies. D'une générosité inépuisable, il venait toujours en) aide à ses amis dans la gêne et aux malheureux dans le besoin. Il aimait ses ouvriers et en était aimé. Homme de bien, grand cœur, noble esprit, modèle des amis, on ne connaissait à J. Courant que des qualités. Il est mort au Havre le 28 Novembre 1889.

Gourant (Maurice-Francris-Auguste), i>é au Havre le 8 Novembre 1847, est le frère du précédent. Il arriva au Collège en 1858 et y était encore en 1862. Il termina ses études au Lycée Louis-le-Grand, à Paris. Montrant de grandes dispositions pour la peinture, il entra en 1866 dans l'atelier de Meissonier, perfectiionna Ises aptitudes artistiques et devint un peintre de marine tout à fait remarquable. A peine âgé de vingt-trois ans, il obtint une médaille au Salon de 1870, pour son beau tableau : la

(1) Voir plus haut, p. 300.

Lande d'Aigremont. Le Musée du Havre possède quelques toiles Je Maurice Courant, dons gracieux de l'auteur ; mais nous préférons les nïarines suivantes dont quelques-unes ont été vulgarisées par la gravure :

Gros temp$, — Marine, — Marée montante, — Avant le grain. — La roche aux mouettes, — Le calme, — Au port. — La barque à Goddebi, — La barque de pèche, — Le retour des crevettiers. — A Vouvert du port, — Dans Vavant-port. — Le vieux bassin au crépuscule.

Maurice Courant habite Paris ; mais il vient fréquemment au Havre. C'est là, d'ailleurs, et dans les environs qu'il a pris le sujet d'un grand nombre de ses tableaux.

Nous reproduisons le Retour des crevettiers. C'est un croquis à la plume fait de cette toile par l'auteur luîHfnême.

Crampon (Alfred), né au Havre le 8 Jaavier 1823, était fils de Jean-Jacques-Pierre Crampon, marchand-drapier, qui inventa « un habit sans couture ayant la physionomie d'un crapaud », et qui se fit surtout connaître comme professeur de magnétisme. Il écrivit sur ce sujet, en i827, une brochure (1) dans laquelle il déclarait qu'ayant soixante-cinq ans, il avait guéri plus de quatre cents personnes par le magnétisme (2). Alfred Crampon fut un excellent collégierx, qui, ses éludes terminées, ne goûta pas la profession de son père, soit comme tailleur d'habits, soit encore moins comme professeur de magnétisme. Préférant le journalisme, il devint, en 1847 et 1848, rédacteur de la chronique locale au Courrier du Havre. Le 11 Mars 1848, A. Crampon se mit sur les rangs pour aller représenter le Havre à l'Assemblée nationale. C'était de sa part une témérité que d'ailleurs il avoua implicitement dans sa profession de foi. « Toutes les oppositions, écrivait-il, toutes les répugnances, tous les embarras que vont me susciter ma jeunesse et la profonde obscurité qui m'entoure, je les prévois, je les comprends. Bien plus, je les appelle et je demande la lutte (3). » Sa cai^didature ne fut pQînt appuyée, et Crampon dut renoncer à un combat dont il ne pouvait sortir victorieux. A cette époque, il était directeur d'un journal hebdomadaire, intitulé Le Havre, qui ne vécut que deux ans du 5 Juin 1847 au !•' Juillet 1849.

(1) Le magnétisme animal à Vusage des gens du monde. Au Havre chez Chapelle, Ir vol. in-8* de 79 p. (Collection Seguin).

(2) Ibid, p. 40-41.

(3) Collection Seguin.

mm

■/hilf ■ ■/ ;V' h II I Av.

lJl

A. Crampon quitta le Havre pour Paris, où il rédigea des journaux financiers et édita un volume sur La Bourse de Paris,

Delange (Adolphe) naquit au Havre le 14 Janvier 1819. H flt des études brillantes au Collège où il les commença, à l'institution ecclésiastique dTvetot où il les continua, et à Caen où il les termina comme élève de Jules Simon, professeur de philosophie au Collège royal de celte ville pendant Tannée scolaire 1836-1837. Il flt son droit à Caen et s'inscrivit comme avocat au Havre, après avoir prêté le serment professionnel le 12 Août 1841. Il n'avait que vingt-deux ans. Delange tint la promesse qu'annonçaient ses débuts, car douze ans après, il occupait la première place au barreau du Havre. Doué d'un organe remarquable, d'une élocution nette et chaleureuse, et d'une compréhension» rapide des affaires, notre concitoyen fut certainement un des plus grands orateurs du barreau français. B&tonnier très jeune encore, une terrible maladie vint le frapper en 1866 dans toute la force de son talent, et le contraiindre à se démettre de ses fonctions. Il se retira à Caen où il mourut le 21 Août 1868 .Ses restes ont été ramenés au Havre.

Delavigne (Casimir-Jean-François), né au Havre le 4 Avril 1793 sur la Barre-Solier (1), entre la rue Dauphine et la rue du Petit- Croissant, était fils de L<ouis-Augustin-Anselme Delavigne, négociant et fabriquant de faïence, et de Catherine-Louise Leconte.

L'enfant fut conduit tout jeune à l'éoole de l'abbé Tnipel, rue de la Gaffe ; c'est là qu'il apprit à lire et à écrire, et qu'il commença ses humanités. D'une santé bien délicate et d'une intelligence bien ordinaire, Casimir ne se distingua de ses condisciples que par la douceur de son caractère et son application à l'étude. On soupçonnait si peu l'avenir réservé à ce jeune éciriier, rêveur et timide, que son père lui dit un jour, on devine sur quel ton : « Toi, mon pauvre Casimir, tu continueras mon commerce de faïence. »

Sa famille étant allée habiter Paris, Casimir fut placé à l'institution Ruinet, et suivit, en qualité d'externe, les cours du L ycée Napolécm (aujourd'hui Lycée Henri IV). Il n'avait que dix ans. Là encore, comme chez l'abbé Trupel, l'enfant travailla beaucoup, mais sans succès. « C'est un excellent garçon, » déclaraient ses professeurs, « mais c'est une nature rebelle à l'instruction. »

(1) Aujourd'hui quai Casimir-Delavigne.

â9â LE COLLÈGE DU HAVRE

Quatre ans après, un changement s'opéra soudain dans tout son être. « Ses facultés se développèrent d'une manière extraordinaire, et, en quelques mois, il devint un des meilleurs écoliers de son temps (1). » Il obtint même, en 1809 et 1810 plusieurs nominations au Concours général des Lycées.

Casimir aimait les vers et s'exerçait parfois à en faire ; ces essais révélèrent en lui la vocation poétique. Etant encore au Lycée, il composa sur la naissance du roi de Rome (20 Mars 1811) une ode qui fut très remarquée et dont le Moniteur cita quelques vers avec éloge.

L'année suivante, Casimir vint respirer l'air natal pendant quelques jours ; mais il fut vivement impressionné en apercevant la rade du Havre couverte de bâtiments ennemis sur lesquel^ flottait le pavillon anglais. A cette vue, le sang lui reflua au cœur. Il avait dix-neuf ans et pas de santé. « Mon bras* se dit-il, serait d'un faible secours pour la France ; je n'ai de forts que le cœur et la pensée ; je les voue l'un et l'autre à mon pays. Je chanterai sa gloire. »

Quand Casimir eut atteint sa vingtième année, il fut convié, avec ses jeunes compatriotes havrais, à paraître devant le Conseil de révision séant à Rouen. Tous ses camarades, dans le but de le faire exempter du service militaire, signèrent une pétition dans laquelle ils sollicitaient le re^ivoi de Casimir dans ses foyers, comme étant faible et sourd. Faible, if l'était encore un peu, mais pas assez pour ne pas être soldat ; sourd, oh I il ne l'était pas du tout. Casimir fut réformé. Ce trait de générosité montre l'affection vive que lui portaient ses amis d'enfance, puisqu'ils s'exposaient à partir & sa place, et leur noble désintéressement fait autant d'honneur aux uns qu'à l'autre. Casimir garda toute sa vie le meilleur souvenir du témoignage d'amitié qu'il avait reçu en cette circonstance.

Désormais libre de tout son temps, notre concitoyen continua avec une ardeur nouvelle ses études favorites. Quand on sut, au Havre, le triomphe qui avait suivi la première représentation des Vêpres Siciliennes (20 Octobre 1819), le Conseil municipal vota à Casimir Delavigne des félicitations que le maire lui transmit en les accompagnant des affectueux compliments de l'abbé Houlier, Principal du Collège.

(1) Paroles de son frère Germain.

Casimir Delavigne répondit, le 24 Novembre, par cette belle lettre que n'a citée aucun de ses biographes :

« Monsieur, je ne puis vous exprimer combien j'ai été sensible au souvenir de Messieurs les membres du Conseil municipal de la Ville du Havre, dont vous avez bien voulu être l'organe auprès de moi. Les félicitations qu'ils ont daigné m'adresser m'ont rendu plus précieux encore un succès que je dois à l'indulgence du public. Elles m'ont pénétré de la plus vive gratitude. Aucun suffrage ne pouvait être pour moi plus flatteur que celui de mes concitoyens et toute mon ambition sera de le mériter à l'avenir et de justifier l'estime dont ils veulent bien m'honorer. Il m'est doux de me rappeler que j'ai reçu sous leurs yeux mes premières leçons et je n'oublierai jamais ce que je dois aux conseils du respectable M. Houlier » (1).

Des sentiments si noblement exprimés encouragèrent la Municipalité à recourir au talent de Casimir Delavigne» toutes les fois que l'occasion s'en présenta. Ainsi quand elle fit édifier une nouvelle salle de spectacle, le maire pria, le 3 Janvier 1823, Casimir Delavigne et Ancelot, de collaborer à la composition d'une pièce de poésie, qui serait lue à la cérémonie d'ouverture de cette salle. « Dans une semblable circonstance », écrivait le maire à Casimir Delavigne, « la ville du Havre, fière des palmes cueillies par ses enfants, doit éviter de marquer par son choix une préférence qui pourrait avoir quelque chose de blessant pour l'un d'eux. M. Ancelot ayant aussi illustré sa patrie par des ouvrages dramatiques, j'ai dû réclamer son obligeance et je me suis flatté que vous ne refuseriez pas l'un et l'autre de mettre vos talents en commun pour concourir aux plaisirs de vos concitoyens (2). »

On sait que Casimir Delavigne seul répondit à cette invitation - L'inauguration du théâtre eut lieu le 25 Août 1823. Les vers du poète, pleins de verve et d'esprit en même temps que de l'amour du sol natal, furent unanimement applaudis. Des acclamations saluaient chaque vers. Réclamé à grands cris par les auditeurs, Casimir Delavigne, toujours timide, semblait sourd à leur appel. lae maire Bégouen-Demeaux dut le prendre et le présenter presque malgré lui à ses admirateurs. Attendri jusqu'aux larmes, Casimir dit à un ami : « Je n'ai jamais été aussi heureux qu'aujourd'hui ».

(1) Archives municipales.

9) ilfid. — CoplQ de UUree, reg. XXVII, fol. Zi.

Et pourtant Paris ne lui avait pas ménagé les bravos. Sans doute, mais ici, ajouta-t-il, « ce sont des mains havraises qui battent ». î^ lendemain* le discours fut relu au milieu des mêmes transports ; la scène fut jonchée de couronnes. Mais Casimir Delavigne n'était plus là ; il s'était soustrait à cette nouvelle ovation.

Notre poète reçut toujours le meilleur accueil au Havre. Aussi y revenait-il avec bonheur, et, quand il en était éloigné, il en partait avec amour. La Seine coulait au bas de la terrasse de la propriété qu'il habitait à Vernon. A la vue des bateaux chargés de

Casimir Delavigne

passagers qui descendaient le fleuve et semblaient naviguer vers son embouchure, il s'écriait : « Ils sont heureux, ils vont au Havre !» Si le touriste, qui gravit la côte d'Ingouville, admire le ma gnifique panorama qui se déroule sous ses yeux, radmiration du havrais est plus grande encore. Au souvenir de ce spectacle, Casimir Delavigne écrivit ces vers dans un élan de poétique enthousiasme :

Charmante ville I

Elle /ul mon berceau : doux climat, sol fertile, D'aimables habitants... un site 1 ah 1 quel tableau I Apr^ Constantinople il n'est rien d'aussi beau I

LÉ8 COLLéoiGNS céttlBIiES 401

Ceux qui ont cité ces vers pour s'en moquer oubliaient trop facilement qu^ils sont extraits d'un dialogue familier, où deux vieux bourgeois, dans YEcole des Vieillards, échangent leurs souvenirs.

Pourquoi sa ville nalale n'eût-elle pas été sa ville de prédilection 7 Elle suivait si affectueusement Casimir Delavigne dans sa carrière et dans ses succès I Elle s'enorgueillissait tant de sa gloire, dont l'éclat se reflétait sur elle ! Vos concitoyens, lui écrivait le maire en Septembre 1829 après la première représentation do Marina Paliero, a vos concitoyens semblent participer en quelque sorte aux palmes que vous recueillez » (1).

JBn 1841, Casimir Delavigne vint au Havre pour la dernière fois. Accompagné de sa femme et de son fils, il espérait que -l'air natal aurait sur sa santé bien ébranlée une influence salutaire. Quand il quitta ses amis du Havre pour retourner à Paris, il ne se doutait guère qu'il ne les reverrait plus, a Ah I je reviendrai avec ma femme et mon fils m'établir au milieu de vous, et ce sera bientôt ; je veux passer ici mes dernières années sur les bords de cette mer qui m'a vu naître et où j'espère mourir. »

Hélas I cette suprême consolation ne lui fut pas donnée. 11 mourut à Lyon le il Décembre 1843. Ses restes furent ramenés à PariSt et inhumés le 19 Décembre. A ses obsèques, plusieurs discours furent prononcés. Un de ses compatriotes, Boursy, qui alors était conseiller d'Etat, directeur général des contributions indirectes, parla sur sa tombe au nom de la Ville du Havre.

Casimir Delavigne avait été élu membre de l'Académie française en 1825 et nommé offlcier de la Légion d'honneur en

Nous n'avons pas à analyser ioi l'œuvre du poète ; il nous faut seulement expliquer pourquoi il fut tant choyé du public, alors que Ancelot l'était si peu.

A vrai dire, les débuts de noire concitoyen furent moins littéraires que politiques, et c'est là ce qui explique surtout l'éclat do ses succès. Au lendemain des désastres de 1815, il osa, lo premier, faire entendre aux vaincus un langage de relèvement et d'espérance. Sa voix s'éleva d'abord pour exalter les victoires trop vite oubliées, et pour consoler l'héroïsme national écrasé sous le nombre à Waterloo. En récompense de cet acte de cou-

(1) Archives municipales. ^ Copte de Lettres, reg. XXXIII, fol. 129^ 28 Septembre 1829.

rage, la France lui donna ses faveurs. Il fut, selon Texpression de M. Jules Lematlre, « il fut à son heure, avec un à-propos et une plénitude ^qui ne se sont guère retrouvés depuis, le poète de la Patrie. » Cependant, à deux ou trois exceptions près, ses poésies nationales sont dépourvues de vérité locale ; Tenthousiasme, qui s'y révèle, procède plus d'une sorte d'arrangement littéraire que d'un vif 3entiment de la réalité. Il brille plus par l'expression que par l'énaotion. En outre, au théfttre, il a manqué d'inveiQtion ; il a répété, sous une forme plus élégantes les vérités acquises. Reconnaissons toutefoi3 que Casimir Delavigne est « l'homme de tradition et de nouveauté à la fois. » S'il est le plus pur et le plus classique des poètes du XIX* siècle, il -a essayé, dans Ja sQC004e moitié de sa carrière, d'emprunter à l'école nouvelle plus de bardiesae dans les situations, plus de liberté dans l'allure et de familiarité dans le style, a Ce modeste, a dit M. Jules Lemattre, est celui qui, dans la trouble révolution romantique, a le mieux vu, le mieux dégagé ce qu'elle avait de légitime, i^e conforme au génie traditionnel de notre race. » .

La Municipalité havraise a érigé à son enfant une statue sur une de ses places publiques, elle a, en 1803, célébré avec giand enthousiasme le centenaire de sa naissance, et donné son nom à l'une des rues de la Ville (1).

DolUos (Auguste) naquit le 30 Mars 1840 rue de la Côte, pavillon DoUf us. Il fit au Collège de solides études, et fut reçu en 1858 avec la mention Bien au baccalauréat es sciences. Cette note ne s'accordait alors que dans des cas exceptionnels, comme Id fit justement remarquer un journal de la localité. Un si beau succès, était un puissant encoura^ment, doni Je jeune bachelier sut profiter. Jl travailla pendant deux ans encore, et entra à l'Ecole des Mines comme élève externe. Après un séjour de quaire années (ia60rl864), il en sortit avec le n"" 1. Sa supériorité fut jugée telle qu'un prix spécial lui fut décerné. Entre temps, se préoccupant dîaméliorer par l'instruction le sort de la ôlasse laborieuse, il avait fait un cours de chimie aux ouvriers èhi faubourg Saint- Antoina, et il s'était révélé excellent géologue par la publication de deux Mémoires intitulés : Sur une nouvelle trigonie des

(1) La liste des ouvrages composés par Casimir Delavigne ou écrits & son sujet M trouve dans la Bio-bibliographie des iicrivains de ^arrondissement du Havre, par M. A. Lechevalier, p. 51-56.

ET SES CEXJVItES

grés veris supérieurs du cap de la Hève (1), et La faune kimmé* ridienne du cap de la Hève. Essai d'une révision paléoniolo* gique (2).

Le jeune ingénieur des mines fut, dès sa sortie de TEcoIe, attaché à la mission scientiflque (section de géologie) envoyée par le gouvernement français au Mexique et dans TAmérique centrale. Il s'embarqua le 20 Octobre 1804 et ne revint de cette mission qu'au commencement de 1866. Il alla ensurite au Guatemala. Rentré au Havre en Février 1867, il recueillit ses souvenirs sur la demcuide du ministre de rinstruclion publique, et en un an il prépara son ouvrage qu'il intitula : Voyage géologique dans les républiques de Guatemala et de Salvador (3), et qui lui valut la ctxMX de la Légion d'honneur (15 Août 1868). Malheumudement, une maladie de cœur contractée au cours d^ ses loifrtaines pérégrinations Tenleva, jeune encore, à sa famille et à la science, le 31 juillet 1869 ; il n'avait que* vingt-neuf ans. Son nom a été donné à une rue du Havre.

Edouard (Sosthène), né à Graville le 27 Mars 1B41, eut de très grands succès dans ses études. 11 est ingénieur civil et habile rue de l^otimevillë, 61. '■

Ténoux (Hippôlyte), fils d'un vérificateur des douanes, naquit au Havre le 24 Mai 1842. Entré au Collège le 15 Mars 1849, il en sortit 1* Avril suivant ; il n'avait pas encore sept ans. 11 y rentra en Octobre 1849, et tint la tête de sa classe jusqu^à la firl de ses études. En 1852, une demi-bourse ayant été déclarée vacante au Collège, Hipl^lyle Pénoux alla concourir à Rouen pour Tobtention de cette bourse. Des quinze candidats présentés, il fut classé premier et la bourse lui fut dévolue. Reçu au baccalauréat es lettres en Avril 1859, il le fut, quatre mois après, au baccalauréat èj sciences avec la mention Très-Bien. On applaudit au Havre à ce magnifique succès, et les journaux s'empressèrent d'informer leurs lecteurs que c'était la première fois, depuis quinze ans, que la Faculté des Sciences de Caen attribuait cette mention à un candidat au baccalauréat, et que, pendant ce môme temps, la

(1) Bulletin de la Société Géologique de France, 1863.

(2) Paris, 1863, gr. in-4% 18 planches.

(3) Paris, imp. impériale, 1869, 1 vol. in-4\ 16 pi. ; en collaboration avec E. de Montseiral.

404 Lfi COLLÈQE IHJ HAVRB

Faculté des Lettres Favait décernée cinq fois seulement. Uue pareille distinction faisait le plus grand honneur au collégien Fénoux et à ses maîtres.

