‹ Le collier de griffes; derniers vers inédits. Avant-propos de Guy-Charles Cros et préf. de Émile GautierChapitre 17 sur 66 · A PUVIS DE CHAVANNES · texte numérisé non relu

A PUVIS DE CHAVANNES

Au matin, bien reposée.

Tu fuis rieuse, et tu cueilles

Les muguets blancs, dont les feuilles

Ont des perles de rosée.

Les vertes pousses des chênes Dans ta blonde chevelure Empêchent ta libre allure Vers les clairières prochaines.

Mais tu romps, faisant la moue.

L'audace de chaque branche Qu'attiraient ta nuque blanche

Et les roses de ta joue.

Ta robe est prise à cet arbre.

Et les griffes de la haie Tracent parfois une raie Rouge, sur ton coït de marbre.

VISIONS 3l

Laisse déchirer tes voiles.

Qui es~tu, fraîche fillette.

Dont le reyard clair reflète Le soleil et les étoiles ?

Maintenant te voilà nue.

Et tu vas, rieuse encore.

Vers l'endroit d'oii vient l'aurore,

Et toi, d'oii es-tu venue ?

Mais tu ralentis ta course Songeuse et flairant la brise. Délicieuse surprise.

Entends le bruit de la source.

Alors frissonnante, heureuse En te suspendant aux saules.

Tu glisses jusqu'aux épaules.

Dans l'eau caressante et creuse.

Là-bas, quelle fleur superbe !

On dirait comme un lys double; Mais l'eau, tout autour est trouble Pleine de joncs mous et d'herbe.

Je t'ai suivie en satyre.

Et caché, je te rerjardc.

Blanche, dans l'eau babiUarde ; Mais ce nénuphar t'attire.

Tu prends ce faux lys, ce traître.

Et les joncs t'ont enlacée.

Oh ! mon cœur et ma pensée Avec toi vont disparaître !

Les roseaux, l'herbe, la boue M'arrêtent contre la rive.

Faut-il que je te survive Sans avoir baisé ta joue ?

Alors, s'il faut que tu meures.

Dis-moi comment tu t'appelles.

Belle, plus que toutes belles !

Ton nom remplira m?s heures.

« Ami, je suis l'Espérance.

Mes bras sur mon sein se (j lacent. «

Et les (] renouilles coassent Dans l'étang d'indifférence.

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