‹ Le collège sur la colline [microforme]Chapitre 18 sur 24 · LE "COLLEGE LIBRARY · texte numérisé non relu

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Samedi k avril

Que de matières Ton enseigne à Brown! Je crois vraiment que toutes les branches des connaissances humaines figurent au programme. Qu'on en juge pas rémunération suivante :

— Histoire de Fart ancien et moderne; théorie des beaux-arts; leçons de dessin, de peinture, de sculpture, d'architecture ; Fart de la Renaissance est spécialement étudié.

— Les diverses espèces d'astronomie.

— Littérature et histoire bibliques : cela comprend l'hébreu, l'arabe, la littérature hébraïque, la critique textuelle de l'ancien et du nouveau testament, l'histoire et la littérature juives, l'histoire et la littérature chrétiennes des premiers siècles, principes de critique et de recherches historiques.

— La Botanique.

— Toute la chimie.

— Toutes les formes du génie civil.

— L'anatomie comparée.

— Science économique.

— L'anglais, comme langue et comme littérature.

— La biologie.

— Langues et littératures germaniques.

— Histoire et littérature de la Grèce.

— Histoire de l'Europe» depuis le Moyen Age jusqu'à nos jours. Histoire politique et constitutionnelle des États-Unis. Cours général

d'histoire américaine. Principes de critique et de recherche historiques.

— Philologie indo-européenne.

— Toutes les branches des mathématiques.

— La mécanique.

— La philosophie, et, sous cette rubrique» Ton comprend la logique» la psychologie théorique et expérimentale, l'histoire de la philosophie, l'éthique, la philosophie de la religion. M. Meiklejohn donne un cours spécial de philosophie kantiste et post-kantiste. La « Critique de la raison pure » y est étudiée en tant que source de l'idéalisme allemand.

— L'éducation : Son histoire. Étude critique de l'éducation moderne. Principes fondamentaux de l'éducation. Psychologie et hygiène de l'éducation. Méthodes pratiques d'enseignement.

— La physique.

— L'électricité.

— Histoire et littérature romaines.

— Langues et littératures romanes : on entend par là les trois littératures espagnole, italienne~et française.

— Science politique et sociale.

— Enfin, la culture physique.

L'on estimera, sans doute, que cette liste est assez longue. Voilà un programme bien rempli. Il y en a pour tous les goûts et toutes les aptitudes. L'on aurait, en effet, bien tort de s'imaginer que les étudiants doivent s'initier à toutes ces diverses branches du savoir humain. Gela serait d'abord matériellement impossible. Ou trouver, dans les quatre années de cours, le temps de faire de tout cela à la fois ? Aucun cerveau n'y pourrait tenir. Et puis, quel génie serait assez universel pour embrasser des matières si diamétralement oppo-

sées, — la bible et la mécanique, — l'histoire littéraire et l'électricité, la philosophie de Kant et le génie civil, — assez souple pour passer, sans effort, de Tune à l'autre ? Et où mèneraient des études si différentes ? Quel en serait le fruit ?

Les Américains sont, certes, trop pratiques pour courir après de pareilles impossibilités. Voici, au contraire, ce qui se passe, et comment l'on procède.

L'Université Brown confère divers degrés. On peut y obtenir le titre de « Bachelier-b$-*arts », — « Bachelier-en-PhilosophU », — a Baehelier-ès-Sciences », — (génie civil, mécanique, ou électricité). Nous laisserons de côté, pour le moment, les grades supérieurs de a Maître-ls-arts », — <c mattre-ès-Sciences », et de « Docteur en Philosophie ». — Ce dernier titre est le plus élevé qui soit 'accordé ici, — l'Université n'ayant pas encore de Faculté de Droit ni de Médecine. Et l'on peut se demander si elle en aura jamais, si elle ajoutera jamais ces, deux départements à la liste de ses cours déjà si nombreux ? — La chose est fort douteuse. L'établissement d'une Faculté de médecine coûterait, à lui seul, plusieurs millions. Car, si l'on faisait tant qu'en fonder une, il faudrait de suite la mettre sur un pied qui lui permît de rivaliser avec sa voisine, celle de Harvard. Or, cela demanderait des sommes fabuleuses. — celle de Harvard étant l'une des plus belles et des mieux outillées du monde. Inutile d'y songer, donc. Et d'ailleurs, à quoi bon ? — Harvard est à la porte. Et de même, pour la Faculté de droit. Il y en a suffisamment, dans la Nouvelle-Angleterre. Le moment n'est pas venu d'en ouvrir une nouvelle, ni d'entrer en concurrence avec celles qui existent déjà, et qui répondent amplement aux besoins de la nation.