Rédaeteur au journal Le Haore depuis sa fondation (15 Novembre 1868)^ notre concitoyen est maintenant rédacteur en chef et gérant du journal Le H^re, et du Petit Hm>re. Hippolyte Fénoux a publié, en 1875, Le Solo» havrais, soiwemr critique de rea:po- $itiiou. d^ Bem/^^-Aris. (Le Havre, 1 vol. mA'' de VIU-Sl p.) Le talent que M. Fénoux a déployé et les services qu'il a rendus dans sa longue carrière de journaliste ont été récompensés, il y a un an, par la croix de la Légion d'honneur.

Fteoux (Joseph), frère du précédent, naquit le 24 Mars 1851. U fit m Collège de très solides études qu'il couronna en 1868 par le pi&x (Vbonneujr de philosophie (dissertation française) et le diplôme de bachelier es lettres. Licencié en droit è vingt ans^ U s'inscrivit au barreau du Havre, y fut avocat-$tagiaij?e, puis acheta une charge d'avoué aux Andelys. Joseph Fénoux est mort à Rouen le 2& Avril 138».

neury (Joseph-Victor), né à Sanvic le 18 Février 1817, dans la partie actuellement enclavée dans le Havre, fut au Collège non fas M humaniste », mais simplement élève des Cours spéciaux. U passa quarante, années de sa vie dans l'administration communale, d'aboffd Qomipe secrétaire de la mairie d'IngouviUe (l*' Octobre 1841), puia qomnjie secrétaire-adjoint au Havre, lors de l'annexion d't^gouville, du bas Sanvic et de Graville-l'Ëure & la Ville du Havr^ (3 Juillet 1862), et eoafin cçmme secrétaire eq^ef (1" Janvier iS5^). * ,. '

Victor Fleury créa en ^851, à ses risques et périls, la maison 4e la Malemité, qui depuis longtemps est devenue ub établissement municipal.

P^blieiste« il collabora au Furet (feuille hebdomadaire), à la Bévue du H(wre (journal du dimanche), et aux Archx%>es du Haore et d^ la Nqrmandie (recueil mensuel). Son double titre de journaliste et do fonctionnaire lui permit de travailler très activement à la réunion des trois communes. Les rares loisirs que lui laissaient ses occupations, Fleury les consacra aux Muses. Ses œuvres, sans être transcendantes,, ne sont cependant dépourvues Bi de noérite ni de correction. En 1840 et 1841, U envoya plusieurs poésies au journal de Paris Les Ecrivains de la Memsmêe. La

U» COLLÉOIEliS CiL&BRKS 405

presse locale et la presse parisienne le comblèrent d'éloges quand parut, en 1846, son volunne Les Lamiains (1). Ce livre renferme une pièce charmante qui a pour titre La Ravenelle.

En 1868, il obtint un légitime succès avec la Cantate dont il écrîTit les paroles : Le Ha»re à V Exposition rnarilime internationale. Membre depuis 1859 de la Société havraise d'études diverses, le recueil des publications de cette sooiété contient un certain noftibre de ses poésies. (2)

Pleury a encore publié un album poétique Souvenirs du Havre, et un ouvrage qui, bien prosaïque en son genre, est pourtant très utile à nos concitoyens : Mémorial havrais. Guide pratique des propriétaires, locataires, entrepreneurs, industriels... (3)

Victor Pleury, qui était décoré de la Légion d'honneur depuis le 14 Septembre 1872, est mort au Havre le 10 Avril 1881. M. Alphonse Martin a écrit sa vie.

Fleury (Francis-Albert), né à Ingouville, rue de la Ferme, le 2 Février 1848, et fils du précédent, suivit avec beaucoup de succès au Collège du Havre les cours spéciaux. A Paris, il fut à TEcole des Beaux-Arts élève de André, comme architecte, et de Lehmann, comme peintre. On cit^ de lui quelques bonnes toiles : Le jour des morts au village^ Les pauvres du couvent^ Bataille San^Martino (panorama de Milan), En carénage à Villerville, Misère, etc.

Le tableau Misère, qui a été acheté par la Société des Amis des Arts, retrace une scène dramatique et poignante. Deux pêcheurs, dans une attitude juste et vraie, hftlent difficilement leur barque échouée au bord du flot. Ce canot représente toute leur fortune ; c'est lui qui les aide à gagner leur pain quotidien. Mais quels efforts dépensent ces malheureux pour l'amener sur le sable et le préserver de la mer qui est grosse ! Quelle peine ! Quelle misère !

Albert Pleury est architecte à Chicago.

Foubert (Henri-Eugène) naquit au Havre, le 30 Novembre 1827, de parents havrais. Son père, Jacques-Georges Foubert, était négociant, et sa mère s'appelait Mélanie-Hyacinthe-Catherine

(1) Les lointains, poésies (Ingouville, 1846, 1 vol. in-S' de 256 p. — Eut deux éditions).

(2) Cf. A. Lechevalier. Bio-bibliographie des écrivains de V arrondissement du Havre, p. 77.

(3) Le Havre, 1870, in-16 de 512 p. avec suppl. de 124 p.

Taveau. Il passa quatre années au Collège, termina ailleurs ses humanités et fit ses études de médecine. Reçu docteur, îl exerça à Villers-sur-Mer (Calvados). Notre concitoyen a laissé quelques travaux intéressants :

Be Vhomme dans les temps aniéhisioriques. (Paris, 1864, in-8*.)

De Vnniîé et de la pluralité dans Vespèce hununne. (Paris, 1865, in-8". Extrait des Archives générales de médecine.)

Etat de la météorologie médicale en France dans ses rapports avec la médecine. (Paris, 1866, in-8".)

Franque (Victor-Emile), né au Havre le 20 Juillet 1807, était fils de Jacques-François- Victor FraïKiue et de Jeanne-Françoise- Félioité Labbé. Il passa au Collège au moins l'année scolaire 1818-1819, et pendant la seconde moitié de cette année il eut comme condisciple, mais dans une classe plus élevée, Charles Robert,

Bmile Franque

qui plus lard, devenu . prêtre el architecte, après avoir été ingénieur des constructions navales, Taida à construire des églises au Havre. Etant allé à Rouen continuer ses études, Franque y retrouva Tun de ses consins-ger mains, Xavier Labbé. Le Grand

tB8 GOLLtoElf 8 CÉLÈBRES 407

Séminaire s'ouvrait alors aux jeunes gens qui avaient fait leur Quatrième ; mais ils devaient suivre les cours d'humanités au Gol^ lège royal.

Em. Pranque revint ati Havre, se fit courtier et eut même llionneur d'être le syndic de la Compagnie des Courtiers et Agents de change de notre ville. Le il Octobre 1837, il épousa Pauline- Alexandrine Le Janvre, dont il eut plusieurs enfants qui tous ont fait honneur à l'éducation soignée reçue au foyer de la famille.

Noire concitoyen fit partie pendant quelques années du Conseil municipal. Sa compétence en affaires commerciales et maritimes était universellement reconnue. Aussi quand le gouvernement, ayant décidé une grande enquête sur la Marine marchandé, désigna trois délégués pour exercer dans la circonstance une sorte de ministère public, son choix tomba sur Em. Franque et les deux ingénieurs Combes et Piérard. La commission d'enquête était, croyons-nous, présidée par Baroche.

Les services rendus par Em. Pranque furent jugés assez importants et assez hcmorables pour mériter à leur auteur la croix de la Légion d'honneur (16 Août 1862). Et cependant, à cette date, il était loin d'avoir accompli sa tâche.

On a dit avec beaucoup de vérité que Em. Pranque avait la passion defe bonnes œuvres. Pendant quarante ans, en effet, on trouve son nom à la tète de toutes les initiatives privées de foi et de charité. S'il y a quelque infortune à soulager, il intervient aussitôt et donne sans compter. C'est lui qui a fondé la Société de Saint-VincentHle^Paul, c'est lui qui a installé, en faveur des Orphelines, l'ouvroir dirigé par les Sœurs de la Miséricorde, c'est lui qui a appelé au Havre les Sœurs garde-malades, etc. ; les pauvres, les orphelins, les infirmes et les malades, tels furent ses ami$ de prédilection.

Et puis, dans une certaine mesure, ne fut-il pas aussi b&tis-^ seur d'égUsjBS ? Le Comité, qui construisit l'église Saint- Vinceutde-Paul, ne connut pas de membre plus actif. A la vue des émigrants allemands, qui alors s'embarquaient tous au Havre pour l'Amérique, l'idée vint à quelques hommes de bien, au premier rang desquels figurait Pranque, de construire à leur usage, rue Jean-Baptiste-Eyriès, une chapelle spéciale qu'on appela chapelle de rîmmaculée-Conceptîon.

Mais l'église de ses rêves, son église, ce fut Saint- Joseph. Le premier, il conçut le projet, en 1868, d'acquérir le 1er-

408 us COLtèQB ou HAVRE

raiii nécessaire pour (lo4er d'une église paroissiale le quartier désert où se tenait alors rExposition de la Ville du Havre, et sur remplacement même des anciennes fortifications. Le chanoine R(rf>ert dressa les plans de Tédiflce dont la première pierre fut bénite et posée le l"" Avril 1873. Em. Franque n*eut pas la joie de le voir livré au culte ; il mourut le 9 juin 1876, u» an avant Fouverture de TEgliise. Mois ses enfants, dignes héritiers de sa foi, de son cœur et de ses libéralités, continuèrent en mémoire de leur père, et aussi en leur propre nom, Fœuvre commencée. GrAce à eux, le curé de Saint-Joseph a disposé de ressources qui lui ont permis de faire grand et beau. Les soins délicats et la vénération, dont ils entourent encore leur vénérable mère, montrent ce que peut Tamour filial dans des âmes bien nées.

Gatfci^, sujet anglais, vint s'établir au Havre comme approvisionneur de navires, 23, quai Notre-Dame. U avait deux flls, David et Barnabe, qui étaient nés à Bordeaux en 1813 et en 1817. L'atné, David, fut mis au Collège en 1823, et son frère Barnabe en Septième au mois d'Avril 1828. Nous ignorons combien d'années David demeura dans notre établissement Quant à Bamabé-James, il y fit toutes ses études, y remporta de grands succès et sortit de Rhétorique en Août 1833.

Les deux frères se firent un nom dans la littérature, et surtout dans le journalisme. Barnabé-James collabora au Furet, journal fondé en 1830. Lepetit, dlngouville, lui céda» en 1844, son imprimerie et la directk)n du Journal de VArrondissemeni (créé en 1838). Après dix^huit mois d'exploitation, d'abord avec son frère David, puis seul, Barnabe vendit sa maison à Roquencourt

Les frères Gaffney ont publié plusieurs ouvrages, mais il est très difficile de rendre à chacun son bien. Ici, il y a absence du prénom de l'auteur, là nous lisons G.-J ou F., initiales absolument fausses. Pour nous, nous attribuons à Barnabé-James presque tous les travaux signés Gaffney.

Voyage du Havre à Morlaix et à Carhaix, à Voccasion de Vinauguration de la statue de la Tour d'Auvergne, (B. Gaffney, Ingouville, Lepelit, 1841, in-12.)

Le retour de Schumacker. Revue havraise. (G.-J. Gaffney. Ingouville, 1842, in-12 de 24 p. — Représentée sur le théâtre du Havre le 31 Décembre 1842.)

LB8 GOLLtelBNS CÉLÈBRES 409

Les masques démasqvLés par un vUain masque. Souvenir philanthropique et fol&tre du cortège de la mi-oarôine, 1851. Dédié à Sacramento, nom du bœul gras (1).

Barnabe Gaffney devint rédacteur 8u Journal du Havre^ où on lui confla la chronique locale et la revue des théâtres.

Très hostile à Louis Bonaparte, il le combattit vigoureusement après 9on élection à la présidence de la République. Mal lui en prit, car à la suite du coup d*Etat du 2 Décembre, Gaffney fut expulsé du territoire français. Il retourna en Angleterre où il réussit d*abord à se faire une honorable situation ; mais bientôt la maladie arriva et, avec elle, la misère. 11 s'en revint au Havre, comptant beaucoup sur ses amis d'autrefois. Mais il en parut oublié, et, après un mois passé dans notre ville, il mourut à THôpital le 13 Août 1881. Son frère, David, l'avait précédé de quelques années dans la tombe.

Comme rédacteur et gérant du Journal de VArrondissement, B. Gaffney, trop amateur de polémique, s'attira une foule d'affaires qui le conduisirent, soit sur le terrain pour s'y battre en duel, soit en police correctionnelle pour s'y entendre condamner. Il nous a lui-même tracé le Compte rendu du procès intenté par M. Provence, directeur du théâtre du Havre, à M, F. Ga(iney, gérant de V Arrondissement du Havre (2).

Voici l'histoire de ce procès :

Le 22 Juin 1845 avait paru dans le Journal de VArrondisse» ment un article où était vertement dénoncée l'invasion du parterre des théâtres par les olaqueurs aux gages de la dinecticm. On y voyait là une atteinte portée à l'indépendance du public intelligent qui fréquentait le théâtre du Havre. Le directeur Provence, se croyant diffamé, attaqua l'auteur de l'article. Le procès vint devant le tribunal correctionnel à l'audience du 15 Juillet suivant. GalTney demanda à présenter lui-même sa défense et à la présenter en vers. Le tribunal se disposait à délibérer sur cette question, lorsque Gaffney se leva et s'écria :

En vers permettez-moi, Messieurs, de me défendre. Cest la langue des dieux 1 Thémis doit la comprendre !

(1) Le Havre, H. Brindelu, 1851, in-12 de 8 p. en vers. — Collection E. Seguin.

(2) Ingouville, Gaffney frères, éditeurs, Grande-Rue, 1845, i|>4' de U p, •* Collection E. Seguin.

410 us COLUtaB DU BATHS

Inutile d'ajouter que la pan^ fut immédiatenieDt donnée à

Gaffney. Il commença ainsi :

Je Tiwtâs su» prooès depoiB bienidt.. un mois ! Quand, Toflà finiDe jours, nir ma table je vois Certain papier timbré qui, d*un slyle barbare, M*lnvite à eomparaltre encore à Totre barre.

Que réclame donc ProTence ? Dix mille francs de dommages

et intérêts. Oh ! Gaffney est loin de s*attrisler d'une semblable

réclamation :

Celte affaire est vraiment incroyable ! impossible ! Et le cbifbe surtout me parait très risibie : — Dix mille francs ! — Aussi, j*en avais ri d^abord. Mais en réflécbissant, ma foi... j'ai ri plus fort !

On devine de quel côté furent les rieurs.

Payer des diaufoumiers pour vous faire applaudir. Lorsque le vrai public vous subit en martyr I

Gaffney s'indigne d*un tel procédé, et tout le monde doit déplorer cet abus. Aussi le Tribunal ne peut que Tacquilter. En effets les juges, déclarant que le fait dont se plaignait Provence ne pouvait constituer la diffamation, renvoyèrent Gaffney de l'action et condamnèrent le plaignant aux dépens. Gaffney trouva de suite le mot de la fin. Au lieu, ditril, de s'occuper de réformer la presse, Provence devrait songer à réformer sa tiK)upe.

Galllel (Alexandre-Eugène), n|^ au Havre le 13 Mars 1845, quitta le Collège, en 1862, après la classe de Rhétorique. Journaliste, il collabora & VEvénemeni, au Gil Btes, au Cri du Peuple et au Corsaifre dont il fut le rédacteur en (dief en 1879. Auteur dramatique, Eugène Gaillet a composé avec Alfr. Touroude ses deux premières pièces, La vie privée ou les remords de Af . GeHUmiet (pièce en trois actes, en prose), et Le droit des femmes (oomédie en un acte). Il a écrit seul : Aux Béarnais, Un trône s'il vous platl, conte pour les petiis enfanis (1877, ^-8""), Contes diaboliques Mustrès de quinze dessins (1881, in-8*), La vie de Marie Pigeonnier (1884, in-12.) (1).

Gavard (Paul-Louis), né au Havre le 22 Mars 1838, Ot sa carrière dans le journalisme. Il a écrit dans divers journaux : en 1868 dans la Libre Pensée, en 1868 et 1869 dans les Droits de ÏHomme à Montpellier, en 1877 et 1878 dans r/nd^nilanca de

(1) Cf. A. Lechevalier. Bio-bibliographie des écrivains de Varrondissemerit du Havre, p. 82.

LB8 C0liLÉQIEN8 CÉLÈBMS 411

Toulouse. Il ilevint rédacteur de la Triniié diabolique à Marseille en 1888, et au Pleurei à Paris en 1884.

Condamné à mort en 1871 pour faits politiques, Gavard fut amnistié.

Grlpols (André-Théodore-Jules), né au Havre le 7 Octobre 1834, fit de très bonnes études au Collège, et, après un an de Mathématiques spéciales sous la direction du régent Beuron, il passa directement, en 1852, du Collège du Havre à TEcole polytechnique. C'est là un fait unique dans les annales de notre Collège. Entré à l'Ecole avec le n* 55 sur 110, il en sortit avec le n* 34 et le grade de sous-lieutenant du génie. Suivant l'usage, il passa ensuite deux ans à l'Ecole d'application de Metz.

il fut promu capitaine le 2 Février 1859, chef de bataillon le 15 Mai 1874, général de brigade le 22 Décembre 1890 et général de division en 1896.

Pendant sa longue carrière, notre concitoyen fut nommé successivement en Algérie (23 Avril 1858 — 13 Juin 1862), à l'Etatmajor de l'Ecole d'application de Metz (1865-1868), en Algérie pour la seconde fois (18 Février 1868 — 31 Octobre 1870), capitaine à Orléans pendant la guerre franco-allemande, attaché aux places de Lyon (de Mars à Juillet 1871), du Havre (Juillet 1871 — 10 Mai 1873) et de Bourges (1873 — Février 1880), puis en Tunisie (Septembre 1881 — Juin 1885). Il fut directeur du génie, de 1883 à 1889, en Tunisie, à Toulon, à Tours et à Rouen, colonel du 3* régiment du génie à Arras (1889), gouverneur de Laon (1892-1894), commandant de la brigade du génie à Versailles (1894-1896), et gouverneur de Belfort (1896 — 7 Octobre 1899). A cette dernière date, l'impitoyable limite d'âge vint mettre le général Gripois au cadre de réserve. Il est commandeur de la Légion d'honneur, et habite maintenant le Havre.

Tous les renseignements qui précèdent nous ont été gracieusement fournis par le général lui*mème. Nous regrettons que notre illustre concitoyen ait gardé le silence sur les faits d'armes qui onl marqué sa glorieuse carrière.

GroaoB (Noël-Guillaume), capitaine au long cours, fonda au Havre la maison Soubry et Grosos, à laquelle a succédé Timportante maison £. Grosos. Nous devons ici quelques lignes à deux de ses flls, Paul et Charles, anciens collégiens, tous deux décédés.

412 ut GOLtÊOS DU RAVRB

Paul Qrosos, né et mort au Havre (15 février 1886 — 21 Mars 1896) était élève de deuxième année oommerciaie en 1890-1851. Devenu capitaine au long cours, il navigua pour la place du Havre. Entre temps, il fit trois années de campagne à TEtat dans les eaux du Sénégal, et pendant la guerre de 1870-1871, il donna comme engagé volontaire de nobles témoignages de son ardent patriotisme. Paul renonça à la navigation pour des rasons de santé et dirigea alors la partie purement maritime de la Compagnie bavraise péninsulaire. Son eële, son intelligence e<t surtout si haute compétence des choses de la marine, le firent nommer administrateur délégué, puis sous-direcleur au Havre de cette Compagnie. U se chargea de la direction du personnel marin, et aussi de la construction, de la surveillance et de Tentretien des steamers de la Compagnie. Aux qualités professionnelles s'ajoutaient, chez Paul Gro6os, un caractère doux et un cœur bienfaisant, qui lui gagnèrent de nombreuses sympathies. Après avoir apporté son wncours, en 1870, à la création de la Société des Sauveteurs, il en resta jusqu'au bout Tun des membres les plus dévoués.

Les distinctions honorifiques ne manquèrent pas â notre négociant-armateur. Il fut vice-consul de Turquie, officier de la Légion d'honneur et de l'Ordre de Medjidié, chevalier du Christ de Portugal, et médaillé oolonial.

A la nouvelle de sa mort, les consulats, les steamers et les bureaux de la Compagnie havraise péninsulaire mirent leurs pavillons en berne. Périer d*Hauterive retraça en quelques mots, sur sa tombe, la belle carrière de notre concitoyen.

