‹ Le collier de griffes; derniers vers inédits. Avant-propos de Guy-Charles Cros et préf. de Émile GautierChapitre 63 sur 66 · DIAMANT ENFUME · texte numérisé non relu

DIAMANT ENFUME

naturel en laisserait sentir le tremblement. Tout cela est bien pénible et je n'en vois pas ta fin.

J'aime son âme et je suis sur qu'elle aime la mienne. J'ai rèré des transactions folles à lui proposer. Je voudrais qu'elle fût ma so'ur; car, je n'aurais d'autres désirs que de la voir souvent, de regarder dans le fond de ses yeux, sans qu'il put y avoir aucune raison de trouble entre nous.

J'ai pensé : Pourquoi nos attitudes menteuses? Nous nous sommes tïvuvés seuls et nous n'avons plus parlé le langage de la veille. Quand je la reverrai, je lui dirai : « Avez-vous de la mémoire? » Elle me répondra que oui, et je reprendrai: « Alors — pour commencer, moi, je pourrais craindre les refus froids et hautains — jette donc tes bras autour démon cou et colle tes lèvres aux miennes. Faire autre chose serait faux. Nous avons été plus que frère et sœur. Et on ne cesse jamais d'être frère et sœur, n

C'était là un projet que je n'ai pas accompli.

Je l'ai revue, pourtant, et souvent. Elle a lu de mes vers qui parlaient d'elle: je lui ai lu moi-même de ces vers où je la fustigeais, d'autres oii je me souvenais mélancoliquement, d'autres où je disais ma rancœur lasse. Je n'étais franc que dans mes vers, et après les avoir lus, je devenais, malgré moi, faussement folâtre et distrait ou bien triste pour des inotifs extérieurs.

Un soir, elle me fit signe des yeux (comme autrefois IJ de venir in'asseoir là. C'était la première fois.

depuis deux ans, que quelque chose du passé était réellement répété entre 7ious. J'obéis, et lui demandai : « Est-ce un pari ? » Elle me dit, avec reproche, que non; puis me parla de mes vers. Ensuite notre causerie, presque à haute voix devant des bavards qui soupaient, tomba sur' le passé, sur la catastrophe finale. Accusant la destinée et un peu moi, elle voulut se justifier. « Pourquoi vous défendre? Puisque je reviens ici, je n'ai pas de mépris que vous ayez à effacer. » Elle continuait; mais moi: « Non, vous avez mal fait. Si je méritais cela, il fallait me notifier l'arrêt, avant de l'exécuter. » Elle continuait encore et moi, toujours : « Je ne vous reproche rien ; je vous ai aimée avec votre perversité; je ne voudrais pas vous changer ; mais vous avez mal fait. »

Depuis, elle n'a plus ni paroles, ni regards méchants contre moi. Je ci^ois que nous rêvons tous deux de recommencer autrefois, mais sans assez de décision pour que cela ait jainais lieu.

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