ACTE CINQUIÈME
surtout laisser à mon mari le temps de dépecer le collier et de le vendre en Angleterre. Qu'avons-nous d'ailleurs à redouter? L'échéance des bijoutiers tombe seulement dans quinze jours. A ce moment-là, nous serons tous sur mer faisant voile pour l'Amérique.
RÉTEAU.
Mais Oliva consentira-t-elle à nous suivre? à quitter ce Beausire dont elle ne cesse de parler ? Oh ! si vous m'aviez écouté?
LA COMTESSE
Qu'en auriez-vou3 fait ?
RÉTEAU.
Ce qu'on fait d'un instrument devenu inutile. Notre seul danger, le seul témoin qui puisse parler contre nous, contre vous, c'est cette tille. Supprimez cette reine d'une heure, et la vraie se débat inutilement dans un faisceau inextricable de preuves dont je la défie de se dégager... Quelques gouttes de ce flacon dans le chocolat vanillé dont mademoiselle Oliva prend une tasse chaque jour en s'éveillant et rien ne menaçait plus notre sûreté !
LA COMTESSE
Mais cette disparition fera du bruit... Si nous sommes pris, M. de Crosne aura vent de l'aventure et la morte parlera contre nous encore plus haut que la vivante.
RÉTEAU.
Alors, faisons mieux ! Sous couleur de lui faire rejoindre son Beausire, nous invitons la belle à monter dans une chaise de poste que je conduis moi-môme jusqu'au milieu de la forêt voisine, et là!! Les corbeaux ont vite fait de défigurer un cadavre qui pourrit derrière un buisson.
LA COMTESSE
Oui, le moyen serait plus sûr ; mais nous n'aurons pas besoin d'en venir là. Je persuaderai Oliva qu'elle doit nous accompagner et demain, nous serons en route avec elle à l'abri de tout danger.
RÉTEAU.
Le diable vous entende !... Mais qu'est-ce que cela ?
On dirait le galop d'un cheval.
RÉTEAU.
Il s'arrête à la grille.
La sonnette résonne.
M. DE CRUSSOL, derrière la grille.
Ouvrez au nom du roi !
LA COMTESSE, à demi-voix.
Du roi !..,
RÉTEAU.
Quand je vous le disais... Que faut-il faire?
LA COMTESSE
Ouvrir, pardieu et affronter le danger en face, si danger il y a.
Réteau ouvre, M. de Crussol a attaché son cheval à la grille et il entre.