L'on ne court donc aucun risque à prédire que, d'ici bien des années, Brown s'en tiendra à ses facultés actuelles, — quitte à les renforcer des acquisitions les plus récentes, dans les domaines qui leur sont propres, et à hausser toujours le niveau intellectuel de son corps enseignant.

Maintenant, lorsqu'un jeune homme donne son nom comme élève de Biown, et se fait enregistrer comme tel, il doit dire pour quel diplôme il a l'intention de concourir, dans quelle spécialité il désire se fixer. Ceci fait, on l'inscrit comme candidat à tel ou tel degré. Alorsviennent ce que Ton appelle les a entrance requirements », — examens préalables k l'admission définitive, examens qui supposent des études antérieures sérieuses et étendues, une culture littéraire et scientifique assez complète. Toutefois, les certificats émanés des collèges « affiliés » tiennent lieu d'examens, et attestent, aux yeux des autorités de Brown, que le siyet en question a la compétence voulue pour se livrer à des études plus hautes, dont le résultat sera un titre universitaire.

Que ce soit pour un degré ou pour l'autre, le cours est de quatre années : Freshman-Sophomore-Junior-Senior. On ne dit pas étudiant de première ou de deuxième année, par exemple, mais « Freshman, Sophomore », etc. Évidemment, la matière des cours varie, suivant les départements. De l'élève qui se prépare au Baccalauréat-ès-arts » l'on exige d'autres études que de celui qui veut simplement décrocher un diplôme de « bachelier-ès-sciences ». Chaque étudiant doit suivre quinze heures de cours par semaine. Il y a, pour chaque département, les cours obligatoires, et il y a aussi le fameux système des cours facultatifs, — élective stucUes, — inventé, je crois, par M. le Président Charles Elliot, de Harvard, en tout cas vulgarisé par lui, à tel point qu'il est maintenant en vigueur dans presque tous les collèges de l'Union .

Et voici en quoi cela consiste. Le nombre de cours obligatoires, dans la «freshman year », par exemple, prendra, mettons, dix heures sur les quinze qui sont de règle. Les cinq heures qui lui restent, et qu'il doit, de toute nécessité, remplir, l'élève pourra assister à tel et tel cours qu'il voudra, choisis parmi parmi une longue liste.

Il en est de même les autres années, avec cette différence, toutefois, que, à mesure qu'on avance, diminuent les heures k donner aux cours

obligatoires, et que l'on peut consacrer toujours plus de temps à suivre des cours facultatifs. J'ai écrit, tout à l'heure, qu'il y avait, pour chaque département, des « élective studies ». Cette affirmation était trop absolue, et je tiens à la corriger de suite. En réalité, seuls les étudiants qui se destinent au « Baccalauréat-ès-arts », ou au « Baccalauréat en Philosophie », jouissent de droit, du privilège, assez original, de pouvoir se porter à des cours de leur choix. Les autres» c'est-à-dire les aspirants au titre de « Bachelier-ès-sciences », mécanique ou électrique, sont astreints à des cours, la plupart techniques» et qui prennent tout leur temps. Cependant, les « sophomore », ou élèves de deuxième année, peuvent avec l'agrément de leur chef de département, choisir quelque autre cours étranger à leur spécialité, non inscrit sur leur programme d'études. Et, ainsi, il arrive qu'un futur ingénieur-électricien peut aller se reposer de la sécheresse de se* expériences positives, dans l'audition d'une leçon sur Dante ou sur Molière.

— Tous ces détails sont un peu arides. Mais comment les omettre dans une étude sur une université? N'en composent-ils pas l'essence fr N'en sont-ils pas l'âme même ? Je ne pouvais insister moins longuement là-dessus, et n'est-il pas urgent norf plus qu'on s'y attarde davantage. Cela doit suffire pour faire comprendre tout ce qu'a de particulier, et même d'un peu étrange, pour un esprit européen, le fonctionnement de cette grande institution.

J'ajouterai seulement, au sujet du « doctorat-en-philosophie », titre suprême que l'on puisse obtenir ici, — un renseignement qui peut avoir sa valeur. Quiconque, ayant franchi avec succès les épreuves du Baccalauréat et du Magistériat ès-arts ou ès-sciences, se spécialise dansune branche quelconque des connaissances humaines, — arts, lettres, sciences, — et en arrive à posséder à fond sa matière, à la maîtriser complètement, peut parvenir au doctorat, après un examen oral très sérieux, et une thèse écrite sur le sujet de son choix. Cette thèse, destinée à l'impression, doit présenter, en corps de doctrine, toutes les.

recherches, et, s'il s'agit de physique et de chimie» toutes les expériences que le candidat a pu faire, dans l'ordre de connaissances auquel il s'est borné, toutes les idées nouvelles qu'il a pu acquérir sur ce point. Cette thèse doit être la synthèse où se concentre le travail de plusieurs années.

