ACTE QUATRIÈME
LE ROI
Est-ce à propos d'un certain collier dont vient de me parler M. de Breteuil ?
À propos du collier, oui, Sire !
LE ROI
Vous avez donc acheté ces diamants, monsieur? (suence du cardinal, a la reine). Puisque monsieur de Rohan ne veut pas répondre, répondez, vous, madame? Oui ou non avezvous acheté ?
Non.
LE ROI
Voici une parole de reine, prenez-y garde, monsieur le cardinal.
ROHAN
Sire, tout ce que je peux affirmer, c'est que je n'ai jamais eu ce collier... Tout ce que je peux affirmer, c'est qu'il est au pouvoir de quelqu'un qui ne veut pas se nommer, et me force ainsi à lui dire cette parole de l'Écriture : « Le mal retombe sur la tête de celui qui l'a commis ! »
LE ROI
Le débat est entre vous et lui, madame. Une dernière fois avez- vous ce collier ?
Non ! sur l'honneur de ma mère ! sur la vie de mon Ûlsl
LE ROI, à Roban.
Alors c'est une affaire entre la justice et vous, monsieur, à moins que vous ne préfériez vous en rapporter à ma clémence.
ROHAN
La clémence des rois est faite pour les coupables, Sire; je lui préfère la justice des hommes .
Mais enfin, monsieur, votre silence laisse mon honneur en jeu ! (u cardinal continue à se taire) Eh bien, moi, je ne me tairai pas, car ce silence semble attester une générosité dont je ne veux pas. Apprenez, Sire, que tout le crime de monsieur le cardinal n'est pas dans la vente ou dans le vol du collier.
LE ROI, inquiet.
Qu'est-ce à dire ?
ROHÀN.
Je vous supplie, madame...
Sire, sommez M. le cardinal de vous répéter ce qu'il m'a dit ici tout à l'heure à cette place ?
ROHÀN.
Madame, madame, vous passez les bornes ?
LE ROI, avec hauteur.
Plaît-il? Qui donc parle ainsi à la reine? Ce n'est pas moi, je suppose...