Charles Grosos, né le 4 Octobre 1830, mourut au Havre le 23 Septembre 1890. A sa sortie du Collège, n'ayant alors que dixsept ans, il entra dans la marine marchande, où l'appelaient ses goûts, s'embarqua pour la Chine sous les ordres de son père, et fit une campagne qui dura sepi ans. De retour en France, il se fit recevoir capitaine au long coui^. Pendant dix-neuf ans, il commanda les steamers de la Compagnie havraise péninsulaire. Très actif et très intelligent, il fut, au Havre, un des capitaines au long cours les plus appréciés.

On cite de Charles Grosos plusieurs actes de courage. Naviguant dans les mers de Chine, il sauva quarante personnes dans un typhon, et, dans une autre circonstance, il tira du danger un brick qui était en perdition dans TAtlantique.

Ce fut sa mauvaise santé qui le contraignit à abandonner la carrière maritime à laquelle il était très attaché.

LBS COLLÉSIENS CÉLÈBRES 413

miaure (Léon), né au Havre le l*' Maâ 1837, nt de très bonnes études au Ck>Uège. Il dirigea ensuite pendant plusieurs années une importante maison d'armement, dont les progrès de la navigation à vapeur entraînèrent la fermeture. Intelligent et travailleur, il mit alors ses loisirs au service de son pays et de ses concitoyens. A BléviUe, il fut capitaine des mobilisés en 1870, conseiller municipal le 30 Avril 1871, adjoint au maire de 1871 à 1874, et maire de 1874 à sa mort.

Le 6* canton du Havre Télut conseiller général le 12 Août 1888*

Léon Hallaure

Hallaure fonda avec Frédéric Bellanger et quelques amis, la Société d'Instruction Mutuelle et fut Tun des premiers promoteurs du groupe havrais de la Ligue de TEnseignement. Plusieurs Sociétés le mirent à leur tête ; il fut président de la Société dHorficultiire et de Botanique de TArrondis^ement du Havre, président de la Société de Secours Mutuels de Bléville, président d*honneur do la Lyre Havraise, vice-président de la Société des Amis des Arts. Mais ce qui nous intéresse le plus, c'est que Hallaure présida TAssociation des Anciens Elèves du Collège et du Lycée. Inscrit au nombre des membres de cette Association le 24 Décembre 1868 il fut nommé le 2 Janvier 1869 membre du Comité d'administration, puis secrétaire-trésorier le 27 Juin 1870. Il fut président du 9 Janvier 1872 à 1884, et de 1887 à 1890. C'est lui-même qui, par discrétion et délicatesse, introduisit dans te règlement cette clause

414 LC COLLȜ DU HAVRB

que les fonctions de président ne pouvaient être exercées pw les mêmes membres pendant plus de trois années consécutives, a II a lait autant et plus que n'ira^orle qui pour la prospérité de TAssociation. Chacun de nous se le rappellera toujours tel qu'il était à la table de délibération, affable, plein d'aménité ; chacun de nous se rappellera sa cordiale poignée de main, son sourire amical. Ses observations étaient bienveillantes^ sa critique sans sarcasme ; il savait dire ce qu'il voulait avec le plus grand tact, sans froisser personne <i) ».

Caractère aimable, esprit droit et fln, bon jusqu'à pratiquer la bienfaisance sous toutes ses formes, conseiller avisé, ami de la concorde et de la conciliation, plein de modération, dévoué aux intérêts qui lui étaient confiés, Léon Hailaure ne comptait vraiment que des amis. Aussi sa mort, arrivée le 31 Mai 1890, fut-elle un deuil public.

Passionné pour le théâtre, Hailaure fut pendant un certain temps chroniqueur-amateur dans la presse locale, où ses articles, composés avec soin et talent, furent très appréciés des lecteurs. 11 a écrit dans plusieurs journaux de Paris et du Havre sous le pseudonyme d'Edmé.

Une rue de Blé ville porte son nom.

Haumont (Jean-Ainand-Victor), né au Havre le 2 Février 1850 et mort en la même ville le 9 Août 1900, fut un élève aussi studieux qu'intelligent. Reçu facilement bachelier es lettres et bachelier es sciences, il alla étudier le Droit à Paris. Il se distingua au concours de la licence en remportant le premier prix de Droit civil. En 1874, il s'inscrivit au barreau du Havre. Doué d'aptitudes remarquables pour le professorat, il fut nommé, deux ans après, professeur de législation industrielle et commerciale k l'Ecole de cominerce ; il enseigna aussi l'économie politique. Avocat très apprécié de ses collègues, Haumont devint membre du conseil de l'Ordre. Si see di3traclions provoquèrent parfois le sourire, les grandes qualités de son esprit et de son cœur lui attirèrent toujours l'estime et les sympathies de ceux qui l'approchaient. Il consacra ses loisirs à écrire plusieurs ouvrages sur le Droit. Il en est deux qu'il fit en collaboration avec M. A. Lévarey, le président

- (1) Paroles extraites du Rapport présenté par le secrétaire à l'Assemblée générale du 19 Décembre 1890.

U5S GQLLéoiENS CÉliSRES 4lS

actuel d^ TAssociation des Anciens Elèves du Collège et du Lycée du Havre :

Les transports maritimes. Eléments àa droit mmitime appliqua. (Paris, un vol. in-8« de XII-372 p.)

Eléments de drmt commercial à Vusage des élèves des écoles supérieures de commerce et des commerçants. (Paris, i vol. in-8* de 376 p. publié en 1002, deux ans après la mort de Haumont.)

Comme membre de la Société havraise d'Etudes diverses, Haumont a fait quelques travaux dont on trouve rénumération dans la Notice de M. Barrey sur celte Société.

Banville (Emile) naquit au Havre le 23 Septembre 1839, rue de La Mailleraye, de Narcisse-Désiré Hauville et de Vlctorine Tréguilly. n se distingua durant toutes ses études par son application et par ses succès, et fut admis ensuite à TEcole centrale.

f (François-Théodore), né au Havre le 15 Floréal an X (4 Mai 1802) et mort à Rouen le 29 Novembre 1885, descendait d'une famille qui était venue sMnstaller au Havre en 1725 et y avait créé une importante maison de commerce, laquelle subsista jusqu'en 1855. Le jeune Théodore fit ses bumanités au Collège qu'il quitta en 1818 après la Seconde. A vingt et un ans, il était substitut du procureur du Roi à Provina, et, de 1890 h 1849, avocat à Rouen. Il fut ensuite président à Pithiviers, à Bernay, et enfin conseiller à la Cour d'appel de Rouen. Il prit sa retraite en 1872 et consacra les dernières années de sa vie à des œuvres de dévouement. Travail et charité : il eût pu faire sienne cette devise. La triste situation des enfants abandonnés émut son cœur si compatissant. Pour les recueillir et leur venir en aide à tous les points de vue, il ouvrit le Refuge du Grand-QueviUy^ près Rouen. 11 resta jusqu'à sa mort président du conseil d'administration de cet établissement qu'il avait fondé.

Th. Homberg était un érudit. Il était entré en 1837 à l'Académie des Sciences, Bellee-Letires et Arts de Rouen, et en était devenu le doyen. 11 avait f^it à cette .société d'intéressantes commu* nicationsj qui ont été imprimées dans le Précis de l'Académie. Il convient de citer plus particulièrement ses travaux sur le régime dotal. Il donna l'histoire et la critique de ce régime soit dans ses lectures h l'Académie, soit dans un ouvrage spécial qu'il édita k Rouen chez A. Péron en 1849 (1 vol. in-8'* de 290 p,).

416 LE COLLÈQB DU RAVRfi

La Bio-Mbliographie des écrivaims de Varrondissemenî dn Havre, par M. A. Lechevalier, contient, p. 94-95, la liste des prîDcJpales productions de Th. Homberg.

Joyau (Emmanuel), né le 19 Octobre 1860 à Gravîile, dans ift portion annexée depuis au Havre (aujourd'hui cours de la République), oonunença ses études au Ck)Uège et les termina au Lycée. En 1866, il remporta le prix d'honneur de Rhétorique, et Tannée suivante, outre dix nominations & la distribution des Prix, il obtint à quelques jours d'intervalle la mention Bien à chacune des épreuves du baccalauréat es lettres et du baccalauréat es sciences. Le Recteur du temps l'appelait avec beaucoup d'esprit et de vérité, le « joyau » du Lycée.

Il fui élève de l'Ecole normale, puis agrégé de philosophie le 13 Septembre 1873, et quelques années après docteur es lettres. Dans l'enseignement secondaire, il professa la philosophie aux Lycées d'Auch, de Limoges et de Douai. Entré dans l'enseignement supérieur en 1887, il fut chargé du Oours de philosophie & la Faculté d'Âix )usqu'en 1893, et depuis ce temps il est titulaire de la chaire de philosophie à la Faculté des Lettres de Glermont.

Membre de la Société havraise d'Etudes diverses depuis 1879, E. Joyau a adressé à cette Société plusieurs communications qu'elle a consignées dans le Recueil de ses publications :

De la liberté morale (i880-1883, p. 228-252).

Llnde (élude de morale philosophique et religieuse, 1885, p. 149-157).

La liberté morale de rhomme et la théorie de la grâce (1889, 3* trim., p. 18-142.)

Quelques pages peu connues de VUistoke de la philosophie en France (189ft. p. 557-583).

E. Joyau a collaboré à plusieurs Revues, et édité les livres suivants :

De Vinvention dans Us aris, dans les sciences et dans la pratique de la vertu. (Paris, 1879, in-S"" de 212 p.)

Essêi sur la liberté morale. (Paris, 1888, in-12 de fSaû p.)

La philosophie en France pendant la Rév/>bition, (Paris, 1893, in-12 de 305 p.)

La chaire de philosophie à la faculté de Cler mont, {ClermonU 1899, in-^^" de 56 p.)

LBS COLLÉGIENS CÉLÈBRES 417

Labbé. — Deux frères. portèrent ce nom : Taîné, Pierre-Louis, vint au monde à Rouen le 28 Septembre 1801 pendant un séjour que ses parents tirent dans cette ville, et fut baptisé en Téglise SaintrFrançois du Havre (1) ; le second, Xavier-Léon, naquit au Havre rue des Volontaires le 9 Mai 1803 (2). Leur père, Jean-Louis Labbé (25 Septembre 1769-16 Septembre 1849), était capitaine de navire et fils lui-même d'un ancien lieutenant de frégate dans la marine royale. Il avait épousé à Ingouville, le 30 Vendémiaire an -VIII (22 Octobre 1799), Marie-Anne-Marguerile Le Marsis, havraise comme lui, baptisée à St-François le 19 juin 1770. Elle était la sœur de Tabbé Le Marsis, et certes les leçons et les exemples d^^ ce saint prètre eurent sur ses neveux unç heureuse influence.

Pierre Labbé fut envoyé au Collège le 1*" Novembre 1810 et entra en prenûère année de grammaire (classe de Cinquièn)e). A la fin de la deuxième année de grammaire (Quatrième), en Août 1812, il remporta le deuxième phx de thème, le deuxième prix de version^ le premier accessit de vers latins et le prix de mémoire. Celaient les seules facultés récompensées par des pru^. L'année suivante, en première d'humanités (la Troisième), il n'obtint que deux nominations, le deuxième prix de thème et le deuxième accessit de version. Au Collège du Havre, Pierre Labbé rencontra comme condisciples les deux frênes François et Frédéric Perquer, Yves-Adrien Lescan, et le futur acteur Frederick Lemaltre qui ne s'appelait alors que Prosper Lemaître.

Nous avons dit ailleurs que Pierre Labbé eut la jouissance, du 1'" Octobre 1813 au mois d'Août 1818, d'une bourse entretenue par la Ville du Havre au Collège royal de Rouen, et nous avons souligné ses succès. Quoique sortant de la classe de Troisième au Collège du Havre, il débuta à Rouen en Cinquième. Remarquons que, si ses progrès s'accent^ièrent alors d'année en année, il ne brilla toutefois pas en version latine et même en Rhétorique ce fut en cette seule matière qu'il n'eut pas de nomination. Cette année-là, un de ses condisciples compta plus de prix que lui, ce fut Charles Méliot, de Di^[>pe.

Ses humanités achevées, Pierre Labbé alla à Paris faire son Droit ; il y prit sa licence et entra ensuite au Séminaire. Ordonné prêtre à Paris le 9 Juin 1827, il revint aussitôt dans son diocèse

(1) Pierre Labbé garda, jusqu'à la fin de sa vie, une vive affection pour l'église de son baptême. Chaque fois qu'il vint au Havre, il alla s'agenouiller et réciter le Credo auprès des fonts baptismaux de Saint-François.

(i^ L'abbé Le Marsis, son oncle, le baptisa et fut son parrain.

4lS LE COLLÈGE DU HAVRfi

d'origine, fut pendant un an vicaire à SaintrJacques de Dieppe, puis curé d'Angerville-rOrcher (canton de CriquetolrrEsneval) de 1828 à 1831. Son frère Xavier, qui, cinq ans auparavant avait fondé rinstitution ecclésiastique d'Yvetot, rappela à colhiborer à son œuvre. Pierre Labbé, qui se sentail plus d'aptitudes pour renseignement que pour la direction d'une paroisse, s'empressa de répondre au désir de son frère, et il lui apporta toutes les ressources d'un grand talent et d'un grand cœur. Après avoir professé diverses classes, Pierre Labbé fut nommé supérieur de la Maison, en 1866, au décès de son frère Xavier.

Pierre Labbé, dont nous n*avons pas à retracer ici lo rôle comme éducateur de la jeunesse, tout en restant à la tête de son Institution, occupa la chaire d'éloquence sacrée à la Paculté de Théologie de Rouen et fut meml^re du Conseil supérieur de rinstruction publique. En récompense des services qu'il rendît à TEglise et à l'Etal, son archevêque le fit chanoine honoraire '^t l'Empereur le déccwra de la Légion d'honneur. Pierre Labbé mourut è Yvetot le 25 Mai 1871.

Vers 1850, une grande controverse s'éleva dans le clergé du diocèse de Rouen à l'occasion de la liturgie romaine qu'on parlait de substituer à la liturgie rouennaise. Plusieurs brochures parurent sur la question du bréviaire.

Pierre Labbé intervint dans ce conflit avec son talent et ses convictions. L'abbé Bourdîn, curé de Sainte-Marie-des-Champs, près d'Yvetot avait publié : Moftfs qui nioni faU prendre le bréviaire tamain (1), puis un second ouvrage plus considérable : Des liturgies françaises en général et de la litturgie normande en particulier, avec un examen du livre intitulé La Question liturgique réduite à sa plus simple expression (2).

Pierre Labbé répondit à ces deux travaux par des Observations sur la liturgie du diocèse de Rouen (3) dans lesquelles il se proposait de démontrer que l'Eglise de Rouen, en usant d'une hlurgie propre, n'avait blessé aucun droit et qu'elle avait en particulier observé fidèlement le respect et la soumission dus au Sain?- Siège. Ce Mémoire, favorable à la liturgie rouennaise, fut certainement le plus approfondi et le mieux rédigé de tous ceux qui traitèrent le même sujet. Daté du 30 Janvier 1856, cet écrit ne

(1) Parte, Lecoffre, 1856, inS* de 96 p. {ft} Paris, r^offre, 1SS6, in-18 de 350 p.

(3) Opuscule autographié de 44 p. et de XXXVI p. de pièces justiflcatives. — Tiré à petit nombre et non mis dans le commerce.

LBS COLLÉGIENS CÉLÈBBES 4lâ

comiBença à circuler qu'au mois de Juillet suivant. L'abbé Bour- (lin, qui se savait appuyé par la moitié environ des membres du clergé, ne se tint pas pour battu ; il composa sa Réponse de tabbé B... aux ObservaHans sur la liturgie du diocèse de Rouen. CeUto réplique (107 p. ia-4'') resta manuscrite entre les mains de Tauteur, et c'est en manuscrit qu'elle a été lue dans le diocèse. Cette question, qui passionna tant les esprfis à cette époque, ne fut tranchée que, quelques années après, par l'adoption complète de la liturgie romaine.

On doit encore à Pierre Labbé les Souvenirs de M. Bobée, curé d'y^elol (1), et des notes assez volumineuses restées manuscrites aux Archives de l'Institution ecclésiastiques d'Yvetot.

Xavier Labbé, mis en Septième au Collège du Havre, demeura au moins quatre ans dans cet établissement. En Septième, par exemple, il ^it tous les prix de sa classe, c'est-à-dire le prix annuel, le premier prix de thème et le premier prix de version. 11 acheva ses humanités et fit ses études théologiques à Rouen. Etant diacre, il professa la Rhétorique aux élèves du Grand Séminaire qui n'avaient pas encore terminé leurs classes secondaires, et fut désigné pour ouvrir à Yvetot (2 Octobre 1826) une maison d'éducation. Il en devint le premier Supérieur. Prêtre, en 1827, la veille de Pâques, il fut plus tard élevé à la dignité de chanoine et nommé membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique. Il est mort à Yvetot le 4 Mars 1855.

Les deux frères, Xavier et Pierre Labbé, furent inhumés dans la ChapeUe basse de leur Maison. Avec des caractères opposés, ces prôtres commandaient également le respect. En Xavier, on admirait le type de la régularité parfaite, la patience dans le travail, la douceur de l'autorité, le calmie et la sérénité d'un esprit pratique et toujours maître de lui-même. Pierre, doué d'une intelligence supérieure et d^uœ sensibilité extrême, cédait parfois à de vifs emportements ; mais il les réparait si humblement et si délicatement que, loin d'y perdre, son autorité y gagnait.

Grftce à ces éminents éducateurs, la maison d'Yvetot, avant d'avoir atteint sa vingtrcinquième année d'existence, était déjà citée comnoe une institution modèle. Les grands succès scolaires, obtenus à divers examens, témoignaient de la force des études ; puis, résultat bien autrement satisfaisant, le même esprit animait

(1> 1 vol. in-8* de 137 p. L'avant-propos est signé P. L. L. et daté d'Yvetot, le vendredi saint, 1868.

420 Lfi COLLÈGE DU HAVRE

les maîtres et les élèves. AussU après avoir vécu plusieurs années sous un régime fait d'indulgence et de feimeté, le jeune homme emportait une grande admiration, une vive reconnaissance et une affecUon toute filiale pour ces deux directeurs, qui avaient travaillé avec tant de sollicitude à sa formation intellectoelle et morale*

Les deux frères Labbé n'avaient-ils pas gardé eux-mêmes le meilleur souvenir du Collège du Havre ? Ils en avaient apprécié lo bon esprit et l'excellente organisation. Aussi pour bien faire à Yvelot, ils n'eurent qu'à se rappeler le Havre. Leur programme d'études et leur règlement, ils les calquèrent sur ceux de notre Collège. Leur attachement à certains détails de la vie intime de leiui^ maison ne peut étrei parfaitèmetit compris que par ceux qui connaissent le fonctt(Ninement du Collège du Havre à l'époque où les frères Labbé y furent élevés. Yvetot a donc beaucoup emprunté au Havre, et cet emprunt fait honneur aux deux établissements.

Ladvocat (Michel-Arsène-Victor), né au Havre le 18 Août 1830, était le fils de L. Ladvocat (1), entrepreneur des travaux publics dans notre ville, et auteur de plusieurs projets pour l'agrandissement du port. Le jeune Victor commença son instruction au Collège" En Novembre 1850, il entra à l'Ecole Polytechnique et passa enfsuiie, selon l'usage, deux années à l'Ecole d'application de Metz. Au sortir de cette école, il fut^ le 16 Octobre 1854, incorporé, comme lieutenant en second, au 11* régiment d'artillerie. Il fit ses premières armes en Grimée, où il se distingua par son esprit d'initiative et par sa bravoure. Bieesé le 27 Octobre 1865 à l'épaule gauche par un éclat d'obus, il reçut quelques mois plus tard (le 16 Avril 1856) la croix de la Légion d'honneur. Nommé capitaine en second le 14 Mars 1859, il ne fut promu chef d'escadron que le 22 Décembre 1870, le lendemain du combat de la Malmaison. Dans les journées de Champigny, « l'intrépide commandant Ladvocat », comme le nommait le général Ducrot (2), dirigea l'artillerie de la division. Cette artillerie, qui était composée de deux batteries de 4 et d'une batterie de mitrailleuses, fit très-bonne contenance. « Les canonniers comme électrisés par leurs officiers payant tous de leur personne, montraient, » dit le général Ducrot, « un entrain.