Le titre de Ph. D. — signifie donc une supériorité, officiellement reconnue et attestée, dans l'un ou l'autre domaine du savoir humain. « Philosophie » est pris ici tout à fait dans son sens étymologique et littéral. Docteur-en-philosophie veut dire que, quelque soit le genre d'études auquel on s'est donné, l'on possède « sagesse éminente » en cette spécialité, on la connaît, non pas seulement par le dehors, de façon peut-être brillante et pourtant superficielle, mais dans son fond, dans sa nature, dans ses causes les plus lointaines et les plus profondes : « Philosophia est scientia rerumper altissimas causas.

Hier matin, au sortir du « Sayles Hall », Ton m'avait présenté à M. le D r Henry Thatcher Fowler, Ph. D., Professeur de littérature et d'histoire bibliques. Et ce dernier avait bien voulu m'inviter h assister à son cours de ce matin. A l'heure dite, dix heures et quart, je vais donc le prendre au « Seminary » (i) biblique, et nous nous rendons ensemble à la salle de cours.

M. Fowler est très versé jen Ecriture-Sainte. Il a publié, sur des questions d'histoire et d'exégèse, des ouvrages pleins d'érudition. Le manuel dont se servent ses élèves, cette année, est de lui. Il est intitulé : « OuUines of Biblical History and Literature » . Il l'a préparé en collaboration avec le D* Sanders, célèbre professeur de Yale. C'est un travail de précision, tout en dates et en faits.

Le cours de ce matin roule sur les voyages de S. Paul. On étudie la

(i) L'on appelle « Seminary », une salle, avec bureaux et bibliothèque, où se trouvent les principaux livres et revues concernant chaque spécialité. Chaque département a son Seminary ouvert aux professeurs et Taux élèves.

période de ses missions aux gentils, de 44 à 64. C'est une discussion honnête de difficultés chronologiques. On veut connaître la date exacte des premiers voyages missionnaires de l'Apôtre. — J'entends un élève demander au maître si TEpître dite de Jacques est de ce Jacques appelé <( frère de Jésus ?» — Le professeur ne se compromet pas dans la réponse. — Les élèves sont tous très appliqués. Ils tiennent à se munir de notions très exactes. On les initie à la « critique interne », — & ces variations de style, qui font découvrir divers auteurs, à tout le moins diverses rédactions dans un même ouvrage. La physionomie de Pierre et celle de Paul sont enlevées en touches aisées et sûres. M. le Professeur préfère, à ce qu'il appelle le « pétrinisme », l'universalisme de la doctrine paulinienne. Il dit que, dans le passage des Actes (XIV 1 1 et seqq.) où Barnabas et Paul se défendent si énergiquement d'être Jupiter et Mercure, il y a de la « théologie naturelle ».

Dans l'après-dîné, visite à la Bibliothèque de l'Université, « Collège Library ». C'est un monument de style assez particulier, en brique relevée de pierre. Cela ne fait pas grande impression. Cela a l'air trapu, ramassé. C'est en forme de croix grecque, avec deux dômes octogones, superposés. Cela a fait « son temps », puisque c'est déjà « vieux » d'un peu plus d'un quart de siècle. Cela date, en effet, de 1875. Ça ne suffit plus aux besoins présents. Pour l'époque, c'était presque une merveille. Mais on est devenu difficile. Ce n'est plus ni assez grand, ni assez commode, ni assez luxueux. On y étouffe. Il y fait sombre. L'intérieur a été trop sacrifié au dehors. Pour toutes ces raisons, et d'autres encore, l'on songe à bâtir, très prochainement, un édifice spacieux et moderne, qui devra coûter au moins un million (1). Je me suis laissé dire que M. Carnegie, comme de juste, avait donné, à cette fin, la jolie somme de deux cent cinquante mille dollars. On

(1) On a commencé, en juin, à jeter les fondements de ce nouvel édifice.

trouvera facilement le reste. Et bientôt, le « Collège Hill » comptera un monument de plus, ne le cédant, sans doute, en rien, aux plus belles bibliothèques qu'il y ait aux États-Unis.

Sur les parois intérieures du dôme, je note les inscriptions suivantes :

COIXEGIÇM DfSULA RHOMEKSIS

A. D. MDCCLXIV CONDITUM

PROPTER UBERALITATEM HICOLAI BROWK

AB EJUS NOMIHE APPELLATUM EST

UMVEftSITAS BRUNENSIS

A. D. MDCCCIY

« Le collège de l'île de Rhodes, fondé en l'an du Seigneur 1764, à cause de la libéralité de Nicolas Brown, fut appelé, de son nom, Université Brown, en l'an du Seigneur 1804 ».

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