‹ Le collège sur la colline [microforme]Chapitre 4 sur 24 · IO · texte numérisé non relu

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quelque chose de discret, de mesuré» d'élégant, en pierre qu'on appelle « lime stone », « pierre à meule », — avec un portique encadré de deux jolies colonnes* ioniques, surmonté d'un fronton très délicatement ouvré : cette petite merveille fraîche, qui s'est épanouie voici deux ou trois ans, est marquée d'un blason où l'on peut lire ce seul mot « Gaudeo », et s'intitule : « The John Carter Brown Library », — « Àmericana ». Elle abrite la collection, la plus nombreuse et la plus précieuse qu'il y ait au monde, de cartes, manuscrits, livres, concernant les deux Amériques. Nous y reviendrons.

Par delà cet ensemble déjà imposant, surgissent encore d'autres constructions, disséminées sur un vaste espace. Pour parler exactement, l'Université en compte dix-sept. Et ee n'est pas suffisant. L'on en projette de nouvelles, Ce collège, qui a eu des commencements si humbles, a envahi graduellement la colline altière. Ses maisons en occupent le large et onduleux sommet, débordent jusque sur ses pentes. S'il lui a donné son nom, si on ne l'appelle plus que « collège hill », c'est à très juste titre, en vertu d'un droit régulier de conquête pacifique. Il serait assez difficile vraiment de préciser où cette conquête s'arrêtera. Car, ses limites reculent d'année en année.

En plus des bâtiments qui constituent ce que j'appellerai le cadre officiel de l'Université, il reste quantité de maisons plus modestes, affectées à des usages divers, toutes appartenant à la corporation de Brown. Cela fait donc que ce collège est tout un monde, forme une ville à côté de la grande, influant sur celle-ci en distinction, l'imprégnant d'une noblesse à part. Un de ses plus charmants professeurs me disait, avec un sourire malin : « Si Providence n'avait pas l'Université, ce serait un autre Fall River. » — On ne peut, en effet, mettre en doute que le contact quotidien avec une institution d'enseignement qui fonctionne à merveille et qui est constamment en progrès, ne soit, pouf la capitale du Rhode-Island, la meilleure des fortunes, et ne relève sa physionomie d'un grain de spiritualité et d'intellectualisme.

Mais il est tard. Il me faut rentrer chez moi. Je reviens sur mes pas.

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— Toutes ces lumières, que je vois briller, çà et là, aux fenêtres, je me demande ce qu'elles éclairent ; un travail ardu et opiniâtre, ou de frivoles lectures, ou des groupes qui s'amusent ? — Et quelle est cette haute tour massive qui s'érige en un coin du parc d'entrée? — Un cadran la couronne, qui sonne harmonieusement les heures. Ces notes graves, profondes, qui s'épandent dans l'atmosphère recueillie, silencieuse, me plaisent, me font rêver. Et pourtant, ce monument, que la nuit agrandit encore, qu'elle revêt de son mystère, ce monument, comme tous ceux que j'ai vaguement, confusément, contemplés tout à l'heure, est trop frais, trop neuf. Ces pierres ou ces briques viennent d'éclore au jour ; elles sont travaillées d'hier ; elles portent l'empreinte trop récente du moule, ou du ciseau de l'ouvrier.

Tous ces édifices manquent de l'indéfinissable attrait que le temps seul communique aux choses : charme fait d'histoire, de vie, de souvenirs, — subtile émation d'âmes, qui flotte autour des vieux murs, les imprègne, nous les rend comme savoureux...

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