(1) Né à Caudebec te 2 Novembre 1790 et mort au Havre en Septembre 1658.

(2) La Délense ae Paris (1875-1878, 4 vol. in-8*).

XjB2 C3-:±N-:Éit-A.ii Xi-A.ID^VOC-A.T

une ardeur, qui semblaient croître avec le danger ». Les colonnes ^inemies furent maintenues à distance par les mitrailleuses. A la suite de ces engagements, Ladvocat fut, le 10 Décembre 1870, promu lieutenant-colonel ; il assista à TafTaire du Bourget (21 Décembre 1870) et à la bataille de Buzenval (19 Janvier 1871).

Ladvocat rendit ensuite des services, soit dans des régiments, soit à la direction de Reims où il organisa l'armement de la place. Il fut successivement colonel le 30 Juillet 1878, directeur de Tartillerie à Douai, colonel du 31* régiment, général de brigade le 2 Juin 1883, directeur de Tartillerie au Ministère de la guerre (10 Septembre 1883), commandant de la brigade d'artillerie à Versailles (0 Janvier 1886), commandant de rartillerie de la place et des forts de Paris (10 Décembre 1887), général de division (7 Juillet 1888), commandant supérieur de la défense et de la place de Paris (17 Février 1891) et enfin président du comité d'artillerie.

Officier de la Légion d'honneur le 18 Juillet 1876, commandeur en 1885, grand-officier le 5 Juillet 1895, le général Ladvocat fut mis au cadre de réserve le 18 Août suivant.

Rentré dans la vie civile, il menait une paisible existence lorsque la mort le surprit le l*' Février 1903.

Au physique, Ladvocat avait une haute stature, une belle prestance, un visage calme et résolu. A ces qualités extérieures, venaient s'adjoindre une intelligence d'élite, un jugement sûr, une prodigieuse activité, en même temps qu'une bienveillance parfaite et une inébranlable équité. C'est assez dire que notre concitoyen possédait les vertus militaires qui triomphent des difficultés et assurent le succès. Il s'est longuement appliqué à améliorer notre artillerie. On prétend même qu'il ne fut pas étranger à la création des obus à la mélinite et du fusil Lebel.

Ladvocat (Alphonse), frère du précédenjt, naquit au Havre au mois d'Avril 1832. Après quatre années passées au Collège, il alla à Paris terminer ses études au Collège Henri IV. De retour dans sa ville natale, il fut surveillant aux ponts et chaussées (1852) et prit part à la construction de l'ancien pont Notre-Dame (1853). En 1853 et 1854, il fut chargé de draguer le port et les bassins. Le décret de 1852, qui annexa au Havre les communes d'ingouville, du bas Sanvic et de Oraville-l'Eure, prescrivit en même temps la suppression de la triple enceinte des fortifications (1). L'Adminis-

(1) Le génie militaire les remplaça par les deux forts de Tourneville et de Sainte-Adresse.

422 LE COLliXffi DU HAVRE

tration municipale eut alors à créer de nouveaux quartiers pour relier les trois communes entre elles et avec le vieux Havre. L'œuvre était considérable. On commença par le iront nord-esl, compris entre la rue Sery et le bassin Vauban. Un premier traité prescrivit de démolir les fortifications de ce front nord-esl, de combler les fossés et de fonder un quartier avec égouts, éclairage et plantations nécessaires. Dans ce quartier figurèrent le boulevard de Strasbourg jusqu'à la rue Sery, les places et bfttiments de la Sous-préfecture et de THÔtel de Ville, ainsi que de nombreuses rues adjacentes. Ces travaux, exécutés sur les plans et sous la direction de E. Bellot, ingénieur des ponts et chaussées, avec Taide de rarchitecte-voyer A. Ladvocat, coûtèrent 1,500,000 francs. Un second traité, relatif au /rtml ouest lequel s'étendait de la rue Sei7 à la jetée, détermina les constructions à effectuer dans ce quartier, appelé le quartier François-1*'. A. Ladvocat dressa les plans et en dirigea l'exécution ; les dépenses s'élevèrent à 850.000 francs.

A. Ladvocat, qui d'architecte-voyer de la Ville devint ingénieur municipal, eut donc à transformer complètement le Havre ; c'est lui qui fit le Havre moderne. Pour donner une idée de la grandeur de Fenlreprise, rappelons seulement que le réseau d'égouts atteignait en 1877 un développement d'environ vingt-trois kiljmètres. Dans ce développement se trouvait compris le grand collecteur, long de près de cinq kilomètres, dont les eaux se déversaient en partie sur le rivage ouest et en partie sur le rivage su*J de la mer. A. Ladvocat s'occupa aussi du quartier de l'Eure ; au moment où il quitta la direction de la voirie municipale, divers projets, dont il était l'auteur, avaient été présentés et approuvés.

En Mars 1882, A. Ladvocat demanda à se retirer pour raisons de santé. Le maire prononça^ en séance du Conseil, l'éloge du démissionnaire, et déclara que cette retraite allait priver l'administration « du concours d'un auxiliaire laborieux, intelligent, dévoué, qui a rendu à la Ville d'incontestables services et qui pourrait en rendre encore ».

Ingénieur-expert, A. Ladvocat demeure maintenant k Sainte- Adresse, rue Marie-Talbot.

Lahure (Edouard-Marie-Emar), né au Havre le 17 Primaire an Vï (7 Décembre 1797), était flls d'un armateur. Il quitta le Collège après la Troisième. De bonne heure, il se consacra aux œuvres de bienfaisance, en particulier à celles qui ont pour but

r LBS COULÉGIENS GÉLèBRBfi 423

de prêter secours aux marins en danger, et même de prévenir les accidents en mer. Il devint directeur d'assurances maritimes, et conseiller municipal. Chef d'un bataillon de la Garde nationale en 1837, il commanda ensuite pendant quinze ans la Compagnie des pompiers du Havre. En récompense de ses services, la décoration de la Légion d'honneur lui fut offerte, mais il la refusa, parce qu'on n'avait pas accordé à deux pompiers très méritants la médaille qu'il avait sollioitée pour eux.

Edouard Lahure, qui s'intéressait à tout ce qui touche à la navigation, avait dirigé de ce côté ses études personnelles, et était considéré avec juste raison comme très compétent dans les questions de construction navale. Aussi, adaptant ses connaissances scientifiques aux progrès réalisés k l'aide de formules empiriques par les charpentiers havrais, il construisit des embarcations à la fois très légères et très rapides. C'était déjâi un beau résultat ; mais Lahure voulait mieux encore. Poursuivant ses recherches, il s'appliqua à la construction d'un bateau de sauvetage. Ce bateau, dont il dota le premier le port du Havre et que la Chambre de Commerce adopta en 1844, est resté l'un des types les plus perfectionnés que l'on connaisse. C'est aussi Lahure, qui, un des premiers, eut l'idée d'établir une ligne transatlantique sur New-York. La brochure, qu'il publia à ce sujet en 1840, précéda de sept ans le premier départ d'un paquebot transatlantique.

Pendant plusieurs années, Lahure fit à l'Hôtel de Ville, sur la construction navale, des conférences qui furent très appréciées. Il commença même, durant la guerre de 1870, un cours de stratégie appliquée à la Défense nationale. Jusqu'à la fin de sa vie, Lahure garda la même ardeur au travail. Par ses calculs théoriques et ses expériences pratiques, il tendit toujours à améliorer son système de canots de sauvetage. 11 voulait — chose bien difficile — des bateaux tout à fait insubmersibles et inchavirables. Deux mois avant sa mort, il s'occupait encore de l'instabilité des corps flottants, et laissait entrevoir à ses amis de prochains perfectionnements. Excellente nature, Edouard Lahure se montra toujours très affable pour les travailleurs en quête de renseignements. Il est mort au Havre, le 28 Juin 1882.

Voici la liste des principales publications de notre concitoyen :

Quelques idées sur les paquebots à vapeur entre le Havre et New^York, (Le Havre, Morlent, in-8' de 16 p.)

Notice sur un système d'embarcations insubmersibles et ne

pouvant ni s'emplir ni rester ehaotrées. (i vol. în-4'' de 18 p., 1845, coll. E. Seguin.)

Considérations sur la consimction et la propulsion des nm>irrs en fer. (Le Havre, H. Brindeau, 1866, 2 vol. in-8*.)

Considérations sur les conditions auxquelles les bateaux de sauveta^ie doivent satisfaire et Remarques sur les ineonvénienls que certains de ces bateaux ont présentés. (Le Havre, 1858, m-8' de 22 p.)

Redressement de la yole en tôle de la Chambre de commerce du Havre, après avoir été chavirée toutes ses voiles dehors. (Le Havre, Alb. Mignot, 1860, inh4» de 7 p.)

Réclamations contre Vadoption exclusive des bateaux de sauvetage, système J. Peake. (Le Havre, Alb. Mignot, 1865.)

Inconvénients de ne pas connaître la direction qui donne la rtpute la plus courte pour traverser TOcéan, (Le Havre, Carpentier et Cie, 1869, coH. E. Seguin.)

Méthode permettant de déterminer sur les cartes marines tous les points de la route la plus courte d'un lieu à un autre de notre globe. (Le Havre, 1869, in-4*, coU. E. Seguin.)

En outre, plusieurs brochures sur les Bateaux de sauvetage et quelques Mémoires imprimés au Recueil de la Société havraise d'Etudes diverses.

Laignel (René) naquit à Ingouville le 10 Décembre 1842. îl fit les classes de Neuvième et de Huitième à llnstitution ecclésiastique d'Yvetot, continua ses éludes au Collège de Ronfleur et de Montivilliers, puis vint les terminer au Collège du Havre. Inscrit au barreau de notre ville, René Laigniel eut l'honneur d'être appelé au bâtonnat. Il a pris sa retraite en 1899.

René Laignel appartient à Tune des plus anciennes et des plus honorables familles du Havre. Pendant tout le XVIÏP siècle, les premières charges de la cité furent confiées à des membres de celle famille ; il y eut des échevins, des avocats au bailliage, des jurisconsultes distingués, des littérateurs, des poètes et aussi des capitaines au long cours.

Le père de notre concitoyen, René Laignel, s'appelait Benjamin-Jules-Ferdinand. Né le 9 Août 1806, il fut notaire, puis avocat et suppléant du juge de paix. Son grand-père. Benjamin, né au Havre en 1775, et mort à Paris en 1860, se fit surtout connaître comme ingénieur civil. 11 inventa même un frein, h l'usage des

LES COLLÉOtENS CÂLÈBHBB , 425

chemins de fer, pour lequel il obtint un brevet en 1826, et un système de perfectionnement pour les bateaux remorqueurs. Son grand oncle, Gaspard, né le 17 Mars 1769, et mort à Paris dans un ftge avancé, fit partie, comme capitaine de vaisseau, de Texpédition envoyée à la recherche de Lapérouse, et, au combat de Saint-Domingue, il commanda le vaisseau Le-Jupiter. Son arrièregrand'oncle, Jean-Baplisle-Jacques, né le 14 Février 1741, et mort en 1806, fut un éminent jurisconsulte (1).

Lalné (Pierre-François), né au Havre le 10 Juin 1793, fut mis en Cinquième à l'ouverture de l'Ecole Secondaire (Octobre 1804), et îjemporta des succès dans sa classe. Mais, pour entrer en Cinquième, il avait certainement commencé ses humanités. Dans quelle maison ?... probablement chez l'abbé Trupel. Il ne termina pas ses études au Havre, puisque la classe de Rhétorique n'existait pas encore à l'époque où Laine était au Collège. En tout cas, doué d'une excellente mémoire, il s'assimila de bonne heure les auteurs classiques et les cita jusqu'à la fin de sa vie avec beaucoup d'àpropos. Avant de recevoir la prêtrise, /il passa deux ans dans l'enseignement. Prêtre le 19 Juin 1817, il fut aussitôt nommé vicaire à Saint-Godard de Rouen, puis à Elbeuf, curé de Saint- Etienne (i830) et de Saint-Jean (1849). En cette année 1849, il reçut les insignes de chanoine honoraire, et vint à Rouen, où, le 19 Décembre, il fut installé dans la chaire d'Ecriture Sainte à la Faculté de Théologie ; îi eut, en 1870, l'honneur d'être nommé doyen de cette Faculté.

Membre de la Société havraise d'Etudes diverses depuis 1860, nous ne nous souvenons pas qu'il ait adressé quelque communication à cette Société.

Nous connaissons de l'abbé Laine deux discours, qu'il prononça à la rentrée des Facultés : l'un, le 20 Novembre 1856, sur VExcellence de la Théologie (2) ; l'autre, le 20 Novembre 1862, sur la Recherche et Vamour du vrai dans les éludes littéraires. Ce dernier discours, très soigné pour le fond et pour la forme, eut plusieurs éditions.

L'abbé Laine prêcha beaucoup, et il prêcha jusqu'au bout. Mort à Rouen, le 3 Février 1876, à l'âge de quatre-vingt-deux ans

(1) La liste des travaux publiés par les Laignel figure dans la Bibliographie méthodique et dans la Bio-bibliographie des écrivains de V arrondissement du Havre^ par A. Lechevalier.

(2) Rouen, Mégard, 1956, 1 vol. ia-dr de 20 p.

420 , tJI COLLÈGE DU HAVRE

huit mois, il avait encore accepté, deux ans auparavant, de prêcher une station de Carême.

On a dit que Tabbé Laine avait laissé de nombreux manuscrits, et on a cité des cours, des sermons, des pièces de poésie, un traité sur la prédicaUon. Nous ignorons si ces manuscrits ont été conservés.

Laroche (Hippolyte) naquit à Lyon le 26 Janvier 1848. Son père était cotonel-directeur du génie, et orthographiait alors son nom Larrache, comme d'ailleurs Hippolyte pendant le temps qu'il passa au Collège du Havre (i).

Hippolyte Laroche débuta dans la marine de TEtat ; mais il démissionna, étant lieutenant de vaisseau, pour entrer dans Tadministration. Il fut successivement sous-préfet de SaintrCalais (23 Juillet 1880), de la Flèche (27 Juin 1881), de Douai (8 Janvier 1887) et du Havre (10 Janvier 1888). Il fut ensuite préfet de la Charente (8 Janvier 1890) et du département d'Alger (29 Septembre 1892). Le 1" Février 1894, îl fut envoyé à Madagascar avec le titre de Résident. Il est maintenant en disponibilité.

Hippolyte Laroche s'inscrivit comme membre de l'Association des Anciens Elèves de notre Collège pendant les deux années qu'il remplit au Havre les fonctions de sous-préfet.

Latham (Lionel) était le fils d'un négociant de la place du Havre. Il fit toutes ses classes au Collège et obtint en i867 la mention Assez Bien au baccalauréat es lettres. Il fut reçu bachelier es sciences l'année suivante. Entre ces deux examens, il avait groupé autour de lui quelques-uns de ses condisciples et avait fondé avec eux l'Association des Anciens Elèves du Collège et du Lycée. A la réunion qui eut lieu le 2 Janvier 1868, ce fut la première assemblée générale, il avait été proclamé président. Pendant les trois années qu'il garda son mandat, il travailla avec autant d'activift^ que de tact au développement de cette Association naissante, et il en rédigea lui-même les Statuts et le Règlement. J^n 1871, il alla en Angleterre compléter ses études. De retour en France, il entreprit plusieurs voyages, qui le tinrent assez souvent éloigné de ses concitoyens. En outre, il possédait une propriété, le château de Maillebois, dont il fit sa résidence. Il revenait cependant au Havre de temps en temps. Il est mort dans son château le 20 Décembre

(1) Cl. Palmarès du Collège en 1861, classe de Troisième ; c*e6t par err^ir qu Hippolyte y est désigné comme natif de Rodez.

LES OOULÉQIENd GÉL&BRfiS 427

1885, n'ayant pas encore trente-six ans. Ses restes furent ramenés et^ inhumés au Havre le 26 Décembre.

Lionel Latham avait appris, au sein de sa famille, à mettre sa fortune et son cœur au service des malheureux pour adoucir leurs souffrances physiques et morales. 11 continua avec bonheur ces exeellentes traditions, et fut à la tète de plusieurs ceuvres de bienfaisance.

Il était le frère de M. Edmond Latham, qui est membre de la Chambre de Commerce du Havre depuis 1872, et qui fut président de cette Chambre du 9 Janvier 1891 au 18 Décembre 1896.

Lavenu (Emile) naquit à Fécamp le 27 Février 1843. Il eut de très grands succès dans ses études, mais il semble avoir quitté le Oollège en 1858 après la Troisième. Capitaine d'artillerie pendant la guerre de 1870, il se trouva enfermé à Longwy (chef-lieu de canton de Meurthe-et-Moselle) lorsque les Allemands cernèrent cette ville, laquelle ne capitula que le 25 Janvier 1871 après un long bombardement et une résistance héroïque. Emile Lavenu mourait six jours après. Son nom figure sur la plaque commémorative qu'on a placée dans le grand vestibule du Lycée à la mémoire des anciens élèves morts au champ d'honneur, et qui a été solennellement inaugurée le 17 Juillet 1896.

Lecadre (Arthur-Jacques), né au Havre le 16 Juin 1831 et décédé en la même ville le 19 Septembre 1890, devint orphelin de bonne heure. Sa mère mourut à Rouen le 7 Mai 1835, et son père au Havre le 6 Juin 1843. Recueilli avec son frère Paul- Eugène (1) par son oncle le docteur Lecadre qui précisément habitait le Havre et y exerçaiit la médecine depuis 1827, le jeune Arthur fut envoyé à l'Institution Pasquier et à ce titre fut inscrit au Collège en qualité d'externe. Il est peut-être l'élève le plus r^'jnarquable qui soit passé par notre établissement secondaire, et même par le Lycée de Rouen, où il obtint, le 14 Décembre 1844, l'une des bourses qui y étaient entretenues par la Ville du Havre. En 1850, il remporta le prix d'honneur de philosophie, et fut reçu aux deux baccalauréats es lettres et es sciences. Il alla ensuite à Paris faire ses études de médecine. Il suivit les leçons de Velpeau et de Jobert de Lamballe, puis de Philippe Ricord (2),

(1) Né au Havre le 16 Décembre 1832 et mort à Rouen te 9 AvrU 1886.

(2) Trois célèbres chirurgiens qui furent membres de l'Académie de Médecine, et même de rAcadémie des Sciences.

428 L.B COLLÈGE DU HAVRB

dont il rédigea les cliniques avec une précision et un talent tout à fait exceptionnels. En 1855, il fut classé prunier dans un concours ouvert pour une place de sous-aide-major au Val-de-Grâce. Reçu docteur en médecine en 1856, il fut envoyé comme chirurgien aux hôpitaux militaires d'Alger ; mais sa santé eût beaucoup à souffrir du climat africain, et, au bout de deux ans, il dut renoncer à Texercice de la médecine militaire. Il vint, au début de 1859, se flxer définitivement au Havre, et se signala promptemeat comme

Arthur Lecàdre

habile chirurgien. Sa science médicale lui mérita bientôt d'être le médecin du Parquet. En 1871, il fut nommé chirurgien-adjoint, et en 1883, à la mort de son oncle, médecin titulaire du Lycée.

Nous sommes heureux d'ajouter qu'à un esprit très fin et très cultivé, le docteur Lecadre joignait un excellent cœur. De tous côtés on rendait hommage à son dévouement, à son affabilité et à son zèle.

Lefèvre (François-Ernest), né au Havre le 15 Août 1833, mort à Paris le 9 Novembre 1889 et inhumé à Graville-Sainte-Honorine le 13 du même mois, était flls de Nicolas-François Lefèvre et de Arsène-Marie Vacquerie. Ce fut son père, ancien ouvrier cordon nier devenu négociant et chef d'une des plus importantes maisons d'armement du Havre, qui créa en 1839 le nouveau quartier de Graville et traça quatre-vingt-dix rues aboutissant à la rue de

Normandie. GathoUC[ue généreux, il offrit une cloehe & Téglise de Oraville, sa paroisse, et fut un insigne bienfaiteur de l'église Sainte-Marie, comme le témoigne une plaque de marbre placée dans Tune des nefs latérales de cette église. Son flls Ernest brilla au Collège dans toutes les matières de renseignement.

