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OPTIMO PRINCIPI PROVIDENTIA

Cela avait donc été fait pour Philippe, fils de Charles-Quint, ce Philippe qui devait régner sous le nom de Philippe II d’Espagne. L’on cite de ce Roi une parole- si pleine d’orgueil : « Le soleil ne se couche jamais sur mes États ». Et précisément, nous avons, dans cet album, une collection considérable de miniatures, souverainement artistiques,

où défilent les possessions mondiales sur lesquelles flottait le drapeau de Charles Y. Ce dernier avait donc voulu impressionner l’esprit de son fils par une vue générale de l’empire immense auquel il allait être appelé à commander. L’enlumineur auquel fut confiée la tâche devoquer ainsi, en raccourci, les diverses parties du domaine impérial, n’était évidemment pas le premier venu. Car chacune des pages de cet album est un pur chef-d’œuvre. Comme cela a été exécuté avec conscience ! Quels infinis détails ! Quelle somptuosité, et quelle variété de couleurs ? Comme les ors en sont toujours éclatants 1

Celte merveille a été achetée au prix de 18.000 francs, lors de la vente de la collection Spitzer, à Paris, en 1898.

Je feuillette un gros cahier contenant les lettres que Washington et Reed ont échangées de 1775 à 1778. Ce sont des autographes. L’écriture de Washington est claire, aisée, très facile à lire. Je ne sais ce qu’un graphologue de profession y découvrirait de rare, d’extraordinaire. Moi, qui ne suis qu’un profane en cette matière, j’ose y voir la marque d’un génie droit, honnête, pas compliqué, ennemi des détours, allant à un but très ouvert avec une fermeté douce. Il me semble qu’il s’y reflète aussi une grande élévation, une grande largeur de vues, de la noblesse d’âme, une autorité innée qui s’imposait d’ellemême, par la force de l’ascendant personnel, sans avoir besoin de recourir aux intrigues louches de partis.

— De Washington également, le « Pocket cash acct », ou carnet de dépenses : carnet très humble, qui court de septembre 1794 à fin août 1797. La dernière page porte l’entête septembre 1797, mais elle est restée blanche. Qu’est-ce qui a empêché le héros de la remplir ? Toutes sortes de sentiments s’éveillent en moi dans ce contact avec une toute petite chose intime, qu’un des plus grands hommes de l’humanité a longtemps portée sur lui, et sur laquelle il inscrivait, tout comme un simple bourgeois, au jour le jour, avec une régularité minutieuse, ses moindres dépenses.

— Signalons encore, parmi les autographes, un mandement de

Joannes Zumarraga, premier archevêque de Mexico. Ce mandement est de l’an i534. Il est de la main d’un secrétaire, sans doute. L’écriture est compassée, nette. Les lettres, bien formées, s’alignent presque comme des caractères d’imprimerie. Ce latin serait très facile à déchiffrer. Cette pièce officielle a été composée pour la prise de possession du siège de Mexico (i). Zumarraga fut un grand homme. L’influence qu’il acquit, au Mexique, fut si considérable qu’elle contrebalança celle du roi d’Espagne.

A en juger par quelques spécimens d’ouvrages portant l’estampille de Mexico, où ils virent le jour vers le milieu du seizième siècle, la Mère-Patrie avait importé en ce milieu nouveau ses meilleurs imprimeurs. Ainsi, à Mexico, en l’an 1 563, Bernardino de Sahagun, franciscain, et peut être le plus illustre missionnaire qui ait évangélisé les indiens de cette région, fit imprimer un volume contenant la Règle de sainte Claire, et d’autres constitutions concernant l’Ordre des Mineurs. L’ouvrage se termine par un bref papal. Cet ouvrage est très beau, comme exécution typographique. Et il a d’autant plus de prix qu'il porte l’autographe de l’auteur.

— A Mexico également, en 1 56 1 , fut imprimé un Missale Romanum, si parfait, si soigné en toutes ses parties, qu’il pourrait servir de modèle à nos modernes éditeurs delivres liturgiques.

