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êtres en formation : sous l'enseignement qu'ils reçoivent, dans le mode où on le leur donne, leur intelligence s'ouvre et s'enrichit sans doute, mais comme elle est loin d'en absorber toute l'essence, En vérilé, ces jeunes universitaires s'inquiètent moins de goûter des
plaisirs purement idéals que de se façonner le caractère par des
leçons pratiques, d'application immédiate à leur propre existence,
-. Un souvenir assez récent se lève dans ma mémoire, Au Collège de France, je suivais le cours de M. Morel-Fatio, sur Dante, Et je Compare intérieurement sa manière avec celle de M. Courtney Langdon. Quelle différence entre l'une et l'autre! Là-bas, l'on s'attardait à des subtilités de linguistique, des disputes d'école, La topographie dantesque y était expliquée, L'on donnait des détails à propos de chaque Personnage historique ou mythologique. Chaque vers était disséqué et analysé par le menu. C'était le &rammairien, le philosophe qui parlait, bas, lentement, les Yeux sur son texte, comme pour le scruter dans toute sa profondeur, en surprendre les moindres secrets.
Et chacun de l'écouter, penché aussi sur son livre, en remplissant les marges de notes, ne laissant rien échapper des commentaires si secs et si précis auxquels le poème donnait lieu. Cette manière était, certes, beaucoup plus scientifique, et relevait de la haute culture. Mais, bonne à Paris, et pour des esprits rassis, et qui veulent se spécialiser, se consacrer uniquement aux labeurs de la pensée, elle risquerait, auprès de nos jeunes américains, de n'obtenir qu'un succès assez mince. [1 faut, je crois, à ces intelligences qui ne perdent jamais de vue les réalités de la vie, et qui se préparent surlout à savoir les aborder de front, — il leur faut un aliment moins raffiné, plus facilement assimilable.
Si superficiel, peut-être, que soit ce cours Dante, dont je viens d'entendre une des leçons, et quoi que l'on pense d'ailleurs de la manière si large avec laquelle cet auteur y est interprété, il n'en est Pas moins certain que les élèves qui le suivent doivent y acquérir un
sens de la beauté, des notions pures sur le monde et sur la vie, qui
leur seront éminemment utiles. Quel que soit leur avenir, à tous ces jeunes universitaires, — qu'ils se spécialisent, plus tard, dans l'exercice d'une profession nécessairement routinière, et à limites précises, à l'horizon borné, et souvent terne, — ou, que, renonçant aux carrières libérales, ils entrent dans le commerce, l'industrie, ou l'une quelconque de ces spéculations matérielles, qui semblent conduire d'autant plus promptement à la fortune, qu'elles sont, on dirait, plus prosaïques, — l'on peut espérer d'eux qu'ils ne se dépouilleront jamais complètement d’aspirations d'un ordre plus élevé, et que tout leur
être, pour s'être imprégné, dans ce contact avec la « Comédie Divine »,
d'essentiel idéalisme, en gardera comme un parfum à part, souverai-
nement hygiénique contre les vulgarités, les trivialités de l'existence.
— Et ce sera, je crois, le grand profit de ces leçons oratoires, que leur aura données M. Courtney Langdon, A. B.
LA VIE RELIGIEUSE — PORTRAITS HISTORIQUES CONFRATERNITÉS — CAUSERIE SUGGESTIVE EN PLEIN SIÈCLE LOUIS XV— LA CULTURE PHYSIQUE ET LA MENTALITÉ AMÉRICAINE
Vendredi, 3 avril
C'est l'heure de la prière.
— Comme je l'ai noté déja, chaque matin, à neuf heures, professeurs et élèves se réunissent dans le « Sayles Hall » pour un exercice religieux. J'y vais aujourd'hui, Et je veux tâcher de rendre ici l'impression que me fait l'acte augusle de la prière, accompli avec une telle absence de respect humain, tant de naïve sincérité, par tous ces grands jeunes gens, qui ne croient pas se rabaisser en courbant leur intelligennce devant la Majesté divine,
Et qu'on ne s'imagine pas que ce soit une simple formalité de leur part. Sans doute. la discipline commande cet exercice. Mais est-ce une raison pour que les élèves n’y mettent aucune conviction ? — A nou- Veau, je me prends à admirer l'esprit chrétien qui a présidé à la naissance de cette grande institution d'enseignement. Et Pourquoi ne pas attribuer à l'influence de cet esprit l'essor de son développement merveilleux ?
Dieu n'a pas promis de toujours récompenser, dans le temps, et par des succès terrestres, ceux qui le bénissent et l'adorent, Toutefois, ne le fait-il pas souvent ? — Et je suis bien tenté de rapporter, pour une
bonne part, à la fidélité avec laquelle on observe ici son culte, — si imparfait et tronqué que soit ce culte, — la rapide croissance du petit grain de sévené en un arbre majestueux, abritant sous ses rameaux des multitudes d'esprits avides de lumière.