Le 0 Âoftt 11^2, la Municipalité havraise inaugura les statues qu'elle élevait à deux de ses plus illustres enfants, Bernardin de Saint-Pierre et Casimir Delavigne. Voulant honorer la maison où ces écrivains avaient commencé leurs humanités, elle réserva au banquet, qu'elle donna à cette occasion, une place pour le meilleur élève du Collège. Cette place, entre le Préfet et Jules Ancel, fut occupée par le jeune Ernest Lefèvre, en tenue de collégien, qui

Ernest Lefèvre

terminait sa philosophie avec les trois prix de sa classe (Excellence, Dissertation française et latine, Sciences mathématiques et physiques) et le diplôme de bachelier es lettres.

E. Lefèvre alla faire son Droit à Paris, et fut reçu au doctorat avec une thèse sur Les légistes et leur inilxience au XW et au Xlli* siècle (1), qui est restée un livre classique. Il choisit ensuite le barreau, et y eut quelques succès ; il devint même secrétaire de rOrdre. Mais après quelques années, la politique le séduisant davantage, il se lança dans le journalisme. Rédacteur au Rappel

(1) Parts, 1859, in 8-.

490 te OOUlûE DU tlAVRS

avec son oncie Aug. Vacquerie, il se (Il beaucoup remarquer comme écrivain dislingoé et comme Twi des plus intrépides défenseurs de la cause républicaine. Il fui membre de la CSommune en 1871, et, comme tel, traduit en 1873 devant un Conseil de guerre qui Facquitta. Membre du Conseil municipal de Paris (1874), président du Conseil général de la Seine, il se présenta le 2i Août 1881 aux élections législatives dans la première circonscription du Havre. Peulevey recueillit 6.506 voix et fut élu ; Lefèvre échoua honorablement avec 5,758 suffrages. Paris lui fut meilleur en le nommant député Tannée même où le Havre lui préférait son concurrent. A la Chambre, il siégea constamment à rextrême-gauche. Ses électeurs ^parisiens lui renouvelèrent son mandat en 18^3. Il fui vice-président de la Chambre, mais sa mauvaise sauté le contraignit à renoncer aux affaires publiques.

Comme administrateur du Rappel, E. Lefèvre fut Tun des premiers dans la presse radicale à combattre le générai Boulanger. Gendre de noire conciloyen, le docteur A.-A. Lecadre, il venait fréquemmeni au Havre et passail chaque année une partie de Tété à Villequier.

On a gravé sur la tombe de E. Lefèvre cet éloge qui résume sa vie en peu de mots : « Le Consent général de la Seine Ta fait son président ; Paris Ta tait son député ; la Chambre Ta fait son vice-présidenl ; Victor Hugo Ta fait son exécuteur testamentaire. Tous ont salué en lui une haute intelligence, un grand caractère el la probité absolue. »

Lemaitre (Antoine-Louis-Prosper, dit Frederick) naquit au Havre, rue de la Gaffe, le 9 Thermdior an VÏII (28 Juillet 1800), d'une famille d'artistes. Son pêne était architecte de la ville du Havre el directeur de TEcole de dessin et d'architecture, et son grand-père maternel, Charles Frederick Mercheidt, avait été « maître de musique ». Dès le lendemain de sa naissance, Prosper fut conduit à l'église Notre-Dame et tenu sur les fonts du baptême par un ami de ses parents, Tabbé Roussel, curé constitutionnel de Saint-François, qui représentait le parrain absent. L'enfant fut placé tout jeune au Oollège. 11 le quitta en Février 1811, accompagnant sa mère qui, devenue veuve, rejoignait à Paris sa propre mère et sa sœur. L'infortunée s'installa au quatrième étage d'une maison de la rue Guénégaud, et obtint pour Prosper^ par. la pro-

LfiS COLLÉGIENS CÉLÈMES 431

teotion de Tamiral Hamelin, une bourse d'externe au Collège Sainte*Barbe.

Prosper, qui ne s'appelait pas encore Frederick, se passionna de bonne heure pour le drame. Il suivait assidûment les représentations du boulevard, sa bourse ne lui permettant pas de fréquenter les grands théâtres ; et plus il écoutait les mélodrames, plus il sentait croître en lui la vocation d'acteur. Il passa deux années au Oonservatoire dans la classe de déclamation du célèbre Pierre Lafon. Il essaya ensuite d'entrer à l'Odéon ; mais, malgré la protection de Talma, son mépris des vieilles tendances et des vieux préjugés littéraires, qui devait immortaliser son nom, le fit exclure et il se résigna à flgurer sur les dernières scènes, dans ces cafés souterrains du Palais-Royal où Ton jouait maigrement le vaudeville au milieu des conversations et de la fumée des pipes. Voulant à tout prix se montrer au public, le jeune artiste se présenta bientôt aux Variétés-Amusantes. S'adressant à l'imprésario, un petit vieillard, il lui dit : Je veux jouer la comédie. — Mais avez-vous une belle voix ? — Frederick poussa uiï rugissement — Parfait I s'écria le vieillard, j'ai un rôle pour vous. Vous ferez le lion dans Pyrame et Thisbé ; vous aurez trente francs par mois et une peau superbe. Le lendemain^ Frederick opéra sur la scène une entrée majestueuse à quatre pattes et remporta son premier succès. En 1820, il signa enfln un engagement avec rOdéon ; mais plein d'exubérance et de fougue, son talent <leni.Uidait autre chose que le répertoire classique I! ne trouvait là que des rôles guindés et sans importance. La tragédie ne lui convenait pas. Il quitta l'Odéon et vint a l'Ambigu. Le 12 Juillet 1823, il y créa le rôle de Robert Macaire, dans VAuberge des Adrets, et y obtint un extraordinaire succès. Dès lors sa vie d'artiste fut jusqu'en 1864 comme une promenade d'un théâtre à l'autre. Chacune de ses créations fut un triomphe. Sa carrière fut excessivement brillante ; mais, menani joyeusement la vie, il ne retira de ses travaux qu'une modeste aisance.

Notre concitoyen joua pour la première fois sur le théâtre du Havre le 4 Novembre 1832. Il fut toujours reçu avec enthousiasme dans sa ville natale.

Frederick Lemaltre a été l'acteur le plus populaire de son temps* Artiste accompli pour l'interprétation du théâtre romantique, il fut aussi puissant dans les pleurs que dans le rire, dans le bouffon que dans le tragique. Il fallait le voir se draper dans

432 Lfi COLLiSÛB DU HAVRfi

1368 haillons avee la Herté d'un gentilhomme de la plus noble race ! On Ta surnommé le Talma des boulevards. Usé par la fatigue, par rage et par les excès, Frederick dans ses dernières années n'avait plus d'organe ; mais il suppléait à Tinsufflsance de sa voix par une mimique éloquente, qui rappelait le grand Frederick d'autrefois. Il est mort à. Paris, rue de Bondy, 15, le 26 Janvier 1876.

. Frederick Lemattre composa avec Benjamin AnUer et Saint- Amand un drame, Robert Macaire (1834). C'était l'épopée de son iiéros de. prédilection, chef-d'œuvre de cynisme tKKiffon, de grotesque terrible qui pendant quatre moia attira la foule chaque soir aux FQlies-Dramjatiques, On attrit^ue à Frederick Lemaltre d'autres pièces faites. aussi en coilaboiration : Le prisonnier amateur (comédie mêlée de couplets, i8S6X Le vieil artiste ou la séduclipn (mélodrame en trois aotes ei en prose, 1826), La Tabahète (drame e^ trois actes, non joui^, publié dans la collection du ïhéâlre inédit du XIX"" siècle).

Un monument, dû au sculpteur Granet, a été él^vé à Paris, en 1899, à Frederick Lemaltre.

Une rue du Havre, porta son nom,

Lemjale (Alexis-Guislain), né le 30 Juin 1833, passa toute son existence dans sa ville natale et y mourut le 5 Décembre 1901. Excellent élève sous tous rapports, il eut au Collège des succès dans ses classes et de nombreux amis parmi ses condisciples. Historien consciencieux et éditeur de premier ordre, il fut entre temps juge au Tribunal de ^o^îme^ce.

Fils aîné du célèbre imprimeur Alphonse Lemale, il fut élevé dans la maison de son père et lui succéda à sa mort, le 13 Avril 1870.

Comme historien, il publia, n'ayant que vingt-sept ans, deux ouvrages d'érudition intitulés : Le Havre sous le gouvernetnent du duc H. de Saint-Aignan (1719-1776), et Notices biographiques sur les ducs de Saint-Aignan (François et Hippolyte), gouverneurs du Havre.

Comme éditeur, on lui doit Le Havre d'autrefois et La Normandie monumentale et pittoresque, deux chefs-d'œuvre de typographie. Le Havre d'autrefois (gros volume in-4*) reproduit soixante-cinq grandes planches et soixante^t-onze gravures d'anciens tableaux ei anUquités se rattachant à notre histoire locale ; le texte est de Ch. Rœssler, archéologue distingué et membre de plusieurs Sociétés savantes.

LES COLLÉOIENS CÉLÈBRES 433

La Normandie monumentale et pittoresque^ ouvrage achevé

en 1900, renferme, dans 5 vol. grand in-folio, plus de cinq cents

héliogravures et de nombreuses simili-gravures dans le texte.

. C*est la description des édifices publics, églises, châteaux,

manoirs, etc. de la Normandie.

A.-G. Lemale est auteur de plusieurs autres publications moins importantes que celles que nous venons de citer.

Au point de vue typographique, cet artiste donnait une exécution parfaite à tout ce qui sortait de ses presses.

Le Minihy de la Villehervé (Robert et Richard), nés à Ingouville, l'un le 15 Novembre 1849, l'autre le 30 Janvier 1851, sont fils d'un capitaine au long cours.

Robert est publicisle, poète, romancier, auteur dramatique. Comme publiciste, il a été rédacteur au Courrier du Havre (1871-1777), collaborateur de la République des Lettres (1877 et 1878), secrétaire de rédaction du journal Le Globe (1878 et 1879), et a fondé, le 25 Mai 1900, La Province, revue mensuelle de décentralisation. L'énumération des œuvres nombreuses de notre concitoyen se* trouve dans la Bio-bibliographie des écrivains de Varrondissement du Havre, par A. Lechevalier (p. 116-117).

Richard, docteur en droit, inscrit au barreau du Havre depuis une trentaine d'années, est avocat et juge suppléant au Tribunal civil. Il a été bâtonnier, et, de 1900 à 1902, il a présidé la Société havraise d'Etudes diverses. Cet érudit a collaboré au Recueil de jurisprudence commrerciale et maritime du Havre, et a écrit une remarquable étude sur La criminalité chez Venlant, ses causes^ moi^en de la prévenir^ de la réprimer, de Vamender. Ce Mémoire, couronné par la Société havraise d'Etudes diverses, a été publié dans le Recueil de cette Société (Année 1896, p. 406-466).

Lennier (Gustave), célèbre naturaliste, n|aquit au Havre le 26 Février 1835. Il est le fils de Guillaume Lennier, qui de préparateur au Musée d'Histoire naturelle du Havre en fut nommé le conservateur à la mort de Ch.-Alex. Lesueur (1846). Notre éminent concitoyen passa du Collège du Havre au Muséum de Paris. En 1856, il fit un voyage scientifique sur là côte occidentale d'Afrique, et principalement au Sénégal. Pendant trois années, il visita et explora scientifiquement le Cayor, le bas Sénégal, les rivières Mellacorée, le Rio Nunez, et revint au Havre en 1858. Son père étant mort au mois de Septembre 1859, Gustave fut appelé à lui succéder

434 LE COLLÈGE DU HAVRfi

comme conservateur du Muséum. Il s'enrôla en 1870, partit comme sergent, obtint le grade de lieutenant, et commanda la première et la deuxième Oompagnie des francs-tireurs havrais. U retourna ensuite à ses chères études, et fonda au Havre, en 1871, la Société géologique de Normandie^ laquelle fut reconnue d'utilité publique te il Novembre 1892. U en est le président depuis sa créations el fait en même temps partie de plusieurs Sociétés savantes françaises et étrangères.

Il donna plusieurs conférences à TElysée havrais en 1874 et 1875, et professa à THôtel de Ville des cours de géologie et de zoologie en 1862, 1874, 1875, 1879 et 1880.

Gustave Lennier est officier de TlnstrucUon publique, chevalier de la Légion d'honneur, et correspondant du Ministère de riDstruotion publique et du Muséum de Parts.

D^uis quarante-cinq ans, Gustave Lennier consacre tous ses loisirs au Muséum, dont les premiers éléments mit été rassemblés par son père. Très désintéressé, il a donné à la ville du Havre une foule d'objets qui figurent au Musée. Pa.rmi ces objets, les uns lui ont été personnellement offerts par des capitaines de navires qui les avaient rapportés de leurs lointains voyages ; d'autres proviennent de découvertes paléontologiques faites par lui-même, notamjnent la coltection de fossiles du cap de La Hève, coUeciion qu'il mit vingt ans à rassembler.

G. Lennier a écrit sur bien des sujets, mais il s'est surtout spécialisé sur la géologie et la paléontologie. Outre plusieurs brochures et des articles de journaux qui ont paru de divers cMës, on lui doit un grand nombre de Mîêmoires insérés au Bulletin de la Société géologique de Normandie, et dont quelques-uns ont été couronnés dans dllTérents concours. Nous ne pouvons nommer ici que Iqs œuvres importantes, pour lesquelles on a fait un tirage à part.

Excursions géologiques aux environs du Havre. (Le Havre, 1864, in-8» de 54 p.)

Etudes géologiques ei paléontologiques su^ Vembouchure de la Seine et le\s falaises de la Hauie-Normandie, (Le Havre, 1870, in-4» de XVl-245 p.)

Guide du visiteur à taqi^irium du Havre. (Le Havre, 1871, in-fô de 266 p. — Cet aquarium exista du 1*' Août 1869 au 23 Octobre 1801.)

VEstuaire de la Seine ; mémoires^ notes et documents pour servir à lélude de Vestuaire de la Seine, (Le Havre, 1885, 2 vol. in-4* et un aUas.)

Guide iUusiré du visiteur du Muséum du Havre. (Le Havre, 1904, iû-12 <le 371 p.)

Le Play (Pierre-Guinaume-Prédéric) naquit à la Rivière- Saint-Sauveur, près Honneur (Calvados), le 11 Avril 1806. A peine âgé de cinq ans quand il perdit son père^ officier des douanes, Frédéric fut confié à un oncle et à une tante qui habitaient Paris» Là, il fut envoyé à TEcole primaire ; mais, étaiit devenue veuve en 1815, sa tante le ramena à Honfleur et le rendit à sa ootàre. Cette mère modèle exerça la plus heureuse influence sur son fils. Je dois, disait plus tard Le Play, « je dois aux enseignements de ma bonne mère les sentiments qui. m'ont soutenu au milieu de rudes travaux, à savoir le respect de Dieu, la frugalité de Texistence, l'amour du travail, le dévouement au bien. » A Honfleur, le jeune Frédéric fut confié à Tabbé Bazire qui voulut bien continuer Tinstructrion de cet enfant de dix ans. Sa mère étant venue s'installer au Havre, Frédéric fut placé comme externe au Collège. Il entra en Quatrième au mois de Février 1820. En 1823, sa rhétorique terminée, il affronta avec succès les épreuves du baccalauréat es lettres. Frédéric garda toute sa vie le meilleur souvenir de ses maîtres et en particulier du Principal, Tabbé Houlier ; il a écrit que « c'étaient des hommes qui avaient apporté à, la jeux\e Université la science et l'expérience de l'ancien clergé ». Jusque-là, notre collégien avait fait des études littéraires, plutôt solides que brillantes. L'Université donnait dans son enseignement une place si petite aux sciences que Le Play avait dû acquérir tout seul quelques notions de mathématiques. Un ami de la famille l'aida à compléter son instruction scientifique,. puis l'envoya à Paris, dans les premiers jours de 1824, au Collège SaÂnt-Louis, où il fit ses mathématiques spéciales dans la classe de Lefébure de Fourcy. En 1825, Le Play entra à Polytechnique dans un très bon rang. Il fut sergent la première année, et sergent-major la seconde. Il sortit avec le numéro 4 et arriva à TEcole des mines avec le numéro 1. Il mit deux années, au lieu de quatre, à parcourir le programme de cette Ecole. A la suite des examens de 1829, il obtint le diplôme d'ingéhieur avec de grandes félicitations de Becquey, le directeur général des Ponts et Chaussées, qui lui

écrivait : « Le Conseil de l'Ecole m'a donné connaissance des très remarquables succès que vous avez obtenus dans le dernier concours. Bien que vous n'ayez que deux années d'études, vous vous trouvez en tête de la liste des élèves, et vous avez acquis 5,767 points de mérite, nombre auquel, depuis la fondatton de l'Ecole, n'a jamais atteint aucun élève, même de quatrième année. Je me plais à vous en féliciter et à. vous exprimer toute ma satisfacbion. »

Pour compléter le cours de ses études professionnelles. Le Play nt aux frais de )*Etat le traditionnel voyage d'exploration scientifique. De retour à Paris, il rédigea son journal de voyage. On lui confia aussitôt la conduite du laboratoire de l'Ecole des mines sous les ordres de Berthier, et la publication des Annales des mines en collaboration avec Oufresno?. C'est en 1830 que Le Play sentit s'éveiller sa vocation d'économiste et de réformateur* La révolution de Juillet lui révéla dans l'ftme du pays un mal auquel il résolut de remédier. Sa profession d'ingénieur, aussi bien que son insatiable besoin d'observation, le conduisirent pendant plusieurs années & l'étranger où il étudia la métalltorgie et les sociétés. Entre temps^ il épousa à Ingouville, le 19 Décembre 1837, Marie-Augustine Fouache, fllle de Jean-Baptiste Fouache (1), constructeur de navires au Perrey et adjoint au maire d'Ingouville. Un des témoins de son mariage fut Louis Lefébure de Fourcy, son ancien iprofesseui^, qui était* alors examinateur d'admission à l'Ecole polytechnique.

Nommé ingénieur en chef et professeur de métallurgie à l'Ecole des mines en 1840, Le Play fut promu, en 1848, inspecteur des études à TEcoIe des mines, A dater de cette époque, le métallurgiste passa la plume à l'économiste. Le Play travailla à propager sa méthode par la publication de ses expériences. Il fit paraître les Ouvriers européens (2), livre original qui se compose de trentesix monographies de familles choisies dans les professions les plus diverses et qui peut être considéré comme un modèle de statistique sociale. A la suite de celte longue et savante revue. Le Play écrivit Va. Réforme sociale en France (3), livre de principes et de éonclusions. Cette étude magistrale fut proclamée par

(1) Nous conservons Torthographe des noms, telle qu'elle figure aux registres de* lEtat-clvil et de TégllBe d'Ingouville.

(2) Paris, 1S55, 1 vol. in-fol. ; 2* édition, 1677-1679, 6 vol. in-8\

(3) Paris, 1864, 2 vol. ln-8*.

Montalembert, après Sainte-Beuve, « Touvrage le plus original, le plus utile, le plus courageux*, et sous tous les rapports le plus fort de ce siècle ». L'organisation du travail (1) est le meilleur ouvrage de Le Play ; il résume les autres et les reniplace. Son dernier livre, intitulé la ConstitiUion essentielle de Vhumanité (1881) fut le sommaire de tout ce qu'il avait écrit jusque-là sur Féconomie sociale.

Les titres et les dignités affluèrent à Le Play, Il fut membre du jury de l'Exposition universelle de Londres (1851), organisateur des deux Expositions universelles de Paris (1855 et 1867), conseiller d'Etat (8 Décembre 1855), sénateur, grand-officier de la Légion d'honneur, inspecteur général honoraire des mines (1868), et décoré de nombreux ordres étrangers. La révolution du 4 Sep' tembre 1870 rompit violemment les liens qui attachaient Le Play aux hautes fonctions publiques», et il rentra dans la vie privée. Il est mort à Paris le 5 Avril 1882.

