‹ Le collier de la reine: drame en cinq actes, treize tableauxChapitre 73 sur 187 · SCÈNE VIII LA COMTESSE, LA REINE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII LA COMTESSE, LA REINE

Comtesse, comtesse, vous êtes folle !

LA COMTESSE

Non, car j'ai un aveu à faire à Votre Majesté.

Un aveu... Lequel?

LA COMTESSE

Depuis que la reine a daigné me couvrir de ses bontés, je ne lui ai pas caché la grâce qu'avait mise plusieurs fois à m'obliger, M. le cardinal de Rohan...

Je ne sais... Je ne me souviens pas... N'importe, dites!

LA COMTESSE

Eh bien, ce matin même, M. le cardinal me fit l'honneur de me rendre visite pour une bonne œuvre que je préside... et comme il me demandait si la reine ne porterait pas intérêt à cette infortune, je commis l'indiscrétion de lui exprimer l'inépuisable générosité qui fait Sa Majesté esclave de ses propres bontés. Je dis que si la reine avait été moins prodigue avec moi et avec les autres, elle aurait eu certainement en caisse de quoi se donner ce beau collier si noblement, si courageusement, mais, permettez-moi de le dire, M injuste»

ment repoussé... Ah 1 madame, si vous aviez vu, en apprenant votre héroïque sacrifice, si vous aviez vu M. de Rohan pâlir!...

LA REINE, Ironique.

Pâlir !... lui !...

LÀ COMTESSE

Il ne m'appartient pas de défendre celui qui a été assez malheureux pour tomber dans la disgrâce de Sa Majesté. Celui-là est bien coupable puisqu'il a déplu à la reine !

M. de Rohan ne m'a pas déplu, il m'a offensée. Mais je suis reine et chrétienne et doublement portée, par conséquent, à oublier les offenses.

L'A COMTESSE

Ah ! madame, alors, j'en étais sûre, vous pardonnerez à M. de Rohan quand vous saurez ce qu'il a fait.

Qu'a-t-il donc fait, comtesse ?

A peine M. de Rohan eût-il appris que le Portugal avait marchandé ces bijoux : « Ce n'est plus une question de plaisir, s'écria-t-il, mais de dignité royale. Je connais l'esprit des cours étrangères, on y rira de la reine de France qui n'a plus assez d'argent pour satisfaire un goût légitime... Non ! jamais ! » Il me quitta brusquement et il se rendit chez les joailliers où, pendant l'absence de M. Rossange qui ignore encore cette démarche, il a acheté de son associé les diamants...

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