ACTE DEUXIÈME
CHARNY
Trêve de charlatanisme, monsieur... Si vous êtes devin, tant mieux pour vous ; vous savez alors pourquoi je vous cherche, car j'allais chez vous et vous pouvez à l'avance vous mettre à l'abri.
CAGLIOSTRO, ironique.
A l'abri? Et à l'abri de quoi, s'il vous plaît?
CHARNY
Devinez, puisque vous êtes devin 1
CAGLIOSTRO
Soit; pour vous faire plaisir. Vous venez me chercher querelle. •
CHARNY
Si vous savez cela, vous savez sans doute aussi à quel propos ?
CAGLIOSTRO
Oui, monsieur... A propos de la reine!...
CHARNY
Vous avez raison, monsieur... J'ai déjà châtié votre complice. A votre tour.
CAGLIOSTRO
Vous dites, monsieur?
CHARNY
Je dis que je viens de chez M. Réteau de Villette, auteur d'une brochure parue ce matin contre Sa Majesté la reine, que j'ai bâtonné ce drôle et que je l'ai forcé à coups de canne à détruire tout ce qu'il possédait encore de son
odieux libelle. Mai j'ai appris chez lui que vous en aviez acheté mille exemplaires, et je veux savoir où ils sont.
CAGLIOSTRO
Je pourrais vous répondre que ce sont là mes affaires... J'aime mieux vous dire qu'ils sont chez moi.
CHARNY
Monsieur, vous me paraissez un homme courageux; je vous somme donc de me rendre raison de l'insulte faite à la reine, insulte dont vous vous rendez complice en détenant ne fût-ce qu'un exemplaire de cette feuille...
CAGLIOSTRO
Monsieur, vous êtes dans une erreur qui me fait peine. J'aime les nouveautés, les bruits scandaleux, les choses éphémères. Je collectionne, et c'est comme collectionneur que j'ai acheté cette brochure»
CHARNY
Quand on est homme d'honneur, on ne collectionne pas des infamies.
CAGLIOSTRO
Vous vous trompez, monsieur, ce pamphlet n'est pas une infamie, car Sa Majesté a été au baquet de Mesmer.
C'est faux
CAGLIOSTRO, très calme.
Vous voulez dire que j'en ai menti.
CHARNY
Je ne veux pas le dire : je le dis ! eh bien, ne m'entendez-vous pas?