LA VOIX DES SOUVENIRS
i voix des souvenirs comme une source pleure. .
, je suis revenu vers la vieille demeure
li s'assit autrefois au revers du chemin.
;s buis, les marronniers, les tilleuls et les pins
LUS sa ceinture d'ombre ont mêlé leurs essences.
le voit à ses pieds fleuris la plaine immense
sscendre des hauteurs mauves de l'horizon.
le dresse dans l'air léger ses deux pignons
le domine le vol sombre des girouettes
)nt les anges de fer embouchent la trompette
ji tourne à tous les vents avec un cri rouillé ;
comme un tapis obscur le silence effeuillé ouate tous les bruits dans la fraîcheur des salles ; les volets gris sont clos, pourtant un soleil pâle traîne sur les pavés des reflets transparents. Au mur dans les cadres dorés de vieux parents pour accueillir leur fils penchent leur face peinte, et j'entends dans ce calme et cette demi-teinte le cœur de mes aïeux battre contre le mien. J'imagine leur vie et leurs rêves anciens, je savoure leur joie et goûte leur souffrance. 0 naïve douceur d'une étroite existence !... Vous suiviez votre route en paisibles bourg-eois ; cravatés hautement, sous l'habit bleu de roi vous aviez, semble-t-il, une âme à collerette qui vous faisait tenir et porter droit la tête. C'était le temps d'Elvire et des chastes désirs ; vos femmes se coiffaient en boucles-repentir, un bonnet tujauté cerclait leur frais visage et leur sein délicat sous les plis du corsag-e n'accueillait que l'émoi de frêles voluptés. Vous étiez sag-es, forts, tranquilles, respectés ; on vous interrog-eait sur la chose publique, vous dissertiez de tout avec le sens rustique et le savoir que vous teniez de vos aïeux.
AU JAIXDIN DE VIE. . . o5
Votre calme horizon mourait au bord des cieux dont la chaude lang-ueur éveilla votre enfance. S'il vous plaisait, un soir, d'amuser Tespérance du rêve vag'abond qui parfois vous berçait, vous voyagiez avec le Voyageur Français, les pieds contre la cendre en fumant votre pipe. Et vous suiviez Tépoque en ayant pour principe de ne pas trop boug-er, en faisant peu de cas des choses qu'avant vous on ne connaissait pas, en méprisant celui qui laisse sa chaumière pour essayer au loin la route aventurière, et surtout vous sentiez, ô pères d'autrefois. monter en vous l'appel mystique de la foi qui guidait jusqu'au soir votre âme calviniste.
Or, je suis votre dernier fils et je suis triste. Je reg-arde ma vie au miroir de vosyeux, en elle se résoud le temps mystérieux
et les espoirs déçus de votre race antique
ont fait à votre enfant un cœur mélancolique.
C'est en vain que je cherche l'ordre, la clarté,
le calme, l'harmonie et la sérénité
qui fixaient vos désirs et réglaient votre vie.
Il ne reste plus rien de votre obscur génie,
le temps a gaspillé vos paisibles vertus.
Et lorsque je reviens à pas irrésolus
interroger tout bas votre ancienne énergie,
mon rêve seul en moi s'émeut et vous plagie.
Vous avez disparu derrière l'horizon,
et vous n'avez laissé dans la vieille maison
qu'un souvenir très doux, mais chaque jour plus frêle,
qui monte vers mon cœur quand mon geste l'appelle
comme monte vers nous d'un flacon débouché
l'arôme d'un parfum que le temps a séché.