LE BAILLI
Enfin m'expliqueras-tu pourquoi cette, claustration à laquelle tu te condamnes?
CHARNY
Tristesse... ennui... lassitude... On a des moments comme cela dans la vie I
SUFFREN
Olivier, je te connais! Pendant trois années nous avons vécu entre la mer et le ciel, sous l'œil de Dieu. Olivier, mon enfant, tu as un amour au cœur et un amour malheureux. (saence.) Tu pâlis... tu trembles... Tu vois bien que j'ai deviné !
CHARNY
Eh bien! oui, c'est vrai! Ma vie est une épouvantable torture... Ah! Dieu!... vous ne savez pas ce que c'est que d'aimer une femme éperdument, passionnément, follement, et d'être sûr, irrémédiablement sûr, vous entendez, quoiqu'il arrive, que jamais elle ne sera à vous....
SUFFREN
Elle est mariée?
CHARNY, arec une paarion croisante.
Ah! si j'aimais une femme mariée, si je l'aimais de cet amour sauvage qui fait qu'on oublie tout, je dirais à cette femme : « Viens!... Il nous reste quelques beaux jours sur la terre! Ceux qui nous attendent en dehors de l'amour vaudront-Us ces jours-là?... » Mais hélas! si elle consentait, si elle pouvait consentir & me suivre, elle ne quitterait pas ses enfants!... Pourtant, cela s'emporte dans le pan d'un manteau de voyage, des enfants!... Voyons! Charny, puisque tu emportes la mûre entre tes bras, sans rien sentir qu'un frisson d'amour, est-ce que tu n'emporterais pas aussi ses enfants. (Avec terreur.) Hélas! les enfants d'un roi, c'est si lourd, qu'on en sentirait le vide dans une moitié du monde !
SDFFREN.
Malheureux!... Eh bien! ce n'est plus ton père qui te supplie, c'est ton chef qui te commande. Tu partiras demain.
CHARNY, arec iéciiirement.
Ah ! ne me contraignez pas à ne plus la revoir !
SUFFREN
Je comprends maintenant pourquoi tu habites cette maison !
CHARNY, avec adoration.
Eh bien! oui, c'est pour être plus près d'elle!... Quelquefois derrière mes contrevents fermés, je la vois passer, je l'entends rire, et un rayon illumine ma nuit. Puis, quand elle est partie, le soir, quand la retraite a éloigné tout le