SCÈNE II LA COMTESSE, CRUSSOL, RÉTEAU
LA COMTESSE
Monsieur le comte de Crussol...
CRUSSOL
Moi-môme, madame la comtesse, ravi de vous trouver en santé... Je suis chargé pour vous d'un message de la part de Sa Majesté.
LA COMTESSE
Pour moil de quoi s'agit-il donc?
CRUSSOL
La reine a, je crois, besoin de vos offices, car elle vous fait chercher partout depuis quatre jours. A votre domicile à Paris on a enfin appris votre retraite, et M. de Breteuil m'a expédié à franc étrier pour vous prier de vous rendre sans retard aux désirs de la reine.
LA COMTESSE
Je suis aux ordres de Sa Majesté. Mais soupçonnez-vous pourquoi elle a besoin de moi?
CRUSSOL
Nullement, madame la comtesse, à moins que ce ne soit au sujet de cette mystérieuse affaire du collier.
LA COMTESSE
Du collier?
CRUSSOL
C'est vrai... Ici vous ne pouvez rien savoir encore. Figurez-vous, comtesse, la machination la plus embrouillée qui soit au monde... et dans laquelle jusqu'ici il n'y a qu'un seul fait bien certain : c'est l'arrestation de M. de Rohan...
LA COMTESSE
Le cardinal a été arrêté...
CRUSSOL
Et conduit à la Bastille. Je vous conterai tout cela en route, car M. de Breteuil m'a recommandé la plus grande célérité, et j'ai commandé à la poste une voiture qui nous attend.
LA COMTESSE
Le temps de jeter une mante sur mes épaules et je suis à vous. (Rosalie apporte le déjeuner.) Mais, vraiment, vous ne voulez rien prendre? Vous voyez, on servait mon déjeuner.
CRUSSOL
Alors, madame, un verre d'eau?
LA COMTESSE le sert.
Vous permettez que je laisse quelques ordres à mon intendant?
CRUSSOL
Comment donc !
La comtesse dit un mot ù Rosalie qui sort, puis elle s'approche de Retenu. RÉTEAU, bas.
Eh bien? Êtes- vous décidée?
LA COMTESSE, sourdement.
Faut-il?