ACTE QUATRIÈME
ROHAN
Et madame de la Motte qui seule pourrait nous renseigner a disparu. Où est-elle?
ROHAN, avec précaution .
Depuis le moment où je la vis avant-hier soir avec Votre Majesté, on ne sait ce qu'elle est devenue ?
Plaît-il? Vous avez dit avant-hier? Que parlez-vous d'avant-hier, monsieur?
ROHAN, à mi-voix.
Que Votre Majesté me pardonne si je me suis laissé aller à dire trop haut le secret de mon âme, secret dont Elle a bien voulu accepter déjà la confidence.
LA REINE, stupéfaite.
Un secret entre nous.
ROHAN
Est-il possible que votre Majesté ne se souvienne pas ?
Non, monsieur, je ne me souviens de rien, vous entendez de rien... Expliquez-vous donc complètement.
ROHAN
Oh ! madame, pourquoi madame la comtesse n'est-elle pas là ? Elle m'aiderait, elle notre amie, à réveiller, sinon l'attachement, du moins la mémoire de Votre Majesté...
LA REINE, atec aigreur.
Notre amie ? mon attachement ? ma mémoire ! Ah çà ! monsieur le cardinal, êtes- vous dans votre bon sens?
ROHAN
Ah ! madame, libre à vous de n aimer plus ; n'offensez pas!
LA REINE, pâlissant.
Ah ! mon Dieu ! Que dit cet homme ?
ROHAN, s' animant peu à peu .
Madame, je crois avoir été assez réservé pour que vous ne me maltraitiez pas... Cependant, c'est vrai, j'ai tort... J'eusse dû savoir que quand une reine dit : « Je ne veux plus ! » c'est une loi aussi impérieuse que lorsqu'une femme a dit : « Je veux ! »
LA REINE, poussant un cri et saisissant le cardinal par sa manche de dentelles.
Répondez vite, monsieur ? J'ai dit « Je veux » A qui?
ROHAN
Mais à moi.
LA REINE, au comble de la fureur.
Vous êtes un misérable, monsieur !
ROHAN
Moi !
Vous êtes un lâche, vous calomniez une îemme !