Le Play fut le fondateur de l'économie sociale, c'est-à-dire de la science qui recherche les causes du bonheur de l'homme, non seulement dans la richesse et la forme du gouvernement, mais prihcipalement dans son développement social et moral. En 1856, il établît la Société internationale des études pratiques d'économie sociale. Sa méthode consistait avant tout à appliquer à Tétude des questions soodales les procédés d'observation impartiale, propres aux sciences naturelles. Rejetant toute idée préconçue, il réunissait une somme considérable de faits, et cherchait à en déduire un enseignement général. En demandant ainsi au passé les leçons de l'avenir et en s'appuyant sur le « Décalogue éternel », où, selon ses expressions, « s'est toujours trouvée la source du bonheur et de la paix » et dont « la pratique ou l'abandon a toujours entraîné pour les sociétés la prospérité ou la souffrance », Le Play créa une école, « l'Ecole de la paix sociale », qui a compté de nombreux adeptes.

Le Play est encore l'auteur des ouvrages suivants :

Observations sur l'histoire naturelle et la richesse minérale de VEspagne (Paris, 1834, in-8*) ; Vues générales sur la Statistique, suivies d'un Aperçu d'une statistique générale de la France (Paris, 1840, in-8*) ; Description des procédés métallurgiques employés dans le pays de Galles pour la fabrication du cuivre (Paris, 1848,

(1) Paris, 1870, in-l«.

438 Lfi COLLÈGE DU HAVRE

in-8*) ; Album de lExposition universelle (Paris, 1856) en collaboration! avec le baron Brisse ; Lorganisatison de la famille selon le vrai modèle (Paris, 1871, in-12) ; la Question sociale et V Assemblée (Paris, 1874, in-12) ; la ConstHuuon de l Angleterre considérée dans ses rapports avec la loi de Dieu et les coutumes de la paix sociale, en collaboration avec Delaire (Paris, 1875, 2 vol. in-12) ; la Réforme en Europe et le Salut de la France (Tours, 1877, in-12 ; VEcole de la paix sociale, son histoire, sa méthode et sa doctrine (Tours, 1881, in-16.)

On doit encore à Le Play des mémoires, notices et articles, imprimés dans différentes Annales.

De nombreux travaux ont été publiés en France et à Tëtranger sur notre illustre collégien.

(Yves-Adrien), né au Havre le 14 Novembre 1801, appartenait à une famille de marins, originaire de Brest, qui était venue s'établir au Havre vers 1745. Plusieurs membres de cette famille s'étaient illustrés dans les guerres contre les Anglais. L'un Yves, grand-père de Yves-Adrien, étant capitaine de brûlot, avait, en 1781, dégagé un convoi surpilis par les Anglais (il était chevalier de Saint-Louis) ; un autre, Hycinthe-Urbain, oncle de notre collégien, fut lieutenant de vaisseau et chevalier de la Légion d'honneur.

Yves-Adrien, dont le père, enseigne de vaisseau auxiliaire, mourut en 1806, eut pour tuteur Léonor-Auguste Acher, son oncle. Après avoir commencé son instruction au Collège, où il remporta des succès qui lui valurent Thonneur d'entendre, suivant l'usage, le tambour battre un ban devant la maison de son tuteur, il s'embarqua comme mousse à bord du bateau YEstelle, que commandait son oncle. De retour au Havre, il concourut pour obtenir une des bourses entretenues par la Ville du Havre au Collège de Rouen, et alla à ce Collège (1814) continuer ses études. Après sa Seconde (1818) il navigua au commerce pendant vingt-deux années ,dont dix comme capitaine. H lit surtout les voyages du Brésil, de la Plata et de l'Inde. Rentré dans sa ville natale, il y remplit les fonctions de syndic de faillites et de liquidateur, tant pour le Tribunal de commerce du Havre que pour la Cour de Rouen. Il fut aussi administrateur de la Caisse d'Epargne et de différentes compagnies particulières, comme les Apparaux, le Finistère, les Bateaux de Caen. Yves-Adrien Lescan est mort au Havre, le 27 Octobre 1877.

LB8 GOLLéOfENfl CÉlilBRES 439

Lerloux (Pierre-Emile), né au Havre le 14 NivAse an II (3 Janvier 1794), était Als d*un huissier. Il commença ses études chez rabbé Trupel ou Tabbé Choinet, et, à l'ouverture de l'Ecole Secondaire (Octobre 1804), il se présenta en Quatrième, n'ayant pas elioore onze ans. Malgr<é son jeund âge, il remporta des succès dans une classe, peu nombreuse il est vrai, mais forte, qui comptait Ancelot, François de Martonne, etc. Après ses humanités, il étudia le Droit et prêta le serment d'avocat, le 2 Février 1821. Il plaida dans sa ville natale pendant trente-huit ans et ûix mois, fut bâtonnier de l'Ortlre, et, quand il mourut, le 25 Novembre, il était le doyen des avocats.

Levieux, qui était médaillé de Sainte-Hélène, fut un avocat très flistingué, qui, à une connaissance très approfondie du droit et à une culture littéraire très soignée, joignait un jugement très droit, un raisonnement très précis, une exposition très claire. On vantait aussi son désintéressement professionnel.

Ses flls furent instruits au Collège, et l'un d'eux fut longtemps avocat au Havre.

Uonnet (Louis-Charles), négociant, domicilié à Ingouville rue du Grand-Escalier, pavillon Piton, eut trois flls, Eugène, Gustave et Alfred, qui naquirent, Eugène à Paris en 1833, et les deux autres à Ingouville le 14 Avril 1841 et le 28 Mars 1843.

Eugène Lionnet entra en Huitième au Collège, au mois d'Octobre 1843, et fut élève dçs Cours spéciaux jusqu'au 15 Mars 1848. Il devint courtier en colons sur la place du Havre, et maire de San vie, où il avait son domicile privé. Sa santé le contraignit de renoncer au commerce. Il alla se soigner à Paris et y mourut au bout d'un an, le 6 Janvier 1890.

Gustave Lionnet, le plus célèbre des trois frères, lit toutes ses classes au Collège et eut des succès dans chacune d'elles. Il s'occupa ensuite d'affaires commerciales. Jeune encore, il voyagea en Amérique pour y étudier la culture du coton. De retour en France, il s'associa à son frère Eugène. En dehors de ses mérites professionnels, Gustave possédait une intelligence ouverte k tous les progrès, et aussi des dispositions remarquables pour les études scientifiques. Séduit par les sciences naturelles, il acquit rapidement, en géologie et en paléontologie, des connaissances aussi variées qu'étendues, qui le firent élire, en 1878, vice-président de la Société géologique de Normandie. Il fut encore membre de la Société géologique de France.

Cet érudit a publié beaucoup de Mémoires dans le BuMetin de la Société géologique de Normandie, et dans le BuHetitu de la Société Linnéenne de Normandie (i).

Ami sûr et Adèle, caractère sensible et aimable, cœur excellent, Gustave Lionnet mourut le 7 Mai 1890, très regretté de ses

concitoyens et particuliètiement de ses anciens camarades du Collège.

Collégien comme ses frères, Alfred Lionnet embrassa aussi la même carrière. Etant allé en Amérique, il s'y installa comme négociant en cotons, s'y maria et y est encore à la tète d'une importante maison de commerce.

Louer (Jacques), né au Havre le 8 Janvier 1830, passa plusieurs années au Collège. Il entra dans le commerce, et succéda à son père, brasseur de bière rue des Viviers. Sa maison porte maintenant le nom de Paillette, son neveu. Conseiller municipal pendant la guerre de 1870, il fut adjoint au maire Guillemard. Sa qualité d'adjoint et sa notoriété comme industriel lui valurent la croix de la Légion d'honneur. Il est le beau-frère de Gustave Lennier. Aujourd'hui propriétaire, J. Louer rend des services à ses concitoyens comme président ou vice-président de plusieurs œuvres de bienfaisance, telles que le Mont-de-Piété, l'Hospitalité de nuit et les Hôpitaux.

Maire (Isidore-Hyacinthe), fils d'un conducteur des travaux maritimes au Havre, fut docteur en médecine, et maire du Havre en 1853 (2). Il eut deux flls, Anatole et Isidore, qu'il fit élever au Collège.

Isidore, né à Brest, le 13 Juin 1834, quitta notre établissement pour aller au Lycée Saint-Louis préparer l'examen d'admission à l'Ecole Polytechnique. Il fit sa carrière dans le génie. Lieutenantcolonel en retraite, il habite maintenant Sainte-Adresse.

Anatole, né au Havre, rue de Paris, 22, le 27 Septembre 1843, a fait toutes ses études au Collège. Il est aujourd'hui inspecteur à la Compagnie d'assurances Le Soleil, k Paris.

(1) Cf. A. Lechevalier. — Bdhliographie méthodique et Bio-Bibliographie des écrivains de V arrondis sèment du Havre, n" E3, 31, 574, 2,396, et 5,107 è 5,113.

(2) Le docteur Maire, né au Havre, le 3 Ventôse an X (22 février laoS), fut reçu médecin le 20 Mai 1827, à Paris ; il vint s'établir au Havre en 1639 et y mourut le 6 Mars 1883. Une rue de la ville porte son nom.

Malais (Armand), né au Havre le 19 Mars 1812, était fils d'un ancien élève de Tabbé Choinet. Il passa sa jeunesse au Havre et fit sa Rhétorique au Collège avec grands succès en Tannée 1831- 1832. Ordonné pi-être à Rouen le 28 Mai 1836, il fut successivement vicaire à Saint-Gervais et aumônier à THôtel-Dieu (1836), vicaire à Aumale (1840) et curé de Martin-Eglise (1842) dans le canton de Dieppe. 11 mourut le 2 Mars 1882, après quarante années de ministère dans cette paroisse.

L'Abbé Malais

L'abbé Malais est surtout connu comme liturgiste et comme hagiogiuphe. Il a écrit de nombreux articles de journaux et de revues, qui contiennent sur une foule de questions des aperçus ingénieux et de savantes observations.

Citons les principaux de ses ouvrages : Essai de calendrier pour servir à Vhisloire ecclésiastique, hagiographique et liturgique de la Normandie, (1854, 1 vol. in-12 de 64 p.)

Calendrier normand et analectes, (1860, in-8" de 276 p.)

Le Chapitre de Rouen depuis la grande Révolution (articles parus dans le Magasin normand).

Quelques jours d'un \eune Anglais en Normandie. (1875, 1 vol. in-8* de 166 p.)

Des couleurs liturgiques, (1879, 1 vol. in-12 de 32 p.)

Essai sur les patrons. (1880, 1 vol. in-12 de 48 p.)

Frère cite de l'abbé Malais 1 vol. in-folio resté manuscrit :

Calendrier de 1856 pour servir à Vhistoire ecclésiastique, hagiogra-

phique et liturgique de la Normandie.

Martonne (de) (Guillaume-François), né au Havre le 18 Mai 1791, fut jurisconsulte et archéologue littéraire (1). Il commença son instruction, comme Ancelol et Levieux, chez des instituteurs particuliers, et entra avec eux en Quatriènve à l'Ecole Secondaire en Octobre 1804. Il tint tête à ses redoutables concurrents. Après ses études de Droit, G. de Martonne fut en 18i6 avocat au Havre, en 1821 substitut du procureur du Aoi en la même ville, et en 1824 chef du Bureau des grâces au Ministère de la Justice. Entre temps, il publia quelques œuvres oubliées, ou inédites, du Moyen-Age, et édita pour la première fois le roman de Denise la duchesse (1836, 1 vol. in-i2). 11 prit sa retraite et fut décoré de la Légion d'honneur la même année, en 1849. Jusqu'à sa mort, il s'adonna exclusivement aux études d'archéologie du Moyen-Age. Membre de la Société des Antiquaires de France, él communiqua des Mémoires d'archéologie à diverses revues de Paris et de province, telles que les Annales des Beaux- Arts, Y Echo du monde savant, le Gynv nase littéraire, la Revue maritime, le BuUetin de V Académie éhrôi' cienne, le RecueU de la Société des Antiqtiaires, etc.

On doit encore à G. de Martonne une étude historique, Jehan de Bethencourt, roi des Iles Canaries (1851, 1 vol. in-12 de 256 p.), ouvrage où la peinture des mœurs du Moyen-Age est faite de main de maître.

A l'exemple de tous ses concitoyens, G. de Martonne avait l'amour du sol natal et s'entretenait avec émotion des lieux où s'étaient écoulées son enfance et sa jeunesse. Devenu aveugle, il

(1) La famille de Martonne s*est fixée, il y a plus de deux siècles, en Normandie, où une terre porte son nom, près de Routot (Eure). Elle a loumî des conseillers du roi, des membres de l'Echiquier de Normandie et des Maîtres de la Chambre des Comptes de Bouen. Depuis son établissement au Havre, elle a donné plusieurs oÂlclers & la Marine royale.

Citons, dans cette famille, Jean de Martonne, conseiller-maftre ordinaire en la Chambre des Comptes de Rouen, lequel a son portrait dans la salle des Conseillers au Parlement, au Palais de Justice de Rouen ; Adam de Martonne, major-général garde-côte de la capitainerie d'Yport, qui fut tué sur le Jason en 1705 ; Hugues de Martonne, son frère, qui mourut en 1748 <les suites des blessures reçues lors de la prise du Northumberland {Arcktives historiques de la Marine). — Armes : D*azur, à la croix d*or, cantonnée de quatre étoiles du même.

LB8 COLLÉGIENS CÉLÈTOES 443

faisait écrire à Ch. Vesque en 1867 : a Si je n'étais privé dé la vue, je retournerais au Havre pour revoir le Collège, où j'ai fait mes études avec Ancelot, le palais où j'ai été substitut pendant trois ans, la maison où je suis né au coin dé la rue d'Estimauville... » Malgré les infirmités et une vie bien employée, G. de Martonne mourut dans sa quatre-vingirtroisième année, le 13 Novembre 1873, au chftteaù de Vallée-Guyon, près Vendôme, qu'il habitait depuis fort longtemps. Son fils, Alfred de Martonne. né au Havre ie 30 Août 1820, s*est fait un nom comme archiviste, poète, romancier et historien.

Il existe au Havre une rue Martonne.

Meyer (Arthur) est né au Havre le 16 Juin 1844, dans une maison de la rue de Paris portant alors le n* 117 et faisant l'angle de la place de la Comédie. Son père étaii commerçant. Entré au Collège le 15 Décembre 1849, le jeune Meyer y commença âon instruction. En Octobre 1852, il fut inscrit dans la classe de Neuvième. Vers 1856, il quitta le Collège du Havre où il avait pour camarades France d'Houdetot et Georges Brostrom, et alla à Paris achever ses études au Lycée Charlemagne.

Arthur Meyer débuta dans l'Administration et fut d'abord chef de cabinet du préfet de l'Eure, Janvier de la Motte. Ses qualités administratives le recommandèrent à l'attention du gouvernement impérial, qui, lorsqu'il fut question de créer le département de la Seine-Maritime, le désignai, dit-on, comme futur sous-préfet de Fécamp. La chute de l'Empire l'ayant éloigné des affaires publiques, Arthur Meyer suivit une autre voie. On le vit à la Bourse pendant un certain temps. Mais le journalismie l'attirant déjà depuis longtemps, il prêta, en 1868, son appui à Edouard Tarbé et H. de Pêne pour fonder le journal Le Gaulois, Dix ans après, il devenait lui-même directeur de ce grand journal parisien. C'est lui qui amena la fusion avec Le Gaulois du Paris-Journal et du Chiron, gérés le premier par H. de Pêne et Louis Teste, et le second par Comély.

Sous la direction de notre éminent concitoyen. Le Gaulois s'est acquis une grande notoriété. Ses opinions modérées, en politique comme en religion, lui ont gagné une clientèle nombreuse et distinguée. A. Meyer ne traite lui-même dans son journal que des questions politiques, mais il ne prend la plume que rarement. Ses articles sont écrits avec clarté, concision et élégance.

444 L8 COLLÈGE DU HAVRB

mgiiot (Albert), né à Rouen le 18 Mai 1835 et mort au Havre le 10 Mars 1901, était flls d'un avocat attaché au barreau du Havre. 11 entra au Collège^ le 19 Octobre 1843, dans la classe primaire élémentaire. Après six bonnes années passées dans notre établissement scolaire, il alla terminer ses classes à Yvetot.

11 débuta dans la presse au Courrier du Havre, où il fut chargé de la partie littéraire ; puis, par son mariage avec Mlle Le Normand de rOsier, en 1882, il devint rédacteur en chef, gérant et propriétaire du Journal de VArrondissemenL II imprima aussi Le Havrais, journal critique et littéraire, paraissant le jeudi et le dimanche (n"* 1, jeudi 28 Novembre 1867). A la fin de 1899, il vendit son imprimerie et cessa la publication de son journal. Pour occuper ses loisirs, il accepta cependant d'être au Havre le correspondant du NouveUisie de Rouen et de La Pairie.

Des relations de famille ayant mis en contact Gustave Flaubert ût Albert Mignot, notre concitoyen eut la bonne fortune d^avoir sur le romancier des détails inédits qu'il communiqua aux lecteurs de VArrondissement, 11 publia ensuite Touvrage Ernest Chevalier et Gustave Flaubert. Ernest Chevalier était un ancien procureur général à la Cour d'Angers, député de Maine^t-Loire, vieil ami de Gustave Flaubert

Albert Mignot, qui était la loyauté même, fut universellement estimé. Il entretenait avec tous ceux qui rapprochaient les rapports les plus cordiaux ; mais avec ses confrères sa courtoisie fut telle qu'il mérita et oblinl toujours le respect de ses adversaires politiques.

Sur la proposition du Cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen, Albert Mignot fut nommé, en 1881, chevalier de Saintr Grégoire-le-Grand.

t, le plus ilIustHs représentant de l'école « impressionniste », est né à Paris le 14 Novembre 1842. Elevé au Havre, Monet commença son instruction au Collège, où il entra dès le 1*' Avril 1851. Connu dans sa jeunesse sous le prénom d'Oscar, il changea, nous ignorons à quelle époque, ce prénom pour prendre celui de Claude. Excellente nature, très sympathique à ses condisciples, Monet, qui, tout jeune encore, avait de remarquables dispositions pour le dessin, se plaisait à crayonner ou à tracer à la plume quelques traits qu'il offrait bien cordialement à ses camarades de Collège. Nous connaissons quelques-uns de ces

LES COLLÉGIENS CBLÈBRES 445

essais, que des amis d'enfance conservent précieusement. Ces souvenirs du jeune âge, malgré leur simplicité, ont toujours leur prix et leur charme.

En 1859, Monet dessina au théâtre, sur feuilles séparées, les portrails-charges de tous les artistes de la troupe et de plusieurs musiciens de l'orchestre (1). Vers la même époque, son premier tableau, Une vue des bords de la Lézarde^ figura à une Exposition de peinture au Musée.

Monet quitta le Havre vers 1860 pour s'engager dans les chasseurs d'Afrique. En 1862, il revint en tenue au Havre, mais seulement pour revoir quelques amis d'enfance. Avant la guerre de 1870, Monet exposa plusieurs tableaux au Salon : en 1866, Embouchure de la Seine à Honfleur, La pointe de la Hève à marée basse ; en 1866, CamiUe, Forêt de Fontainebleau ; en 1868, Tiavire sortant des jetées du Havre,

Jusqu'en 1870, Monet chercha sa voie. D'instinct, il suivit lès maîtres, qui déjà essayaient timidement de rompre avec l'école académique et ses teintes sombres : Manet, Boudin, Ck)urbet et Corot. Il se rencontra et étudia avec eux, l'été, à l'auberge de la mère Tourtain, à Saint-Siméon, près de Honfleur, le vrai berceau de l'impressionnisme ; il les retrouva, l'hiver, au café Guerbois, à Paris, où les soirées se passaient à discuter et à chercher des procédés nouveaux. Boudin, le « roi des ciels », selon Corot, exerça alors une vive influence sur Monet ; mais, à la façon des élèves qui ont leur originalité, celui-ci ne se développa pas parallèlement à son maître. Monet peâgnit avec des tons gris, comme la majorité de ses contemporains, dans une manière calme se rapprochant de celle de Corot. La guerre de 1870 dispersa le groupe de peintres, de poètes et d'amateurs. Mônet, avec ses ainis Pissaro et Daubigny, partit pour Londres, où il arriva presque sans argent. Il y étudia avec ardeur Turner, Constable, Bonington et Watts, qui, depuis longtemps déjà, s'étalent essayés, et non sans succès, à peindre la lumière et ses jeux variés. Laissant de côté les noirs et le bitume, ils peignaient par taches de couleurs, placées les unes à côté des autres, lesquelles, vues à distance, se fondaient en des teintes vives et lumineuses. Monet comprit tout le parti qu'il pouvait tirer de la découverte des artistes anglais, découverte

(1) Ces j>orlrails furent exposée, pïacc de rHôtel-de-Ville, chez Lacour, artiste du, Théâtre et phoUi^r^phe, dont l'atelier était situé h Tendroit où se trouve actuellement le passage Bemardin-de-Saint-Pierre.