Ma pensée se reporle avec mélancolie en d'autres pays, où le nom même de Dieu est absolument banni de l’enseignement officiel, et où il paraîtrait inélégant, chez les représentants du pouvoir et de la science, fût-ce seulement de soupçonner l'existence de cet Être souverainement bon et pur...
Donc, à neuf heures, tous les élèves, — les « Seniors » seuls portant la toge aux longs plis flottants, et le béret, — se pressent dans le « Hall », la chapelle si l'on veut. Car, ce pourrait être une chapelle, que cette grande et belle salle de style gothique anglais, à voñte en bois précieux, ramifiée de nervures puissantes, à jolies fenêtres cintrées, dont les verrières tamisent si discrètement le jour.
L'orgue prélude pas des accords graves. Puis, tout le monde se lève, et entonne un cantique très court. Onze cents voix, mâles, pleines, soutenues par les roulements de l'orgue, — que c'est beau à entendre ! L'atmosphère en est ébranlée, la voûte en frémit. Alors, on s'assied. Et, du haut de ce que j'appellerai le chœur ou le sanctuaire, celui qui préside, — aujourd'hui, cette fonction est remplie par M. Henry Thatcher Fowler, Professeur d'Écriture Sainte, — lit un texte biblique auquel l'auditoire ne semble prêter qu'une attention assez distraite. Suit une invocation pendant laquelle tous les étudiants inclinent la tête. Le « Notre-Père » est récité en commun. Après, un ou deux avis disciplinaires sont donnés, j'allais dire paternellement. Et l'on commence à chanter un hymne à plusieurs strophes, avec la même plénitude de voix, la même virile harmonie, rehaussée toujours par les puissantes modulations de l'orgue. M. Fowler, adresse, l'hymne fini, une supplication au Tout-Puissant, lui demandant de bénir la journée,
d'illuminer de ses clartés les plus vives toutes ces intelligences qui vont
reprendre leur labeur de pensée.
— lg —
aite de jouir de la pen-
à tous les vétérans de l'ensei-
ans les institutions « unsectarian ». Et j'admets que c'est là
un désavantage matériel dont messieurs les Professeurs de B :wn peuvent se plaindre,
D'autre part, en se plaçant à un point de vue supérieur, la religion ne mérite-t-elle pas mille fois qu'on lui fasse un sacrifice d'argent? Ne serait-ce pas Manquer de noblesse que d'effacer de cette Université sa Marque dislinctive de christianisme, et de la faire tomber au rang des institutions neutres, pour une simple question de gros sous ?
Puisque je suis sur ce lerrain de la religion au « Collège sur la colline », — que l'on me permette d'ajouter que, chaque mercredi après midi des mois de décembre, janvier, février et Mars, ily a, dans ce même « Sayles Hall », un exercice appelé Vépres, au cours duquel un prècheur ou un orateur de renom prononce un discours, Tantôt, c'est un ministre de quelque confession Protestante, tantôt un Président d'Université, tantôt un prêtre catholique. L'on en fait venir de parlout, du centre, du sud, ou de l'oucit des États-Unis. Nul n'ignore qu'en Amérique les distances ne comptent pas. Et l'on trouvera tout naturel d'inviter, par exemple, le Président de l'Université du Michigan ou de Californie, à seule fin de donner un discours d'une heure,
L'on m'assure que le Président de Brown, à qui incombe l'hon-
neur de faire ces invitations, choisit loujours des orateurs de premier ordre. Ainsi, le mercredi, vingt-six février dernier, c'était au tour de
rites
M. le D' Henry Van Dyke, écrivain remarquable, auteur de « The blue Jlower », et d'autres ouvrages très estimés.
Encore que ces discours s'adressent surtout aux étudiants, le grand public y est admis.— Je rappelle que les Américains, comme, en général, les races anglo-saxonnes et germaniques, se font de l'éloquence un idéal tout autre que celui qui est cher à notre âme latine. Pour eux, l'orateur doit être extrêmement sobre de gestes, et doit avoir une diction plutôt monotone. Ils semblent ne pas croire au feu sacré. Et le « Deus, ecce Deus », est, à leur sens, uniquement bon pour les poètes. C'est presque un mystère pour nous de voir des auditnires américains écouter avec grand intérêt, recucillement profond, des discours froids et compassés, débités avec roideur, et presque sans inflexion de voix, sans variété de ton, sans mouvement, sans chaleur. Affaire de goût et 1 tempérament, sans doute.
Ce « Sayles Hall » est ce que l'on appelle un « memorial ».
Sur la façade se lit cette inscription, gravée sur une seule ligne :