SCÈNE I
attendrissement.) Mais, dis, pouvais-je attendre un des rares accès de générosité du baron? ne me fallait-il pas absolument des diamants pour la fête de ce Soir? (Elle continue à jouer avec la rivière et y démontre une joie d'enfant.) C’est si beau, ces petits soleils ! < . . aveugle qui les nie !... Viens ici, Florine, que j’en voie l’effet sur toi! (Florine, très-flalléc, s’arrange pour sc décolleter, et se baisse devant la baronne, qui lui agrafe le collier.) Là... maintenant tu vas sortir, et tu rentreras, que je voie comment ça fait! mais tu. ne te sauveras pas avec, au moins !
FLORINE, *à la porte.
Madame... j’ai la vertu peur gendarme!...
Elle fait une fausse sortie, et rentre avec une majesté era gerce»
LA BARONNE* joyeusement.
C’est vraiment superbe! éblouissant! Ah! ça va n lame!
il)
LE CO LU Eli.
FLORINE, sc prélassait.
C’est Trai ! seulement... s’ils restaient sur moi, on ne verrait que les diamants... taudis que, sur madame la baronne, on ne verra qu'elle !
LA BARONNE , reprenant le collier et se l’arrangeant en bracelet.
Tu me flattes, mais ça n’est pas désagréable ! Voyons, soyons justes, et dis-moi si je pouvais être présentée ce soir à la cour sans une rivière. Pense donc ! la femme d’un fermier général ! mon mari en eût été déshonoré ! et moi j’aurais fait pitié à tout le monde !
FLORINE
Madame la baronne a plus que raison !
LA BARONNE
Or, puisque mon mari me refusait ce collier... que devais-je faire?
FLORINE
L’acheter trente mille livres. C'est pour rien !
Vois-tu, je le mettrai sournoisement, en route, dans le carrosse. Et, quand mon mari me le verra, en entrant chez le roi — il sera trop tard! d’ailleurs, s’il veut crier, je lui déclarerai qu’on me l’a prêté pour sauver son amour-propre... pour qu’on n’accuse pas sa féroce avarice... ou bien je dirai que je l’ai loué à Bernadet.
FLORINE
D’ailleurs, tous les tours sont bons à jouer à un vilain millionnaire qui a une jeune et jolie femme, et qui la laisse présenter au roi sans diamants! Avec ça que monsieur le baron n’est pas sans distribuer çà et là, comme l’Italien, quelques pierreries.... j’imagine!
LÀ BARONNE
Que veux-tu dire?
FLORIN E
Moi? rien. Seulement je suppose bien que monsieur le baron, n’étant pas rigoureusement beau, il faut absolument qu’il soit généreux... Donc les petits coups de canif qu’il donne dans le contrat ne sont probablement pas gratis...
LA BARONNE
Les malheureuses ! je ne suis pas jalouse ! (Toujours occupée du collier.) Voyons donc s’il me sera commode de l’agrafer dans le carrosse... donne-moi ma mante, mes coiffes... (Florine apporte les vêtements.) Bien! à présent, mets-toi là! (Elle s'enveloppe comme pour sortir, et elles s'asseyent aur un tête-à-tête placé à droite de la icône.) C’est ça... là! nous voilà en voiture... rrrrou... comme j’imite bien la voiture! on trotte ! supposons qu’il fait nuit. Toi, tu es le baron...
FLOP. IKE.
Alors,' si je suis le baron... me voilà dans mon rôle... Boum! boum!
Elle s’accote et feint de s'endormir et de ronfler bruyamment.
LA BARONNE
Moi, je tire tout doucement le collier de ma poche et je l’agrafe comme cela... par-dessous... là! c’est fait! t’es-tu aperçue de quelque chose?
FLORINE, comme réveillée en sursaut.
Moi? rien du tout. Mais nous voilà qui arrivons chez le roi! on arrête... nous descendons de carrosse... — Boum! boum! « Madame, donnez vos coiffes à nos gens... » — Je suis les gens... « Entrons... ma mie; ayez un joli petit air modeste... il ne faut pas contrarier madame de Pompadour en étant trop jolie... » Boum! boum!... « Eh mais! qu’est-ce que je vois là, saprejeu! vous brillez
comme une lanterne ! où diable avez-vous pris cette verroterie, baronne? »
LA BARONNE, .feignant l’embarras.
« Mon ami... ce sont des... qui... que.. Voyons, mon ami, pouvais-je venir chez le roi avec mon petit tour de velours noir?:., une de mes amies est venue à mon secours... et... et... »
FLORINE , interrompant.
Pas du tout ! pas du tout ! ça n'est pas ça qu’il faut dire! Voila, moi, ce que je répondrais : « Oui, baron... ce sont des diamants, et des plus beaux! C’est moi qui les ai achetés... mais c’est vous qui les payerez ! Vous êtes financier, moi je suis une fille de noblesse... payez! Mes parents ont absolument voulu que je fisse un mariage d’argent... or, depuis deux ans, j’ai le mariage... et je n’ai pas l’argent, ça n’est pas juste ! Il faut donc en finir, baron, et faire votre métier, qui est de payer, comme le mien est de dépenser! or je m’en acquitte... acquittez donc mes dettes! Si cela ne vous