446 tfi COLLÈGE DU HAVRS

qui répondait admirablement aux théories que lui et ses amis avaient vaguement ébauchées. Dès lors, il transforma sa manière : plus de lignes, rien que des couleurs, plus d'ombres noires (ellesmêmes sont des couleurs), plus de couleurs mélangées sur la palette, mais, sur la toile, une juxtaposition de taches de couleur pure. Le mélange s'opère dans Tœil du spectateur, placé à distance convenable. La Boyal Academy de Londres refusa les tableaux de Monet.

A son retour en France, son talent ne fut pas compris, et les deux expositions de ses œuvres en 1874 et 1876, à Paris, furent accueillies par les. railleries et les quolibets de la presse et du public. La situation pécuniaire de Tartiste ne devenait pas brillante. E. Manet, en 1874, écrivait après une visite à Monet : « Je l'ai trouvé tout à fait à la côte. Il m'a demandé de lui trouver quelqu'un qui prendait au choix de dix à vingt tableaux à raison de 100 francs pièce. » Monet ne perdait pas courage cependant, et continuait à étudier, travaillant toujours en plein air à Argenteuil, où il saisissait les mille aspects de la vallée de la Seine, aux différentes heures et saisons, à Rouen d'où il rapportait de nombreuses études de la cathédrale, entrevue dans les éclairages les plus curieux et les plus fugitifs. Le succès est venu depuis, et Monet est regardé à bon droit comme le chef du mouvement impressionniste ; c'est qu'il y a chez lui un travail plus acharné et plus consciencieux, moins de timidité et de mollesse que chez Renoir, Sisley et Pissaro. Ses paysages ont plus de largeur, plus de puissance. Son grand mérite est d'avoir montré^ jusqu'à l'exagération parfois, Timportance de la couleur. Cette afllrmation restera sans nul doute à l'actif des découvertes de l'art ; il est permis de regretter toutefois que, pour exalter la couleur, il ait cru devoir sacrifier la ligne.

En 1889, Claude Monet a fait, à la salle Georges. Petit, une exposition particulière qui a été fort rentarquée. Un bon choix de ses œuvres parut à l'Exposition de Paris (1900) : Canal en Hollande^ Bateaux de plai$anee, Vétheuil en été, le Pont de VEurope^ Falaise d'Etretat (1885) ; le Mont d'Argenieuil, la Débâcle, le Train de Normandie, Champ de txUipes en Hollande (1886) ; les Pins parasols (1888) ; VEglise de VarengevUle, Cai^ane à PourviUe^ Antibes (1888) ; Argenteuil.

Le Luxembourg, grâce à un legs du peintre CaUleboUe, possède les huit toiles suivantes de Monet : Le Déjeuner, un Coin d* appartement, YEglise de Vétheuil, les Rochers de Belle-lsle, la

LfiS COU^IENS CÉLÈBRES 447

Gare Saint-Lazare^ le Givre^ les Régates d'Argenteuil, .les TuiUries. Le Musée de Perpignan a acquis les portraits du Maréchal de Mailly et celui du duc de Noailles (1),

Monod (Gabriel), né le 7 Mars 1844 à Ingouville, fit de très brillantes études au Collège. A dix-huit ans, il entra à l'Ecole normale et en sortit en 1865 agrégé d'histoire avec le n* 1. Après un voyage en Italie et en Allemagne, il fut infirmier volontaire pendant la guerre de 1870. Il devint ensuite maître de conférences à TEcole normale supérieure ; et, à TEcole des Hautes Eludes, successivement répétiteur, directeur-adjoint et directeur des études historiques. Aujourd'hui, il est président à cette même Ecole de la section des sciences historiques et philologiques. Il est aussi membre de l'Académie des Sciences morales et politiques, membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique, et officier de la Légion d'honneur.

Aussi laborieux qu'érudît, notre ancien collégien a beaucoup écrit. Citons en particulier :

AUemands et Français. Souvenirs de campagne: Metz, Seéan, la Loire (1872, in-12.)

Etudes critiques sur les sources de rhisioire mérovingienne. (1" partie, 1872 ; 2* partie, 1885.)

Jules MicheleL (1875, in-12 de 121 p.)

Les Beaux-Arts à Vexposition universelïe, 1867 et 1S78. (1879,' in-8*.)

Biblio^rapkie de Vhistime de France^ catalogue méthodique el chronologique des sources et des ouvrages relatifs û Vhistoire de France depuis les origines jusqu^en i7S9. (1888, in-8'.)

Les maîtres de Vhistoire : Renan, Taine, Miùkelet, (1894, in-18 de XIV-317 p.)

Portraits et souvenirs. (1897, in-i8 de VIII-367 p.)

Ajoutons quelques précis d'histoire à l'usage des élèves de l'enseignement primaire et de l'enseignement secondaire, faits encollabomUon avec .plusieurs professeur^, parmi lesquels noua comptons Dbombres, Bondois, Bougier, DriauU et Bémont. Colla-! borateur à plusieurs revues et l'un des premiers directeurs de la Revue Critique, M. G. Monod a fondé, au mois de Janvier 187fli, avec Q. Fagniez la Revue historique.

(1) Nous avons rédigé cet arUcle à Faide de renseignements, qui nous ont été fournis avec beaucoup de bienveillance par M. Lamotte, conservateur du Musée des Beaux-Arts au Havre, et i>ar MM. Mazé, père «t fils.

44S LE COLLÈOB DU HAVRB

normand (Jacques-Augustin) naquît au Havre le 4 Octobre 1839. Ses ancêtres paternels étaient originaires de Ronfleur, et tous étaient constructeurs de navires. C'est seulement en 1816 que Augustin Normand ouvrit les chantiers occupés aujourd'hui par son fils Jacques-Augustin.

Elevé au Havre, Jacques-Augustin suivit au Collège, pendant deux ans au moins, des cours scientiAques destinés & le familiariser avec les principes qu'on appliquait chaque jour dans les ateliers de son père. Celui-ci, en mourant (1871), laissa une maison très prospère et universellement connue. J.-A. Normand, travailleur intelligent et infatigable, mit tout en œuvre pour soutenir le bon renom de rétablissement paternel, et il eut, à y réussir, un mérite d'autant plus grand qu'à cette époque les progrès de la science ne laissaient aucun répit au chercheur désireux d'utiliser au plus tôt les récentes découvertes.

Vers 1878, J.-A. Normand se spécialisa dans la construction des torpilleurs. Depuis ce temps, ses travaux, personnels et une application bien comprise des résultats acquis^à la science, Tont puissamment aidé à améliorer les qualités nautiques de ces petits b&liments, ^ussi bien que leurs appareils moteurs et évaporatoires. En outre, constructeur très consciencieux, il n*a rien négligé pour donner à ses navires toute la perfection désirable. La marine militaire lui doit les meilleurs de ses torpilleurs et contre-torpilleurs. Notamment Le^Forban^ livré en 1805, a donné le maximum de la vitesse obtenue sur mer (31 nœuds, 08). Le yacht Vf If^^f construit en 1875, a toujours passé pour l'un des plus beaux types de yachts à voiles sortis des chantiers françai»^ Le yacht Giiana 11, lancé en 1898, atteignait alors et atteint peut^ être encore le maximum de vitesse en eau douce (26 njœuds, 03).

Chevalier de la Légion d'honneur le 28 Décembre 1882, notre illustre concitoyen fut nommé officier le 20 Décembre 1891. Le 24 Janvier 1802, le Commissaire de la Marine, Legrix, chargé de lui remettre sa nouvelle décoration, au lieu de louer en sa présence l'inventeur et l'homme de bien et d'énumérer les inappréciables services qu'il avait rendus à la Marine, eut la délicatesse de lui appliquer les paroles qu'un de ses prédé< cesseurs avait prononcées le jour (19 Février 1806) où son père, lançant le Cassard, recevait cette même croix d'officier dans ces mêmes chantiers : « Le Gouvernement est heureux toutes les fois qu'il peut récompenser les personnes qui se distinguent comme

LES GOLLÉOIENS CÉLÈBRES 449

VOUS par un mérite exceptionnel et rélévation de leur earftetère. Vos titres sdnt eonnus ; ils consistent dans Tbabile construction^ tant pour FEtat que pour le Commerce, d'un grand nombre de navires, tous remarquables par Télégance de leurs tonnes, leur vitesse, leurs qualités nautiques et leur précieuse solidité. »

En mars 1901, sa compétence éclairée en matière maritime valut à J.-A. Normand la presque mianimiié des suffrages eosome membre correspondant de TAcadémie des Sciences, dans la section de géologie et de navigation. 11 a remporté aussi le prix Scbneider, destiné à récottipenser Tauteur des publiealions les plus intéressantes pour Tavaneement de la canstriAction navale.

Voioi les principaux ouvrages de J.*A. Non»and : (1). < Mémoire sur Vapplication de Valgèbre aux calculs des bikù menls de wer* (Paris, 1864, iû-8*.)

Formules approximatives de construction nmale. (Ouvrage accooipagné^de tal:>leaAix, de flgures dans le texte et de oeuf plans de navires. — Paris, 1870, in-4*.)

Noie, sur la déAerminaiion de la parallaxe solaire. (Paris, 1874 in^«.)

Mémoire sur les occultations détoiles par les ploMààtes, (Paris, 1876,.in-4^)

Etu4e géométrique sur les croiseurs et les éclaireurs descadre. (Paris, 1877, in-4«.)

AyJ^^stiVa Normand et Prédéric Sauvage. (Pari^, 1881, in-4''.)

Nat>igaJtiOin steUaire. (Paris, 1883, in-4''.)

Elude sur les torpilleurs. (Paris, 1885, in-4'.)

Parquer. Trois membres au moins de la famille Perquer firent leur instruction au Collège du Havre. Tous étaient petits- Als de Pierre Perquer, cultivateur à Bléville. L*un, . Jfoseph, f^ls de Pierre-Micbel Perquer, charpentier, naquit au Havre le 1 1 Décembre 1810, fut élève au Collège de 1821 & 181%, et mourut propriétaire le 25 Août 1888 au Havre ; les deux autres, Fraqç«|is-r Romain et Frédéric étaient frères. Leur père, iFranQpis-Augustin, était né à B,léyille en 1774. De marin, il s'était fait négociantarms^teur. Membre de la Chambre de Commerce du Havre, de 1823 à 1829 et de 1830 à 1837, François-Augustin fut président de cette même Qhambre, du 5 Août 1836 au 29 Septcim^re 1837,

■ ■ ' ■ ■* r —s..^-.* Y ■ )■ f I » ■ ; » Il I ^ .. ■■ I ■ I ■ .,, 1 ,. .m,m' • ; *

(1) Lq plupart de ces ouvrages ont été édités h Paris, par Gauthier-VUlars. T. 2 «Q

Son fll9 atné, François-Romain, né le 4 Ventôse an IX (23 Février i^Ol), entra au Collège le 1** Mai 1810 et n'en sortit qu'après la Seconde, en Août 1816. 11 devint membre de la Chambre de Commerce de 1838 à 1843.

Mais le plus célèbre des trois collégiens Perquer fut Pierre- Frédéric, né le 22 Germinal an XI (11 Avril 1803). Il vint au Collège à sept ans et demi, le l*' Novembre 1810. En 1815, à la suite d'un concours où il fui reçu premier, la Ville du Havre lui paya una bourse au Collège royal de Rouen pour y achever ses études. 11 eA bénéficia du 31 Octobre 1815 au mois d'Août 1820.

Frédéric Perquer s'associa à son père en 1829. Par son habileté et sa haute compétence dans les affaires, il M de sa maison de tommerce le comptoir le plus important du Havre. D'une activité prodigieuse, il crési on 1830 la ligne de Buenos-Ayres. «l fut membre- de la Chambre de Commerce (de 1846 à 1863 et de 1858 à 1864), président du Tribunal de Commerce, administrateur de la Banque, président du conseil de fabrique de Notre4)ame, vice^président de celui de Saint-Vincent-de-Paul, administrateur des Docks, président du Comité commercial, délégué cantonal pour:rinstruction publique, conseiller municipal pendant vingt ans, et même maire du Havre (30 Octobre 1848-28 Septembre 1849).

Tous ces litiges attirèrent, malgré la modestie de notre concitoyen, Tatlention du gouvernement qui reconnut et consacra ses services en le nommant chevalier de la Légion d'honneur.

Frédéric Perquer est mort h Paris-Passy le 26 Septembre 1864.

11 fut universellement regretté dans noire ville. Le commerce du Havre perdit ce jour-là un de ses membres les plus honorables, les pauvres un vrai père, et toutes les institutions de bienfaisance leur plus zélé protecteur. La Chambre de Commerce, après quelques paroles prononcées par le président à l'éloge du défunt, leva sa séance en signe de deuil. Les pavillons de tous les bâtiments à quai, et môme celui de la Mâture, furent mis en berne.

Entouré de l'estime et de la sympathie de l)ous,Prédéric Perquer faisait le bien sans ostentation. D'une générosité inépuisable, il vint en aide à toutes les œu\Tes pour lesquelles on réclamait son concours ; il lui arriva même, par de délicates prévenances, d^aller au devant des solliciteurs. Il fut en particulier un des principaux bienfaiteurs de l'Hospice et de l'Asile des Petites- Sœurs des pauvres. Vivant très simplement, malgré sa fortune, il

LËB COLLÉOIBNS CÉLÈBRES 451

eût volontiers restreint encore son genre de vie pour se donner la joie de secounir un plus grand nombre de malheureux.

Propriétaire du château du Tôt, à Fontenay, près de Monlivilliers, il fut la providence de cette commune, et Tune de ses dernières libéralités fut la construction à ses frais de la maison d'école et du presbytère.

Prud'homme (Charles-Louis-Prudent), né à IngouvilLe le 16 Avril 1818 et mort au Havre le 15 Mars 1892, passa au moins trois années au Collège. 11 fut inventeur, publiciste et Conseiller municipal.

Il créa une sciene mécanique à vapeur, et un four à chauffage continu pour la concentration du pain. Il fut membre de TÂcadémie des Arts et Manufactures de Paris, membre de TAssocîation française pour Tavancement des Sciences, inspecteur des casernements et des forts du Havre en 1870.

Conseiller municipal du 22 Novembre 1874 au 25 Janvier 1882, il se singularisa par quelques propositions assez bizarres. En voici une qu'il présenta le 10 Novembre 1875. Ce jour-là, il exposa au Conseil qu'il était utile de travailler à l'agrandissement de la Ville par le Nord. II 1M valoir toutes les considérations matérielles el morales qui appuyaient son projet de reporter les limites de la ville bien au-delà de celles qui existaient du côté du Nord. Mais comment relier, selon sa demande, la rue de Normandie à rentrée du bois de Rouelles ? Oh 1 la solution de celte question lui paraissait bien simple. On creuserait un tunnel qui passerait sous la côte et dont Tôuverture serait en face du rond-point du Cours de la République, et on couvrii^ait les frais de ces travaux par un droit de péage sur les voilures et les piétons qui traverseraient le tunnel. Prud'homme oubliait que la ville était assez grande pour contenir la population. Pourquoi Téparpiller par des moyens dispendieux, et étendre son action dans la campagne d'une manière aussi factice ? Ne valait-il pas mieux la retenir dans ses barrières naturelles 7 Ainsi pensa le Conseil qui, par 19 voix contre 4 et plusieurs abstentions, rejeta la motion de Prud'homme.

Notre concitoyen publia : Appréciation star Vordre social et économique. Question de nettoiement de la Ville du Havre. (1875, in-8*. Réponse au Rapport de la Commission du Conseil.)

Considérations, en réponse à M. le Président et à MM, les

452 Lfi COLLÈGE ti) AAVRfi

membres de la Commission municipale des finances 4e la Vtttc du Havre, sur les proposUiôns soumises au ComseU pat C.-L. Prud'homme. (1875, in-S* de 0 p.)

Considérations sur la situation financière de la Ville du Eoiere, (1875, in^S* de 15 p.)

Comme publiciste, Prud'homme fut directeur-gérant de plusieurs journaux. L Avenir du Havre, journal politique quotidien, créé pour soutenir là candidature de M. Éscarraguel à la députation, ne vécut que du l*' au 26 Février 1876.

Llndépendance Uavraise, journal républicain radical, parut seulement du 3 Novembre 1883 au 3 Mai 1884.

C.-L Prud'homme apporta aussi sa contribution à Tétude de la question sociale. Il écrivit à ce sujet :

Appel aux hommes d'intelligence et de cœur affranchis des préiugés. (Le Havre, 1882, in-8*.)

Groupe d'études sociales organiques du Havre. — Etude sur la situation, ses dangers, preuves à Vappui, indication sommaire du remède. (Le Havre, 1883, in-8«.)

Groupe d'études sociales organiques du Havre. — Considérations sommaires sur la question sociale adressées â la Commission d Enquête parlem(^ntaire. (Le Havre, 1884, in-8*.)

Groupe d'études sociales organiques du liavre. — Essai de constitulion morale et sociale. But et moyens. Appel aux hommes de bont^ volonté. (Le Havre, 1885, in-8*.)

PruA'ho'mme (Félix-Louis-Sébastien), flls du précédent, naquit au Havre le 21 Septembre 1848. H fut brillant élève au Collège, mais dans les Cours spéciaux. Il dirigea ensuite une maison de commission et de transit. Entre temps, il fut bibliophile. Il possédait en particulier un des rares exemplaires des Feuilles civiques de Tabbé Àrifray. 11 étudia aussi la géologie, devint secrétaire général et même vice-président de la Société géologique de Normandie. C'est dans le Bulletin de cette Société qu'il publia les observations suivantes : '

Note sur ufi affleurement de craie sénonienne à Sandouville. (Année 1880, p. 58. — En collaboration avec E. Savalle.)

Note sur le limon des plateaux aux environs du Havre, (1881, p. 88-101.)

Note sur la position du cap de la Hève dans les temps historiques. (1882, p. 27-36.)

LBS COtLÉOlENS GÉL&BRES 453

Sur Texiêtenôû d'une terrasse ^uolematre à GfroDilfe-Stftnl^ Henorine. (188»-1884, p. 17-18.)

Félix Pnid^lHHnme est mort à Paris le 21 Juillet 1901, et son eorps a été ramené au Havre.

Benaiilt (Daniel) est né au Havre le 16 Septembre 1854, rue de Berry. l\ fut placé au Collège dès Tâge de sept ans, et y fit toutes ses études.

Avoué au H^vre depuis plusieurs années, notre concitoyeii s*est acquis de vives ^yn^pathies par son affabilité et sa compétence en matière juridique. Il n'est donc pas étonnant que la cgnflance de ses amis. ait. porté, de 1899 à 1901, cet esprit, î^ussi cultivé, que modeste, h la présidence de TAssociation des Anciens Elèves du Collège et du. Lycée du Havre.

ftoydellet (Edouard et Gustave) étaient natifs de Cherbourg. Ces deux frAres passèrent sept années au Collège. L'àtné Edouard, né le 1^ Juillet 1817, le quitta affres la Seconde. II devint négociantarmateur, ei arbitre-rapporteur auprès du Tribunal de Commerce. Edouard, qui fut conseiller municipal, mourût au Havre le ii Aofkt 1881. 11 s'est surtout occupé de questions relatives au développa ment de la riHe ou è l^grandissement du port: Voici la liste des brochures 4uMl a publiées :

A Monsieur A. Normand, Réflexions qinérales sur le profcl if'tfgfrmtdfosètfwnl du fhwrede M. A. Normand. (Le Havre, 12 Avril 1841, în-fol. de 10 p. antogr.)

Quelqwes observations sur les cinq projets de tréaîion d'un noubeeu port ou dl'wM nouvelle entrée. (Le Havre, 14) Octobre 1855, in-4* de 5 p.)

Observations sur le profet du nouveau port du Hofbre miÈ à renquéte. (Le Havre, 1868, în-8* de 7 p.)

