‹ Le collège sur la colline [microforme]Chapitre 11 sur 24 · ERECTED USES OF · texte numérisé non relu

ERECTED USES OF

A.D.MCM1H. BROWN MEN

Ce mot de religion, que contient la seconde inscription, me surprend un peu, au frontiscipe d'un monument qui est loin d'avoir l'air d'un temple, et dont l'intérieur doit s'emplir d'un tout autre murmure que

(i) C'est le lieu de rappeler la parole de Lamennais : « Le siècle le plus malade n'est pas celui qui se passionne pour Terreur, mais le siècle qui néglige, qui dédai- *gne la vérité ». (Essai sur l'indifférence. Introduction).

celui de la prière, se parfumer d'une autre odeur que de celle de l'encens.

En effet, la première pièce, à gauche, est un superbe fumoir, meublé de tables, fauteuils, sofas d'un grand luxe. Aux murs s'encadrent de magnifiques gravures, d'après des œuvres de maîtres. Je remarque, par exemple, une Sibylle et un Prophète, de Michel-Ange. Sur le manteau de la cheminée, se pose le traditionnel buste de Dante. Audessus, un bas-relief en plâtre, représentant un coursier avec son cheval qui se cabre, détail de la frise du Parthénon, je crois.

Quelques étudiants sont là, qui causent et fument, et se chamaillent, et sifflent, et s'asseyent, en prenant ces postures, d'un laisser-aller, d'une nonchalance extrêmes, qu'on ne voit guère qu'en Amérique. Je m'étonne, à ces heures de la matinée, si favorables à l'étude, de voir des élèves en récréation. Et l'on m'explique que la liberté la plus complète règne dans cette Université. Aucun règlement n'entrave l'initiative, la responsabilité personnelles. Chacun est artisan de son propre avenir. Seulement, tant pis pour ceux qui s'abandonneraient aux caprices de la vingtième année. Car, des examens fréquents, et qui se font plus sévères, avec le progrès régulier de l'enseignement, et l'augmentation du nombre des élèves, sont la sanction supérieure qui récompense l'assiduité au travail, ou punit, de la meilleure des façons, le mauvais emploi du temps.

A droite s'ouvre la salle dite des « Trophées ». On y voit, rangées symétriquement dans de belles armoires vitrées, des coupes d'argent, des médailles de bronze, d'argent et d'or, qui furent le prix de victoires, remportées par les étudiants de Brown sur leurs concurrents des autres Universités, dans les diverses joutes athlétiques qui ont lieu presque tout le long de l'année scolaire : « ioot-ball », « basket-ball », boatracing », et surtout ce jeu national par excellence, le « base-bail » (i).

(t) Aujourd'hui môme, i" avril, dans l'après-midi, les étudiants du Bowdoin Collège, de Brunswick (Maine), viennent lutter avec ceux de Brown dans une partie de base-bail.

En effet, les élèves des diverses Universités se rendent mutuellement visite pour des fins athlétiques. Ces jeux sont annoncés longtemps à l'avance. L'on vient de partout pour y assister. Les grands journaux s'en occupent. Cela est tout un événement. Cela constitue Tune des principales attractions de la vie américaine. Dans la haute société, Ton fait des paris, parfois assez considérables, à qui gagnera. Au jour fixé» — c'est-à-dire soit le mercredi, soit le samedi après midi. — le public envahit donc le terrain où doit avoir lieu la joute. Comme les entrées sont payantes, le « club » réalise ainsi des recettes assez rondes, qui servent à couvrir les frais de voyage, de réception, etc. L'on m'assure que, l'an dernier, le club de Yale a eu un profit net de 80.000. Cet argent ne va pas au fond commun de l'Université. Du tout. Il est la propriété du « team », lequel se renouvelle, d'année en année, partiellement du moins. On l'emploie à améliorer les équipes, ou à d'autres fins particulières. Ainsi, il arrive qu'une de ces joutes, — telle les régates, par exemple, — coûte ordinairement plus qu'elle ne rapporte. Alors, on prend sur la réserve pour combler le déficit.

L'esprit américain, si rompu aux affaires, se retrouve donc au sein de ces puissantes organisations athlétiques. Les jeunes universitaires veulent bien s'amuser, s'entraîner le physique, se développer les muscles, dans des exercices dont presque tous sont assez violents. Mais ces joutes mémorables ne sauraient être uniquement pour le plaisir. Elles deviennent, au contraire, en ces milieux, avant tout pratiques et positifs, l'occasion de quelque chose, qui ressemble, à s'y méprendre, à de la spéculation. L'américain a pour moindre défaut de se laisser emporter à des entreprises qui auraient pour unique but de satisfaire ses goûts. Le souci du profit à tirer de tout, ne le quitte guère. Et nos jeunes athlètes des Universités, entr'autres, pourraient à bon droit ■adopter pour devise le vers célèbre d'Horace :

« Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci » (1).

(1) An Poetica. v. 343.

Au fond de la salle, d'autres armoires renferment les balles ou les autres instruments de jeu, utilisés par le « Brown Team » dans les divers concours dont l'issue lui fut favorable. Gomme ils furent à la peine, ils méritaient d'être à l'honneur. Chacune de ces choses porte une étiquette de cuir blanc, sur laquelle sont inscrits le lieu et la date delà joute victorieuse, ainsi que le nom de l'adversaire qui y fut terrassé.

Attenante à la salle des trophées, est une salle de lecture, où je ne vois que des journaux et des « magazines », ou revues plutôt superficielles. A propos, je veux noter qu'à Brown se publie un petit journal de quatre pages, lequel s'intitule : « Brown Daily Herald». Cette feuille lilliputienne contient à peu près exclusivement des nouvelles que j'appellerai de famille. C'est comme une chronique ouverte de l'institution. Elle est quotidienne. Elle fonctionne sur le modèle des grands journaux. Son personnel d'éditeurs, de rédacteurs, d'administrateurs, se recrute uniquement parmi les étudiants.

On me dit qu'il n'y a que trois ou quatre Universités qui possèdent ainsi leur journal officiel.

Outre ce petit quotidien, les élèves publient encore une revue mensuelle vraiment importante, sous le nom de « Brunonia ».

Au premier étage, sont des salles de réunion pour les comités de diverses associations, comme celle des jeunes gens de l'association chrétienne, par exemple — Y. M. C. A. — Un grand et bel auditorium, occupant une bonne partie de cet étage, sert à donner des conférences publiques, et même des pièces, car un théâtre s'y adapte à volonté.

La façade, qui longe la rue Waterman, porte également deux inscriptions, dont l'une est en français :

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