— Une élégante plaquette, imprimée à Naples, en i5i6, contient l’oraison funèbre de Ferdinand le catholique, prononcée dans cette même ville, cette même année. On y voit la signature de Ferdinand Colomb, fils naturel de Christophe Colomb. — Un superbe volume, édité en i4g3, renferme la célèbre traduction de la « Légende Dorée » par Caxton. — Des voyages de Thévenot, Y Americana possède l’exemplaire qui fut présenté à Louis XIV en 1674. L’ouvrage est relié très solidement en veau. Dans le plat de la couverture, est empreint l’écusson royal, rehaussé d’or.

(1) Mexico fut érigée en Archevêché, par le pape Paul III, seulement en 1 546 .

— Sous une reliure magnifique — elle est de Mercier, je crois, — repose, — telle une perle en un écrin soyeux, — un manuscrit d’une valeur inappréciable. En voici le titre :

« Brief discovrs des choses les plvs remarqvables qve Sammvel Champlain de Brovage a reconneves aux ‘Indes Occidentalles au voiage qu’il a faict en icelles en l’année mil Yc Illj xxXlX ». (1699)

Ce document, qui est tout entier de la main du fondateur de Québec, a été intégralement publié, en édition in-4°, par les soins de l’érudit abbé Laverdière. Et l’on me montre un exemplaire de ce tirage. 11 nous serait assez difficile de retracer les étapes successives de ce manuscrit original à travers les collections européennes. Mais nous savons que le propriétaire Americana a dû débourser une forte somme pour se procurer ce trésor, que le Canada français lui envie (i). En effet, cela ferait si bien parmi les archives de la ville de Québec, par exemple.

— Enfin, — car il me faut me borner et me résigner à ne donner qu’un aperçu très incomplet des pièces rares que l'on voit aux rayons de cette Bibliothèque, — j’admire une carte géographique, dessinée et signée par Joliet (2), — il n’est pas dit en quelle année. Avec quelle honnêteté naïve les régions, absolument vierges, que l’intrépide découvreur avait ouvertes à la civilisation, sont-elles signalées et décrites! Et comme il s’était naturellement empresse de baptiser ces pays neufs de noms bien français ! Je me demande pourquoi 1 on a supprimé la plupart de ces appellations primitives. Ainsi, tout un immense territoire, là-bas, quelque part vers le centre, avait été nommé « la b route-

(1) John Nicholas Brown avait acheté co manuscrit aux descendants de Champlain en 18 84.

(2) Je tiens à faire remarquer que Joliet n’écrit son nom qu’avec un 1. Pourquoi ne revient-on pas à cette orthographe, qui doit être la bonne ?

nacie ». En voulant perpétuer de la sorte le souvenir d’un homme que tout le monde, dans la Nouvelle-France, vénérait comme un pur héros, Joliet s’était montré exquis de gratitude et de grâce courtisanesque. Pourquoi n’a-t-on pas davantage respecté son œuvre? Je le comprends, il a été nécessaire de préciser, de rectifier ses découvertes. Forêts, savanes, lacs, rivières, montagnes, tout cela, avant d’entrer définitivement dans la géographie universelle, devait être plus scientifiquement étudié.

Et pourtant, s’il fallait que le travail de Joliet fut repris, et mis au point, pour avoir droit de cité sur la carte du monde, qu’était-il besoin toutefois d’effacer les désignations originelles, par lesquelles le rude pionnier avait voulu marquer ses découvertes ?

Joliet n’a pas toujours été heureux dans ses intuitions géographiques. Pour lui, le continent américain finit, au nord, à la ligne de la baie d’Hudson. A cette hauteur commence ce qu’il appelle d’un mot qui est resté, encore que la chose ait été reculée bien des degrés au delà : La Mer Glaciale. Et que d’autres inexactitudes encore ! Mais elle nous plaisent plutôt, nous rendent tout rêveur ; elles donnent une saveur toute particulière d’archaïsme et de sincérité â ce premier essai descriptif d’un monde inconnu.

— Je quitte, à regret, ces vieilles et adorables reliques. Je veux seulement noter que, si aucun des ouvrages contenus dans V Americana ne peut être mis en circulation, il est abondamment permis aux curieux et aux chercheurs de venir les consulter ou les lire tout à leur aise. Privilège est même donné de photographier cartes, manuscrits ou tout autre document qu’on désire livrer à la publicité. De leurs incomparables trésors, les autorités de la Bibliothèque John Carter Brown savent être intelligemment et libéralement jalouses. Et c’est , tout à leur honneur, comme au grand profit des études historiques.

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