Rappon de la Commission chargée d'exaniiner le nOuôeau prniet d'endiguement de la Seine. Séance dû Coneeil municipal du éi Septembre 1880. (Le Havre, 1860, gr. in-8* de «8 p.)

Nous ignorons ce que devint, après ses études, Gustave Reydellet qui était de deux ans plus jeune que son frère Edouard.

Robert (Cbarles-Louis-Napoléon), né au Havre rue de Paris le 8 l^ivôse an XHI (29 Décembre 1804), était flls d'un capitaine de navire qui abandonna la navigation pour renseignement. Charles passa son enfance au Havre, et fut éloigné de sa ville natale pendant les six années (1813-1810) que son père enseigna Thydro-

graphie à Boulogne. De retour au Havre, le père fut professeur d'hydrographie à TArsenal et régent de mathématiques au Collège, et le fils entra en Quatrième au Collège le 1* Avril 1819. Il y fit sa Troisième et sa Seconde, et se lia d'amitié avec Frédéric Le Play, qui se trouvait dans la classe immédiatement inférieure, iJn abbé Auger, vicaire à SaintrFrançois du Havre, étant allé à Paris ouvrir une maison d'éducation rue du Bac, Charles Robert l'y suivit erj Octobre 1821, et fut, en même temps que pensionnaire de l'abbé Auger, élève externe au Collège Saint-Louis. Travailleur infatigable, Charles Robert fut admis au bout de deux ans (30 Octobre 1823) à l'Ecole polytechnique. Sorti en 1825 avec le n' 36 sur 95, Robert alla à Brest faire un stage de. deux ans à l'Ecale du génie maritime ; de là, il fut envoyé à Cherbourg avec le titre d'ingénieur des constructions navales. Pendant son séjour à Cherbourg, Ch. Robert rédigea un certain' nombre de Mémoires sur des questions techniques, en particulier sur le doublage des navires et sur les machines dés bateaux à vapeur. En 1837, il se démit de ses fonctions d'ingénieur, et renonça à la belle carrière qui s\>uvrait deivant lui. Echangeant son uniforme d*offl<Mer du génie contre la soutane du prètne, il vint à Yvetots où il retrouva les deux frères Labbé, ses amis, qui heureux de pouvoir le garder près d'eux lui confièrent l'enseignement des mathématiques dans leur Maison. Pendant vingi-cinq années, il leur rendit, comme professeur et eomme architecte, de tels sei^vioes que les Annales de rinstitution ecclésiastique d'Yveîot mettent Tabbé Robert à peu près au même' rang que les deux frères fondateurs:

En 1861, l'abbé Robert quitta Yvetoi pour aller i la Cathédrale de Rouen occuper une stalle de chanoine titulaire ; mais il n'y prit pas le repos qu'il avait pourtant si bien gagné. Il continua sa vie active, et, comme intendant de' la Cathédrale, il se signala surtout par l'achèvement de la fameuse flèohe en fer et par la confstructioh de la belle chaire actuelle, le tout exécuté d'après ses plans. Décoré de la Légion d'honneur en 1866, l'abbé Robert était doyen du Chapitre, quand il mourut, le 2 Macs 1885 (i). Sa dépouille mortelle fut transportée à Yvetot dans la crypte qu'il avait creusée sous la Grande ChapeUe, et placée à côté des restes de ceux dont il avait été un si dévoué et un si précieux collaborateur.

(1) L'abbé E. Julien, supérieur de rinstitution Saint-Joseph au Havre, a écrit la Vie de Vabbé Robert (Rouen, 1895, in-B* de 1X407 p.).

LES COLLâOIiafS CÉLÈBRES 455

Il n'entre pas dans notre cadre de nommer ici les églises et les établissements de charité bâtis pendant sa longue carrière par cet ingénieur des constructions navales devenu architecte. Il faudrait en citer plus de cinquante ; nous signalons seulement dans notre ville du Havre l'église Saint-Vincent-de-Paul, la Chapelle allemande, la Chapelle de la Miséricorde, Téglise Saint- Joseph, réglis^ Sainte-Anne, auxquelles il convient d'ajouter la magnifique église de San vie.

L*abbé Robert se délassait de ses occupations matérielles par des travaux intellectuels, dont quelques-uns ont été imprimés.

Outre les rapports qu'il écrivit à Cherbourg, sur des questions techniques, et les divers traités d'arithmétique, d'algèbre et de géométrie, ainsi qu'un sommaire de géographie, composés spécialement pour les élèves de l'Institution d'Yvetot, l'abbé Robert s'est particuhèi^ment intéressé à la géographie coloniale, à l'apologétique et à l'hagiographie. Voici la liste dé ses publications :

Voyage à Londres, (1851, in-8«.)

Proiei d'établissement en Algérie d'un orphelinat pour les enfants trouvés de la Seine-Inférieure, (1855, gr. in-8* de 103 p.)

De rinfluence de la loi des successions sur le développement des colonies. (Etude publiée en 1876 dans le Journal de V Arrondissement du Havre.)

Vunion de la race française et de la race indigène en Algérie (1877).

Du Sénégal au Niger. (1878, in-8^)

Le catholicisme considéré dans ses vérités fondamentales^ mis à la portée de tout le monde. (1844, in-8^.)

Edgard ou le triomphe du christianisme sous Clovis^ roi de France. (1848, in-12.)

Histoire de Saint-ThomM Becket, archevêque de Cantorbéry, et martyr. (1844, in-8* de 368 p.)

Histoire de Saint-Paul, apôtre et martyr. (1855, in-12.)

Quelques raisons de ne pas être protestant, accompagnées d'observations sur Vétat actuel du protestantisme en France. (1860 in-12.)

Souvenirs d'Angleterre et considérations sur VEglise anglicane. (1878, In-8«.)

Suker (Jacques-Adrien-Henry), né au Havre le 20 Mai 1849 et mort à Paris le 18 Février 1900, fut, au Collège, élève des Cours spéciaux. D'abord employé dans la maison de commerce de son

4M UB COIXèOB DU HAVRB

père^ il alla ensuite au Brésil^ où il séjourna environ seize ans, et revint à Paris deux o«i trois ans avant sa mort. Pendant qu*il était au Havre, He»ry Sulzer présenta à divers concours plusieurs poésies, qui furent couronnées. Citons notamment : Le pf^fés. Poèmes divers. (1873, in-i2 de 00 p.) Les lettres anciennes, poésies, 1874-1876. (1876, in-16 de 30 p.) Odes et poèmes. (1877, in^*».)

TowTQiide (Alfred-Edouard), né te 9 Novembre 1839, était flls d'un marchand-papetier de la rue de Paris. Il entra au Ck>llège le 1^ Avril 1849 ; mais il ne semble pas y avoir été un élève bien brillant. Ses études terminées, il composa quelques poésies et écrivit bientôt pour te thé&tre. Notons d'abord les pièces qu'il fit jouer dans sa ville natale. Ce furent ses débuts. Les trots premières sont en vers, et la quatrième en prose : La paix à ioul prix (comédie en trois actes, 1864), Mes beaux habits (comédie en un acte, 1865), Les duperies de Vesprit (comédie en un acte, 1866), Les amis du déiunt (comédie en un acte, 1870), en collaboration avec B. Dessolins).

Alfred Tuuroude

En 1867, Touroude fonda au Havre Le Grain de Sel, journal litteraire, critique et commercial, paraissant te samedi. Ce journal, dont le n* 1 portait la date du 3 Août 1867, cessa de paraître le 0 Novetnbre suivant, à cause du départ de Touroude pour Paris.

À Paris, Touroude fit d'abord représenter deux pièces écrites a\-ec son compatriote E. GaiHet : La vie privée ou les remords de

LB8 COLLÉGIENS CÉLÈBUES 457

M. Ouittùutet (pièce en trois actes en prose^ jouée en» 1868), et Le droii des femmes (comédie en un acte, i8O90. Pnis parurent suc* cessivement Le Bâtard (drame en quatre actes, 1860, qui eut un succès de cent représentations à Paris, et qui fut traduit et joué à l'étranger), La Charmeuse (drame encinq actes en prose, 1870), Vne Mère (drame en quatre actes en prose, 1872), LOubKée (drame en quatre actes, 1873), Un Ldèhe (drame en cinq actes et six tableaux, 1873, avec Léon Beauvallet), Jane (drame en trois actes, 1878), Le Secret de RtKbmne (drame en cinq aotes, 1874, avec Piantz Beauvallet.)

En dehors du théâtre, Touroude a publié : Par-ci, par4à, par trois jeunes g^fis du Havre. (Le Havre, 1861, in-12 de 09 p., volume do mélanges en vers fait en collaboration avec E: Dessolins et E. Thuillier) ; Homo (Paris, 1868, in-12 de 302 p. en vers) ; Les écfwains havrais, études biographiques et littéraires (Le Havre, 1865, in«8'' de 286 p.) ; La question de Vamour. Messieurs les Cerfs (Paris, 1866, in-8* de 327 p.) ; Véchafaud, poème. (Paris, 1874.)

Touroude est mort de phtisie à Paris le 6 Juin 1875.

Notre concitoyen avait un vrai tempérament draniatique ; mais son imagination était trop vive et sa fougue trop audacieusCi Son style souffrait de la précipitation avec laquelle il écrivait, et son goût était très discutable. Il se jetait dan/s la lutte, tête baissée, avec Tinexpérience d*un écolier. Il allait de Tavant à Tétourdie, et, s'il montrait parfois des élans qui transportent, il connaissait aussi les défaillances qui irritent. En somme, il est mpvt avant d'avoir produit une œuvre de réelle valeur.

Tréfouel (Jules), né au Havre le 27 Août 1817, passa quelques temps au Collège ; il était certainement en Sixième pendant Tannée scolaire 1830-1831. Il n'écrivit que bien tard, à plus de soixante ans, et publia alors :

Pauline, poésies élégiaques, (1882, in-12).

Questions de philosophie et d'histoire. (1880, in-i2.)

Souvenirs, 1817-1878. (1888, in-î2 de 358 p.)

Vdndal (Edouard), né à Coblentz (ancien déparlemerit de Rhin ci Moselle) le 28 Février 1813, mourut à Paris le IT Décembre 1889. Son père fut contrôleur, puis inspecteur sédentaire deë douanes au Havre. Edouard resta au Collège de 1822 à 1825. Ses!

458 LE COLLÊOB W 9AVRB

études achevées, il fut succeeeivement commis au Ministère du Commerce (Octobre 1882), sous-ehef au Cabinet du Ministre des Finances (Avril 1836), inspecteur des Fiaances (Juillet 1837), chef de bureau (mai 1847), sous-directeur au Ministère des Finances (Septembre 1850), directeur général des Contributions directes (7 Avril 1852), directeur général des Postes (27 Mai 1861) et Conseiller d'Etat (15 Septembre 1861). Il reçut la croix de commandeur de la Légion d'honneur, le 18 Juin 1863.

Ses fonctions mêlèrent maintes fois Ed. Vandal à la politique, et en plusieurs circonstances on le vit, comme commissaire du Gouvernement, répondre devant la Chambre des députés aux critiques dirigées contre son adntinistration. Il améliora le service postal, mais il fut mis en assez fftcheuse posture à la suite d'une affaire qui eut le plus grand retentissement.

Une lettre séditieuse du comte de Chambord essaya de péné trer en France par la voie des feuilles étrangères ; mais, arrêté à la frontière, ce maiiifeste chercha à se glisser, sous forme d'imprimé renfermé dans des enveloppes. A la réquisition du préfet de police de la Seine, Ed. Vandal adressa, le 24 Janvier 1867, k tous les receveurs des postes de l'Empire une circulaire leur prescrivant de s'assurer au toucher et par les signes extérieurs si ce manifeste clandestin ne passait pas entre leurs mains, et, dans le cas où le timbre d'origine, la parité des enveloppes, la similitude des écritures de l'adresse leur signaleraient l'imprimé suspect-, d'envoyer à Paris les enveloppes intactes, lesquelles seraient remises à l'autorité judiciaire et vérifiées par elle.

Cette circulaire donnait prise à la critique. Ed. Vandal en fit l'aveu, le 22 Février, lors de l'interpellation qu'elle provoqua à la Chambre des députés : « Je n'hésite pas », déclara-t-il, « à reconnaître qu'il y avait quelque chose de défectueux dans la circulaire. Faire diriger sur Paris les correspondances saisies dans les départements... Mais ce vice de forme ne porte aucune atteinte au secret des lettres. A l'avenir, il ne sera plus commis de dérogation de ce genre. » En réalité, cânq lettres seulement avaient, dit-on, été retardées, et aucune d'elles n'avait été ouverte.

Vandal fut élu membre du Conseil général du Bas-Rhin en 1868. La troisième République mit fin à sa carrière administrative, et le rendit à la vie privée le 9 Septembre 1870. Il devint président du Conseil de la Compagnie des Paquebots transatlantiques.

Zimmer (Guillaume-Georges-Léon), né au Havre le 5 Novembre 1837, fut dans ses études un redoutable concurrent pour J. Bailliard et Âug. Destouches. Ses humanités terminées, il se prépara à TEcole polytechnique, mais sa mauvaise santé l'arrêta dans cette piéparation. Il choisit alors le journalisme. Après avoir été pendant quelque temps rédacteur au Courrier du Havre, il passa au Constitutionnel. Ecrivain de talent malgré sa jeunesse, le succès ie ses débuts lui assurait une belle carrière comme publiciste. La mort vint, hélas I Tarracher brutalement à ses travaux le 28 Sept4?mbre 1861 ; il n'avait pas vingt-quatre ans.

Georges Zimmer a publié à vingt ans les deux ouvrages suivants :

L'ami du voyageur, description anecdotique et pittoresque des rives de la Seine du Havre à Rouen. (Le Havre, 1857, in-18 do 104 p.)

Vade-mecum du marchand de bois et du charpentier. Cubage des bois de charpente. (Le Havre, 1857, in-8".)

TABLE GÉNÉRALE

« Collège du Havre »

NOTA. — La liste suivante costiça^ à la fois te irincinales malières traitées éans rouvnge, ei te «ome, soit des persotinaffes qui ont élu, à <|U€Aquei titre, attachés au Collège du Havte, soit des plus célèlM^ pédagogues dont nous avons consulté les œuvres. Nous avons trop emprunté aux travaux dd RoUin, de Mlle La Masson Le Golft, de l'abbé Lecomte, M à ia ooUeciion £. Seguin, pour citer oes référenoes qui flgui«nt d'ailleurs dans te notes deg deux tomes.

Les chittres romains indiquent les volumes, et les chiffres arabes les pages.

Abaque (Instrument' de cateiri), I, 129.

Aeker, 11, 367.

Acte fmàtlc. on exercice littéraire précédant la dbstribotion des Prix, II, 162.

Admission des élèves au Collège, I, 231. Agrégations (Trois) établies par lettres

patentes du 3 Mai 1766, II, 38.

AUmbert (d'), I, 158, 161, 177, 180, 181,

Alexandre été VHledieu, I, 40.

iii^xandr^ (EdouaiHi), publiciste, II, 368. AUeaume (Nicolas), « advocat, principal

régém^et maistre des escofliers », 1,

Alleaume, II, 367.

Allens (d'), R, 367.

AUuard. professeur de sciences, H, 257,

A^boise (Cardinal Georges d*}, aroh<»-

véque de Rouen, I, 4^, 99, 102, lA),

Ameiin (L'abbé Alexandre-Dominique),

curé de Saint-François, I. 290^291, 800. Ampliiications ou Olarits exercices de

composition^, I, 181.

Amy. 41, 867, Anceïot (François), poète. Introduction,

XVIil ; l, 367 ; U, 162, Iri», 368475. Ano^^ens et les Modernes (Les), 1, 184.

Antrmy (L'abbé Guillaume), écrivain

havrais, I, 72, 80-81, 93, 95-96, 296*300,

Ansiêomx (Napoléon), régent, U, 1^7.

Aphthone, son manuel de Rhétorique, 1,

2Se.

Appleton (Jean-Jaoqucs}« sous-préfet de

Mayenne, U, 375.

Appleton (Charles et Jean), professeurs à la Faculté de Droit de Lyon, IL 375.

Archinard (Louis), général de division, IL 375-377.

Assemblée ConsHtnante, II. 16-17.

Assemblée LégisUtiive, 11, 17-18.

Aubin (L'abbé Pierre- Augustin), professeur-adjoint au Collège, I, 804 ; il, 10-15, 49-54, 61, 114-115, 144-147, 17i>,

Aubri (Pierre-Dominique), instituteur, 11, 42, 58, 59, 71, 105, 112.

Aubry (François), maître-écrivain, !, 114.

AuburHn (Jacques et Joseph), auxiliaires de l'abbé Trupel en 1793. II, 91-96.

Aumale (Le CoBège d*), Int^od., XV.

Auietprs de grammatre Irançaife, I, 179-

Autorité du régent sur ses éVèves, 1, 231.

Auxilion (Pt^aneois-Leuts), professeur d'escrime. H, 192, 325, 380. ^.

Avice (Jean), régent, I, 56, 96.

Avoine (lean-JuIien), évèque constitutionnel de Seine-et-Oise, 1, 90,» 298-299.

nachelay (Prosper-Analole), II, 296.

Bacheler, professeur de dessin, II, 129.

Badhàlet fniéodore), professeur d'histoire, II, 261.

Bacon (François), I, 213-214.

Bailhacke (Heiàri), docteur en droit, li,

Baillehache, I, 295.

Bailliard (Jules), conservateur de la Bibliothèque du Havre, n, 377479. ^

Bara (trançoisJoseph), II, 90, 98 (lliéroîsme de cet enfant loué à la tribune par Robespierre}, 99, 100.

Lfi COLLEGE DU HAVRE

Barbin (Henri), ingénieur civil, II, 379.

Baron (Louis-Antoine), professeur de Huitième, H, 253, 254.

Barq, juge au Havre, II, 359.

Barr^y (Ph.) archiviste, H, 336, Stô, 362.

BûsiUle (Jacques- Augustin), I, 323.

BataUlon de VEtpérance^ il, 82, 84-88, 90, 97, 101-108.

Bazan (Charles), avoué, il, 380.

Bazire (L*abbé J.), II, 183-18i.

Beauregard (Cîuslave), docteur eft JièU cine. II, 380-381.

Beauregard (Henri), professeur, à Paris, & l'Ecole supérieure de Pharmacie, au Muséum d'histoire naturelle et à TE cote des hautes études, il, 361*382.

Beauregard (Paul)» professeur à la Faculté de Droit de Paris, II, 382-383.

Beaureuaire (Charles de), archiviste de la Seine-Inférieure, Introd., VIII. XIV ; 1, 50, 110, 122, 123, 196, 236, 287, 292

BeoMvimer (Duc de), gouverneur du Havre, 1, 62.

Begouen-Demeaux, maire du Havre, I,

Begouen-Demeaux (Edmond), II, 295.

Beuarmato (Jérôme), ingénieur chargé par François I" de construire des maisons dans la ville du Havre-de-Gràce,

Belol, professeur de Physique expérimentale, II, 211-212.

Bénard (L'abbé Jean-Baptiste), principal provisoire du Collège, II, 188.

Bénédictins (Enseignement des), I, 188, 203, 207, 211, 219.

Benne toi (Prançois-Marin), I, 295.

Bertelûot (Adolphe), professeur, II, :3J.

Bertin (A.), négociant. H, 359.

Beugnot, préfet de la »'>eiue-lnlérieure,

Beuron (Hippolyte-Jean-Baptiste), professeur de mathématiques, II, 257, 27

Btuzelin (Jean-Clémeai), I, 323.

Béhowt (Sa grammaire latine), I, 151.

Béziers (Alexandre*François), professeur,

Bigot de ta RobiUardière (E.J, maire du

Havre, II, 208.

Biiltitle (Jean-Nicolas), professeur, H,

Biot (Pierre), chroniqueur havrais, I, 323

Biôl (Charles), II, 305, 331.

Bisault, professeur de calcul, II, 331.

Btanchard (Joseph), professeur, II, i'30,

Blanchard (Emile), président du Tribunal de commerce, II, 383.

Bobée, II, 177.

Boissel (Nicolas-Charles), régent, II 18' 187, 188, 190, 232, 253, 254, 267,' 274,

ponatlé, II, 367.

BonvoUin (Laurent-Toussaint), I, 93.

Borély, professeur d'histoire, Introd.

Page 1